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Numéro 48
Interview de Christian Rollet
Directeur de la caisse des Mines |
La caisse des mines :
un régime du passé pourtant porteur de solutions
davenir
Dans moins de quatre ans, plus
aucune exploitation minière ne fonctionnera. Pourtant, peu de monde en surface semble
sen inquiéter. Comme souvent, lEtat semble se satisfaire de labsence de
vagues, laissant les gestionnaires se débrouiller dune transformation discrète des
structures ;
On en est au point où les gestionnaires se sentent un peu orphelins de
tutelle. Ainsi, le projet de rapprochement de la caisse nationale avec la caisse des
dépôts et consignations semble être observé avec une sorte de distraction.
Tant quil ny a pas de coup de grisou
M. Rollet, ex patron de lIGAS, dirige désormais les destinées de
la caisse nationale, succédant ainsi à M. Legrand, récemment interviewé dans Élan Social. M.Rollet devait tout savoir du régime avant dy venir, ou bien il a appris
beaucoup et vite, car il en parle comme un expert, sans détour, mais sans provocations
inutiles non plus. Cest dailleurs un régime attachant, parfois difficile, car
les administrateurs eux aussi sont très attachés à leur maison. Lors dune table
ronde quÉlan Social avait organisée avec des administrateurs (Elan numéro 7), un
des administrateurs des mines avait été particulièrement percutant.
M. Rollet est un homme très affable, plutôt discret ; il était
chef de lIGAS au moment où le préfet Érignac a été assassiné en Corse ; il
a ainsi organisé, à ce moment là, comme dautres chefs de corps dinspection,
des missions qui ont pu faire penser à une sorte dopération " mains
propres " dans les administrations insulaires.
Pour lheure, il tente de gérer au mieux lévolution
dun régime en perte de vitesse démographique, administré par des représentants
syndicaux particulièrement dynamiques et passionnés, et qui, tout en donnant une image
un peu passéiste, est pourtant une sorte de laboratoire des systèmes de santé
davenir : on peut y observer, en vraie grandeur, les avantages et les dérives
dune médecine régulée et intégrée, un peu trop peut-être, mais cétait
le trait marquant du régime créé après guerre. Peut-être pourrait-on repérer dans
cette organisation les points forts, et sen inspirer.
Interview : Gérard Arcéga, Alain Bernable, Isabelle Dumond.
Élan Social :
Le régime minier vit une restructuration denvergure
depuis plusieurs années. Où en est la situation aujourdhui ? Lautonomie
du régime est-elle assurée ?
Christian Rollet :
Actuellement, le régime compte 7 unions régionales (UR)
et 15 sociétés de secours minières (SSM), le nombre des caisses du régime étant
passé de 55 à 22. Lessentiel de la restructuration géographique des organismes
locaux et régionaux est réalisé.
Il reste cependant un projet de rapprochement de la caisse nationale
(CAN) avec la CDC. Il sagirait de donner un mandat de gestion à la CDC pour les
risques vieillesse et invalidité et à intégrer la totalité du personnel aux effectifs
de la CDC (en qualité de fonctionnaires, sauf quelques contractuels). La CAN et la CDC
préparent activement ce projet de mariage, malgré la réticence des pouvoirs publics à
publier les bans
Soulignons que lenvergure de ce projet, dun point de vue
structurel, ne diminuerait en rien les attributions et les pouvoirs des administrateurs,
la CDC ne se voyant confier que la gestion technique du régime.
Au niveau local, lavenir des uvres du régime suscite
lémergence de multiples projets. En effet, le régime comporte un véritable
appareil doffre de soins. Or, compte tenu de la diminution constante du nombre de
ses bénéficiaires, se pose la question de louverture de ses structures de soins à
lensemble de la population, au delà des affiliés du régime.
Déjà, les hôpitaux, financés par dotation globale, ont réalisé
cette ouverture. En revanche, d autres actes de santé, notamment ceux des médecins
généralistes et des pharmaciens (sauf 2 exceptions) restent encore essentiellement
gérés par le régime minier, au bénéfice de ses seuls ressortissants.
