Le réseau de soins : figure dominante et lieu de pouvoirs
Le terme de réseau est devenu une expression dominante de la pensée.
Sur le champ de la santé et de lAssurance maladie, il est devenu une référence
majeure. Le réseau est conçu comme le lieu parfait pour lier et entrelacer les
différentes compétences des experts médicaux autour du patient. A coté de cette
demande de reconnaissance professionnelle, il se veut également lieu daccueil des
désirs des patients solliciteurs de plus d'humanité et de proximité.
Proposé par toute personne physique ou morale, chaque projet de
réseau se veut être un radical coup d'arrêt et un profond désir de changement à une
politique de santé jusqu'ici à la dérive, ou trop souvent en proie à des conflits
anciens. Tous les réseaux de soins se proposent comme lieu de valeur ajoutée à
lexpertise singulière de chaque professionnel de santé adhérent à cette
organisation réticulaire, quelque soit son niveau dexpertise. Ils relient ainsi
lunivers hospitalier hyper spécialisé et le monde ambulatoire plutôt
généraliste et quotidien des premiers actes de soins. Ils portent pour certains, le
désir deffacer les malentendus ou les divergences fortes entre les tenants
dune gestion publique et dune gestion privée du système de soins, toutes
deux dominées en fait par le souci comptable et lefficience économique. Ils
créent naturellement de nouveaux modes de prise en charge et de tarification des
prestations allouées à leurs ahérents volontaires. Il expérimentent une autre mode
dexpression collective et individuelle dans le secteur de la Santé et des
Assurances.
Lapproche de lEtat : une attitude prudente et tactique
Par la reconnaissance de leur texte fondateur, les réseaux de soins se
sont imposés au détriment de toutes autres actions expérimentales possibles. Créés
par simple intervention ministérielle dès 1991, les premiers réseaux s'étaient en
effet avancés comme une organisation appropriée pour traiter du sida, de la toxicomanie,
de la précarité, de l'alcool, de l'hépatite C. Voués à des succès divers, ils
relevaient alors des directions de la santé, des hôpitaux ou de l'action sociale.
Adossés à des grandes structures hospitalières, ils exprimaient par cette organisation
la volonté des gestionnaires de réguler l'accès à leurs plateaux techniques et
l'intervention de leurs experts spécialistes. Mis en place sous la pression de fondations
ou dassociations de malades, ils manifestaient un désir de soins et de prise en
compte de leur quotidien et de leur environnement géographique proche. La variété, la
richesse et l'absence de formalisme de ces réseaux étaient leur caractéristique
principale.
Avec le texte légal, sous le paradigme très utile que constitue le
projet, le réseau est sorti de l'ombre. Il s'est paré du terme de projet pour à la fois
mieux asseoir sa réalité, fonder le rêve consensuel, l'organisation pionnière et le
comptabilisable. Chaque projet candidat à un agrément ministériel a du formaliser
d'entrée, les critères futurs de son fonctionnement. Ultérieurement, la preuve aura à
être faite sur les multiples intérêts avancés : qu'il soit médical, financier,
organisationnel ou technique. L'evaluation est donc devenue obligatoire pour des acteurs
qui jusqu'ici s'accordaient à la rejeter ou à la mettre en échec !
La liberté "managériale" originelle laissée aux promoteurs
s'est voulue totale : aux fonds obligatoirement réservés par les organismes publics de
l'Assurance maladie pour le paiement des prestations de maladie aux patients et des
honoraires aux professionnels de santé (les prestations dérogatoires au droit commun),
peuvent s'ajouter (et se conseillent) la recherche de fonds privés. Ceux ci peuvent être
recueillis ici ou là soit pour des ressources de fonctionnement, mais aussi détude
ou de recherche.
Avec le paradigme du projet, l'Etat a ainsi tablé sur une délégation
venue d'en haut, pour transmettre ses ordres de mutation du secteur sans prendre de gros
risques. De cette manière, il sest assuré au mieux du consensus entre les divers
acteurs du terrain, en sadaptant au passage à la mode du libéralisme économique.
Une controverse institutionnelle en terme de gestion et de contrôle de
territoires.
