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Dominique Libault
Directeur de la Sécurité sociale au ministère des affaires sociales,
du travail et de la solidarité, de la santé, de la famille et des personnes
âgées :
De la responsabilisation |
Rencontre avec
Dominique Libault, nouveau Directeur de la Sécurité sociale, qui succède à Pierre-Louis Bras (voir Élan Social n° 46).
On connaît bien dans
lInstitution Dominique Libault, dont le nom a souvent été avancé pour prendre la
Direction de lACOSS, et qui a exercé ses talents de négociateur dabord au
Bureau dit A1 de la Direction de la Sécurité sociale, qui est un
des plus familiers aux représentants des Caisses, car il assure non seulement la tutelle
du Recouvrement, mais aussi celle de la gestion des budgets et des personnels des
organismes. Dominique Libault a donc longtemps été linterlocuteur des
syndicats et des associations, il est bien connu dune maison quil connaît
bien. Comme toujours, le négociateur na pas forcément la même image que le haut
fonctionnaire attaché à une certaine idée de la protection sociale. Pour les uns, il
est dabord un représentant de lEtat, qui ne peut avoir pour ambition
essentielle que détatiser encore et toujours plus. Pour les autres, la vision
quil a de la protection sociale est finalement très proche de notre propre culture
institutionnelle, et il en ressort la complicité naturelle qui lie ceux qui ont des
valeurs partagées.
Le poste de Directeur de
la Sécurité sociale, occupé à lorigine par Pierre Laroque, est considéré comme
étant un des plus prestigieux de la haute administration. Par les temps qui courent,
et compte tenu des difficultés grandissantes de lInstitution, cest aussi un
des plus exposé. Le devoir de réserve oblige certes Dominique Libault à rester prudent
dans ses propos, dautant que les problèmes ne sont pas minces, et que
lactualité nest pas des plus reposante. Pour autant, les avis du Directeur de
la Sécurité sociale éventuellement décodés ne manquent pas
dintérêt, dautant plus quil connaît le sujet, et quil est
réputé pour en parler intelligemment.
Même sil ne peut
pas lexprimer trop directement, on sent bien malgré tout quune inquiétude
sous-tend le propos. On voit bien que les hauts fonctionnaires salarment depuis
quelque temps déjà dune certaine perte de sens de lintérêt général, et
quune sorte dambiance de dernière chance pour
lInstitution sous-tend les propos parfois sceptiques ou désabusés
quon entend ici ou là.
Ont participé à
linterview : Gérard Arcéga, François Coullet, Lise Nouri et Nathalie Nowara

E.S. :
Par les
temps qui courent, on se fait du souci dans lInstitution, surtout dans le Régime
général. Si le RMI sen va aux Conseils généraux, la CMU et bientôt la sur-CMU
aux Complémentaires, et le recouvrement des cotisations travailleurs indépendants aux
Régimes des travailleurs indépendants, que nous reste-t-il ? Assisterait-on à un
début de démantèlement institutionnel ?
D. Libault :
Comme vous le savez, des
décisions politiques sont en cours darbitrage. Toutefois je précise que le
périmètre de ce qui fait la sécurité sociale n'est nullement en cause. Au sein de ce
périmètre, chaque branche assure, telle ou telle mission de service public. Il
nest pas illégitime de sinterroger de temps en temps sur la répartition des
compétences entre branches et régimes au regard d'une meilleure qualité de service
public.
La Direction de la Sécurité Sociale et
les Caisses Nationales uvrent depuis plusieurs années, à travers les Conventions
dObjectifs et de Gestion, pour asseoir la performance des organismes, la mesurer, et
la faire connaître. La meilleure garantie dassurer de façon pérenne les missions
de chacune des composantes de la sécurité sociale passe par cette objectivation des
performances.
E. S. :
Le recouvrement des
cotisations de travailleurs indépendants par les Urssaf peut se justifier par la
reconnaissance dun savoir faire en ce domaine, dautant que de nombreux
travailleurs indépendants sont aussi des employeurs ; Dun autre côté, la
mise en place dun guichet unique dans les caisses AVA et ORGANIC aurait
lavantage dune certaine cohérence. La Direction de la Sécurité sociale
a-t-elle une position arrêtée à ce sujet ?
