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Numéro 52
Dossier
Ces régimes très spéciaux
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Début denquête sur des
Régimes très spéciaux, les Régimes particuliers, - et spéciaux justement.
Comment sont ils gérés, qui sont les collègues qui y travaillent, que pensent-ils
des privilèges acquis ou présumés tels qui les caractérisent ?
Élan Social commence donc une visite de
ces différents organismes, afin de mieux les faire connaître de tous ceux qui
travaillent dans ce quon a coutume dappeler
lInstitution au sens large, cest à dire, en gros, les
régimes qui gèrent le CNESSS, ou qui siègent dans les commissions de la Liste
daptitude.
Tous ces régimes ne nous sont pas
inconnus : celui des Mines justement siège à la Liste daptitude unique des
agents de direction, avec le Régime général et celui des travailleurs indépendants,
ainsi quau Conseil dadministration du CNESSS. Les Provençaux connaissent bien
la Caisse nationale militaire, dont le siège est à Toulon, et un peu celui de la SNCF,
dont le siège est à Marseille, et dont les gestionnaires sont adhérents à
lACORS, (association daudit et conseil des organismes sociaux), présidée par
notre collègue Evelyne Scheltens directrice de la CPAM dEvry. Le directeur de la
CAMAC CAMAVIC, Frédéric
Buffin, est issu du Régime général. On connaît aussi le Régime retraite des
professions libérales, qui , sans être un régime particulier, na pas de lien
organique avec le CNESSS ou le régime général : ELAN SOCIAL a déjà effectué un
reportage à la Caisse nationale des professions libérales (Voir ELAN N°
), et
même à la CNBF (Caisse nationale du barreau Français).
Mais quen est-il de la RATP, voire
de lOpéra ou du port autonome de Bordeaux ? Au-delà des problèmes
déquité en matière de retraite, ou de différence de prise en charge en assurance
maladie, sans parler des comparaisons toujours possibles en matière de cotisations, on a
souhaité, à lheure où le débat sur les retraites est, on ne peut plus
dactualité, mieux connaître les hommes et les institutions qui gèrent la
protection sociale de ces populations.
Début donc dune série de visite
dans ces régimes très spéciaux, en commençant par la CNACRL, et la SNCF.
Commentaires et reportages :
Gérard Arcéga, avec laide de Frédéric Buffin, directeur de la Caisse des Cultes
(ancien délève du CNESSS, il a été directeur des études de lécole, et
Délégué régional dIle de France de lAssociation) , et de Stéphanie Colombo, Clarisse Mitanne, Emmanuel Godard et Jean-Claude Le Pors.
La nébuleuse des régimes spéciaux et particuliers
Il y a 3 visions de la Sécurité sociale : celle des grands régimes, avec celle,
plus particulière des CPAM, puis celle de lAdministration, et enfin celle des
régimes spéciaux.
Le monde des régimes spéciaux et particuliers est partagée. Il y a les régimes qui
ont une dimension existentielle : ceux de la SNCF, et celui des Militaires qui sont,
en quelque sorte, " épiques ". Pour ce qui concerne celui des
Militaires, il nest spécial que pour lassurance maladie, qui utilise
toutefois les logiciels de la CNAMTS. A côté, il y a, entre autres, les régimes de la
Banque de France, lENIM (Etablissement National des Marins concernant les
marins de commerce), et ceux des ports autonome (Bordeaux et Paris). Il faut encore
compter les régimes des Mines, celui des Clercs de notaire, la CAVIMAC, l'EDF et la RATP
pour les retraites. La CNRACL (Caisse nationale de retraite des agents des collectivités
locales) ne siège pas dans les instances dans lesquels ils se rencontrent.
Ce sont les deux régimes les plus importants, SNCF et Militaire, qui
mènent le bal au sein de lUNRS (Union Nationale des
Régimes Spéciaux). Cette structure gère les relations avec les ministères et la CNAMTS
pour la mise en uvre de Vitale. LUNRS névoque pour linstant que
les questions intéressant le risque maladie. Il y a, par ailleurs, le " Club
des régimes spéciaux ", qui regroupe plusieurs risques (maladie et
vieillesse). Dans ce Club, on parle des risques retraite ou maladie, de gestion, et de
qualité de service. L'administration essaye de promouvoir des COG.