Les institutionnels, face à une telle ouverture, ont balisé le chemin
des propositions de projets. Les consignes et conseils se sont ainsi multipliés et
établis en couches successives. De nombreuses circulaires d'application ont été
produites tant au niveau des services du Ministère que des services de l'établissement
public national : la Caisse Nationale d'Assurance Maladie. En terme de textes de
références, en avril 2000, étaient parus pas moins de quatre articles de loi
différents, quatre décrets, treize circulaires auxquelles se sont ajoutées les
différentes lettres-circulaires périodiques des différentes Caisses Nationales de
l'Assurance maladie, (soit de manière autonome soit de manière commune).
Pour le respect de son monopole d'intervention et de gestion sur le
champs des soins ambulatoires (la médecine de ville), la Caisse nationale de l'Assurance
Maladie a maintenu son droit de regard.
Ses services comme le conseil d'administration ont établi une grille
de présentation des projets et collaboré à l'élaboration d'une doctrine interne. Pour
cette institution, les trajectoires des patients au sein des réseaux doivent être plus
lisibles cest à dire contrôlables en terme de qualité et defficience
économique. Les interventions de l'un ou l'autre professionnel de santé doivent être
motivées, les prestations dérogatoires cernées, les contenus des coordinations mieux
définis et la prise en charge optimisée par une considération sociale identifiée. Des
limites ont été ardemment signalées à l'Etat lui-même : à savoir ne pas lier les
expérimentations avec loctroi de dépenses dérogatoires au droit commun afin
d'éviter un glissement dangereux des dépenses de santé et à terme un éclatement
général du système, sans favoriser aucunement sa reconstruction.
Au sein du Ministère, pour la Direction des Hôpitaux, la
prolifération des réseaux de soins sur le champ hospitalier a également posé question.
Elle la amenée à revoir les termes même de sa mission de
contrôle du secteur de loffre de soins. Si elle a apprécié le mouvement d'origine
vers les premiers réseaux de soins comme une activité militante de "soignants"
convaincus, elle a perçu que la loi lui donnait alors un moyen d'établir un contrôle
plus institutionnel. Elle a considéré que les premiers faiseurs de réseaux, au travers
de la nouvelle procédure légale, cherchaient non seulement à bénéficier du
"label au niveau national à contenu politique et scientifique" délivré par le
Comité dOrientation des réseaux et filières de soins (dit " Comité
Soubie ") mais aussi, à reconfigurer leurs actions passées sous le terme de
projets. Manière également commode pour les solliciteurs dobtenir par cette voie
des dérogations nécessaires en terme de tarification afin de poursuivre plus aisément
les activités anciennes de soins et de prévention.
Dans ce mouvement, la Direction ministérielle a donc vu une
dénonciation de la réglementation hospitalière et la nécessité pour elle de reprendre
la main.
| "Inquiétudes hospitaloscentristes et ministérielles "
Une note du Ministère décrivait en 1998 le mouvement
démergence des réseaux comme une menace de l'hôpital sur ses structures
traditionnelles par - dit-elle- "un nouvel environnement avec lequel il doit
falloir composer". Elle a perçu la nécessité de : "déterminer le
point critique en deçà duquel la collaboration entre médecine de ville et hôpital doit
être encouragée et (...) louverture de lhôpital favorisée (...), le point
au-delà duquel le niveau de technicité de lintervention rend nécessaire la
fermeture de lhôpital à lintervention extérieure, même si les
articulations entre intervenants médicaux doivent y trouver un support. Il sagit de
reculer les murs étanches de lhôpital et de définir leur implantation ".
"Au-delà des travaux techniques possibles (...) il apparaît quà terme est
remise en cause notre organisation administrative et notamment la séparation entre
lambulatoire et lhospitalier (cest à dire, il faut en être conscient,
entre CNAMTS et Etat, et entre niveau central et niveau régional). Il sagit donc
également de ladaptation de notre organisation ministérielle et régionale. De ce
fait, il convient que lEtat se donne vite les moyens de la maîtrise de ces
évolutions et entame ainsi une évolution approfondie sur les voies et les moyens de
cette maîtrise". |
Un nouveau terrain d'exercice professionnel
Le 4 mai 2000, le journal "Le panorama du médecin " titrait
ainsi son dossier du jour "le généraliste dans la jungle des réseaux". Il
rapportait que pour un médecin généraliste en Charente Maritime et coordinateur
dun réseau de toxicomanie, "les réseaux, cest la tarte à la crème,
cela part en tous les sens". Et linvestigateur de noter : "Effectivement,
entre les réseaux fonctionnant comme un carnet dadresses, simple échange
relationnel entre des confrères se téléphonant de temps en temps et les échanges au
sein de réseaux organisés, avec un secrétariat, un budget, un règlement intérieur,
des activités de formation et de recherche, le paysage est varié et les entités très
différentes."