D. Libault :
L
la Direction de la
Sécurité sociale appliquera bien sûr les orientations du gouvernement en la matière.
Chaque scénario comporte de bons arguments, cependant ce sujet, récurrent et complexe,
est difficile à traiter. Au delà ou en deçà des deux options que vous évoquez, la DSS
avait cherché à mettre en place une meilleure coopération entre organismes. Cette
orientation a connu un début de réalisation, cependant force est de constater que les
écarts dorganisation et de culture institutionnelle et l'extrême difficulté qui
subsiste dans cette institution à faire travailler les organismes ensemble ont limité la
concrétisation de cette ambition, et ont remis en selle lidée de guichet unique.
La DSS veillera en tout état de cause à ce que les préoccupations légitimes des
personnels concernés soient pleinement prises en compte.
E.S. :
LAssociation des
directeurs dURSSAF propose la mise en place dun guichet unique des
travailleurs indépendants dans les Urssaf. Dun autre côté, si on devait
sorienter un jour vers un regroupement dans le Régime des travailleurs
indépendants, pourquoi alors ne pas aller vers un Régime unique, à linstar de
celui des agriculteurs ? Ce Régime devrait alors regrouper, en toute cohérence, la
CANCAVA, lORGANIC, mais aussi la CANAM, voir la Caisse nationale des professions
libérales, et la Caisse nationale du barreau français. Cela ne permettrait-il pas au
moins une meilleure appropriation de ces régimes par leurs acteurs, ce qui est encore le
meilleur remède aux positions du CDCA ?
D. Libault :
Cest précisément
en raison de limportance de ces perspectives éventuelles, quil faut, je
crois, envisager une solution sans précipitation, dans la concertation et la sérénité.
Quel guichet unique,
et pour quoi faire ?
Quelle solution demain pour le recouvrement des cotisations
des travailleurs indépendants ? Les URSSAF, comme les caisses Organic ou Cancava, ne
manquent pas darguments. Le recouvrement peut se targuer de son savoir-faire, de sa
technologie, du poids de ses instances. Les caisses de retraites des artisans et des
commerçants bénéficient dune bonne image de proximité, et de la légitimité
forte de leurs administrateurs élus. Largument organisationnel devrait peser lourd
dans la balance : si le recouvrement des TI part vers les Régimes de non salariés,
cest au moins une trentaine dURSSAF qui se trouveront forts démunies, à la
limite du seuil critique de survie administrative. Mais si la Branche recouvrement rafle
la mise, ce sont les régimes Organic et Cancava qui risquent dêtre en péril.
Si donc on doit franchir le pas, et mettre en
difficulté les URSSAF, alors il faut en effet sans doute aller jusquau bout de la
logique dite "de proximité", et constituer un grand Régime de protection
sociale des travailleurs indépendants, sinon, on aura fait beaucoup de dégâts pour une
ambition somme toute limitée, celle du recouvrement des seules cotisations allocations
familiales. |
E.S. :
La mise en uvre
dune " sur-CMU " prise en charge par les mutuelles repose la
question des risques de rentes de situation, qui nexistent que par le plafonnement
des cotisations de retraites ou le système du ticket modérateur. A-t-on fait un bilan de
cette situation très franco-française, source dimmobilisme et dinefficacité
dans la maîtrise des problèmes ?
D. Libault :
Je ne partage pas
votre jugement. Le fait notamment qu'il y ait en matière de prise en charge collective
des besoins de santé un assureur de base monopolistique et des assureurs complémentaires
en concurrence ne me semble nullement un problème mais bien plutôt une chance. Des
assureurs en concurrence peuvent se permettre une liberté et une innovation dans la
responsabilisation des assurés et des professionnels que ne peut pas toujours avoir
l'assureur de base, du fait de sa situation monopolistique. C'est aussi une façon de
concilier la nécessaire maîtrise des prélèvements obligatoires et la liberté de
chacun d'accroître son niveau de protection dans le domaine de la santé et de la
prévoyance.
Rente
de situation et taux de prélèvement obligatoire.
