Numéro 51
Reportage
Y-a-t'il une Sécurité sociale aux États-Unis ?

 

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Vue depuis la salle de réunion du siège de la sécurité sociale à New York - en bas à droite "Ground Zero"

Au risque d’étonner, il faut bien répondre qu’il y a une sécurité sociale aux USA. Nous l’avons rencontrée, nous avons même rapporté des photos.

Certes, la Sécu américaine n’est pas la Sécu Française. Mais tout de même, une protection sociale, familiale et sanitaire couvre les populations les plus fragiles. Les plus pauvres et les plus âgés bénéficient du " Welfare system ", de Medicare et de Medicaid. A l’autre bout de la chaîne sociale, les salariés des grandes entreprises sont couvertes par les HMO que proposent leurs employeurs pour le risque maladie.

Certes, une partie importante de la population, (30%) nous dit-on, passe à travers les mailles du filet, s’agissant de l’Assurance maladie en tout cas : et on sait que l’assurance maladie individuelle est très difficile à couvrir pour un assureur privé, qui doit alors exclure les mauvais risques, qu’il ne peut faire supporter par une solidarité de groupe, sauf à faire faillite. Encore que les Suisses, qui offrent des systèmes d’assurances privées obligatoires, donnent l’exemple d’une gestion du risque lissée dans le temps : en d’autres termes, on est un bon risque au début de sa vie d’adulte, un mauvais à la fin, si on reste toujours chez le même assureur, il peut, avec une cotisation moyenne, gagner de l’argent au commencement, et donc se permettre d’en perdre à la fin. Encore que l’Etat de New York, comme on le verra plus loin, impose aux gestionnaires de HMO qui postulent pour couvrir Medicare, d’offrir en prime une assurance individuelle accessible, quitte à perdre de l’argent sur un marché pour en gagner sur l’autre.

Au demeurant, les américains sont conscients des limites de leur protection sanitaire, et les Clintons avaient bien tenté de mettre sur pied une assurance maladie universelle, mais le projet a rencontré quelques oppositions.

La philosophie du système américain tel qu’il existe, et avec ses limites, est plutôt Beveridgienne : comme dans tous les pays proches du NHS (Scandinavie, Péninsule ibérique, Italie), la Sécurité sociale assure les prestations en espèces, c’est-à-dire les indemnités de remplacement du salaire ainsi que les compensations de charges de familles. Ce secteur couvre donc en général les pensions de retraites, les indemnités journalières, les rentes AT, les indemnités de chômage, les allocations familiales. Les " Caisses de sécurité sociale " dans ces pays, regrouperaient en France les services PE (prestations en espèce), AT/MP (Accident du travail et maladie professionnelle) des CPAM et des CRAM, les ASSEDIC, les CAF, et les services retraites des CRAM. Il n’y donc pas d’Assurance maladie au sens Français, mais en général des systèmes de soins gérés soit par les Etats (le NHS en Grande Bretagne), soit par l’équivalent de nos conseils généraux ou régionaux (Scandinavie, Portugal Italie et l’ensemble de l’Espagne depuis peu). L’offre de soins comprend alors l’hôpital, et diverses formules de médecine de ville : dispensaires de quartier, médecins référents local). Les municipalités gèrent généralement les services de proximité pour la petite enfance et les personnes âgées.

Les USA conjuguent ces formules aux deux extrémités de leur couverture sanitaire et sociale, avec des gestionnaires différents : les employeurs mettent en concurrence des assureurs privés et des gestionnaires de HMO afin de proposer une offre de soins donnant le meilleur rapport qualité-prix à leurs salariés. L’Etat fédéral, les états et les communes se chargent de la protection sociale des populations âgées ou fragiles.

Reportage : Gérard Arcéga et François Collet,
avec la participation de Joselyne Savoye, Jean Roméro Pierre Gouesin et Steven Adamson


La protection sociale aux Etats-Unis

La protection sociale aux Etats-Unis est l’affaire à la fois de l’Etat fédéral, de chaque Etat membre, ainsi que des communes. Il en résulte un système parfois complexe, où le gouvernement fédéral joue un rôle d’impulsion, de réglementation (à travers des programmes fédéraux et des actes), et en partie de financement. Les Etats membres doivent mettre en œuvre les programmes fédéraux, mais peuvent les compléter. A ce titre, les Etats tels que celui de New York ou de Californie proposent des aides plus larges que dans la plupart des autres Etats.

