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Numéro 46
Reportage
Solde dans les CPAM
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Soldes dans les CPAM : Comment en est-on arrivé là ?
Gérard Arcéga
LAssurance maladie est une technostructure lourde, empêtrée
dans une gestion politico-syndicale dautant plus difficile quelle se heurte à
dautres forces de pression tout aussi puissantes quelle : les
professionnels de santé, lhôpital, les assureurs complémentaires,
ladministration, les partenaires sociaux eux-mêmes. Cette situation a tendance à
créer ce quon a appelé une mentalité finalement assez compréhensible de
" citadelle assiégée ", et la tentation est forte de se réfugier
dans un système de valeur. Les idéaux prônés par lInstitution ne sont pas
condamnables par eux mêmes, ils méritent même le respect, puisquil sagit de
la solidarité entre générations, de léthique du service public, et du respect
humaniste des personnels. Mais il arrive là comme ailleurs, que les idéaux se
cristallisent en idéologies, et le risque est grand alors de ne gèrer plus une
réalité, mais des principes.
INFORMATIQUE : LA TENTATION DE LA DERIVE DOGMATIQUE
Linformatique de lAssurance maladie doit porter une grande
ambition dans le domaine de la gestion du risque, qui est en elle même louable, mais
qui, accompagnée dune liturgie, le " perfectionnisme
statistique ", peut dériver en dogme de gestion. Certes, la centralisation,
cest un peu le pêché mignon des organismes nationaux, qui bataillent ordinairement
contre les systèmes locaux ou régionaux. Pourtant, deux doigt de contradiction ont
parfois leur vertu. Mais dans le cas de lAssurance maladie, la centralisation
saccompagne dun souci de gérer le risque qui a peut-être un peu trop pris le
pas sur celui de gérer la production, et par conséquent sur la qualité du service.
Il faut gérer le risque : cest une sainte obligation, au point que la
Cnamts voulait naguère, obliger les caisses à basculer chaque année 1% de leurs
effectifs sur la fonction GDR.
Par ailleurs, il faudrait imposer Sesame Vitale, et donc on a interdit aux Caisses de
mettre en place des scaners, ce qui aurait été contraire au dogme, en foi de quoi
aujourdhui on est obligé den distribuer en catastrophe dans toutes les
caisses.
On a, à une certaine époque, un peu trop sacrifié à une certaine conception de la
GDR : il fallait des fichiers parfaits, des statistiques idéales. Un instant de
lucidité a malgré tout amené la CNAMTS a proposer un logiciel de saisie rapide
(dénommé PPN) pour les dossiers simples, peut-être sous la pression de la concurrence,
celle du modèle régional SOS distribué par le CTI de Nice. Mais pour le reste, on a
semble-t-il gaillardement sacrifié à la mode des modèles dit " de copie
conforme ", et PROGRES sous ses deux livraisons successives (PPNA pour les
prestations en nature fin 1999, et Progrés pour les prestations en espèces au début de
2001, ont imposé aux caisses une saisie riche mais lente, comportant jusqu'à 30% de
" cellules actes " en plus à entrer dans les fichiers. On a ainsi
obligé les organisme à saisir " ligne à ligne " les actes
infirmiers par exemple (et non plus avec une simple date dentrée et de fin), ce qui
constitue effectivement des séries impressionnantes. Tout cela en principe pour mieux
suivre lactivité des professionnels en question. Mais les dépenses des
intéressés ont-elles diminuées pour autant ? Les plus belles statistiques du monde
sans le pouvoir dagir ensuite ne servent pas à grand chose.
Comme un malheur ne vient jamais seul, on a eu droit à quelques gâteries
supplémentaires : la nouvelle feuille de soins (voir notre page rouge), sans parler
de lobligation faite aux médecins de motiver médicalement les arrêts de travail.