Quel choix pour la France : une médecine gratuite pour
tous dun côté, et des prestations de confort assurées par des assureurs
complémentaires de lautre, ou, comme cest le cas aujourdhui,
lobligation davoir une mutuelle pour être simplement correctement
soigné ? Indépendamment des " choix de société " ou des
" particularités françaises " piètres arguments avec lesquels on
essaye de nous convaincre, il y a un argument de choc qui avantage grandement la rente de
situation des assureurs complémentaires : les recettes des mutuelles ne sont pas des
prélèvements obligatoires au regard du contexte international. Dans ces conditions, tous
les gouvernements sont évidemment tentés de partager le panier de soins solidaire,
dautant plus que le système génère par son laxisme des prélèvements toujours
plus conséquents. Au nom de laffichage de statistiques politiquement correctes, on
en est réduit à compliquer encore et toujours plus laccès aux soins.
Malgré tout, le gouvernement a voulu une
réflexion sur le périmètre du panier de soins remboursable par la solidarité, ce qui
est le commencement dune démarche constructive. Mais les premières propositions de
la Commission CHADELAT ne sont pas franchement rassurantes : elles semblent confirmer
lidée quon cherche avant tout à entrer dans lépure des chiffres, plus
que dans une politique de santé cohérente. |

E. S. :
Le problème des retraites est
dactualité. Que ce soit par répartition ou par capitation, pour quun
salarié puisse prendre sa retraite à 60 ans avec un taux de 75 % de pension, et après
40 années de cotisations, quelle part de son salaire ce salarié doit-il cotiser ?
Combien de temps pourra-t-on faire croire aux Français que certains dentre eux
peuvent partir à 55 ans, avec 90% de pension, calculés sur les meilleures années, sans
causer de déséquilibre majeur des comptes de la sécurité sociale ? Il semble que
lurgence dans le domaine soit la communication de chiffres et de bilans
précis : quen est-il ?
Mais léquilibre nest-il pas
surtout menacé par laugmentation de lespérance de vie des français après
60 ans environ 20 ans en moyenne, alors que dans les années 50 lespérance
de vie ne dépassait guère 65 ans ? Ce changement fondamental nest-il pas bien
plus difficile à prendre en compte que le problème du chômage ? Les pratiques
sociales ont changé, on travaille plus tard, et inversement certains partent plus tôt
dès 55 ans, parfois la durée de la retraite peut-être aussi longue que celle de
lactivité
D. Libault :
Des travaux ont été
menés, faisant apparaître que nous avons besoin de 4 points de richesse supplémentaire
dici 2020 pour assurer le paiement des retraites, si on maintient les règles
actuelles. Des éléments très détaillés et précis sont disponibles sur les sites
Internet du COR et "retraites.gouv.fr". La démographie française va connaître
une mutation sans précédent, cependant leffort à déployer pour assurer la
viabilité du système nest pas vraiment insurmontable. Je ne crois pas non plus sur
de tels sujets à "la" réforme définitive qui permettrait de passer à un
autre sujet et de ne plus y revenir.
Il faut évidemment augmenter le taux
d'activité des salariés âgés. Mais ceci ne se fait pas à coup de baguette magique.
C'est toute la relation âge et travail qu'il faut repenser et je devrai dire la relation
au travail de chacun. Il faut améliorer la qualité de l'emploi pour que la demande
sociale ne s'exprime plus exclusivement à travers un arbitrage, toujours plus favorable
au temps non travaillé sur le temps travaillé, ce qui ne sera pas supportable pour la
collectivité nationale.
E. S. :
Tous les discours
démagogiques restent possibles dès lors quon laisse entendre aux Français que ce
ne sont point eux qui payent, mais leur employeur ou lEtat. Ne faudrait-il pas
trouver les moyens de mettre fin à cette fiction, et de constituer une cotisation ou une
CSG entièrement salariale, première brique de lédifice de la très attendue
responsabilisation ?
D. Libault :
Cest un scénario
parmi dautres, mais il existe des difficultés juridiques dans la mise en uvre
de cette réforme. Rétrocéder la part patronale nécessite dopérer une
augmentation du salaire brut. Or les pouvoirs publics ne peuvent totalement maîtriser
l'exactitude de cette compensation, du domaine de l'employeur. Concernant le sujet majeur
quest la responsabilité, face à une demande sociale de plus en plus forte
vis-à-vis du système social, un système de régulation est à trouver. Si
le prélèvement est entièrement salarial et donc plus lourd, la réaction des
assurés peut aussi se manifester par une plus grande exigence concernant leurs droits de
retour financier.