Le décret de 46 modifié prévoit des possibilités de passer des
conventions " douverture bilatérale " des structures à
lensemble de la population ; il sagit doffrir aux assurés du
régime général la possibilité de sadresser aux structures de soins du régime
minier et la possibilité inverse aux affiliés du régime minier davoir recours aux
professionnels de santé libéraux.
Dans ce cas, les affiliés du régime minier sont soumis aux mêmes
conditions que les assurés du régime général, à savoir labsence de prise en
charge du ticket modérateur (sauf situations particulières liées à létat de
santé du patient) et de tiers payant auprès des médecins (pour les autre catégories de
professionnels de santé, les cas de tiers payant sont prévus limitativement par les
conventions nationales qui régissent leurs relations avec lassurance maladie).
Les projets douverture bilatérale des offres de soins se
heurtent dans certaines régions à lhostilité des professionnels libéraux,
inquiets de voir se développer une offre de soins supplémentaire et
concurrente
Louverture seffectue plus facilement dans dautres
secteurs géographiques, qui présentent une offre de soins moins développée.
Une nouvelle convention pour les généralistes du régime a été
signée en 1999, qui prévoit une rémunération à la " capitation "
et permet lexercice dun temps partiel minier, éventuellement cumulable avec
une activité libérale.
Élan Social :
La Cour des Comptes avait, il y a quelques années, incité
le régime à pratiquer des fusions entre unions régionales. Est-ce toujours
dactualité ?
Christian Rollet :
On pourrait imaginer de redéployer les fonctions des UR en
groupant la gestion des risques maladie et accidents du travail et maladies
professionnelles dun côté et, de lautre, en regroupant laction sociale
sur les SSM.
Ces hypothèses ne font cependant pas lobjet de projets précis
pour le moment.
Le régime de protection sociale des personnels est dailleurs
différent : régime minier pour les SSM, régime général pour les UR.
Élan Social :
Le régime des mines est-il partie prenante de
lURCAM ?
Christian Rollet :
Dans le nord et lest, les administrateurs du régime
participent au conseil dadministration de lURCAM. Dans les autres régions,
les directeurs de caisses, membres du comité technique, assurent la participation du
régime des mines aux travaux de lURCAM.
Élan Social :
Les dernières exploitations minières fermeront
probablement en 2005. Comment voyez-vous le devenir du régime minier après cette
échéance ? Peut-on envisager la disparition des structures administratives et une
suite pour le réseau doffre de soins ?
Christian Rollet :
Le réseau doffre de soins a déjà bien évolué,
tout particulièrement dans le nord, où des hôpitaux des SSM ont été regroupés au
sein dune association, lAHNAC (Association Hospitalière Nord-Artois
Clinique), au sein de laquelle siègent des administrateurs miniers, la mutualité, des
élus locaux et, jusquà récemment encore, les Houillères.
LAHNAC a permis la modernisation de ces hôpitaux, leur
participation au service public hospitalier et des recrutements de personnels sanitaires
de bon niveau assurés par la convention collective de la FEHAP, dont lavenir
nest pas menacé. Les enquêtes comparatives entre les différents services
hospitaliers, au niveau national, soulignent quasi systématiquement la performance de ces
structures. Il sagit dune reconversion tout à fait réussie.
Les personnels, quant à eux, ont le choix de rester au régime minier
ou dadhérer à la convention FEHAP (Fédération des Etablissements Hospitaliers
et dAssistance Privés à but non lucratif). En résumé, la majorité des
établissements hospitaliers et établissements pour personnes âgées sont désormais
ouverts à lensemble de la population.
La question de laccès de lensemble de la population aux
médecins de premier niveau fait, en revanche, lobjet de débats entre les tenants
dun médecin " exclusivement minier " et les tenants dune
ouverture. Pour tenir compte de la diminution du nombre daffiliés, le statut des
médecins du régime a été revu en 1999. Il prévoit une rémunération à la
" capitation " : celle-ci varie selon quils comptent parmi
leur patientèle plus de 1200 personnes (ils sont alors considérés comme à temps
plein), entre 600 et 1200 personnes, ou moins de 600 personnes.