La Sécurité Sociale, de nature fédérale, repose sur le principe selon lequel pour bénéficier de ses services, il faut travailler (et donc avoir payé ses cotisations) ce qui permet d’accumuler des " crédits " ouvrant droit à certaines prestations. Elle couvre le versement des retraites et l’assurance invalidité. Les montants versés tiennent compte du nombre de personnes à charge et des revenus. En cas de décès, les prestations sont versées aux survivants (conjoint et enfants).

A côté de la Sécurité Sociale, il existe le système d’assurance santé appelé Medicare. Il ne concerne que les américains âgés de plus de 65 ans et les invalides. Medicare est composé de deux parties, l’assurance hospitalisation (partie A), et l’assurance médicale (partie B).

Pour les personnes les plus pauvres qui en font la demande, il existe les allocations supplémentaires de revenu de sécurité (SSI), qui viennent précisément compléter les prestations de sécurité sociale et de Medicare.

Enfin, en matière de santé, il existe le système Medicaid destiné à couvrir les soins des plus démunis qui ne travaillent pas.

L’Etat fédéral, conscient des limites de la protection sociale, organise une information destinée à inciter les Américains à prévoir l’avenir, en se constituant une épargne retraite en complément de la retraite de la sécurité sociale, et en adhérant à une assurance santé privée.

 

Les ressources : L’IRS, un système unique de prélèvement

Les prélèvements sociaux sont assurés par les services fiscaux appelés Internal Revenue Service (IRS). L’IRS a entamé une profonde réorganisation il y a de cela cinq ans. Alors qu’auparavant le découpage de l’activité se faisait géographiquement en 23 secteurs, désormais le recouvrement est centralisé. En revanche, une spécialisation sectorielle a été mise en place. Quatre grandes catégories de cotisants ont été définies : les professions indépendantes, les petites entreprises et petits commerces, les grandes et moyennes entreprises, les administrations et entités exonérées

La " traque des faux indépendants "

Ce souci de rationaliser le recouvrement se double d’une volonté d’encourager l’activité indépendante, par une fiscalité moins lourde. Ceci pousse de plus en plus de contribuables à se déclarer indépendants, alors qu’en réalité ils travaillent pour le compte d’un employeur. L’IRS consacre donc beaucoup de temps à traquer ces " faux indépendants ".

Les quelques principes qui guident l’activité de l’IRS :

Le principe de " compliance " (le consentement aux prélèvements) prend deux voies :

  • L’IRS va négocier avec le contribuable un accord formel (agreement) qui va consister à exiger qu’il verse immédiatement 20 % de sa dette, puis à abandonner un certain nombre d’années de prélèvements (jusqu’à 3 ans), et contrôler ensuite chaque année que les impôts sont bien versés,
  • Avec le cotisant, l’IRS va constamment entretenir un dialogue, qui lui permettra par la même occasion de cerner son comportement ; l’IRS compte aussi sur le bouche à oreille pour diffuser les bonnes pratiques.
  • L’IRS consacre 72 % de ses ressources au contrôle. Sur le reste, le recouvrement doit encore se partager avec l’information et la communication.
  • Le niveau des prélèvements de chaque exercice prend en compte les variations d’activité sur plusieurs années (en pouvant remonter jusqu’au début de l’activité).

L’aide aux personnes âgées : l’exemple des " VETERANS "

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Le "Departement of Veterans affairs" de New York prend en charge les affaires des américains qui peuvent se prévaloir de ce titre, dès lors qu'ils ont participé à une guerre dans laquelle les Etats Unis se sont trouvés impliqués. Il s'agit d'une administration fédérale, qui a des antennes dans toutes les régions des USA. De surcroît, les Etats et les villes distribuent parfois des aides complémentaires.