Enfin, les régimes spéciaux siègent également à la commission de compensation
démographique. Dans cette commission, le jeu veut que l'Etat cherche à payer le moins
possible. Les régimes participent au financement du GIE Sesam vitale, et ont des
représentants dans le GIE. Le Club est une instance plus politique, qui conduit aussi des
travaux de gestion du risque avec les médecins conseils.
Un certain sentiment de désarroi vis à vis de Sesam vitale est apparu au sein des ces
régimes, ainsi quune inquiétude à propos des problèmes soulevés par la CCAM
(Classification Commune des Actes Médicaux, permettant le codage). Cela implique des
modifications très importantes des systèmes informatiques. Cela sajoute aux
difficultés liées à la mise en uvre du RNIAM (Répertoire National Inter Régimes
de lAssurance Maladie), la CMU, Vitale 2 etc .... Les petits régimes et leur
sous-traitants ont des difficultés à suivre toutes ces évolutions. Les Clercs de
notaire, la CAMAVIC et les Militaires travaillent sur les systèmes CNAMTS. Cela conduit
à une perte d'autonomie. La SNCF malgré tout, a encore les moyens d'assurer son
informatique, même si elle a adopté les systèmes de la CNAMTS.
En ce qui concerne les négociations, les discours des gestionnaires de la SNCF sont
parfois du style : " Si on obtient pas ceci ou cela, vous allez marcher à
pied " . Dans ce domaine comme dans bien dautres, au moins on peut payer,
au plus on est vindicatif. Ce constat bien sûr ne concerne pas les hommes, qui sont
collègues estimables, mais les acteurs dun système dont tout le monde est
finalement prisonnier.
Les instances de tutelle peuvent être différentes : le Ministère des transports
assure celle de la SNCF, et celui de la justice celle des clercs de notaires.
Les dossiers qui concernent ces régimes sont souvent politiques : comment programmer
la fin du régime des Mines, quen est-il des recettes de la CNRACL ? Comment marier
le régime de l'Opéra et celui de la Comédie Française, ceux du Sénat et de
l'Assemblée nationale?
Ces régimes constituent-ils un groupe de pression défenseur de privilèges
acquis ? Pour les ordonnances de 1945, les régimes spéciaux étaient provisoires.
Ils venaient des services publics, ils étaient intéressants, toutes les élites
syndicales appartenaient à lEDF ou à la SNCF. Une fusion directe est politiquement
difficile. Mais il y a les armes budgétaire et informatique, au moins pour l'Assurance
maladie. La force de ces régimes est de s'être adaptée aux besoins de leurs
populations. La CAMAVIC, par exemple, sert des prestations égales au régime général
avec un coût de gestion correct (en sappuyant sur le réseau des congrégations).
Si le coût de gestion dun régime est tolérable, et le service adapté,
l'administration peut consentir à son maintien.
En assurance maladie, le système des régimes particuliers est celui dune
médecine de Caisse gratuite, à lexemple des RATP et des Mines. Les populations en
difficulté de ces régimes ont donc droit à une médecine gratuite, et n'ont pas à se
réfugier aux urgences de l'hôpital pour éviter le ticket modérateur. La CGT
défend ce système, alors quelle refuse lidée dun médecin référent,
même librement choisi, dans le régime général. Pour le risque maladie, un service
"adapté" à certaines populations peut se comprendre, à droits égaux. Mais
pour ce qui concerne les retraites, les droits sont très supérieurs. Cest le cas
pour les fonctionnaires de l'administration aussi.
Cette situation peut entraîner une certaine fermeture mentale, une vision de citadelle
assiégée encore plus grave que dans le régime général. La CNAMTS est ressentie comme
un organisme très dominateur, et lAssurance maladie apparaît comme omnipotente.
