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Numéro 51
Interview
Yves Humez, directeur général de la CCMSA |
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Yves Humez, directeur général de la CCMSA :
Les MSA :
Un réseau déjà reconfiguré? |
Le Régime agricole peut shonorer de quelques
paradoxes intéressants : la gestion des caisses est parfaitement organisée pour
responsabiliser les acteurs : une dotation paramètrique ne couvre que 80% des
dépenses, ce qui contraint les directeurs à chercher des recettes à
lextérieur : rémunération des autres institutions pour lesquelles le Régime
effectue des recouvrements, facturation des échanges informatiques, voire emprunts sur le
marché. Rien nest plus efficace que les recettes qui laissent des libertés, et qui
responsabilisent les gestionnaires : les recettes " Noémies "
négociées entre le Régime agricole et les assureurs complémentaires qui bénéficient
des flux informatiques se chiffraient ainsi à 6 ou 7 francs, contre une trentaine de
centimes pour le Régime général. Les écarts de gestion entre les caisses se
réduisent, et les financement dit " dadaptation " sont
ponctuels et précaires, les organismes coûteux étant aimablement invités à mettre de
lordre dans leur maison, ou à bien vouloir se rapprocher de leurs voisins pour
déventuelles fusions et autres fédérations : serait-ce que le réseau est
déjà quasiment " reconfiguré " ?
Sur ce plan, le Régime général qui aligne des coûts de gestions qui vont presque du
simple au double entre les organismes, a des leçons à prendre, surtout quand on sait que
les sureffectifs sont, contrairement à une idée reçue, source de graves difficultés de
gestion, préjudiciables à la qualité de service.
Sagissant des prestations par contre, on reproche souvent au Régime dêtre
subventionné, à travers le fameux BAPSA. Au fond, il ny aurait rien à dire, la
compensation démographique légitimant ces transferts comme elle le fait pour
dautre régimes : les enfants dagriculteurs jeunes et en bonne santé,
cotisent pour beaucoup au régime général, ce qui constitue une intéressante recette
pour celui-ci, qui na pas leurs parents plus âgés et en moins bonne santé à
soigner à prendre en charge. Mais pourquoi donc ny-a-t-il pas, comme ailleurs, un
simple mécanisme de compensation, mais un fonds particulier, que les responsables du
Régime agricole considèrent paradoxalement comme un élément des transparence ?
Mais finalement, nest-ce pas plus sympathique dêtre subventionné que
dêtre seulement compensé, permettant ainsi de faire savoir aux élus combien est
grande la nécessité dabonder convenablement ces fonds ?Pour les responsables
du Régime, dans la mesure ou les cotisations des exploitants agricoles sont à parité
avec celles des autres catégories socio-professionnelles le vrai débat est celui du
financement des prestations. La subvention déquilibre complète les recettes du
BAPSA ce que ne permet pas la compensation qui est exclusivement démograhique.
Yves Humez est un ancien élève du Cnesss, ce qui est une première pour la caisse
nationale agricole. Il connaît la maison, cest un homme raisonnable et pondéré,
qui a la réputation davoir une intéressante qualité à ce niveau : celle de
savoir dédramatiser. Il parle longuement et savamment du Régime et des caisses, et en
recrutant quelquun du sérail à la tête dune Caisse nationale, on sest
épargné au bas mot 5 années dapprentissage, et Yves Humez pilote son Régime en
étant un familier de sa culture dentreprise. Avec Jean-Jacques Jammet à lORGANIC ,
Eric Pardineille à la CANCAVA, et Martine Fontaine à lUCANSS, cela fait maintenant
4 Caisses nationales qui sont dirigées par des anciens du CNESSS, contre une seule il
ny a pas si longtemps.

Emmanuel Godard |
Interview : Gérard Arcéga, Emmanuel Godard, Françoise Mourgues |
ES :
En mai 2001, à Montpellier, la Mutualité Sociale Agricole se dotait
dun Plan stratégique. Votre prédécesseur, Daniel LENOIR, a commencé à le mettre
en place. Aujourdhui, quels sont vos objectifs concrets dans ce domaine ?
