Quand on demande à Alain Tapie
quelles sont les étapes principales de sa carrière, ce qui vient dabord, ce sont
des noms, ceux des hommes qui ont balisé son parcours professionnel, quand il
nétait pas encore le Directeur Général Adjoint de lUNEDIC : Dupeyroux
et Bancarel à Toulouse, Teissier à Rouen et bien dautres, quil a croisés
dans une première vie à la Sécu : Blais à Caen, Nicolle à Evreux, Le Bihan à
Rouen, etc
On sent bien que cest ça qui est important, hier comme
aujourdhui, la relation humaine dabord, la technique après, même et surtout
si elle est indispensable.
Le CNESSS bien sûr, grâce aux deux
premiers, Dupeyroux et Bancarel ; linformatique ensuite, grâce à Teissier. Il
fallait créer un centre informatique commun en Normandie, à une époque où il ny
avait encore que des machines facturières et des bandes perforées !
Retenu comme Directeur, Alain Tapie a
rédigé létude préalable puis a fait un tour des " anciens "
pour les convaincre. Finalement, il y a eu trois centres de traitement, celui de Rouen
quil a ouvert avec IBM, et puis ceux de Caen et dEvreux. Qui se souvient,
aujourd'hui, que le premier décompte est sorti à Rouen, un des nouveaux sites pilotes
pour le premier système informatique dassurance maladie ?
Faut-il croire au hasard ? Celui des
rencontres, certainement mais pas plus. Manifestement, Alain Tapie sait se donner les
moyens de ses défis : stage chez IBM, diplôme danalyste par le Ministère des
Finances
la chance na rien à voir là-dedans.
Cetait aussi le temps où Mattei, à
la CNAMTS, la fait venir au Comité de maintenance nationale et puis cest Le Bihan qui la choisi comme Directeur adjoint à la CNAV. La dernière étape est
connue : lUNEDIC, un changement encore plus radical, une institution
complètement différente avec, surtout, au début des années 90, un régime déficitaire
et la volonté des partenaires sociaux de le rééquilibrer, ce qui supposait une
réorganisation qui a été confiée à la nouvelle équipe : le Directeur Général
nouvellement embauché, Dominique Chertier, ex-DRH dAir Inter, et son adjoint, Alain
Tapie.
Réorganisation, cohésion, management mais
aussi respect des hommes et des femmes qui sont dans les ASSEDIC et à lUNEDIC,
cest le fil rouge qui transparait tout au long de cet interview et ce nest pas
rien, à une époque où se renégocient les conditions de travail, les horaires et
limplantation territoriale des "institutions" puisque, dans ce
régime, on ne parle pas de "caisses". Un vocabulaire différent qui
cache une différence profonde avec la Sécu.
"LUCANSS, cest
moi", pourrait dire Alain Tapie et on comprend quici, les partenaires
sociaux peuvent vraiment décider et appliquer ce quils décident. On rêve de vrais
" corps intermédiaires " du côté de la CNAMTS et sil en
existait vraiment un dans ce beau pays de Colbert et de Descartes ?
Elan Social:
Quelles différences
trouvez-vous entre la gestion dune institution comme la CNAV que vous avez
pratiquée il y a plus de 10 ans et celle de lUNEDIC ?
Alain Tapie:
Le très gros changement cest
quici à lUNEDIC il y a un vrai paritarisme. A la CNAV la décision était
prise par le Conseil dAdministration puis était soumise à laval du
Ministère des Affaires Sociales et il nous fallait jouer entre ces deux pouvoirs avec un
détour par le Ministère des Finances dans certains cas.
Ici, lorsque le bureau du Conseil
dAdministration a décidé, cest fini : on nattend pas une
décision du Ministère.
Elan Social:
Quelles sont les conséquences
pratiques dans votre façon de travailler ?
Alain Tapie:
Il y en a deux : la première
cest quil y a un temps de préparation assez long avant que les dossiers
soient soumis à décision. Au départ les points de vue des partenaires pouvant être
éloignés, il nous convient de travailler sur les rapprochements qui peuvent être faits
entres les diverses positions afin darriver à une décision partagée.
Jusquici les décisions du bureau ont toujours été prises à lunanimité,
quelquefois avec labstention dun des partenaires.
La seconde conséquence cest que
lorsque la décision est prise il faut vraiment faire : ce qui met beaucoup de
pression. Il faut noter dailleurs que pour réaliser on ne nous
" chicanera " pas sur les moyens.