Pour certains régimes comme pour les médecins, lAssurance maladie est, selon
lexpression consacrée à légard de tout impérialisme un tigre
de papier. Ils ont limpression d'être perdu dans un environnement mal
maîtrisé. Ce mouvement est évidemment à double tendance, et entraîne de fortes
résistances. Les pouvoirs publics sont par exemple, incapables de fusionner les régimes
de l'Opéra et la Comédie Française. On ne gère pas exactement des besoins, mais le
"vouloir vivre de catégories sociales. Au delà de revendications
davantages, on est dans des problèmes existentiels.
Pour les retraites, rappelons que les fonctionnaires prennent leurs retraites après
37,5 années de cotisation, et touchent 75% du dernier traitement indiciaire, hors prime.
Les cotisation sélèvent à 7,65% pour la part salariale et à 21,6% pour la part
patronale. Un détail dimportance, les deux montants ne sont pas plafonnées, ce qui
doit entrer en ligne de compte dans lappréciation de leffort consenti :
les taux de cotisations et le montant des pensions des fonctionnaires doivent se comparer,
avec les parties obligatoires et complémentaires obligatoires du secteur privé. Au
delà, ils peuvent cotiser à un fonds complémentaire facultatif : la Préfond).
En 1945, on fusionné les caisses existantes en une CNACRL pour les agents
territoriaux, ce qui représente 38 000 employeurs. Il y un service des pensions à Nantes
pour les fonctionnaires de l'Etat, ainsi qu un bureau dans chaque Ministère, qui
prépare la liquidation des pensions. On pourrait comparer cela ressemble à une grande
Urssaf, et une Cram spécialisée dans la gestion du risque vieillesse. L'Ircantec à
Angers s'occupe des fonctionnaires contractuel. Il ny a donc pas de retraite
complémentaire.
La retraite est acquise dans la SNCF et la RATP à 50 ans pour les roulants, et 55 ans
pour les administratifs. A EDF et GDF, on peut être en retraite à 50 ans si on a
travaillé sur les chantiers, et à 60 ans dans les bureaux.
Pour le risque maladie, les fonctionnaires sont couverts par les Sections locales
mutualistes, et la Caisse nationale militaire.
La Direction de la sécurité sociale siège en qualité dadministrateurs au sein
de certains régimes. Monsieur Cressard par exemple, que Élan Social a rencontré, est
administrateur à la CNACRL. A ce titre, il va 4 fois par an à bordeaux, ou il y a
environ 720 salariés pour assurer la liquidation des pensions et le suivi des retraités.
(changements d'adresse, pensions de réversion). Cela représente 650 000 pensions. A cela
sajoute une action sociale est gérée par le Conseil dadministration. Le
rôle du représentant Etat est d expliquer les textes, découter,
dassurer la Tutelle. Une COG est en cours de négociation.
Pour les Régimes spéciaux cest la Direction de la Sécurité sociale qui suit
les Budgets, puis il peut y avoir des Ministères spécialisés. Le Régime de
lOpéra de Paris est géré par une dizaine de personnes. Dans le Régime des Mines,
il ny a plus que 2000 mineurs, bientôt zéro. Largument de départ pour
justifier la spécificité de ce Régime a été davoir participé à la
reconstruction de la France. La question de pose de savoir que faire de cette sorte de
grande HMO par publique. Comment ouvrir les consultations des
Professionnels salariés à l'extérieur ?
Sagissant des frais de gestion, la CNACRL s'améliore, la CDC s'implique
fortement. D'autres Régimes coûtent plus chers. Le Bureau des Régimes spéciaux au
Ministère comprend 8 personnes.
