Table Ronde
« Sécurité sociale : pourquoi communiquer ? »



Organisée par la délégation Rhône-Alpes de l'Association, à l'EN3S, le 29 juin 2005.

Intervenants :

Philippe Naszalyi – Revue des Sciences de Gestion – Universitaire

Alain Gilbert – Editeur – Journaliste – Formateur

Documents envoyés ou remis préalablement :

  • la communication dans la branche Famille (Annick Sourd)
  • la communication dans la branche Maladie (Vincent Bénéteau)
  • la communication dans la branche Recouvrement (Ollivier Vacchino)
  • sondage cotisants ACOSS / URSSAF 2004
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Philippe Naszalyi : la perception de la Sécurité sociale

Quelques expressionss lui semblent cerner cette perception :

peur vis à vis de la complexité et de la rigidité administrative

ponction sur les salaires alors que certains y échappent sans peine ni sanction

méconnaissance de l’objectif (« de toute façon je n’aurai pas de retraite ! »)

payeur aveugle qu’on peut abuser et qui paie sans contrepartie (prestations maladie, RMI, …)

concurrence à venir avec un libéralisme croissant

Il semble qu’il y ait un déficit de communication vis à vis de la population pour laquelle la Sécurité sociale a été créée. Les organismes sont peut être trop focalisés sur leur gestion et pas assez sur leurs objectifs initiaux. Les normes de gestion sont de plus en plus imposées par l’Europe puis par l’Etat, et amènent à pratiquer une politique à la place du politique. La Sécurité sociale est à la fois celle qui gâte (qui gâche ?) et celle qui fait vivre.

Comment moderniser cette image trop technicienne ? Par des partenariats (cf. la loi d’août 2004 sur la réforme de l’assurance maladie, avec une « nouvelle gouvernance »).

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Alain Gilbert : les attentes du public

Il se pose un problème de cible :

  • le grand public (familles, entreprises, retraités, assurés sociaux,…) : la communication produit est plutôt bien faite, malgré des progrès encore à faire (accueil téléphonique, courriers, horaires, …)
  • les partenaires (élus notamment) : l’image est plus floue, et il faut alors communiquer sur les valeurs et pas uniquement sur les produits.

Les organismes de Sécurité sociale peuvent être vus comme très administratifs et lourds, mais la population sait, au fond, quelle service ils rendent (y compris pour le paiement des cotisations : c’est douloureux, mais les entreprises savent que cela permet in fine la création de richesses). La population, et notamment les partenaires, n’accepteraient pas le démantèlement de la Sécurité sociale.

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Echanges avec la salle

Peut on vraiment communiquer sur les valeurs de solidarité et de protection sociale vis à vis des populations jeunes et en bonne santé (notamment) qui n’en voient pas forcément l’intérêt ? Cela renvoie à un choix de société, et on peut se demander si le choix actuel n’est pas de mettre fin à cette solidarité transversale.

Les MSA et le régime agricole représentent un contre-exemple intéressant car ils travaillent beaucoup sur la force de leur réseau vis à vis de leurs adhérents.

En matière de communication institutionnelle, se pose le problème de la dichotomie des dirigeants de la Sécurité sociale : les conseils d’administration ne semblent pas avoir un discours homogène au nom du régime de Protection sociale, et les agents de directions, qui auraient la possibilité technique  ? pour le terme technique que je supprimerai de le faire, se l’interdisent en général de manière publique (sauf récemment avec les prises de position d’associations de directeurs).

Contre exempleExpérience intéressante cependant des URSSAF de la région Rhône-Alpes, qui ont lancé une campagne institutionnelle (affiches + journaux), indépendamment de l’ACOSS, et portant sur la raison d’être de la collecte des cotisations (financement des prestations maladie, famille et retraite).

La communication sur les valeurs se heurte également à la réalité de la séparation des branches depuis 1994, qui transfère la capacité de communiquer sur l’ensemble de la Sécurité sociale au Ministère, à l’EN3S et à …l’Association des anciens élèves ! Un élève externe de la 44ème promotion rappelle que Dominique Libault, lors de la rencontre inaugurale avec les élèves, a affirmé que « la Sécurité sociale ça n’existe pas, sauf à l’Ecole et à la DSS ». Les élèves de la promotion reconnaissent que, même s’ils sont invités pendant la scolarité ont peurà « prendre de la hauteur », les enseignements restent très centrés sur la gestion.

Pour communiquerer sur les valeurs, certains misent d’abord sur le local, et notamment sur la relation de proximité avec les élus, afin d’être connus et reconnus. Même si la question se pose de la légitimité pour parler des valeurs en local …Par ailleurs on peut se demander si les valeurs intéressent vraiment la population, ou si le public n’est pas plus attaché à une communication pratique, portant sur les produits.

Indubitablement, c’est la menace de la concurrence qui nous a fait réagir, que ce soit les caisses primaires (face aux mutuelles), les URSSAF ou les organismes du RSI, et maintenant les CAF (vis à vis des conseils généraux).

La pertinence de la concurrence repose sur la capacité à « produire » de la protection sociale à un coût moindre. Les organismes de Sécurité sociale affichent des coûts de gestion déjà très bas ; mais cela ne semble pas reconnu, à tel point que les tutelles maintiennent leur pression à la baisse des coûts (exemple des auditions dans le cadre de la MECSS, qui portent systématiquement sur les économies réalisables). Pourquoi donc ne pas communiquer sur la réalité du coût des organismes, qui n’ont pas forcément à souffrir d’une comparaison avec les assurances ou les mutuelles ?

Malgré le pessimisme ambiant, les organismes de Sécurité sociale devraient faire davantage de prosélytisme  militantisme: à noter dans ce sens que la MSA a contribué à la mise en place d’un régime agricole équivalent en Pologne.

Un des intervenants rappelle que l’on est passé de la Sécurité sociale professionnelle à la Sécurité sociale universelle .. mais sans en modifier fondamentalement le mode de financement.

Encore aujourd’hui, la communication souffre dans les caisses de Sécurité sociale d’une image négative et culpabilisante. Il n’apparaît pas forcément légitime aux yeux du publicde agents ? du public ?d’y affecter des ressources, alors même qu’ils en déplorent la mauvaise image. Or, contrairement à l’idée reçue, la communication n’est pas immédiate, naturelle, gratuite, elle requiert des moyens : embauche de professionnels, formations, outils informatiques, coût de création d’un logo, d’une campagne de presse,…

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