Elan Social:
Quelle est la nature juridique
des ASSEDIC et de lUNEDIC ?
Alain Tapie:
Ce sont des associations de loi
1901, ce qui explique lexistence dun Conseil dAdministration. Le rôle
de ce Conseil dAdministration va être celui dun conseil de surveillance qui
va vérifier la bonne marche de lorganisme. Le Conseil dAdministration va
désigner en son sein un bureau de 10 membres. Ce bureau désignera un président et un
secrétaire dont les fonctions seront exercées alternativement tous les deux ans par un
représentant employeur ou un représentant salarié. Le Directeur est chargé de la
gestion : organisation des services et gestion des ressources humaines.
Elan Social:
Les relations entre
lUNEDIC et les ASSEDIC semblent très étroites aujourdhui. On a
limpression dun ensemble fortement normalisé où la marge dautonomie
des organismes semble très limitée. Par exemple, le modèle daccueil a été
pensé par le sommet et est identique dun bout à lautre de la France.
Alain Tapie:
Pour bien comprendre le
fonctionnement de lensemble il faut faire un retour en arrière. En 1992, le régime
dassurance chômage perdait de largent et semblait se diriger vers sa fin. Les
partenaires sociaux se sont réunis et ont pris un certain nombre de décisions
difficiles : afin de rééquilibrer le budget, les représentants des employeurs ont
accepté daugmenter les cotisations et les représentants des salariés ont accepté
de réduire les allocations.
Dans le même temps, les partenaires
sociaux ont constaté que les décisions du niveau national nétaient pas
appliquées localement avec la célérité souhaitable et pouvaient être déformées,
doù lidée dune réforme. On a procédé à une restructuration des
divers centres informatiques qui avaient jusque là une très large autonomie, ce qui
nuisait aux objectifs de régularité et de rapidité retenus au niveau national. Dans le
même moment on a regroupé la gestion de la trésorerie au niveau national, car des
cagnottes étaient constituées à droite et à gauche.
Cest à cette époque enfin
qua changé le mode de désignation des Directeurs. Avant 1993, les Directeurs
étaient nommés par le bureau de lASSEDIC locale et payé par lASSEDIC
locale.
A partir de 1993, les Directeurs ont été
nommés par le bureau de lUNEDIC sur proposition du Directeur général après
quait été recueilli lavis du bureau de lASSEDIC locale. Le Directeur
est alors salarié de lUNEDIC et détaché dans les ASSEDIC.
Elan Social:
Comment la gestion des
carrières des Directeurs est-elle faite ?
Alain Tapie:
Les augmentations individuelles
sont décidées par le Directeur général de lUNEDIC qui est chargé dassurer
lunicité du management des organismes dassurance chômage. Et il a autorité
sur les Directeurs qui sont des salariés de lUNEDIC.
Actuellement, les rémunérations des
Directeurs dépendent :
- de la taille des ASSEDIC.
- de leurs résultats qui induisent les
augmentations.
LUNEDIC gère ainsi aujourdhui
les carrières des Directeurs qui, eux-mêmes, sont responsables du personnel des ASSEDIC
quils embauchent. Pour faire fonctionner les ASSEDIC, lUNEDIC accorde un
budget qui est global et qui évolue selon un taux Directeur.
Elan Social:
Les Directeurs sont-ils
obligés dêtre mobiles ?
Alain Tapie:
Absolument. La mobilité est un choix de
management. Il est souhaitable que quelquun ne reste pas Directeur dune même
institution lessentiel de sa carrière. Le bon rythme est de 5 ans. Cest pour
cela que les Directeurs sont détachés de L'UNEDIC mais, en même temps, il y a des aides
importantes à la mobilité. Le système fonctionne assez bien parce que les contacts sont
nombreux avec un effectif de Directeurs somme toute réduit. Les discussions que nous
avons entre nous permettent de préparer les changements de situations en les adaptant à
chaque cas. Je précise que les mouvements se font, bien entendu, sans diminution de
salaire.
Elan Social:
Et les agents comptables dans
tout cela ?
Alain Tapie:
Il ny en a pas. Le statut
association 1901 ne nous a pas amenés à mettre en place la dualité
ordonnateur-comptable. En fait chez nous ce système est remplacé par un mécanisme à
trois étages :
Des comptes légalement certifiés par des
commissaires aux comptes comme dans les entreprises privées. Chaque bilan est ainsi
consolidé au niveau de chaque ASSEDIC.
