Note d’ouverture de débat sur situation des anciens élèves avant leur premier poste d’agent de direction



Cadrage de l’étude :

Les délégations régionales de l’Association des Anciens élèves de l’EN3S ont été saisies à plusieurs reprises de demandes d’anciens élèves, adhérents ou non, pour leur faire part de leur préoccupation quant au délai d’accès au premier poste d’agent de direction après la sortie de l’École.

En moyenne, un élève externe trouve un premier poste d’agent de direction au bout de 43 mois d’activité au sein des organismes en tant que cadre, mais cette moyenne recouvre de fortes disparités parfois génératrices d’impatience. L’impatience se double d’inquiétude dès lors que ces interrogations apparaissent dans un contexte de concentration des réseaux, de création du Régime Social des Indépendants, et d’une façon générale de mutualisation croissante de certaines fonctions d’agents de direction, notamment d’agents comptables.

Le conseil national de l’Association, lors de sa réunion du 3 avril 2006, a décidé de la formation d’un groupe de travail interne au Conseil, pour formuler des pistes de réflexion sur le sujet.

L’objet de l’Association, comme le rappellent ses statuts, est de défendre les intérêts moraux et matériels des anciens élèves, et non seulement des anciens élèves agents de direction. Le sujet est d’autant plus sensible et générateur d’impatience parmi les anciens élèves non encore agent de direction, que la vocation affirmée de l’école est de former des personnes aptes à prendre des fonctions de direction à moyen terme. Le thème de la carrière des anciens élèves est d’autant plus stratégique qu’il se situe au carrefour de différentes problématiques familières à l’Association et déterminantes pour les anciens élèves :

  • Entre la sortie de l’école et le premier poste d’agent de direction, se situe le barrage de la liste d’aptitude. Il ne s’agit pas ici de formuler une énième proposition de refonte complète de la liste d’aptitude, dont les avantages et inconvénients sont sous sa forme actuelle bien connus. Des propositions ne sauraient cependant être formulées sans préconiser des retouches sur les dispositions touchant spécifiquement la première inscription.
  • Les délais pour parvenir au premier poste d’agent de direction posent l’éternel problème de la mobilité de la ressource humaine et son adéquation par rapport aux besoins. L’Association réaffirme son opposition à tout dispositif de mobilité forcée, à quelque stade que ce soit de la carrière. D’éventuelles propositions concernant la situation des anciens élèves avant leur premier poste d’agent de direction respecteront les choix des personnes en terme de localisation géographique.

Les sollicitations des délégations régionales interviennent dans le contexte de restructuration des réseaux, de mutualisation des fonctions d’agent de direction et de baisse du nombre de places offertes au concours d’entrée de l’Ecole. Il se pose dès lors la question de la perception par les élèves des évolutions en cours, de leur impact sur leur carrière et de l’éventuelle « sur-réaction » générée.

Il est difficile, fin 2006, d’avoir une visibilité suffisante sur l’impact de ces restructurations sur les carrières individuelles. A l’obsession de naguère sur la pénurie de candidats et l’illusion de carrières rapides pour la majorité des anciens élèves, il convient de prendre garde de ne pas substituer une vision par trop pessimiste de la situation.

Comme évoqué lors de l’assemblée générale de l’Association du 4 avril 2006, l’Ecole, l’Association et la tutelle sont intervenues pour valoriser l’affectation et la sortie de l’Ecole sur des postes d’expertise, et plus généralement sur des postes fonctionnels. Dominique Libault, Directeur de la Sécurité sociale, s’est personnellement et vivement impliqué en ce sens. Dans une institution où la culture d’entreprise veut que les postes à lourde dimension managériale sont systématiquement sur valorisés par rapport aux postes fonctionnels, il s’agira d’être vigilants sur le fait que ces derniers postes ne constituent pas un frein pour la carrière des anciens élèves. Le sujet se pose d’ailleurs avec tout autant d’acuité pour les anciens élèves agents de direction car les regroupements de caisses vont réduire le nombre de postes de management et de direction de pleine responsabilité au profit de postes de haute expertise. Les autorités de tutelle, et singulièrement les DRASS, devront veiller à ne pas pénaliser les anciens élèves affectés sur des postes fonctionnels ou d’expertise, et l’Association se devra d’être extrêmement vigilante et à l’écoute des anciens élèves sur ce point.