Louverture, quelle soit unilatérale ou bilatérale,
constitue un moyen déviter de voir les praticiens du régime choisir
lexercice libéral, à temps partiel, lorsque le nombre de patients quils
prennent en charge diminue au point de le leur permettre. IL ny a en effet aucune
raison objective pour que ces médecins, qui travaillent en réseau depuis des dizaines
dannées, ne puissent pas conserver une activité salariée exclusive dès lors que
les malades de tous les régimes peuvent avoir recours à eux. Des conventions
douverture bilatérale ont dailleurs été signées entre des organismes
miniers et des caisses primaires dassurance maladie dans plusieurs départements.
Élan Social :
Le régime minier constitue une véritable avant-garde dans
le domaine des filières de soins. Le bénéfice de ce type dorganisation en termes
de qualité des soins et de maîtrise des dépenses de prescriptions a t-il été
évalué, ce qui serait une source dinformations intéressante pour lassurance
maladie ?
Christian Rollet :
On peut effectivement considérer le régime des mines
comme une sorte de " laboratoire ", puisque sa construction même
intègre la notion de filière de soins. Je regrette cependant quil nen ait
pas été tiré davantage danalyses médico-économiques, peu de chercheurs ayant
traité le sujet.
Élan Social :
Une évaluation en réel du système de filière de soins
basé sur la pratique du régime minier, puis la " vente " de ce
savoir-faire pourrait-elle être une ambition de la CAN ?
Christian Rollet :
On peut déjà faire le constat que le réseau de soins
minier génère un pourcentage de prescriptions et de délivrance de médicaments
génériques supérieur à celui du régime général. La part du médicament générique
dans le marché des médicaments remboursables représentait ainsi 4,85% au régime minier
en 2000, à comparer à 3,1% au régime général la même année.
Concernant les observations des effets du système sur la qualité des
soins et une éventuelle diminution des dépenses de prescriptions par rapport aux autres
régimes, il conviendrait de corriger les résultats en les pondérant selon
limportance de divers facteurs susceptibles de fausser la comparaison ; il
sagit essentiellement des facteurs liés à lâge des affiliés, sensiblement
plus élevé quau régime général (40% de la population des ressortissants du
régime ont plus de 70 ans contre seulement 10% des personnes résidant en France
métropolitaine), à la prise en charge à 100% et au tiers payant dont ils bénéficient
systématiquement dans la mesure où ils recourent aux structures du régime. Il faut
aussi tenir compte du fait que les médecins du régime minier ne subissent pas la
pression de la concurrence, qui peut pousser des médecins dautres régimes à
céder aux demandes de prescriptions des patients
Il serait aussi particulièrement intéressant de
" creuser " la comparaison entre la consommation des mineurs
" en secteur " avec celle des affiliés qui ont recours à des
structures hors régime minier (soit environ 20% de la population du régime).
Élan Social :
Le dossier médical du patient est-il informatisé ?
Christian Rollet :
Pas encore. Le projet en cours
" EPIDAURE " vise à informatiser le dossier partagé entre
lhôpital, le médecin spécialiste et le généraliste.
Les médecins du régime pourront disposer, dans lattente,
dun équipement comparable à celui des autres médecins, quel que soit leur mode
dexercice, afin de communiquer entre eux, de sintégrer dans toute filière de
soins complémentaires du réseau minier et, pour ceux dentre eux qui délivrent des
soins à des patients de tous les régimes, daccepter sans retard la carte Vitale.
Élan Social :
Le médecin généraliste fait-il office de
" gate keeper " ?
Christian Rollet :
Oui, dans la mesure où le patient doit en premier lieu
sadresser au généraliste avant tout recours éventuel au spécialiste ou autre
structure de soins.
Élan Social :
Compte tenu de la prise en charge à 100% de leurs frais de
soins, les affiliés du régime ont-ils besoin dune mutuelle ?
Christian Rollet :
Le " plus " des complémentaires porte
sur des prestations supplémentaires et non sur la prise en charge du ticket modérateur.
Il sagit dune complémentaire de prestations : sept SSM ont mis en place
des prestations de ce type, non couvertes par lassurance maladie.
Élan Social :
Après plus dun an à la tête de la CAN, quel regard
portez-vous sur le régime des mines ?
Christian Rollet :
Un des points forts du régime tient à la grande
implication des administrateurs dans sa gestion. On peut considérer que le régime est,
en grande partie, géré par les représentants des bénéficiaires. Les syndicats de
mineurs sont les " vrais patrons " du régime.