" No man is an island " 
"Aucun homme n’est une île", c’est le titre d’un des programmes de cette administration, et il est très représentatif de son action. A l'instar de notre Ministère des anciens combattants, le département des vétérans distribue des pensions. Mais sa mission va bien au delà : il offre également un réseau de soins, avec les services d'hôpitaux et de cliniques, ce qui, dans un pays ou il n'y a pas d'assurance maladie obligatoire, est très apprécié. Il s'occupe de la réhabilitation et de la réinsertion des anciens combattants; il s'agit d'une démarche à la fois très volontariste et très paternaliste. Les anciens soldats, souvent infirmes, fragiles sur le plan psychologique, sont formés, aidés, soutenus, "coachés". On les encourage à suivre des études, après un bilan de leurs compétences, et surtout de leurs motivations, puis on les aide à trouver un travail.

"We pay everything!"

La devise des représentants du service chargé de cette réinsertion pourrait être "We pay everything!", "Nous payons tout!", tant elle est répétée à chaque étape du processus, rappelant irrésistiblement le promoteur de l’île aux dinosaures dans les films de Spielberg, qui répète sans cesse "   j’ai dépensé sans compter ! ".

Un autre service a en charge l'aide au logement : il se porte caution pour les vétérans qui souscrivent un emprunt d'accession à la propriété. Il donne des conseils en cas de difficultés de paiement, voire prend en charge les échéances. De plus, les vétérans sont dispensés d'apport personnel

Un peuple qui honore ses soldats

Les soldats des Etats-Unis sont considérés et pris en charge par leur nation, un peu comme les Légionnaires de Rome. Un soldat honoré fait-il un bon soldat ? En tout cas, les personnels de ce département semblent animés de beaucoup de motivation, et même de patriotisme. Une prochaine délégation de Français croisera-t-elle les vétérans d’une guerre contre l’Irak ?

 

L’aide aux handicapés: " THE THREE I AND P "

Comme pour les vétérans, les chômeurs ou les familles, l'ambition des américains est de réinsérer socialement les handicapés, et surtout de les remettre au travail. Comme en France, cette mission est plutôt déléguée à des associations subventionnées, que mise en œuvre directement par les administrations.

La devise de l’ Institut YAI est celle des " 3 I and P " : Individualisation, Indépendance, Intégration et Productivité :

Individualisation, pour une prise en compte du profil de chaque jeune handicapé, indépendance, car la démarche n'est pas de mettre en avant l'incapacité, mais la capacité à faire, et à développer l'autonomie. L'intégration se fait par le travail, hors de toute ségrégation. Dans ce domaine comme dans d'autres, c'est le pragmatisme qui prévaut, et l'Institut met tout en oeuvre pour donner une formation et un travail aux handicapés. Les intéressés sont " coachés " aussi longtemps que nécessaire.

L'Institut propose également des établissements de soins réservés aux handicapés, financés par Medicare et Medicaid, comme les établissements à prix de journée sont financés en France par l'Assurance maladie.

Les Institutions qui prennent en charge les handicapés sont, comme en France nos associations, des "Non profit organisation", c'est à dire à but non lucratif. Le financement provient à 99% de fonds fédéraux, et de quelques participations privées. L'Etat Fédéral est censé surveiller de près l'usage des fonds avec les services de Sécurité sociale. Comme cela arrive souvent, le train de vie des Instituts en question semble supérieur à celui des administrations qui payent. Les documents qui vantent l’action des Institutions sont très conventionnels, avec beaucoup de sourires et de remerciements de jeunes handicapés ainsi que le portrait répété des responsables. Cela met parfois mal à l’aise, et rappelle le dénommé Crozemarie, président d’une association de lutte contre le cancer en France, dont le portrait ornait toute la France avec la mention " donnez ", avant que l’intéressé ne soit jugé et incarcéré pour détournement de dons. La personnalisation est toujours un peu suspecte, mais cela est sans doute différent aux USA puisque la photo des dirigeants disséminés dans les rapports d’activité et les prospectus des sociétés est ici une tradition. Enfin, en matière de communication plus que convenue, nous avons aussi notre lot concernant les personnes âgées et la famille, dont l’illustration la plus courante n’est faite que de petits vieux ravis et de maternités idéalisées, le tout entouré des airs faussement attendris et benêts de mannequins adultes recrutés pour la blancheur de leur sourire Ultra brite. Bref, des deux côtés de l’Atlantique, on est assez bon en matière de pub extasiée et dégoulinante de bons sentiments.