Ces éléments étant posés, il convient de s’interroger sur le délai d’accés au premier poste d’agent de direction.

A l’occasion de l’étude réalisée par l’Association sur l’évolution de carrière comparée des hommes et des femmes à la sortie de l’EN3S (étude réalisée sous la direction de Brigitte Laloupe en 2004/2005), une enquête a été effectuée auprès des anciens élèves de la 21ème à la 41ème promotion. Le sondage réalisé a permis de souligner les éléments suivants :

  • Le nombre de postes occupés en tant que cadres après la sortie de l’EN3S est en moyenne de 1,77 (1,67 pour les hommes et 1,88 pour les femmes).
  • Le temps moyen d’inscription sur la liste d’aptitude avant nomination sur un poste correspondant est de 19 mois (16 mois pour les hommes et 22 mois pour les femmes).
  • Le nombre de candidatures nécessaires à l’obtention du poste d’agent de direction est en moyenne de 2,82 (2,66 pour les hommes et 2,97 pour les femmes).

Parallèlement à ces éléments, des études internes de l’EN3S ont montré qu’un élève externe trouve un premier poste d’agent de direction au bout de 43 mois d’activité en moyenne. Ces données chiffrées datant de quelques années, la question se pose de l’opportunité de les compléter par des éléments concernant un éventuel allongement de ces différents délais sur les dernières années.

En outre, ces délais prennent un relief particulier (et demanderont peut être à faire l’objet d’une mesure particulière) pour les anciens élèves internes ayant moins de 35 / 40 ans et qui n’ont pu accéder encore à un premier poste d’agent de direction. La physionomie des promotions de l’EN3S a en effet subi une modification forte depuis quelques années, avec l’apparition en nombre important de ces élèves assez peu connus des promotions antérieures aux années 2000. En effet, à coté des élèves externes, issus de la filière classique des concours administratifs, les élèves internes faisaient naguère figure de témoins de la possibilité pour les salariés des organismes, d’avoir un déroulement de carrière jusqu’à des postes de direction, au-delà de 40 ans, même sans être rentrés par la « grande porte » du concours externe de l’EN3S. Le report de la limite d’âge pour le concours interne, de 40 à 50 ans, au milieu des années 90, a marqué l’apogée de ce profil d’élèves internes. Le recrutement de jeunes diplômés hors EN3S par les caisses dans les années 90 sur un nombre croissant de postes d’experts multipliés (statisticiens, gestion du risque, chargés de communication, …) a conduit ces collaborateurs à attendre que les délais pour se présenter au concours interne (4 ans) soient écoulés pour entrer à l’Ecole et voir s’offrir à eux un déroulement de carrière plus intéressant.

Les délais d’accès à des postes d’agent de direction pour ces jeunes internes suscitent d’autant plus d’inquiétude et d’incompréhension que, contrairement aux externes, ils ont déjà « fait leurs preuves » sur un ou plusieurs postes dans les organismes, et estiment avoir du mal à valoriser leur parcours « pré-EN3S ».

Pistes de réflexion pour un débat au sein de l’association :

Un certain nombre de pistes ont dû être abandonnées qui, bien qu’elles soient intéressantes, présentaient des implications trop importantes par rapport à notre sujet, ou auraient buté sur la diversité des organisations au sein des caisses.

Il s’agit notamment de la question du « statut d’ancien élève », question relativement polémique dont la maturité parait insuffisante, au sein même de l’Association, car le fait de bénéficier d’un statut, à l’instar de certains corps de la fonction publique, tend à modifier substantiellement l’esprit comme la lettre des différents textes régissant la situation des anciens élèves. Une autre piste, comme la garantie de participation au comité de direction, a également dû être abandonnée en raison de l’extrême diversité de cette instance au sein des organismes.

Il n’en reste pas moins que la non différenciation entre un ancien élève cadre, à la sortie de l’Ecole et un cadre non ancien élève, pose problème et parfois mal vécu par les intéressés. La réflexion doit se poursuivre sur ce sujet précis.