Gérard Arcéga
LIRCANTEC
épinglée par la Cour des comptes
Il y aurait du retard dans le traitement des dossiers traités par lInstitution de
retraite complémentaire des agents non titulaires de lEtat et des collectivités
publiques. Extrait de la revue "Protection sociale n° 373 du 20 Novembre 2002",
qui reprend des conclusions de la Cour des Comptes : Les retards qui
caractérisent le versement des cotisations, tant des employeurs et régimes de retraites
de titulaires que des affiliés, constituent un préjudice financier pour le
régime et la revue ajoute, à propos de la conclusion de la Cour des
Comptes : "Selon un magistrat que nous avons interrogé, il sagit dans
cette affaire dattirer lattention sur gestion à la
papa, davantage soucieuse de ménager lintérêt dun personnel
fortement syndiqué que de satisfaire les besoins des usagers.
Voilà quapparaît un nouveau concept, celui de
gestion à la papa, qui se définirait par une gestion
davantage soucieuse de ménager lintérêt dun personnel fortement
syndiqué que de satisfaire les besoins des usagers. Heureusement, ce
nest pas le genre de dérive quon observerait dans dautres Institutions,
telles que le Régime général de la Sécurité sociale, qui jamais au grand jamais, ne
tomberait dans de telles dérives. |
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La caisse nationale de
retraites des agents des collectivités territoriales :
un régime spécial de retraite qui
pourrait être excédentaire
mais à court terme seulement
Pour
illustrer le dossier de ce numéro, Elan social a choisi daller à la rencontre de
la caisse nationale de retraites des agents des collectivités territoriales (CNRACL). La
première surprise fut déjà le lieu : une fois nest pas coutume, ce ne sera
pas Paris mais Bordeaux
et dans les locaux de la Caisse des Dépôts et
Consignations (CDC). Si lon se souvient que le 17 juillet 2001, une loi confie la
gestion du Fonds de réserve pour les retraites à la CDC, la plupart dentre nous a,
peut-être, oublié son rôle en matière de gestion des retraites. Dans ce cas, cet
article contribuera à vous rafraîchir la mémoire, entre autres bien sur !
Lessentiel de
lentretien aura lieu avec monsieur Jacques Bricout, responsable de secteur de la
gestion des personnels en activité. Il se terminera avec monsieur Loïc Gautier,
responsable du service Etudes et actuariat de la CNRACL.
Interview : Clarisse
Mitanne
Quelques dates clés
- 17 mai 1945 : création par ordonnance de la CNRACL
- 19 sept. 1947 : détermination de lorganisation par décret
- 9 sept. 1965 : alignement par décret des retraites des agents des collectivités
territoriales sur les fonctionnaires dEtat
Elan social :
Au-delà de
limplantation géographique, quel est le lien entre la CNRACL et la CDC ?
J. Bricout :
La gestion des régimes publics de retraite a
toujours été au cur des missions dintérêt général dévolues à la CDC.
Dès 1816, lors de sa création, la gestion de la retraite des fonctionnaires lui a été
confiée. Depuis, en tant que mandataire, elle est clairement identifiée au sein du
domaine de la retraite. Sa " Branche Retraites " est le seul
opérateur à pratiquer diverses techniques dacquisition de droits : régime en
annuités (CNRACL) ou en points (Ircantec).
Elan social :
Le siège de la CDC étant à Paris, pourquoi
Bordeaux pour la CNRACL ?
J. Bricout :
Deux établissements ont une vocation
client : Angers et Bordeaux. Le choix de Bordeaux pour la CNRACL est intervenu sous
lère Chaban-Delmas
comme Saint Etienne pour le Cnesss, à
lépoque Durafour.
Elan social :
La CNRACL, cest quoi ?
J. Bricout :
Comme je vous lai indiqué, elle est
gérée par la " Branche Retraites " de le CDC. Jai donc un
statut de fonctionnaire de l'Etat. Créée en 1945, la CNRACL est un établissement public
national. Son originalité est dêtre le seul régime spécial de Sécurité Sociale
dont le Conseil dadministration comporte en son sein des représentants
demployeurs et de salariés élus tous les 6 ans. Les dernières élections datent
du 4 décembre 2001.
Elan social :
A votre avis, cette originalité
apporte-t-elle une plus value, compte tenu du rôle limité du conseil
dadministration ?