Au delà de ces points communs, la gestion ressemble à celle des associations françaises, mais avec un état d'esprit américain, peu tourné vers la revendication permanente, et au contraire axée essentiellement vers les résultats obtenus en matière de réintégration sociale et professionnelle.

Personnes âgées : maintien à domicile, et maintien dans la société

Comme pour les handicapés, et finalement comme pour tout le monde en général, les Américains s'ingénient à vouloir assurer la cohésion sociale. Pour les personnes âgées, l'action sociale se veut donc aussi sociétale, et privilégie le maintien à domicile, l'autonomie, et la liberté individuelle, y compris celle de travailler encore.

Les services se veulent à l'écoute des bénéficiaires, qui leur disent d’eux-même : "je veux être libre d'aller et venir, et de faire ce qu'il me plait". Il n’est pas impossible qu’en France ils disent d’ailleurs la même chose, mais qu’on ait décidé de faire leur bonheur sans écouter leurs jérémiades.

L'Amérique a pris conscience du problème des personnes âgées dans les années 60, à l'époque ou leur nombre et leur durée de vie a commencé à augmenter, comme dans tous les pays évolués. Le "Older Americain act" date de 1965.
L'Etat Fédéral assure par l'intermédiaire de la Sécurité sociale américaine le paiement de pensions qui n'ont ni la prétention, ni les moyens de constituer un revenu de remplacement, mais un revenu de complément, à charge pour les intéressés de se constituer une retraite plus substantielle par d'autres moyens. Les fonds fédéraux assurent également une couverture sanitaire minimale par l'intermédiaire de Medicare.

Les Etats pour leur part, sont chargés des missions à l'attention des personnes âgées. La configuration particulière de l'Etat de New York qui est d'abord une mégapole, conduit à une action spécifique, notamment dans le domaine des transports et du logement. Les services s'adressent à tous, quelques soient les revenus, pourvu qu'on soit âgé de plus de 60 ans

 

L’homo-automobilus âgé

Un service de transport particulièrement développé est offert, y compris pour le shopping. De plus, un programme d'éducation et de prévention pour "l'automobiliste âgé", est proposé. On ne s’étonnera pas de cette démarche, dans le pays de " l’homo automobilus ". Toute une démarche a été formalisée pour aider les familles à détecter, annoncer les symptômes de dangerosité dans la conduite, et finalement dissuader ses proches de continuer à prendre le volant. En effet, si, comme en France le nombre d'accidents rapporté à la population diminue avec l'âge, en revanche, le nombre d'accident par million de miles conduit, augmente à partir de l'âge de 60 ans. Au demeurant, le programme tente également de combattre les préjugés sur les capacités à conduire des personnes âgées tant qu’elles sont en état de le faire, et lutte contre le sectarisme.
La politique volontariste d'aide aux transports en commun, offre une alternative à la conduite individuelle.

Le coût du logement est évidemment très important à New York, ville qui a dû trouver dans les gratte-ciel la solution à ses problèmes fonciers, surtout dans l'étroite île de Manhattan. Le Service d'aide au personnes âgées investit beaucoup dans les services à domicile, et également dans des résidences pour personnes âgées.

 

Accidents du travail: une gestion régionalisée dans les Etats :

Chaque état de l'Union est tenu de mettre en oeuvre une couverture AT, mais qui n'a pas forcément un caractère obligatoire.

Dans l'Etat de New York, cette couverture est obligatoire pour tous les salariés, et les employeurs sont tenus de s'assurer pour cela. Il peuvent le faire individuellement (self insurance 15%), ou en se regroupant (private insurance (55%), ou encore le faire auprès de l'Etat (30%).
Cette assurance couvre, comme en France, la perte de salaire (2/3 du salaire, plafonné à 400 dollars la semaine) et les dépenses de santé, sans ticket modérateur, et remboursées à 100%). les maladies professionnelles sont également prises en compte.
L'ouverture des droits et l'évaluation du préjudice font l'objet d'une procédure formalisée. Les voies de recours et les possibilités de conciliation existent. Il n'y a pas de Commission de recours amiable, mais des "juges", qui sont des sortes de juges de paix ou de médiateurs, qui officient dans des bureaux aménagés comme autant de petits tribunaux (ils sont salariés de l'administration). Un recours en appel est possible.