En contrepartie de cet investissement des administrateurs, la passion
qui généralement anime les débats peut rendre difficile laboutissement dun
consensus
En dehors de cet aspect, je considère que tous les atouts du réseau
nont pas été assez valorisés alors quil en était encore temps. Il faut
quand même souligner la belle réussite de lAHNAC, même si les administrateurs
peuvent la vivre comme une " rupture " par rapport à la spécificité
et à la tradition du régime.
Il nous reste, aujourdhui encore, de nombreuses cartes à jouer,
tout particulièrement dans le domaine des aides à domicile et pour les établissements
hospitaliers de moyen et long séjour en post-opératoire.
Les projets foisonnent et font lobjet de négociations avec les
conseils dadministration, soucieux de " défendre leur
territoire ". Lévolution est lente, mais elle existe.
Élan Social :
Le régime des mines connaît encore une grande
hétérogénéité, malgré les facteurs dunité introduits par le décret du 24
décembre 1992.
Christian Rollet :
Effectivement, ce décret a permis lunité de
trésorerie et de financement. Auparavant, chaque caisse ses pratiques, y compris pour le
remboursement des prestations légales, des disparités existant parfois dans un même
département. Partie dune situation dautonomie extrême des organismes, la CAN
a essayé de rationaliser le dispositif. Des particularismes frappants subsistent
cependant.
Élan Social :
Est-ce que ces particularités causent des difficultés aux
affiliés dans lutilisation de la carte vitale ?
Christian Rollet :
Oui, pour le moment, aucune carte vitale na été
délivrée aux affiliés. Pourquoi ?
Pour être agréés au régime général, les logiciels doivent
permettre de traiter environ une trentaine de situations administratives. Dans le cas du
régime des mines, la même analyse a conduit à recenser 1760 situations différentes
quil faudrait gérer de manière informatisée ; cette multitude de situations,
qui présentent des variations quasiment infinitésimales, provient de
lhétérogénéité des taux de remboursement entre les différentes catégories de
mineurs. Exemple : le mineur de fer bénéficie dun taux de remboursement
différent du mineur de sel
Pour parvenir à une simplification, il faudrait pouvoir uniformiser
ces taux de remboursement, forcément " par le haut ".
Alain Bernable :
Linformatisation du dossier médical au sein du
réseau de soins na pas été une priorité du régime, davantage axé jusquà
présent sur lamélioration de linformatique administrative. Cest
seulement cette année, pour la première fois, que le régime dispose dun logiciel
unique, outil commun à tous les organismes !
Élan Social :
Est ce que le positionnement de " gate
keeper " du médecin généraliste a été élargi à la notion
" déquipes référentes ", intégrant les interventions des
infirmières, des kinés etc
?
Christian Rollet :
Il existe de nombreux binômes miniers medecin-infirmière,
linfirmière étant fréquemment amenée à suivre le traitement du malade à
domicile, voire à jouer un rôle de secrétaire médicale
Selon les endroits (Saint Etienne, Montceau les mines
), des
équipes plus larges sont constituées, souvent à partir de cabinets de groupe
(kinésithérapeutes, pédicures
).
Élan Social :
Peut on comparer ces démarches au " fund
holder " anglais ?
Christian Rollet :
Non, le régime des mines ayant une forte culture administrative,
les relations avec les professions de santé sont largement gérées par les SSM, dans un
ensemble au fonctionnement un peu lourd
Dans les années 80, on a pu envisager le rôle potentiel du régime
minier comme leader pour louverture de centres de santé dans les quartiers, mais
cette idée a été considérée comme un " chiffon rouge " par les
médecins libéraux, craignant que le régime nimpose son système de régulation
" à langlaise ".
Élan Social :
Pourquoi le régime général se heurte-t-il à
lopposition de FO et de la CGT pour la mise en place des réseaux de soins alors que
les mêmes syndicats au régime minier préconisent la démarche ?
Christian Rollet :
Les situations ne sont pas comparables : le régime
minier ressemble à un ensemble très structuré de filières au service dune
population fermée et nest pas un réseau au sens actuel du terme.
Élan Social :
Quel est le rôle des médecins conseil ?