Naturellement, ces derniers résistent, on ne prendra jamais aucune sanction, et de plus
tous les français ne sont pas égaux puisque le système nest pas évident à
mettre en oeuvre dans certains régimes. En attendant, la gestion fantasmatique des
" grands principes " met la panique dans les caisses, qui se
retrouvent avec des milliers de feuilles de soins inexploitables, et qui courent après
les arrêts de travail qui se promènent entre les services administratifs et ceux des
médecins conseils.
A partir de là, les caisses ont éclaté en deux groupes : celles qui étaient en
sureffectif, ou qui avaient proportionnellement conservé beaucoup de personnel liquidant,
ou qui ont peu de CMU, ou qui ont un modèle informatique local et une organisation
productiviste, sen tirent plus ou moins bien, selon quelles cumulent ou pas
plus ou moins de ces caractéristiques. Celles qui ont fait des efforts en coût de
gestion, qui ont mis du monde sur la qualité de service, qui ont beaucoup de CMU, ou qui
ont un rapport de liquidateur liquidant défavorable, sans parler des performances des
centres informatiques, et qui ont plus ou moins cumulé ces facteurs défavorables, se
sont évidemment trouvées en grandes difficultés. La qualité du management a plus ou
moins compté dans ce partage, aggravant la situation ou au contraire limitant les
dégâts. Cest surtout sur la sortie de crise que le management se juge, selon
quon senfonce dans des difficultés structurelles, ou quon trouve les
capacités de se réorganiser pour sen sortir.
Là encore, quand on parle de gestion dogmatique, on ne plaisante pas : il y a des
procès verbaux de Commissions nationales des directeurs datant de quelques années, où
on accuse les directeurs qui usaient alors de logiciels de saisie rapide pour les dossiers
simples " de prendre des risques graves mettant en cause la qualité des
fichiers ". Il est stupéfiant de constater combien un dogme peut détruire tout
esprit critique, car on ne peut que se perdre en conjecture de voir prendre pour argent
comptant une assertion qui na pas le moindre soupçon de réalité objective. Les
logiciels développés par des CTI ou des caisses (à lépoque Toulouse et
Montpellier), avec peu de moyens pourtant, mais plus productifs et proche du terrain que
les logiciels nationaux, se sont vus condamnés sans appel, alors quon aurait
peut-être pu au moins sen inspirer. Au demeurant, le dogmatisme pourrait encore à
sévir aujourdhui, à propos des intranet, des logiciels clients et des systèmes
dinformation locaux.
Il faut évidemment faire de la gestion du risque, ne serait-ce que pour contenir
autant que faire se peut la folle dérive des dépenses. Mais dans le contexte
libéralo-laxiste du système (liberté absolue de consulter et de prescrire, dispersion
des responsabilités hospitalières), on exige quand même un peu des caisses de vider le
tonneau des danaïdes : il faudrait pouvoir dabord réguler loffre.
Cest ce que la Cnamts a tenté de faire avec par exemple son Plan Stratégique
infirmier, avec les difficultés que lon connaît. Mais il effectivement sans doute
plus intéressant pour tout le monde de bâtir un PSI (malheureusement bloqué par le
Ministère à cause des manifestations dune minorité de la profession) que de
sépuiser à saisir ligne à ligne tous les actes, pour constater que
.certains
professionnels se sont adaptée aux " quotas " en travaillant toujours
autant, mais à mi-temps ! A-t-on les moyens juridiques de sanctionner cela ?
Quant à lopposabilité des statistiques, les syndicats des professionnels de santé
contesteront TOUJOURS les chiffres de lAssurance maladie, même quand ils seront
parfaits, car cest un combat politique et médiatique, beaucoup plus que technique.