YH :
Avec ce Plan stratégique, nous avons dit ce que nous voulions faire, et le
vote de Montpellier mettait le point final à un grand débat démocratique au sein du
réseau. Maintenant, je veille à ce que soit fait ce qui a été dit.
Un des axes majeurs de ce Plan est la mise à niveau de la couverture sociale des
exploitants et des salariés agricoles.
Des avancées ont déjà été mises en uvre dans le domaine de la couverture des
accidents du travail et de la retraite complémentaire obligatoire pour les exploitants
agricoles. Il nous reste à concrétiser en 2003 deux réformes, lune concernant
lassurance invalidité des exploitants agricoles et lautre les indemnités
journalières pour les arrêts de travail des exploitants.
Cependant, loffre que les caisses de MSA doivent développer ne sarrête
pas aux seules prestations sociales. Il faut également développer nos activités et nos
services dans le secteur de laction sociale. Ce développement se réalise dans un
contexte de grande hétérogénéité, conséquence immédiate de la décentralisation du
régime agricole. Mais aujourdhui, la notion de "socle minimum"
simpose, et, progressivement, le réseau est amené à identifier des prestations
daction sociale communes.
Le deuxième axe du Plan porte sur la place des élus. Ces derniers constituent une
force pour le régime car, élus tous les cinq ans, ils ont une véritable légitimité
pour représenter les usagers. Doù la volonté de renforcer leur implication en
favorisant notamment leur formation et leur information.
Le troisième enjeu du Plan est dordre plus structurel avec une réflexion sur la
taille optimale des caisses. En effet, ces dernières sont désormais soumises à deux
contraintes fortes : dune part, les évolutions démographiques de la
population couverte et, dautre part, la nécessité pour chaque organisme de
développer des technologies nouvelles et un haut niveau dexpertise. Notre démarche
est basée sur un diagnostic initial, puis une projection sur le moyen terme. Chaque
caisse doit sinterroger pour savoir si, à terme, elle sera apte à répondre aux
exigences de qualité de service, de proximité et de fiabilité. Si tel nest pas le
cas, la recherche dune certaine taille critique peut passer par une fusion avec une
ou plusieurs caisses voisines, ou par la création dune fédération. A ce jour, la
plupart des caisses concernées ont déjà procédé à de tels rapprochements.
ES :
Le renforcement du rôle des élus saffiche notamment dans le cadre
dune "charte des élus". Cependant, certains administrateurs expriment un
sentiment de malaise ou dincompréhension face à un discours de responsabilisation
croissante qui saccompagne de moins de maîtrise sur les moyens.
YH :
Nous vivons effectivement une profonde évolution. Dans un passé encore
tout récent, les Conseils dadministration avaient un pouvoir de décision sur le
niveau des prélèvements. Lharmonisation des régimes - qui joue tant en terme de
prélèvements quen terme de prestations - a conduit à supprimer ce pouvoir. Les
prérogatives des Conseils doivent donc désormais se réorienter, pour ne plus porter
uniquement sur le volume du prélèvement, mais plutôt vers lutilisation qui en est
faite au service des usagers.
Or, justement, une des particularités du régime agricole est de couvrir une
population, les exploitants et salariés agricoles, qui travaillent, mais également qui
vivent sur un même territoire. Les ELUS DE LA MSA doivent " porter "
les besoins de ce territoire rural et les caisses apporter les solutions en réponse à
ces besoins. Cest dans cette expression des besoins de la population couverte et
plus largement, du territoire rural quest le nouveau rôle des élus. Cette
présence de nos élus délégués locaux et administrateurs nous permet daffirmer
que le Régime est dirigé par des représentants de la population agricole légitimes
pour parler en son nom sur les questions de protection sociale.