Les propositions qui sont soumises au débat sont les suivantes :

  • S’agissant des règles d’inscription sur la liste d’aptitude, il pourrait être suggéré que tous les anciens élèves, internes ou externes bénéficient d’une inscription de droit et automatique au bout de la quatrième année d’exercice en organisme en tant que cadre, s’ils ne sont pas inscrits auparavant grâce au dispositif actuel. Le nombre d’années de non inscription après la sortie de l’Ecole déclenchant l’inscription automatique, sera bien sur sujet à discussion au sein du Conseil national. Il conviendrait à ce titre de prendre en compte le ressenti des anciens élèves rencontrant les difficultés pour se faire inscrire. Cette inscription automatique serait faite en classe AD3 et ne remettrait nullement en cause tous les autres dispositifs actuels concernant la liste d’aptitude (inscription pour les classes supérieures et délais de saut d’une classe à l’autre).
    L’éventualité d’un « droit de véto » du directeur de l’ancien élève sur son inscription « automatique » peut être discutée. L’existence de ce droit de véto pose la question d’une éventuelle situation conflictuelle entre un cadre et son directeur. L’Association rappelle son rôle de « médiation » possible au titre de la défense des intérêts moraux et matériels de tous les anciens élèves, avec toute la précaution et la prudence qui conviennent pour le traitement de ces situations.
    L’instauration de cet automatisme ne remet pas en cause les bienfaits de la liste d’aptitude sous sa forme actuelle mais permet de « faire sauter une barrière » parfois vécue comme injuste par des anciens élèves non inscrits. Cela permettrait en outre de ne pas pénaliser les anciens élèves trop longtemps du fait de «jurisprudence parfois contradictoires » des DRASS en matière de critères pour la première inscription sur la liste d’aptitude.
  • Un dispositif formalisé pourrait être instauré concernant le déroulement de carrière des anciens élèves non agent de direction affectés sur des postes fonctionnels. Ce dispositif formalisé pourrait prendre la forme d’un suivi des demandes d’inscription sur la liste d’aptitude de ces anciens élèves, avant que n’entre en jeu l’automatisme proposé ci-dessus.
    S’agissant des postes fonctionnels, la barrière culturelle des organismes est au moins aussi forte que la barrière des tutelles pour l’inscription en liste d’aptitude, c’est pourquoi l’Association relaiera auprès des directeurs en exercice l’impératif de ne pas bloquer l’évolution vers un poste managérial d’une personne auparavant affectée sur un poste fonctionnel ou d’expertise.
  • Les anciens élèves qui ont du mal à trouver un premier poste d’agent de direction pouvent avoir besoin d’un accompagnement personnalisé. Il est proposé que soit étudiée la possibilité de mettre en place une offre de « coaching » pour les anciens élèves qui en ressentiraient le besoin. Cette éventualité, si elle est retenue par le Conseil national, sera bien- sûr étudiée avec l’EN3S, dans le but de monter une offre tout à fait complémentaire du « droit de tirage » tel qu’il existe à l’heure actuelle, et complémentaire de la formation « de la fonction de cadre à la fonction agent de direction ». Ce coaching personnalisé pourra s’inspirer des dispositifs du bilan de compétence, et y allier un entraînement particulier à l’entretien de sélection pour les postes d’agents de direction.

Ces différentes propositions, selon les réactions du débat qui s’en suivra, devront intégrer l’impératif de ne pas sombrer dans la « stigmatisation » des personnes qu’elles sont paradoxalement chargées d’aider. Plus que jamais, l’Association, en tant que relais d’information et de sensibilisation de ses propres membres et directeurs en exercice, trouvera un champ privilégié d’application de sa vocation de défense des intérêts des anciens élèves.

L’attention est en tout état de cause appelée sur le sentiment de dégradation de la condition d’anciens élèves ces dernières années. A ce titre, il conviendra d’étudier l’opportunité de commanditer une étude particulière sur un éventuel récent rallongement des délais pour accéder au premier poste d’agent de direction.

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