Une gestion informatisée entièrement intégrée :

Le Workers' compensation board a mis en oeuvre un work-flow qui semble particulièrement performant, et intègre non seulement le suivi des dossiers client, mais également l'activité de chaque service et de chaque salarié, permettant par exemple de répartir en temps réel le portefeuille de travail d'un agent absent, y compris les pièces qui sont scannérisées

World Trade center :

Le système informatisé très intégré a permis de prendre en compte très vite la situation des milliers de victimes qui travaillaient dans les Twin towers , et de leurs proches.

 

L'aide sociale au travail

Les Américains qui reçoivent des aides du "Welfare system" peuvent bénéficier d'un service d'aide à l'emploi, dispensé par des " Jobs centers. "

Les aides sociales sont versées seulement pendant 2 ans pour les célibataires, et 5 ans pour les familles. Certains états, comme celui de New York sont plus généreux, et attirent donc des populations extérieures. Afin d'éviter les fraudes en changeant d'Etat, un réseau informatique les relie entre eux.
Le numéro de Sécurité sociale devient un identifiant universel : un fichier informatisé avec photos et empreintes digitales numérisées est établi. La lutte contre la fraude relève d’une opération morale menée un peu comme une croisade.

Les aides sociales proposent des "coupons nourriture", un programme alimentaire destiné aux femmes enceintes et aux nourrissons, l'accès à Medicaid, une sorte de soutien éducatif pour les parents très pauvres et les touts petits (3 à 5 ans), et d'autres aides diverses, dont notamment des aides au logement, ainsi que des crédits d'impôts pour les bénéficiaires et les employeurs qui leur donnent du travail.

Le Job center de New York propose des formations adaptées au marché du travail, des ateliers, des forums avec des employeurs. Tous les centres sont évalués, et une batterie d'indicateurs mesure leurs performances en matière de réinsertion professionnelle.

 

Aide à la famille : en France des allocations natalistes, aux USA des allocations " maritalistes "

Chaque pays dit quelque chose de sa culture. La Suède par exemple dispose d'un système volontariste et cohérent qui permet de conjuguer le travail et l'arrivée des enfants, et donne sa préférence à l'égalité des sexes dans les responsabilités parentales. La France, pour autant qu'on puisse encore distinguer quelque cohérence dans notre patchwork de prestations, a longtemps privilégié des dispositions natalistes. Les USA pour leur part ne cachent pas dans ce domaine leurs ambitions un peu moralisatrices.

Alors qu'en France les prestations sont versées, selon la formule consacrée, à celui qui a " la garde effective et permanente de l'enfant ", aux Etats unis, une aide temporaire destinée exclusivement aux familles nécessiteuses, a pour ambition, si possible de sauvegarder les liens parentaux et conjugaux.

De nombreux programmes de ce service concernent l'aide aux enfants et aux familles, depuis les enfants des rues jusqu'aux familles pauvres, ou en difficulté provisoire, ainsi que des programmes de placement ou d'adoption pour l'enfance en danger, et les prostituées.

 

MEDICAID made in New York

C’est l’administration des ressources humaines (HRA) de New York qui prend en charge les programmes d’aide sociale, ainsi que les problèmes sanitaires pour les bénéficiaires de MEDICAID.

HRA met en œuvre le programme d’assistance médicale (MAP), qui inclut Medicaid, des programmes d’assurance santé destinés aux enfants et aux familles, un programme de soutien à domicile des personnes dépendantes ou invalides, ainsi qu’un dispositif de tutelle des adultes.

A côté du MAP, HRA s’occupe d’un programme d’assistance aux familles, qui consiste à apporter aux familles nécessiteuses un soutien financier temporaire, une formation professionnelle et un service de garde d’enfants. De même, HRA distribue des bons alimentaires et assure un accompagnement dans la recherche de logements aux malades du SIDA et séropositifs, ainsi qu’aux victimes de violences domestiques.

L’ Etat et la ville de New York se sont particulièrement impliqués dans la santé des enfants issus de familles en difficulté, par exemple en étendant le bénéfice de Medicaid aux enfants de moins de 19 ans, ou aux femmes enceintes suivant un programme prénatal.