Un autre particularisme du réseau est sa vocation de guichet unique, puisque la
Mutualité Sociale Agricole couvre toutes les branches de la sécurité sociale. Elle va
même bien au-delà en intégrant la médecine du travail et des fonctions de gestion pour
le compte de tiers. Ainsi, la MSA recouvre des cotisations pour les ASSEDIC et en assure
le contentieux. Elle intervient également dans le domaine de la complémentaire maladie
dans le cadre de conventions passées avec les mutuelles. Si, autrefois, certaines caisses
constituaient des sections, aujourdhui, lactivité mutualiste est organisée
dans une structure indépendante, MUTUALIA. La MSA en assure la gestion pour compte en
versant simultanément aux assurés la part primaire et la part complémentaire. Le plus
souvent, interlocuteur unique pour ses ressortissants, la MSA offre une qualité de
service particulièrement "moderne".
ES :
Cette vocation de proximité et de guichet unique, si nettement défendue par
le régime, est-elle conciliable avec les mouvements de fusion ou fédération qui
conduisent eux à accroître la taille des organismes ?
YH :
Les deux vont effectivement de pair, car la proximité a un coût. Aussi,
pour financer ce coût, le réseau a besoin dentreprises capables de dégager une
capacité de financement. Prenons lexemple de lAlsace où deux caisses, après
leur fusion, ont été plus fortes pour créer des agences délocalisées.
Cette démarche na pas été sans heurt partout. Mais, aujourdhui, nous
avons tiré les leçons de ces premières difficultés et nous disposons dune
méthodologie efficace pour conduire ces changements. Tout part dun auto-diagnostic
et dun bilan prévisionnel à cinq ans. Cette démarche concertée intègre
également les Conseils dadministration et les partenaires sociaux des entreprises.
Cest ainsi que lon construit un projet sur des bases solides et que lon
évite les mésalliances accidentelles. Maintenant, les projets se déploient sereinement.
Au total, depuis 1994, quarante quatre caisses se sont engagées dans la démarche.
ES :
La Caisse centrale que vous dirigez depuis le printemps 2002 se qualifie de
"tête de réseau". En dehors des effets dannonce qui se veulent
rassurant, quest-ce que cela signifie réellement pour la CCMSA et les caisses du
réseau ?
YH :
La Caisse centrale nest pas, rappelons-le si cela est nécessaire,
une caisse nationale et elle nen a pas les prérogatives. Sa vocation est de porter
les grands projets institutionnels, dinciter et de convaincre en sappuyant sur
les grandes orientations retenues collectivement.
Par ailleurs, les ordonnances de 1996 ont induit une nouvelle mission, qui consiste à
"norme" lactivité des caisses, pour que le réseau soit apte à
répondre, sur lintégralité du territoire, aux légitimes exigences des Pouvoirs
publics. Pour généraliser ces normes ou règles du jeu communes, la Caisse centrale a un
devoir de forte conviction.
Mais son rôle ne va pas au-delà, car le principe de fonctionnement du régime reste
la décentralisation. Je suis personnellement convaincu quune centralisation
napporterait aucune plus value, car seule la décentralisation est garante de la
responsabilisation des acteurs. Par contre, cette décentralisation nous oblige à faire
accepter une plus forte cohérence par le réseau. Pour la CCMSA, cest une exigence
de conviction, dexplication et de dialogue. Le Comité de liaison des directeurs qui
se réunit chaque mois, ainsi que les nombreux groupes de travail (sur la RH, la
comptabilité, le contrôle de gestion
.) procèdent de cette démarche. Cest
parce que les solutions, proposées et portées par la CCMSA, remontent de la consultation
des caisses, quelles peuvent être acceptées par le réseau.
Cest un rôle par essence difficile. Dautant plus difficile que la Caisse
centrale, au plus près des ministères, peut avoir une perception anticipée des
évolutions à venir par rapport au réseau. Cela lamène, quelquefois, à proposer
des dispositifs mal compris et donc mal acceptés localement.
Les caisses sont confrontées à une double exigence : dune part une forte
identification à la population protégée représentée par nos élus et, dautre
part, une intégration dans le système de Sécurité sociale. Progressivement, le réseau
doit gagner en cohérence institutionnelle pour garantir, au même titre que les autres
organismes de Sécurité sociale, une égalité du service public, mais sans renier son
ancrage dans le territoire rural. Si la mission des élus évolue, il en est de même pour
celle des directeurs. Sils restent gestionnaires dune entreprise, ils doivent
également se positionner de plus en plus comme coresponsables dun régime, et
simpliquer dans lélaboration et la mise en uvre de réponses
collectives. Certes, ces directeurs peuvent ressentir une certaine perte dautonomie,
notamment en matière dinvestissements informatiques, de partenariats locaux ou de
gestion financière. Mais ils sont de plus en plus interpellés en tant quacteurs de
la Protection sociale. Leur champ daction tend donc à se déplacer du niveau local
vers léchelon institutionnel.