ES :
Cest pourtant la base
nécessaire à une régulation plus responsabilisante, par exemple en ouvrant la
possibilité dajuster le montant de la cotisation aux exigences de liberté, ou au
contraire à lacceptation de quelques contraintes. Cela freinerait aussi certaines
exigences démagogiques des partenaires sociaux, qui ne visent quà augmenter encore
et toujours plus les recettes, et donc les cotisations.
D. Libault :
La majoration des
cotisations nest pas la seule solution, il faut travailler aussi sur dautres
paramètres, sans rendre plus délicat laccès aux soins mais il y a quelques
paradoxes dans votre position à souhaiter un ajustement des montants cotisés en vertu
des exigences de liberté et à se plaindre du rôle des complémentaires : c'est
précisément leur intérêt.
E.S. :
Les URSSAF développent une
offre de service, avec aujourdhui des résultats probants. Parallèlement, la
possibilité dune répartition compte par compte des ressources de la sécurité
sociale exige aussi un investissement certain. Cette démarche, purement statistique,
nexige-t-elle pas des efforts un peu disproportionnés au détriment de ceux
consacrés au service ?
D. Libault :
Je comprends quil
soit tentant de hiérarchiser, mais je nopérerais pas de choix entre les deux
activités. La répartition est liée à la nécessité d'assurer à chaque branche une
garantie totale de transparence et de fiabilité dans ses attributions de ressources. Il
faut concilier deux exigences : le collecteur unique des cotisations, qui simplifie la vie
de l'usager et est performant au terme des gestions publiques et une transparence absolue
sur l'équilibre ressources/dépenses de chaque branche. Cette transparence sur les
ressources est un élément nécessaire pour faire accepter une politique de maîtrise des
dépenses.
E.S. :
On débat de nouveau sur les
conséquences supposées déresponsabilisantes du remboursement automatisé par le
système Vitale, et on propose, ici et là, laffichage des dépenses maladie pour
les assurés. Est-ce un effet dannonce, en relais des idées reçues du corps
médical ?
D. Libault :
Sagissant de
laffichage des dépenses par assuré, je suis plus partagé que vous ; La
connaissance exacte du coût d'un séjour à l'hôpital, par exemple, peut être
instructive. Beaucoup dassurés croient que 20% des dépenses passent dans les
coûts de gestion de la Sécurité sociale. Il est souhaitable de mieux informer sur les
coûts réels. Cela relève autant de la nécessité dinformer que dune
démarche de responsabilisation mais pas de culpabilisation.
E.S. :
-il infliger aux assurés
la dérive des dépenses hospitalières ? En affichant le coût dune
gestion hospitalière on facture le coût global (personnel, gestion du temps de travail,
investissements
) et non ce que coûte réellement le soin délivré au
patient. Si le financement était par exemple transféré sur les impôts locaux, les Elus
gestionnaires seraient plus intéressés à une gestion saine des structures, comme cela
sest produit dans les pays scandinaves.
D. Libault :
Les Français sont
plutôt contents quon dépense de largent pour leur hôpital. Et une partie de
la maîtrise repose sur une meilleure coordination entre établissements qui serait plus
délicate en cas de gestion décentralisée.
ES :
Il ne sagit pas
nécessairement de responsabiliser les assurés, mais surtout les gestionnaires, qui
aujourdhui ne financent pas les établissements pour lesquels ils réclament des
moyens, même sil sagit dhôpitaux dit de
proximité.
On a fait des URCAM des machines à
subventionner à travers le FAQVS et les divers plans de santé, ainsi que des promoteurs
de la prévention sanitaire. On est loin de la volonté de maîtrise des dépenses qui
animait les actions de GDR des caisses. LEtat a-t-il aussi, pour sa part, abandonné
toute volonté de contenir les dépenses ?
D. Libault :
LEtat est plus
soucieux de la maîtrise des dépenses que jamais. Le rôle des échelons régionaux et
notamment du contrôle médical est appelé à croître, puisquon a renoncé à des
solutions de régulation collectives, qui étaient au cur du plan Juppé, et qui
inspiraient aussi les mesures du gouvernement Jospin. Il faut revenir à une approche de
gestion du risque plus proche des praticiens. Avec le développement des contrats de bonne
pratique, les accords récents redonnent une place forte aux échelons régionaux dans la
gestion du risque santé.