De nombreux observateurs à l'époque notaient que laction
normative de lEtat avec le label de lavis de la Commission Soubie et
lagrément issu des procédures succédant à lOrdonnance davril 96, ne
répondait pas aux souhaits de définition et de reconnaissance des formes portées par le
terrain. Ainsi pour le coordinateur National des Réseaux, généraliste à Saint Denis et
activiste de la première heure pour (selon ses termes ) "résoter", le
réseau : "Cest tout simplement la mise en relation de plusieurs
professionnels de santé sur litinéraire dun malade sans aucune notion de
hiérarchie". Mais, précise-t-il, "si le phénomène nest pas
nouveau, ce qui est nouveau aujourdhui cest la volonté de se former ensemble
et de prendre en charge des malades souvent laissés pour compte par la société".
Dans cette vision, le réseau de soins est considéré comme une forme
nouvelle rompant dune part lexercice solitaire de la médecine. Il
sajuste au besoin de prendre globalement le malade dans son environnement, son
quotidien, sa culture, avec une préférence pour "les laissés pour compte du
champ social". Que le réseau soit dédié à la prise en charge de cette frange
de la population sociale devient une opinion qui se propage. Elle est la conviction du
spécialiste des beaux quartiers qui pense le réseau socialement utile mais
irréductiblement étranger à sa pratique quotidienne. Elle est aussi celle du médecin
hospitalier qui y voit l'opportunité d'ajouter à son champ d'intervention un peu de
fonction humanitaire, sans éloignement lointain. La forme du réseau viendrait ainsi à
point pour doper l'action traditionnelle de la charité à l'hôpital.
Mais la communauté des professionnels de santé n'est pas unitaire.
Les différentes visions sur les réseaux se spécifient tour à tour, entre le médecin
de proximité, le pharmacien de ville, le spécialiste expert. Le ralliement progressif
des pharmaciens dofficine, tiendrait ainsi à la recherche dune autre image
que celle de "vendeurs de médicaments ou de distributeurs de boîtes". Les
infirmières quant à elles, seraient séduites par un cadre privilégié dexercice
leur permettant de revaloriser un rôle dintermédiation entre les prescripteurs et
le patient. Se rallieraient également à cette forme collective de dispensiation de soins
des travailleurs sociaux, des enseignants, des éducateurs, confirmant ainsi que le
réseau de soins constitue bien un nouveau lieu dintervention sociale, à coté de
lintervention médicale. Resteraient encore sceptiques sur ce mode d'exercice
professionnel les masseurs kinésithérapeutes et les nouveaux médecins sinstallant
sur le marché. (Interview du Président de la CNR, D. M., le 27 avril 2000).
" A
titre individuel, des professionnels de santé avouent leurs difficultés à
s'engager ".
L'activité des réseaux serait lourde et accomplie " dans
une solitude écrasante " dit une femme médecin généraliste à Paris (Mme
F. H.). Ainsi témoigne-t-elle : " Jai participé à la création dun
réseau douleur. Il a fallu tout inventer. Le généraliste qui veut monter un réseau
doit tout faire bénévolement. Rien nest fait pour nous encourager. Cest
complètement contradictoire". Ailleurs, en Corrèze, un jeune médecin
coordonnateur dun réseau de soins en oncologie, recruté pour être
linterface entre lhôpital et le secteur ambulatoire, à sa prise de fonction,
marque sa crainte : " intermédiaire entre les spécialistes du service
Oncologie de lhôpital et léquipe soignante de proximité composée par
linfirmière, le généraliste et le pharmacien que devient mon métier en
labsence de contact privilégié avec le malade du réseau et sans possibilité
dexercer directement auprès de lui mon expertise ? " Là, un autre
médecin, coordonnateur dun réseau de soins de fin de vie, décline les limites
physiques et morales de son action, sans soutien ou relais, au delà de trois ans d'une
activité de proximité entre les patients, leurs familles, les experts du médical et les
intervenants sociaux. |
Un lieu de négociation et de commerce sous la loi économique
Pour lindustrie pharmaceutique, le point de vue de prise en
charge du patient sajoute au seul besoin de la mise à disposition de produits,
autant pour le diagnostic que pour le traitement de telle ou telle pathologie des
patients. Toute la complexité de cette prise en charge est maintenant comprise et
entendue dans un environnement global. Dans ce mouvement, chaque laboratoire se positionne sur une même
stratégie : dune part, vis à vis des pouvoirs publics, pour mieux justifier
lutilité médico-économique de son chiffre daffaires. Dautre part, le
mouvement de concentration sans précédent que va subir le secteur pharmaceutique ces
prochaines années, impose de ne pas rater cette ouverture et de se situer fortement sur
cette ligne par rapport aux concurrents.