Les caisses se feront beaucoup plus sûrement manger par le grand loup privé parce
quelles ne sont pas capables de rembourser et daccueillir dans des délais
décents, que parce quil y a du déficit. Or on a semble-t-il un peu sacrifié le
service à la GDR. Dailleurs le service nétait pas, il y a peu, une priorité
nationale, ce sont des Cpam qui ont lancé les premières chartes dusagers.
| Le dogme du
" ligne à ligne "
Depuis la mise en uvre de Progrès, les caisses sont dans
lobligation de saisir les actes des infirmiers " ligne à
ligne ", en reprenant tout le détail des actes, et non plus en se limitant à
une date de début et une date de fin. Lobjectif est de pouvoir reconstituer les
journées dactivité des professionnels, afin de détecter les abus. Cette saisie
est très lourde : elle était facultative dans lancien système, et des
caisses qui sy étaient risqué avaient vu immédiatement leurs soldes grimper.
Elles ont donc vite abandonné. Dune certaine façon, on était donc prévenu.
Las ! On a imposé ladite saisie malgré cela, et le résultat ne sest pas fait
attendre.
Lobjectif nest pas déraisonnable. Mais faut-il
dégrader le service à ce point pour les abus de quelques professionnels, qui
nécessiteront de toute façon des procès peut-être perdus davance, et qui
dureront des années ? Ne pourrait-on se limiter à une telle saisie pour ceux qui
paraissent méritent cette attention ? Dans ce domaine, la mise en place du Plan de
soin infirmier proposé par la Cnamts (hélas remis en cause par le Ministère) paraît
être une approche plus constructive, car il sagit alors de résoudre le problème
à la source, et non de le sanctionner à larrivée. |
UNE GRH GENEREUSE MAIS DANGEUREUSE ?
LInstitution a par moment une fâcheuse tendance à mettre ses objectifs au
service de sa GRH, faisant ainsi le contraire de ce quil faudrait faire. A à vrai
dire elle nest pas la seule, cest même plutôt la mode, les délires des
gourous donneurs de leçons et les prétentions des sociologues de salon ont conforté
bien du monde dans cette attitude. On ne se demande pas du tout si les assurés sont bien
servis, mais si ses cadres " sont en situation dautonomie et de
responsabilité ", et si on a fait ses " entretiens
dévaluation " : laccessoire a pris le pas sur
lessentiel.
On a donc a un moment prôné la polyvalence absolue : Cétait la mode. Mais
enfin, a-t-il été bien raisonnable daller jusquà sommer le liquidateur
(pour son bien) de tout faire à la fois : liquider dune main, répondre au
téléphone de lautre, gérer le risque (la GDR ne pouvant être que
" partagée " ), accueillir et même chercher les archives, car
cette importante fonction de doit en aucun cas être confiée à ce quon appelle
" une petite main ", ce qui serait éminemment stigmatisant. La
qualité du service à lusager est dans ce cas considérée comme un sous produit
évident dune saine gestion des ressources humaines. Limportant est de ne pas
tayloriser les tâches du technicien.
Quand on parle de GRH à caractère parfois " idéologique ", on ne
plaisante pas avec les mots : Il y a quelques années, un directeur délégué de la
Cnamts sétonnait avec agacement que des caisses sortent le téléphone des services
pour le mettre à lécart. Il ny a pas si longtemps, les directeurs qui
utilisaient des logiciels de saisie rapide se faisaient littéralement agresser pour crime
de lèse GRH, au motif quils faisaient faire à des liquidateurs (voire même,
comble de lhorreur à des CDD) des tâches dégradantes. Il y a dailleurs
quelque chose de pathétique dans le spectacle du jour : la plupart des caisses sont
aujourdhui contraintes daligner des bataillons de CDD devant des théories de
micro ordinateur pour saisir en batterie des milliers de feuilles de soins en retard,
généralisant ainsi sous la contrainte du réel ce quon condamnait il y a peu chez
quelques uns au nom des grands principes.
La dérive nest dailleurs pas propre à la Branche : en URSSAF comme
en CPAM, les deux caisses les moins chères en coût de gestion, et les plus à jour dans
leur dossier (condition première de la qualité du service) sont Montpellier pour
lAssurance maladie, et Strasbourg pour le recouvrement. Elles appliquent toutes les
deux des méthodes pragmatiques dorganisation des tâches, et nhésitent pas
à spécialiser ce qui doit lêtre. En laissant de côté les opinions que chacun
peut avoir sur la personnalité des dirigeants concernés, qui relève du jugement
personnel et de la liberté de chacun, on doit pourtant constater les performances.