ES :
Sagissant des
filières et des réseaux de soins, on a plus ou moins abandonné lambition de
réaliser les unes, et décidé de financer les autres après des années
datermoiement juridique. Ce quon appelle la cinquième
enveloppe, qui sera co-octroyée par les ARH et les URCAM, étant constituée
denveloppes fermées, comment désormais envisager de sengager dans des
dérogations tarifaires auprès des assurés ?
D. Libault :
Réponse écrite. Le problème ne
sest pas posé jusquà présent car les expérimentations Soubie ont été
limitées, donc il ny a pas eu de problème de financement.
E.S. :
On négocie toujours aussi
théâtralement des conventions médicales qui ont en général pour effet immédiat
daugmenter les honoraires. Pour autant, on peut sinterroger sur la portée
réelle de ces conventions, dans la mesure où la situation nest guère différente
en labsence de convention, hormis labsence de réévaluation tarifaire
justement. Même si les derniers accords semblent un peu plus porteurs despoir,
grâce notamment aux engagements de prescription de génériques, la qualité des hommes
peut-elle vraiment transcender une telle organisation ? Faut-il persévérer dans
cette voie ?
D. Libault :
Les conventions sont
conclues après une série de négociations, qui ont contribué à rétablir un climat
plus serein et propice à lapplication des mesures adoptées. A linverse, les
logiques d'affrontement qui gouvernaient auparavant les relations entre les professions de
santé et les institutions étaient nuisibles à tout progrès de la régulation. Les
premiers résultats relatifs à la convention des médecins généralistes font
apparaître un progrès de lutilisation des médicaments génériques, la
contrepartie de laugmentation des honoraires nest donc pas restée sans suite.
Il convient néanmoins de rester vigilant sur la concrétisation des engagements pris par
les professions de santé, pour pouvoir acter du tournant véritable issu de ces nouvelles
conventions mais à l'assurance maladie aussi de progresser dans sa qualité de service
aux professionnels de santé.
E.S. :
Les débuts de négociations
sont toujours suivis deffets réels, ne serait-ce quen raison dun impact
psychologique. Lannonce des RMO avait par exemple provoqué une limitation des
prescriptions, toute temporaire. Quant au médecin référent, seul exemple de régulation
mis en uvre, les résultats sont plus que modestes.
D. Libault :
Léquilibre des
comptes de la Sécurité Sociale dépend aujourdhui plus que jamais de la
responsabilisation de chacun des acteurs. Jespère que lensemble des acteurs
impliqués dans les dépenses de soins en sont conscients, compte tenu du contexte
financier de lassurance maladie.
E.S. :
On sintéresse enfin au
service rendu aux assurés, aux allocataires, retraités et cotisants. La nouvelle
génération des conventions et contrats pluriannuels dobjectifs et de gestion
décline des indicateurs de qualité sur les performances, qui devraient, avec le temps,
être de plus en plus fiables. La DSS va-t-elle demander aux caisses nationales de tirer
les conséquences managériales de léclairage qui est désormais donné sur la
gestion des coûts et du service des Caisses ?
D. Libault :
Je tiens à dire que je
me félicite de la capacité des équipes de direction et de leurs personnels à prendre
en compte la démarche stratégique de qualité du service rendu aux usagers. La capacité
des caisses et des partenaires sociaux à prendre en charge cette démarche de culture de
service est un facteur doptimisme. Elle préfigure une évolution favorable dans les
relations entre les organismes de sécurité sociale et les usagers du service public.
Nous avons suscité un colloque en mars sur ce sujet qui est au cur de la relation
entre les Français et la Sécurité Sociale.
Il reste à améliorer la mesure
comparative des performances entre branches, car lhétérogénéité est encore trop
grande dans les outils de mesure. Un groupe de travail prépare un socle d'indicateurs
communs aux différentes branches. En terme de management, la conséquence ne sera pas la
création de nouveaux outils, mais une attention sur la prise en compte par le comité des
carrières des performances des directeurs dans leur parcours professionnel.
La DSS a accepté la mise en place de
lintéressement dans les organismes. Il appartient au COMEX, aux caisses nationales,
à lUCANSS et aux représentants des organismes daller plus loin s'ils le
souhaitent.