Les données nouvelles accessibles par linformatique, sont de
nature à consolider des argumentaires auprès des autorités sanitaires pour tel ou tel
produit. Elles éviteront du même coup des études ad hoc fort coûteuses. Le travail en
réseau se perçoit alors comme une bonne solution de mise au point et d'emprise sur le
marché.
Un lieu d'humanité et de reconnaissance pour les malades
Lémergence dun patient responsable qui doit faire face
dans la durée, à son quotidien, tout en étant porteur dune affection chronique,
rompt avec le statut de malade passif et soumis. Ainsi le malade atteint dun cancer
et qui décide de "se battre" se place immédiatement face aux médecins en
interlocuteur dynamique, désirant être tenu au courant de toutes les phases de la
maladie, de toutes les décisions thérapeutiques, avec une connaissance exhaustive de
tous ses impacts économiques et sociaux. Les séropositifs qui se comportent en militants
actifs, et qui décident de participer à des essais thérapeutiques, se constituent en
groupe de pression politique dont l'Etat doit tenir compte dans ses désicions des mises
sur le marché de thérapies accessibles dans dautres pays.
En "saidant eux-mêmes en aidant les autres" selon la formule des Alcooliques anonymes, les associations de patients bousculent depuis
ces dernières années le jeu du colloque singulier patient/médecin. La mise en place des
réseaux de soins devient pour elles un nouveau champ de bataille et de conquête. Très
vite certaines se sont proposées à la gestion de réseaux de soins, manifestant une
volonté d'intervention au-delà de leur reconnaissance institutionnelle, pour être à la
fois gestionnaire et partenaires d'un type d'actions de santé plus personnalisé. Cette
intention passe par la gestion et la distribution des fonds alloués par elle-même, selon
ses propres critères de choix. Bien des réseaux de soins ont ainsi adopté des
notions dincitations voire dintéressement financier pour que la personne
malade adoptent des actions déducation et de prévention.
Un lieu dinvestissements opportun pour les offreurs de nouvelles
technologies informatiques de communication
Peut-on imaginer le réseau sans résonances entre économie,
organisation et technologies ? Progressivemment les offreurs de service
s'intéressent aux réseaux de soins mais ils le font encore avec crainte car leurs
expériences passées sur ce secteur ont souvent été improductives voire
contestées
Et pourtant le réseau de soins relance le débat de la pertinence des
technologies de communication. Autour du patient, les relations entre les intervenants des
soins sont en effet nombreuses. Elles concernent l'infirmière, la pharmacie, le médecin
mais aussi d'autres prestataires de services sociaux : l'aide ménagère, le service de
portage de repas. Pour des fins de surveillance du patient, de nouveaux services
technologiques apparaissent comme la télésurveillance à distance, les alarmes, les
dispositifs dappels. Si les télécommunications sont l'outil par excellence qui permet de
relativiser les distances et marquent autant la modernité que le dynamisme, le prêt à
porter de "technologies avancées" sur ce type dorganisation du soin de
santé reste pourtant à concevoir et à tester. Leur réussite sur ces niches de travail
est liée autant au souhait dengagement des promoteurs quaux financeurs
publics ou privés possibles, toujours soucieux de rentabilité économique à court
terme. Même si les organismes de sécurité sociale ou lEtat se déclarent pour une
politique de maîtrise des dépenses de santé et de qualité de services de l'offre de
soins, en évitant la redondance des actes médicaux, en soutenant l'accueil du patient
dans le système de soins, l'engagement vers des investissements en terme
dinfrastructure technique reste calculé au cas par cas. Mais, au-delà de la communauté des professionnels, pour attirer
linternaute friand dinformations médicales, les sites abondent de conseils
médicaux, dimages scientifiques didactiques, prodigués par des médecins
rémunérés. Ces actions sont souvent faites en accord avec le Conseil de lOrdre
qui fixe les règles du jeu. Certaines sociétés font le pari du "dossier
patient" comme intermédiation nécessaire entre le patient et ses différents
praticiens tout le long de lhistoire de sa vie. Dautres choisissent le
créneau des quarante maladies chroniques qui représentent 80% des dépenses de
lAssurance maladie.