Dans le numéro dELAN SOCIAL 23, on avait déjà confronté les points de vue de
Daniel Bertin, directeur de la CPAM de Montpellier, et celui de Claude Delaveau, qui
était un des grands directeurs de la Branche maladie, et qui mérite parfaitement
lestime que lui portent ses collègues. On retrouvera dans notre encadré quelques
uns des propos de lépoque.
Il est évidemment plus simple de réécrire ce quon aurait du faire, encore que
dans ELAN SOCIAL on a toujours écrit la même chose. Mais il fût un temps où la Branche
était traumatisée à lidée des milliers demploi perdus pour cause de Sesam
Vitale. On a donc essayé danticiper, de rechercher des solutions et des nouveaux
métiers, ce qui ne peut être reproché à des gens responsables. Mais dans cette
histoire, le souci de la situation du liquidateur a parfois passé avant celui du sort de
lAssuré..
UN DEBAT QUI NEST
PAS NOUVEAU. ELAN SOCIAL N° 23 (1994) : Extraits :
" ES : Claude DELAVEAU, tu es léminent représentant, pour ne pas
dire le symbole dune certaine idée de lassurance maladie. Il paraît
quil y aurait dans la Branche des gâcheurs de métiers. Quentends-tu par
là ?
CLAUDE DELAVEAU : Sur le plan qualitatif dabord, jai la conviction
quil faut défendre une certaine idée du métier. Il faut dépasser le stade de
simple payeur. Gâchent le métier ceux qui réduisent leur approche à une simple
procédure industrielle, donc au simple paiement. (
)
Il y a des méthodes pour assurer une production rapide, dont le moins quon puisse
dire, est que leur ambition première nest pas dépanouir les agents.
ES : (
) Pourquoi y-a-t-il dans les Caisses primaires une opposition quasi
théologique à des logiciels de saisie allégée tel que SOS ? Nest-ce pas, au
moins un mal nécessaire ?
CLAUDE DELAVEAU : Ce nest ni un mal, ni nécessaire. Ce nest pas un mal,
si cela correspond à des besoins, si cest un outil adapté pour seulement gérer
des " pointes " comme on le fait à Avignon. Il ne faut pas en faire
un outil dutilisation courante, mais sen servir quen cas de fièvre. Ce
type de logiciel ne permet pas, par exemple, denrichir les fichiers. Ce ne serait
pas nécessaire si loutil de travail ordinaire était adapté. Nous avions
dailleurs, à une époque, réfléchi à la possibilité davoir, sur les
écrans LASER une deuxième grille de saisie simplifiée, puisquil est vrai que 80%
des dossiers sont des dossiers simples. " |
| LES SUREFFECTIFS APPELENT TOUJOURS PLUS DE
SURREFECTIF ET DE DESOLATION
Contrairement
à une idée reçue, augmenter les effectifs ne fait quappeler dautres
embauches, et crée beaucoup plus de difficultés que cela nen résout. Quand il y a
trop de monde en effet, il faut bien occuper les gens. Personne sur terre ne peut
supporter de passer le plus clair de ses jours à une occupation inutile et socialement
non reconnue : cest humain. Un service en sureffectif va donc immédiatement
créer des tâches perçues comme indispensables, mais qui constituent en réalité des
freins bureaucratiques ; inévitablement, le service au public se dégrade, car les
obstacles se multiplient. Comme il faut bien gérer cette bureaucratie supplémentaire et
ses effectifs nombreux, la logistique à son tour réclame des effectifs
supplémentaires : Une caisse moyenne gère son ASS ou son personnel avec moins
dune dizaine dagent, alors quil est courant de voir dans les grands
organismes des services GRH de plus de 60 personnes.