E.S. :
Les solutions évoquées pour
pallier le départ en retraite prévisible des agents de direction consisteraient
notamment à contourner le CNESSS et la liste daptitude, en recrutant directement à
lextérieur. Il existe pourtant un vivier important de cadres dirigeants potentiels
au sein de linstitution, une récente étude de lUCANSS le montre. Ne
pourrait-on sinquièter du problème en sintéressant au problème du tuilage
des rémunérations ?
D. Libault :
La DSS souhaite une
anticipation de lUCANSS et des caisses nationales dans la gestion prévisionnelle
des ressources humaines, mais je nai pas encore été saisi de propositions
concrètes sur ce sujet. Il existe en effet un vivier très important de cadres aptes à
diriger les organismes dans lavenir et j'accorde une importance toute particulière
à la capacité de l'institution à utiliser au mieux l'ensemble de son potentiel de
ressources humaines. Nous ne serons pas hostiles à tout examen de mesures
institutionnelles ou statutaires permettant daméliorer la réponse aux vacances de
postes, mais je n'ai pas connaissance de projets visant à contourner le Cnesss ou la
liste d'aptitude.
E.S. :
La liste daptitude est
régulièrement remise en cause, avec les meilleures intentions managériales affichées.
Sachant que les intentions en question comportent un risque majeur de dérive vers des
recrutements dapparentement, lEtat reste-t-il le gardien dune règle
garantissant malgré tout un minimum de mérite dans les nominations, et de liberté dans
lexercice des fonctions ?
D. Libault :
Je connais
lattachement dune grande partie des agents de direction à ce système. Son
changement n'est pas d'actualité en dépit de la charge quil fait peser sur les
DRASS et les IGAS. Néanmoins, quelques aménagements paraissent nécessaires pour
certains postes spécifiques afin d'éviter le risque de vacance que vous évoquiez. Je
souhaiterais aussi faciliter les mobilités dans les deux sens, entre dirigeants de caisse
et fonctionnaires sociaux.
E.S. :
Le précédent numéro
dElan Social examinait la situation du système de protection sociale aux Etats
Unis. LInternal Revenu Service, équivalent de lURSSAF, consacre 70% de ses
ressources au contrôle, lorsquen France ce taux avoisine 10%, au mieux 20%.
Lorganisation centralisée des encaissements permet cette marge pour rendre plus
efficace et rigoureux le système du recouvrement. Cette option ne pourrait-elle pas être
tentée en France, où la décentralisation des encaissements représente une charge au
détriment de loffre de service ?
D. Libault :
Ceci renvoie à une
réflexion interne nécessaire dans la branche recouvrement. La mission
dencaissement, et larrivée des chèques représentent encore pour beaucoup un
rôle inhérent à la fonction des URSSAF. Néanmoins, à loccasion de la
déconcentration de lURSSAF de PARIS, la question de la centralisation de
lencaissement a été évoquée. Par ailleurs dautres moyens
doptimisation du temps sont aussi à rechercher pour dégager les marges
nécessaires au contrôle : le chèque emploi service traité à St. Etienne est un
service centralisé qui marche. Net Entreprise, la télétransmission, léchange des
données informatisées, options qui facilitent les flux entre entreprises et organismes
offrent des perspectives majeures des gains de productivité.
E.S. :
Comment envisagez-vous, de
manière globale, lavenir de la Sécurité Sociale ?
D. Libault :
Les facteurs
doptimisme sont à chercher dans lévolution des caisses dans leur capacité
à faire évoluer le service public. Les difficultés résident, elles, dans la situation
financière de linstitution, liée à des phénomènes conjoncturels et surtout
structurels : le vieillissement démographique et la hausse de lespérance de
vie, les dépenses croissantes de santé qui lui sont en partie corrélées, rendent plus
que nécessaire une rénovation du pacte social qui est le fondement de la sécurité
sociale.
J'ai quelquefois des motifs
dinquiétude face à certaines évolutions de l'esprit public qui ne me paraît pas
toujours enclin aux valeurs de solidarité et de partage qui fondent le système de
sécurité Sociale. Il y a certes une forte augmentation de la demande sociale face au
système de sécurité sociale, mais qui ne correspond que partiellement à
lattachement à des valeurs de cohésion sociale. Retrouver un sens collectif
mapparaît un enjeu fort dans les années à venir.