Sur ce socle, ces sociétés développent des programmes
daccompagnement de ces maladies, pour responsabiliser le malade dans sa prise en
charge. Si elles s'engagent en relation étroite avec les professionnels de santé, elles
associent également les organismes assureurs et lindustrie pharmaceutique. Ces
initiatives, tout comme lidéologie galopante du net, concourent à des effets de
mutation et de changement d'attitude vis à vis des nouvelles technologies de partage
d'information.
| " Les
internautes patients "
La multiplication des sites sur le web font glisser de plus en plus
le patient vers un rôle de consommateur de diagnostic et de préconisations interactives,
sans tiers physique professionnel. Cette technologie communicationnelle stimule ainsi les
esprits: elle les entretient dans lespoir de saffranchir là aussi, des voies
hiérarchiques pesantes, de dépasser les frontières des territoires de savoirs
réservés et de céder la place à un dialogue égalitaire. |
Dans ce nouveau maillage du territoire de la Santé et de la maladie,
des ensembles de logiques et de motivations se lient et se délient.
Dans un univers déficitaire en terme de compétence globale et de
légitimité incontestée, le réseau de soins est devenu un nouveau lieu d'utopie
sociale.
Avec la récente mesure de généralisation des réseaux, l'Etat s'est
doté d'un outil et de marges d'observation favorables car la
"transdisciplinarité" est longue à mettre en place. Avec cette forme
d'approche des soins, il délocalise par ailleurs, les possibilités de médiation. Pour
chaque acteur impliqué, le réseau donne à voir également ses mutations internes.
Chacun a en effet conscience qu'il doit désormais se situer au-delà même de la maladie
et de son risque, sil tient à conforter son assise d'intervention voire approfondir
son emprise sociale. Certes, le concept de la qualité des soins associé à la contrainte
économique ont initialisé le mouvement et ont su à point se justifier au travers de
cette organisation réticulaire. Mais, au-delà, le problème nest même plus tant
de dégager les moyens de réparer un dysfonctionnement ou d'éradiquer la maladie que de
proposer de nouvelles habitudes de vie et de consommations.
| LE TEXTE FONDATEUR
Le texte de l'ordonnance du 24 avril 1996 (Titre III " :
Coordination des Soins ; Chapitre 1er : Filières et Réseaux de soins") ouvre en ces
termes la voie nouvelle : "Pendant une durée de cinq ans à compter de la
publication de l'ordonnance, des actions expérimentales sont menées dans le domaine
médical ou médico-social sur l'ensemble du territoire, en vue de promouvoir avec
l'accord du bénéficiaire de l'assurance maladie concerné, des formes nouvelles de prise
en charge des patients et d'organiser un accès plus rationnel au système de soins ainsi
qu'une meilleure coordination dans cette prise en charge qu'il s'agisse de soins ou de
prévention". |
LES APPROCHES LUCRATIVES
Pour les Assurances privées ou les promoteurs privés, le réseau de
soins est un espace démonstratif d'une autre gestion. Lentreprise de santé ou
"en santé" que serait le réseau de soins désignerait ainsi un lieu et un
lien intermédiaire entre la circulation continue et son contraire, un paradis de
léchange généralisé mais aussi un renforcement du contrôle et de la
surveillance pour des objectifs déterminés. La proposition en termes contractuels pour
l'entrée dans le réseau autant pour l'adhésion du patient que des professionnels de
santé favorisent l'établissement des règles nouvelles. Elles sont assorties d'avantages
mais aussi de sanctions. Délibérément le discours d'intervention, avec la caution même
du Conseil de lOrdre des Médecins, favorise désormais le mot "client",
préféré à celui de "patient". |