Christian Rollet :
Comme dans les autres régimes, ils effectuent de
lexpertise médico-sociale et de lévaluation en santé publique, en jouant
également un rôle complémentaire de lien entre la direction des caisses et les
médecins et danimation du réseau de soins.
Élan Social :
Comment fait-on de la GDR dans un système qui est une
sorte de grande filière de soins ?
Christian Rollet :
Lactivité de GDR est, en soi, peu développée. Les
outils existent mais la GDR na jamais constitué une priorité du régime minier, la
régulation du système étant partie intégrante du dispositif. Cela dit, les médecins
conseils sattachent à faire passer des messages aux médecins dans le cadre des
instances conventionnelles de concertation médicale et médico-administrative des
organismes.
Alain Bernable :
Ce qui importe dans notre régime, cest le souci du
résultat final de lassurance maladie : il peut y avoir parfois contradiction
entre deux optiques inhérentes au régime. En effet, comment concilier léquilibre
du régime et celui des uvres ? Le fait quune des structures soit en
excédent budgétaire nest pas forcément positif par rapport à lobjectif
déquilibre du régime et inversement
Le régime a été équilibré pendant longtemps. Ce nest plus le
cas désormais et ce malgré la compensation, les taux de remboursement du régime
général nayant cessé de baisser.
Élan Social :
Qui gère les retraites ?
Christian Rollet :
La CAN, à Paris et dans une antenne à Metz, gère la
totalité des retraites, soit environ 400.000 pensions, traitées par 230 personnes.
Concernant les montants versés, il y a eu des discussions récentes
entre le gouvernement et les syndicats, alimentées par le rapport CHARPIN, faisant état
dun retard par rapport au régime général, à compter de 1987. Au régime
général, les salaires portés au compte tenu pour chaque salarié en vue du calcul de
ses droits sont revalorisés chaque année ; cet " effet noria "
nexiste pas au régime minier où les pensions sont uniformes (quel que soit le
poste occupé, le niveau de pension est le même, de louvrier au cadre).
A lissue de la manifestation du 15 décembre 2000, des
négociations se sont engagées, qui ont débouché sur lélaboration dun
protocole qui a eu pour effet :
-laugmentation de 1,5% de toutes les pensions minières (au delà
de laugmentation de 2,2% du régime général, déjà étendue au régime minier)
-lattribution dune revalorisation différentielle suivant
lannée de départ à la retraite, à compter de 1987, la dérive ayant commencé
cette année là. Exemple : ceux qui partent à la retraite aujourdhui
bénéficient dune majoration de 17% de leur pension, alors que ceux qui sont partis
en 1988 perçoivent une majoration de 1%.
La CFDT, FO et la CFTC ont signé. La CGT et la CGC sy opposent
fortement et soutiennent une augmentation uniforme des pensions.
Laugmentation uniforme de 1,5% a été versée dès décembre
2001, avec effet au 1/1/01. Le versement de la majoration différentielle interviendra en
2002.
Ainsi, les 2000 personnes qui vont partir cette année vont recevoir
1,5% + 17% de majoration par rapport au montant de leur pension.
Les mineurs sont très divisés à ce sujet : dans le nord, il
ny a plus dactifs alors que dans lest ils sont encore nombreux.
Élan Social :
Les affiliés ne sont-ils pas tentés de se tourner vers
des régimes de retraite par répartition ?
Christian Rollet :
La CGT et la CGC sopposent à laccord par
crainte de voir " casser la solidarité minière ".
La retraite de base est donc identique pour les ouvriers et les cadres.
La différence réside dans la retraite complémentaire. Mais on est en répartition.
Élan Social :
La cotisation vieillesse est-elle plafonnée, comme au
régime général ?
Christian Rollet :
Oui, mais le taux est plus élevé, pour la part salariale.
Élan Social :
Existe-t-il une COG ?
Christian Rollet :
Non, la tutelle ne la pas encore proposé. Je serais
plutôt demandeur dun tel dispositif,adapté aux spécificités du régime.
Élan Social :
Comment sont fixés les objectifs de chaque caisse ?
Christian Rollet :
Chaque directeur dorganisme, avec son conseil
dadministration, totalement autonome en la matière, détermine ses objectifs. Les
relations dela caisse nationale avec les organismes relèvent de la persuasion plus que de
la directive.