Un référentiel de contrôle interne et de
qualité de traitement mis en place par lUNEDIC. Ce référentiel comprend toute une
batterie de contrôles avec échantillons et pourcentages. Chaque ASSEDIC a installé ce
plan de contrôle.
Elan Social:
Toute cette mise en place
descend du sommet ?
Alain Tapie:
Non. Les référentiels sont
élaborés par des groupes de travail managés par lUNEDIC où les Directeurs sont
associés. Et les référentiels sont des règles qui simposent. Ils ont été
présentés devant la Chambre Syndicale des Commissaires aux Comptes et de plus en plus
les commissaires vérifient dans les ASSEDIC que ces dispositifs de contrôle interne
soient cohérents.
Je terminerai par le troisième étage de
notre dispositif : des équipes daudit interne.
Elan Social:
Les problèmes financiers de
1993, vous lavez souligné, ont eu de fortes incidences sur lorganisation des
relations entre lUNEDIC et les ASSEDIC ainsi que sur le management des Directeurs.
Mais depuis 1993, on a vu aussi de forts changements dans lorganisation des
services, en particulier sur laccueil. Quel a été lélément déclenchant de
cette évolution ?
Alain Tapie:
En fait, il faut remonter aux
années 1990. A un certain moment il a été question de fusionner lUNEDIC et
lANPE. Le Gouvernement a demandé un rapport à lIGAS. Celui-ci a conclu à
limpasse dune telle fusion, les deux institutions étant sur deux logiques
différentes : le mieux était de coordonner lensemble.
LIGAS a suggéré que
linscription des demandeurs demploi soit faite aux ASSEDIC afin de permettre
à lANPE de se recentrer sur son vrai métier : le reclassement des demandeurs
demploi.
Elan Social:
Un changement important pour
les ASSEDIC ?
Alain Tapie:
Fondamental. Jusquà cette
réforme, les ASSEDIC étaient organisées pour ne pas recevoir de demandeurs
demploi. Tout se faisait sur papier : les lieux daccueil se
caractérisaient par des temps dattente épouvantables.
Or, le Code du Travail dit que pour
inscrire un demandeur demploi, il faut quil soit présent physiquement. Il a
donc fallu que les ASSEDIC sorganisent en conséquence pour recevoir les demandeurs
demploi. On ne pouvait le faire que si tous nos agents faisaient de laccueil.
En 3 ans on a refait tout notre patrimoine immobilier en redéfinissant les lieux
daccueil. On est passé de 300 à 800 en les normalisant partout.
Elan Social:
Concrètement
Alain Tapie:
Le plan type cest un
rectangle. A lentrée accueil par un pilote qui remet les imprimés, reçoit les
dépôts. Au milieu une salle dattente. Une banque pour traiter les cas simples. Des
bureaux tout autour pour traiter les cas nécessitant un examen plus attentif.
Lobjectif cest que lorsque lallocataire repart, il na plus à
revenir.
Aujourdhui on a des référentiels
sur le recouvrement, laccueil des allocataires, lorganisation, les fonctions
dappui, etc
Ceci a normalisé les choses : on y a associé un maximum de
gens. En 2000 on a fait valider la conformité des 800 points daccueil au
référentiel allocataire avec un bilan à chaque fois.
Elan Social:
Les mutations sont-elles
terminées ?
Alain Tapie:
Non. Nous sommes actuellement sur
un projet qui fera passer le nombre des ASSEDIC de 52 à 30. La disparité des organismes
explique la réforme. On estime quà une petite ASSEDIC et une grosse ASSEDIC on ne
peut pas demander la même chose. On veut une taille critique pour chaque ASSEDIC qui
permette davoir un système performant et, pour atteindre un niveau de performance,
il faut avoir une certaine taille. Aujourdhui on a des organismes trop petits qui ne
peuvent pas être dotés des moyens nécessaires. Les économies déchelle que nous
ferons permettront de nous réinvestir dans le développement de métiers que nous faisons
mal.
Elan Social:
Un mot sur les 35 heures
Alain Tapie:
Nous avons récemment négocié sur
lARTT. Demblée, il a été dit : le Directeur comme le Directeur adjoint
sont des cadres dirigeants. En contrepartie, divers avantages sont proposés : nous
sommes sur ce sujet en cours de négociation.