Cependant, les dispositifs mis en place privilégient toujours la responsabilisation
des acteurs locaux et linitiative locale. Prenons un dispositif très concret,
lallocation de la dotation budgétaire. Cette allocation couvre, en moyenne
nationale, 80% du budget de fonctionnement des caisses tout en étant directement
proportionnelle à lactivité des entreprises. Quel système est plus
responsabilisant pour le gestionnaire quune dotation paramétrique, dépendant
uniquement de lactivité, sans négociation nationale, avec un minimum pour des
frais fixes ?
Sil y a des écarts de coût, les dirigeants locaux doivent trouver leurs propres
solutions. Pour ce faire, ils peuvent rationaliser lactivité de leurs services,
mais aussi développer les initiatives locales. Ainsi, 20% du budget relève directement
de cet échelon local où se lient les conventions partenariales et où se tarifie la
facturation des gestions pour compte. Si le différentiel de coût reste trop important
par rapport à la moyenne, la solution réside dans le rapprochement entre caisses
voisines. Cette forte incitation à évoluer en interne et, si nécessaire, en externe,
est maintenant encore plus contraignante avec la disparition des réserves locales.
Or, ce mécanisme budgétaire très incitatif na pas été imposé par la Caisse
centrale. Il a été construit par un groupe de directeurs du réseau, puis débattu avec
les présidents, avant dêtre approuvé et mis en place par la CCMSA.
ES :
Ce fonctionnement est effectivement relativement éloigné de celui du
régime général où les écarts de coût restent importants et où des caisses
nationales semblent résignées " à faire avec ".
YH :
Dans le régime agricole, les écarts de coût SE sont réduits, car nous
avons mis en place, de façon consensuelle, un dispositif vraiment responsabilisant dans
lequel le recours à la solidarité reste exceptionnel. Si des "enveloppes
dadaptation" existent en cas de situations extrêmes, elles ne sont servies que
très ponctuellement et pour accompagner le changement dans les entreprises les plus en
difficulté.
La décentralisation permet aux caisses de se dégager des marges de manuvre en
développant des conventions de gestion pour compte de tiers et en négociant
financièrement leur service. En effet, dans le cadre de ces accords, la tarification ne
couvre pas uniquement le coût marginal de la prestation offerte, mais elle finance
également une part des investissements réalisés pour le service public. Les
tarifications observées au niveau de chacune des caisses sont même relativement
différentes, puisque négociées par les dirigeants locaux. Une harmonisation devrait
cependant progressivement simposer sous la pression de nos "partenaires".
Toutes ces initiatives locales peuvent permettre aux directeurs de dégager un
résultat financier alimentant alors les "réserves" de lentreprise.
Notre gestion est ainsi une gestion dentreprise et il nest pas usurpé
demployer ce terme pour qualifier nos caisses.
ES :
Cet été, le Parlement a décidé deffectuer un prélèvement très
important sur les ressources financières de gestion des MSA dès 2002 et de recommencer
en 2003. Quelles vont en être les conséquences directes aujourdhui et demain pour
les MSA, en termes de moyens et dorganisation ?
YH :
Le financement du régime sappuie sur deux types de
cotisations : les cotisations techniques qui financent les prestations (en
sintégrant au Budget Annexe des Prestations Sociales Agricoles ou BAPSA) et les
cotisations de gestion qui financent, elles, la gestion et laction sociale des
caisses.
Ces cotisations de gestion sont mutualisées, puis redistribuées aux caisses. Elles
alimentent ainsi les recettes de financement des caisses et, en cas de résultat positif,
leurs réserves financières. Ce dispositif de réserves était donc tout à fait
"transparent".