L’Etat et la ville de New York font de réels efforts en faveur des familles défavorisées, mais le système est tellement complexe que les bénéficiaires potentiels en sont trop souvent exclus faute d’information. De plus, il ne semble pas que HRA souhaite utiliser les outils informatiques performants que d’autres administrations utilisent déjà.

La visite des locaux administratifs de MEDICAID est édifiante : Comme dans les caisses de sécurité sociale autrefois, (et de quelques unes encore de nos jours), et comme dans les locaux d’aide sociale en général, ou d’accueil des étrangers en France, les bureaux semblent avoir pris un peu de l’air de misère des visiteurs. Le mobilier est ancien, les guichets en bois, la tenue générale des locaux est un peu tristounette. Un public nombreux semble attendre assis autour de grandes tables, avant d’être appelé pour un tête à tête avec l’administration. En comparaison, les guichets de la Sécurité sociale de New York ont presque fière allure

 

HMO made in Connecticut

Visite de Oxford Health Plans, à la fois Cie d'assurance, et gestionnaire de plans santé dans le Connecticut voisin, juste après MEDICAID . Le contraste est saisissant : transport en van luxueux aux vitres fumées, site arboré, bâtiment avec patio, des théories de bureaux paysagers, un grand hall accueillant, et l’inévitable salle de réunion, avec visio-conférence, buffet d’accueil et gadgets publicitaires en cadeaux.

Comme la plupart des fournisseurs, Oxford H.P. propose 3 formules : La HMO pure et dure, avec gate keeper conventionné obligatoire, l'organisation dite " PPO " (Preferred provade organisation) qui laisse la liberté totale de consultation, mais avec des cotisations beaucoup plus élevées, et enfin l'organisation dite "POS" (point of service, qui est la plus utilisée, et qui permet des consultations hors du réseau, mais avec la sanction d'un ticket modérateur conséquent).

Par ailleurs, 2 options de réseaux sont proposées (freedom et liberty), avec des différences de prestations, et donc de prix.

Oxford H.P. fournit des soins classiquement à des groupes de salariés (divisés en entreprises de plus ou moins 50 salariés), et à des "Seniors citizen" de New York, c'est à dire les bénéficiaires de Medicare. De plus, la société sert 120 000 particuliers, car elle est tenue de proposer des contrats individuels pour avoir le marché de Medicare. Dans ce secteur, elle travaille à perte.

Malgré des efforts de gestion importants, et des leviers d'action infiniment plus efficaces qu'en France, les dépenses sont de plus en plus difficiles à maîtriser, et les gestionnaires doivent faire face à une envolée des prescriptions et des coûts hospitaliers. On a l'impression, par rapport à une enquête similaire en Californie qui remonte à environ 5 ans (voir ELAN SOCIAL n°34 " HMO MADE IN USA " ou elansocial.com), que la concurrence entre HMO les a amenées à être moins sévères avec les dérapages de certains de leurs médecins conventionnés. Pour autant, les gestionnaires estiment que les médecins sont les premiers responsables des dérives. En matière de gestion du risque, ils concentrent leurs efforts sur les 20% d'assurés qui engagent 80% des dépenses, sur les pathologies les plus coûteuses, et sur les 20% de médecins qui représentent 80% des comportements atypiques.

La HMO gère en direct un call center, ainsi qu'une unité de "formation" des médecins, sur les bonnes pratiques et la prévention.

 

SYSTEME DE SANTE AMERICAIN : L'HORREUR SOCIALE ?

Bien souvent les descriptions sommaires du système de santé américain laissent apparaître ce dernier comme un véritable anti-modèle générateur d'une horreur sociale (au même titre que l'on a pu parler d'horreur économique il y a quelques années).

L'anti-américanisme conjugé à l'anti-libéralisme conduit malheureusement à une appréciation excessivement négative d'une troisième voie entre les voies bismarckienne et beveridgienne.

Ce constat n'empêche pas, bien sûr, de reconnaître les indéniables lacunes du système de santé américain : trop cher, pas assez universel, pas assez performant au plan sanitaire.

Le premier et principal constat qui s'impose, c'est que ce système n'est pas réellement libéral.

La part du financement public dans la santé avoisine les 40 % (soit 6 % du PIB) et tend à s'accroître. Bien que faible pour un pays développé, cette part n'est pas pour autant négligeable.