Quelques temps après, des organisateurs ou un
nouveau cadre viennent doctement expliquer aux agents que ce quils font est inutile,
quil faut réorganiser et diminuer les effectifs, ce qui est une inacceptable marque
de mépris, car ceux qui se trouvent dans cette situation nen sont pas
responsables : il a bien fallu quils se trouvent quelque chose à faire qui
assure leur insertion dans une communauté professionnelle. Le temps de la désolation
commence. Pour une entreprise privée, cest le temps des licenciement économiques.
Tout ceux qui, cédant à la pression, augmentent
inutilement des effectifs, prennent une responsabilité grave pour lavenir.
Lennui est que ce nest généralement pas eux qui en subiront les
conséquences, car cette dérive est toujours le résultat des années de vaches grasses,
et ce sont les successeurs, qui gèrent la désolation, et qui sont eux accusés des
conséquences. |
LA MOBILITE CEST LIRRESPONSABILITE
Il est intéressant de voir les articles de la presse, notamment lun deux qui est
paru dans Espace social européen, à propos de la situation des caisses : personne
na lair de comprendre comment on peut, à lère de la carte Vitale, se
retrouver dans une telle situation, digne des années 70 : des caisses avec des
millions de dossiers en retard, cest la faute à lordinateur ou à la CMU
(donc cest la faute des pauvres !), cest la faute aux caisses, au
personnel pourquoi pas ?
Sont responsables ceux qui détiennent la responsabilité, ceux qui ont décidé
dimposer aux caisses des paris risqués : interdire les scaners, et imposer des
modèles de saisie aussi peu productifs en supposant que les gains Vitale seraient au
rendez-vous avant lan 2000 et avant lEuro, cétait quand même un peu
osé, surtout si on mesure les gains Vitale restreints aux médecins (voir notre
encadré). Certes, il y a de fortes circonstances atténuantes : pris par
léchéance de lan 2000 une première fois, puis par celle de lEuro une
deuxième fois, on bien du se résoudre à mettre en place un peu prématurément des
modèles informatiques qui étaient prévus pour être diffusés dans une situation de
gains de productivité plus importants.
La mobilité, cest un gage dirresponsabilité : on prend des
décisions, puis on va exercer ses talents ailleurs, ou on est plus Ministre. Les
directions des caisses, qui elles sont restées sur le terrain, assument les retards, les
grèves, les relations avec la presse, les conseils dadministrations et les
syndicats. Merci pour elles.
| VITALE :
QUELLE BONNE STRATEGIE ?
Quand on
a lancé la carte Vitale, on a considéré à lépoque quil fallait commencer
par les médecins . Etait-ce une bonne décision ? On peut se poser la question.En effet, non seulement les médecins sont les plus réticents, mais
de plus ce sont ceux dont on pouvait se passer grâce au Scaner : ce sont deux
que viennent les feuilles de soins les plus simples, qui sont le plus facilement
industrialisables. On aurait donc pu les " cerner " :On la déjà écrit dans ELAN SOCIAL, la difficulté de la
carte Vitale est labsence de tiers payant : un pharmacien qui fait du tiers
payant a par construction intérêt à télétransmettre, car il fait une opération de
facturation de ses fournitures à lassureur de son client. Il est donc motivé pour
le faire vite et bien, et de fait cest ce qui se passe. Un médecin déjà payé par
son patient, a pour sa part effectivement limpression de télétransmettre pour le
bien de la caisse et non pour le sien.Mais il existe dautres professions qui font beaucoup de tiers
payant, dans le cadre des affections de longue durée, ce sont les paramédicaux. Les
infirmières notamment, font déjà beaucoup de télétransmission soit sur micro, soir
sur minitel grâce au logiciel de télécollecte développé par la caisse de Nice. Or ce
sont justement ces actes qui sont les plus lourds en saisie, notamment depuis quon a
imposé aux caisses la saisie dite " ligne à ligne " pour les actes
infirmiers.Une démarche peut-être plus efficace aurait consisté à commencer
donc par les pharmaciens et les paramédicaux qui avaient pour leur part une motivation
réelle pour adhérer à Vitale ; pour les caisses, le gain en productivité aurait
été beaucoup plus importants, dautant que sy serait ajoutés naturellement
les 10 à 20% de remboursements pharmaceutiques qui sont encore hors tiers payant. La
plupart des professions médicales auraient alors été en EDI, seuls seraient restés les
médecins, à légard desquels les caisses auraient été beaucoup plus en situation
de force, puisque leur production serait dématérialisée pour les uns, et scanérisable
pour les autres.