Aujourdhui, le contexte a évolué. En effet, le BAPSA nest que
partiellement "alimenté" par les cotisations techniques. Sajoutent à
cette ressource, la compensation démographique, des taxes affectées et une subvention
déquilibre de lEtat sensée égaliser les charges et les recettes. Or, ces
dernières années, les recettes du BAPSA ont été surestimées et les charges
sous-estimées, malgré les avertissements du régime agricole : cela a
mécaniquement déséquilibré le BAPSA. Dans ce contexte de déséquilibre, le
gouvernement a décidé deffectuer une "ponction" sur les moyens
financiers des caisses.
Cette ponction ne va pas sen remettre en cause le fonctionnement des caisses. En
effet, les moyens financiers répondaient à de réelles préoccupations gestionnaires.
Dune part, ils permettaient damortir les difficultés des ressortissants en
cas de crise, et donc de remplir un rôle de solidarité nationale proche du terrain à la
place de lEtat, dautre part, ils permettaient de financer des projets, soit en
matière daction sociale, soit dans le domaine immobilier, par exemple lors de
limplantation dune nouvelle agence. Du jour au lendemain, les règles du jeu
ont été changées et nous devons maintenant mettre en place collectivement de nouvelles
solutions.
Par ailleurs, le régime est confronté à un autre problème financier. Les retraites
agricoles sont encore versées trimestriellement et leur mensualisation fait lobjet
dune forte revendication, tout à fait légitime dailleurs, de la part des
retraités agricoles. Or, pour mettre en place ce paiement mensuel, le régime devrait
pouvoir, la première année, décaisser deux mois supplémentaires de prestations. Sans
contracter un prêt, nous ne sommes pas en mesure de faire cette avance pour le compte de
lEtat. Les moyens financiers des caisses auraient pu être mobilisés, mais ce
nest plus envisageable désormais. Et là encore, nous devrons trouver une autre
solution.
Ces événements, encore tout récents, nous ont permis de démontrer la mobilisation
de notre réseau, puisque de partout, les parlementaires ont été saisis. Il nous reste
maintenant à rebondir et, à ce titre, 2003 sera une année charnière pour mettre en
place de nouveaux modes de fonctionnement.
Mais les changements ne sarrêteront certainement pas là, car cest le
principe même de tous les budgets annexes de lEtat qui est actuellement remis en
cause. Aussi, face à un projet de réforme annoncé du BAPSA, nous devons travailler à
un outil de remplacement. Le BAPSA présente lavantage dexprimer et
disoler le besoin de financement du régime. Si, à terme, notre financement devait
être fondu dans la compensation inter-régimes, nous perdrions tous en visibilité. Par
ailleurs, le Comité supérieur des prestations agricoles est aussi un organe
dexpression et de débat. Il nous faudra donc veiller à préserver ces
caractéristiques, qui fondent avec la décentralisation et la responsabilisation, les
principes mêmes de notre financement.
ES :
Les MSA couvrent le champ de lassurance maladie pour les ressortissants
agricoles et, à ce titre, sont partie prenante au sein des URCAM. Quel premier bilan
pouvez-vous faire de votre participation à ces instances régionales et, plus
globalement, quelle est la "doctrine" du régime en matière de
régionalisation ?
YH :
Le bilan est plutôt positif, puisque, très rapidement, le réseau a su
sorganiser au sein dASSOCIATIONS régionales pour tenir sa place dans ces
nouvelles instances et, au-delà, participer au débat sur la gestion du risque.
Cependant, la MSA privilégie lapproche "territoire" et son action vise
à garantir laccès aux soins en territoire rural et à y développer des services
répondant aux besoins de ses ressortissants : doù sa forte implication en
matière dhôpitaux locaux ou de réseaux articulant médecine de ville et médecine
hospitalière.
Sur le thème de la régionalisation et la mise en place d "agences
régionales de santé", chacune des parties a tendance à défendre la thèse qui
privilégie son rôle. Or, il me semble que lon peut difficilement être juge et
partie. Lenjeu qui me paraît être essentiel est celui de la pertinence des
structures qui seront mises en place au service des populations et des objectifs de santé
publique . En MSA, nous soutenons que la seule légitimité provient des élections et que
cest à ce titre que nos administrateurs sont les légitimes représentants des
usagers. Alors que cette notion de légitimité devrait être centrale dans le débat des
instances régionales .