Élan Social :
La fin des exploitations est annoncée pour 2005. Comment
cette perspective est-elle prise en compte par le régime ?
Christian Rollet :
On a peur dévoquer lavenir publiquement. Or, il
faudrait en parler afin de dédramatiser les perspectives. Nous savons que nous sommes sur
une " pente descendante ", mais lhorizon nest pas celui
des exploitations. Et, lévolution se fait quand même, sans que ce soit formalisé.
Élan Social :
Cette situation suscite forcément linquiétude des
personnels. Que vont devenir les services administratifs ? Sentez vous ce régime
comme un malade qui souhaite connaître la vérité ou qui veut qu elle lui
soit cachée ?
Existe-t-il un projet pour le régime des mines ?
Christian Rollet :
Il semble que les administrateurs ont entamé, chacun dans
le cadre de leur syndicat, une réflexion sur lavenir. Est-ce-que ces réflexions
vont se rejoindre ?
Par ailleurs, en Lorraine, le préfet de région, à la demande de la
délégation à laménagement du territoire, a fait diligenter une étude sur
lévolution du régime dans la région. Cette étude, qui dresse un panorama du
régime (hors les établissements hospitaliers, qui relèvent de lARH) a conduit à
lélaboration dun document " lavenir du régime minier en
Lorraine ", dont on peut dire quil
" décoiffe " ! Il y est envisagé louverture bilatérale
de la médecine, considérée comme une véritable perspective. Il est certain que cette
réflexion induit quelques craintes au niveau national
Sur le terrain, les gens sont réalistes. Par exemple, les médecins
comprennent quils nont plus forcément intérêt à rester dans le cadre de la
convention minière, surtout sils souhaitent exercer dans une région non minière.
Il me paraît souhaitable que le préfet de Lorraine fasse remonter sa démarche au
ministère
Élan Social :
Comment se passent les négociations sur les 35 H ?
Christian Rollet :
Dans les organismes, pour les non-cadres, un accord
national a été signé et des accords locaux sappliquent depuis 2000.
Pour les cadres de santé, il existe 3 situations :
-trois accords sont agréés depuis lété et sont en cours
dapplication, pour les pharmaciens, les dentistes et les généralistes
-pour les spécialistes, un accord signé est à lagrément mais
le contexte de revendications de certaines catégories de personnels de santé qui
viennent notamment de sexprimer, à lextérieur du régime minier, dans les
établissements, a rendu laboutissement difficile
-quant aux personnels cadres administratifs supérieurs, leur
convention, qui sappuie fortement sur la référence aux charbonnages de France pour
beaucoup des éléments de la rémunération, a fait lobjet de négociations sur la
suppression de cette référence. La CAN prône une évolution visant à ne plus se
référer aux charbonnages qui vont disparaître. Les cadres ont fait une
contre-proposition axée sur la " négociation de leur sortie " de la
référence minière. Concernant la définition des cadres dirigeants, la question se pose
de la même façon quau régime général. Un accord est intervenu " au
finish ", le 28/12
A la CAN, on applique le décret daoût 2000 relatif à la
fonction publique suivant les modalités déterminées à la CDC pour les personnels
fonctionnaires ; les discussions ont été difficiles et un mouvement de grève a eu
lieu en décembre.
Globalement, le passage aux 35 heures seffectue sans création
demplois, hormis des CDD.
Alain Bernable :
La situation paraît un peu plus délicate pour les
médecins, qui pourront difficilement consacrer autant de disponibilité à leurs
patients, alors que les conseils dadministration prônent le maintien de la même
amplitude daccès aux soins des affiliés.
Ces questions seront probablement réglées par des négociations au
plan local ; le recours à des personnels de remplacement pouvant être une
solution ; On remarque tout de même que les médecins gardent le souci de rester
proches de leur patient.
Élan Social :
Pas de créations demplois même pour le personnel
administratif ?
Christian Rollet :
Chaque année, le nombre daffiliés en maladie
diminue de 4,5% à 5%. Théoriquement, la baisse dactivité devrait corréler celle
du temps de travail. Jai toutefois demandé que la réduction des effectifs de
gestion administrative, exigée chaque année de la direction du budget, soit suspendue en
2002 ; sans succès à ce jour.