Au lieu de cela, on a attaqué prioritairement et frontalement les
médecins, qui ont exigé et obtenu un paiement pour télétransmettre, que naturellement
tous les autres professionnels maintenant réclament, y compris les pharmaciens, qui
pourtant télétransmettaient gratuitement depuis des années. Et beaucoup de
paramédicaux attendent encore avec impatience leur carte Vitale. Les caisses aussi. |
QUEL AVENIR DESORMAIS ?
Le choc est rude : passé
lan 2000, alors même quon a lancé Vitale, on annonce 14 millions de feuilles
de soins en stock. Lélectrochoc est dimportance. Que sest-il donc
passé ?
Les effectifs sont impressionnants, les modèles informatiques
sophistiqués, la gestion des ressources humaines est particulièrement attentive au sort
des agents, et pourtant, on se retrouve tout à coup dans lobligation
dembaucher des emplois précaires et dinstaller en catastrophe des scaners
pour assurer la production de base. Le constat est cruel.
Il y a certes un problème de décalage dans le temps, lan 2000
et lEuro ayant précipité la montée en charge de modèles de saisie dits
" de qualité ", mais peu productifs, et les combats darrière
garde dune partie du corps médical ayant ralenti la montée en charge de Vitale.
Il y aussi une stratégie un peu risquée, qui a sacrifié la
productivité à la GDR, en pariant sur des gains qui ne sont pas immédiats, et qui sont
de toute façon limités tant quon sen tient aux seuls médecins. Le problème
est devenu structurel : quoiquon dise dans certains services de la Cnamts, si
la productivité saméliore au bout de quelques temps sur tout nouvel outil
informatique, il nempêche que les performances antérieures sont perdues. Certes,
après quelques mois, les caisses semblaient avoir " digéré " la
version prestations en nature de Progrès. Mais il a suffit dajouter la version
prestations en espèces pour les difficultés ressortent immédiatement, et que remontent
à la surface la partie invisible de liceberg qui elle nétait pas
résorbée : les réclamations non traitées, les courrier en attente, les
régularisation non faites, bref, tout ce qui nest pas compté dans le stock des
feuilles de soins en souffrance.
Il y a enfin une politique de gestion des ressources humaines qui a
pris le pas sur lattention quon doit porter au service rendu. La polyvalence
à tout prix ne fait pas forcément des techniciens heureux, et encore moins des assurés
satisfaits. Entre les " gâcheurs de métier " dont parlait Claude
DELAVEAU, qui veulent industrialiser la production, et ceux qui croient que faire de la
GRH cest faire de la gestion, il y a une juste mesure : comme le reconnaissait
Claude DELAVEAU, 80% des dossiers sont des dossiers simples. La mise en uvre des
plateformes de services téléphoniques a démontré quen effet des agents
récemment recrutés peuvent assurer plus de 80% des réponses aux assurés. Il faut bel
et bien industrialiser cette partie, pour que les techniciens puissent traiter les
dossiers complexes.
Encore faut-il remettre les priorités dans le bon ordre : il faut
rembourser vite et bien, accueillir convenablement, répondre au téléphone et traiter
les réclamations avant tout chose.
Il faut dabord assurer le service, puis faire de la GDR, et enfin et seulement
ensuite, se demander quelle GRH permettra datteindre ces objectifs.
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