ES :
Une intéressante campagne syndicalo-médiatique a réussi à faire penser,
en sappuyant sur des difficultés réelles mais ciblées, quon manquait dans
ce pays de médecins et de moyens hospitaliers. Gilles Johanet nétant plus là pour
claironner le contraire, que doit-on penser du silence assourdissant des Ministères et
des Caisses nationales à ce sujet ?
YH :
Pour pouvoir objectiver le débat, nous manquons détat des lieux
précis. Certes, les comparaisons internationales, et notamment européennes, font
apparaître que la France bénéficie plutôt dune forte densité, tant en ce qui
concerne les médecins quen ce qui concerne les établissements sanitaires. Et
pourtant, nous ne pouvons ignorer les difficultés, bien réelles, rencontrées par
certains professionnels de santé en milieu rural. On ne peut se limiter à des moyennes
nationales, il faudrait développer une étude fine des implantations. Où sont localisés
les besoins sanitaires ? Où sont implantées les offres de soins? Et quen
est-il vraiment de laccès aux soins sur lensemble du territoire ?
La MSA est donc fortement sensibilisée aux difficultés daccès aux soins en
milieu rural. Mais cette légitime préoccupation nexclue pas de travailler sur la
complémentarité des différents types détablissements, et sur le lien ville-
hôpital. La MSA est également à lécoute des médecins du milieu rural et des
difficultés quils rencontrent dans leur exercice professionnel quotidien, pour
prendre des congés, limiter leurs horaires journaliers ou encore assurer la permanence
des soins. Or, que répondons-nous à ces préoccupations ? Les derniers accords
intervenus montrent que nous ne savons répondre que par une rallonge en terme de
rémunération. La rémunération a augmenté, mais les problèmes sont restés en
létat. Il y a là une véritable carence dans les solutions proposées.
ES :
On annonce labandon de la maîtrise comptable au profit dune
maîtrise supposée médicalisée. Les médecins sont contents, les dirigeants des caisses
sceptiques ; et vous, quel est votre sentiment ?
YH :
Il nous a semblé percevoir cet été, avant les nouvelles mesures
annoncées pour 2003, un frémissement, notamment dans les prescriptions de génériques
et laccord de bon usage concernant les visites. Cette tendance favorable qui
sappuie sur la confiance faite aux prescripteurs devra être confirmée Mais, il
faut être clair sur les enjeux. Notre système a désormais atteint ses limites. Il est
même menacé déclatement. Par quoi se traduirait cet éclatement pour les
assurés ? Par des déremboursements, par un accès aux soins devenu plus
difficile
ES :
Les caisses primaires développent une politique de "service" avec
notamment la mise en place de plates-formes de service téléphonique. Les caisses de MSA
développentelles ce type de démarche ?
YH :
Tout dabord, et quitte à me répéter, je dirais que le guichet
unique offert par la MSA est déjà, en lui-même, une offre de services très moderne. En
ce qui concerne les plates- formes, nous avons engagé une réflexion, mais notre
démarche reste très prudente car, en matière de plates-formes de services, on trouve le
pire comme le meilleur. Actuellement, nous expérimentons deux sites, à Bordeaux et à
Rennes. Notre objectif ne se limite pas à faciliter la relation téléphonique ou à
faire du "standard amélioré", mais surtout à lier ce type daccueil
téléphonique à notre organisation interne, afin de créer un véritable lien entre le
téléphone et la gestion du dossier. Dans cette perspective, la plate-forme de services
est structurante pour lentreprise. Pour nous, lenjeu est de rendre accessible
le guichet unique au niveau de la plate-forme.
ES :
Vous restez un exemple unique et intéressant de guichet unique de la
protection sociale. Dans les domaines de la retraite et des prestations familiales, quels
sont aujourdhui les enjeux majeurs de gestion, et les perspectives dans le domaine
des prestations pour le monde agricole ?