Les HMO ne sont nullement d'inspiration libérale mais étaient dès l'origine destinés à intégrer des professionnels de santé salariés pour favoriser l'accès aux soins (staff model). Les organismes du managed care ne se privent d'ailleurs pas d'imposer de nombreuses contraintes tant aux professionnels de santé qu'aux assurés à des degrés divers : sélection des professionnels, règles de bonne pratique, rémunérations forfaitaires, gate keeping, tableaux de bord systématiques, ententes préalable, peer-review…

Ajoutons que le montant de la prime payée par un assuré pour un contrat collectif d'entreprise n'obéit pas à une logique de marché assurancielle mais bien à un principe de mutualisation et est indépendant de son propre risque.

Le second constat est que l'exclusion, pour réelle et regrettable qu'elle soit, ne revêt pas un caractère absolu.

Un exclu gravement malade sera toujours soigné. Il n'aura pas le choix de son hôpital mais sera admis dans un hôpital public.

Donc, pas besoin dans ce cas de montrer sa carte de crédit avant d'être admis et on ne laisse pas mourir les gens dans la rue !

D'autre part, on omet trop souvent de signaler qu'aux Etats-Unis la solidarité s'exerce largement en dehors des structures étatiques par le biais d'un intense bénévolat et de dons aux fondations et autres congrégations.

Ce phénomène profondément ancré dans l'état d'esprit américain est aussi grandement favorisé par des dégrèvements fiscaux substantiels. Enfin, exclusion ne signifie pas pauvreté et donc incapacité totale de payer ses soins. Les non assurés sont pour l'essentiel des individus à statut précaire et/ou travaillant pour des petites entreprises (soit 80 % du total). Tout simplement, cette population n'est pas suffisamment "pauvre" pour bénéficier d'une aide publique.

Le troisième constat est relatif à l'insuffisance des résultats sanitaires.

Pourtant chacun sait que ce type de résultats ne saurait être imputé aux seules insuffisances d'un système de santé. Les déterminants de la santé se retrouvent aussi bien dans les comportements individuels que dans les facteurs génétiques ou encore dans l'environnement.

De surcroît, les statistiques de santé-mortalité de l'OCDE montrent que les Etats-Unis obtiennent des résultats de bonne qualité pour les données directement impactées par les soins (survie à dix ans après cancer, mortalité maternelle). Le véritable problème est donc plutôt le rapport entre le coût et les résultats obtenus.

Le quatrième constat concerne le coût exorbitant consacré à la santé (près de 14 % du PIB).

Il n'est pas certain qu'un système public parviendrait aisément à maîtriser une telle dépense. En effet, la surconsommation est un phénomène propre à la société américaine et qui ne concerne pas que les soins.

D'autres causes s'ajoutent à cette inflation de dépenses : mode de vie, technologies médicales de pointe, complexité du système de santé d'un pays fédéral de surcroît.

La maîtrise de la dépense s'est finalement concrétisée au niveau micro-économique dans les organismes du managed care même s'il devient évident que l'essentiel a aujourd'hui été réalisé et que les dépenses repartent à la hausse.

Au total, considérer qu'il y a une différence radicale entre le système de santé américain et les systèmes de santé européens tels que celui de la France est largement contredit dans les faits et le sera sans doute de plus en plus.

Ce sont les fondements politiques et philosophiques qui sont tout à fait différents. Aux Etats-Unis, on se méfie viscéralement de l'Etat et tout individu doit mériter ce qu'il a.

Mais la France d'aujourd'hui s'interroge sur les excès du centralisme, l'insuffisante responsabilité des citoyens surprotégés et la lourdeur excessive des charges fiscales et sociales.

Notre pays souhaite également développer les alternatives au système de soins libéral fondé sur le paiement à l'acte sans limitation.

Tôt ou tard, la réalité rattrape la politique. Face à l'inévitable explosion des coûts de la santé, de chaque côté de l'Atlantique se posera la redoutable question du transfert des charges financières aux malades en échange de plus de liberté dans l'étendue des choix et des traitements.

Patrick Négaret,
Coordonateur national de la Mission Recherche Internationale de la Cnamts
Directeur de la CPAM de la Sarthe

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