YH :
Nous menons une politique "famille" volontariste dans le cadre
dune approche transversale. Ainsi, nous développons un concept "santé et
famille " directement induit par notre vocation de guichet unique. Nous avons
dailleurs une journée nationale sur le thème de la famille à La Rochelle, la
semaine prochaine.
En ce qui concerne lassurance vieillesse, lobjectif est de compléter la
Protection sociale des exploitants par la mise en place, dès avril 2003, dune
retraite complémentaire obligatoire par répartition. Ainsi, les retraités agricoles
bénéficieront, à lidentique des retraités du régime général, du
"deuxième pilier".
Nous serons également confrontés à des problèmes plus techniques, comme celui de la
couverture des conjoints ou des ayants droits.
Mais, quelle que soit la branche concernée, nous souhaitons privilégier une approche
globale. Ainsi, pour le risque AT, non seulement nous sollicitons la compétence de nos
"préventeurs", mais nous pouvons également mobiliser notre médecine du
travail. A ce titre, je pense que le rattachement de la médecine du travail à la
protection sociale permet là aussi de développer le concept transversal de santé
sécurité au travail .
ES :
Le régime général est désormais pourvu dun dispositif
dintéressement. A-t-on un projet identique en MSA ?
YH :
Nous avons une convention collective relativement récente et, lors des
dernières négociations, les organisations syndicales nont pas souhaité mettre en
place un tel dispositif pour le personnel. Aujourdhui, je pense que le débat va
pouvoir reprendre sur ce sujet. Dailleurs, certaines caisses ont mis en place
localement des accords. Par contre, il existe un dispositif particulier dans la nouvelle
convention collective des agents de direction, dispositif qui lie performance et
rémunération.
ES :
Le fonctionnement de la Liste daptitude des agents de direction du
Régime agricole vient dêtre réformé, dans une perspective de plus grande
exigence, se rapprochant ainsi des critères en vigueur dans tous les autres régimes.
Envisagez vous, puisque cela est désormais techniquement possible, un rapprochement avec
la Commission de la liste unique ? Cela permettrait notamment déviter les
difficultés quont rencontré des anciens élèves du Cnesss du Régime agricole en
demandant leur inscription sur la liste dite unique ?
YH :
Récemment, la liste agricole sest effectivement rapprochée du
fonctionnement de la liste unique, mais elle reste distincte. Je ne suis pas favorable à
notre intégration dans la liste unique car cette dernière ne correspond pas à nos
besoins. Dune part, les agents de direction des MSA représentent une population
très restreinte au regard du régime général, environ 300 personnes, et, dautre
part, nos caisses sont relativement homogènes en taille et ne justifient pas une
distinction par catégories dorganismes.
Plus globalement, il me semble aussi que le système en place ne répond plus au besoin
de lInstitution. Il est " lourd " pour les individus candidats
à une inscription et personnellement, je ne serais pas opposé à ce que les anciens
élèves du CNESSS bénéficient dune inscription automatique. Le système manque de
souplesse et rend compliqué certains recrutements, par exemple, celui dexperts dont
nous avons pourtant de plus en plus besoin. Si le CNESSS est le point daccès
essentiel aux fonctions dagent de direction il nous faut imaginer des solutions plus
ouvertes pour faire face aux besoins des prochaines années.
ES :
Votre prédécesseur est aujourdhui à la tête de la CNAMTS. Vous avez
travaillé avec lui très directement. Cela crée-t-il des liens privilégiés entre ces
deux régimes, maintenant et pour lavenir ?
YH :
Nous avons effectivement bien travaillé ensemble et jai pu
apprécier, au delà de sa parfaite connaissance de la protection sociale et de ses
enjeux, sa capacité à entendre et à tenir compte des avis contraires au sien et à
sintéresser au fonctionnement très concret des choses. Ces qualités devraient
dailleurs aider à faire face aux enjeux à venir. En ce qui concerne les liens
entre la CCMSA et la CNAMTS, cette ancienne relation de travail ne peut que faciliter nos
futurs rapports, mais chacun développe et met en uvre la stratégie de son
Institution.