J. Bricout :
Si on se réfère au seul domaine réglementaire,
le CA na ni le pouvoir de déterminer les textes, ni celui de les modifier. De plus,
les représentants de lEtat, membres de droit, disposent du droit de veto. Mais par
sa composition, cest une instance déchanges et de débats pouvant avoir une
certaine influence sur les décisions des autorités publiques.
Composition du conseil dadministration
- Des représentants demployeurs : 2 représentants de communes de 20
000 habitants et plus, 2 représentants de communes de moins de 20 000 habitants, un
représentant de régions et départements et 3 représentants des établissements
hospitaliers
- Des représentants des affiliés en activité : 6 membres (CGT, FO et CFDT)
- Des représentants des affiliés en retraite : 2 membres (CGT et FO)
- Des membres de droit : 6 représentants (CDC, Hospitalisation et
organisation des soins, direction de la sécurité sociale, direction des collectivités
locales, direction du budget et conseil supérieur de la fonction publique territorial
Elan social :
Qui sont vos cotisants ?
J. Bricout :
La CNRACL assure le recouvrement des cotisations
auprès de 48 000 employeurs. Il sagit de collectivités territoriales (plus de 45
000), détablissements publics hospitaliers (3 000 environ) et
détablissements publics rattachés hors établissement public industriel et
commercial. Le type demployeur est très variable : 10 % représentent 90 % des
actifs !
Elan social :
Pour quel type dactifs ?
J. Bricout :
Il sagit du personnel titulaire de ces
employeurs cotisants, faisant exclusion des médecins des établissements hospitaliers. Au
nombre de 1,7 millions, ces actifs ont augmenté de 2,3 % en 2001. Pour lessentiel,
ce sont des femmes (65%) avec une moyenne dâge de 43 ans.
Elan social :
Et les retraités ?
J. Bricout :
Ils sont 700 000. 71% sont des femmes. Le taux
dévolution des retraités est de plus de 4% et la moyenne dâge actuelle de
67 ans.
Elan social :
Votre rapport démographique est donc plutôt
favorable actuellement. Pourquoi des résultats déficitaires ou très légèrement
excédentaires ?
J. Bricout :
Le rapport démographique de la CNRACL est de
2,59 actifs pour un retraité. Cest une situation démographique très favorable.
Pour autant la situation du régime reste fragile par le jeu de la compensation
généralisée et surtout de la compensation entre régimes spéciaux : la CNRACL a
versé ainsi en 2001, 26 % de ses recettes à ce titre, soit 2 773.3 millions
deuros !
Elan social :
Par vos propos vous semblez remettre en cause
le principe de solidarité nationale au profit dun principe de solidarité
catégorielle ?
J. Bricout :
Le principe de la compensation fait lobjet
dun débat régulier au sein du conseil dadministration de la CNRACL mais le
principe de solidarité n'est nullement contesté. Pour autant, il est évident quun
débat sinstaure lorsque lon constate que la CNRACL est financeur à 60% au
titre de la compensation entre régimes spéciaux pour des bénéficiaires versant des
retraites plus élevées que celles de la CNRACL. En fait, c'est le dispositif technique de
calcul des transferts de compensation qui est perfectible.
Elan social :
Pour illustrer vos propos, on peut parler de
la SNCF, par exemple, qui est un régime bénéficiaire de la surcompensation à hauteur
de 23 %. Le CA de la CNRACL perçoit sa participation financière comme un financement de
droits acquis de la retraite des salariés SNCF. Mais le régime de retraite de la CNRACL
nest pas déjà lui même plus avantageux que le régime général ?
J. Bricout :
Les comparaisons établies par la mission Charpin
en 1998 n'ont pas mis en évidence d'avantages intrinsèques entre une pension complète
CNRACL et une pension CNAVTS/ARRCO/AGIRC. Il est sûr que les réformes des ces derniers
régimes vont créer des écarts en défaveur des salariés du secteur privé. On avance
également les possibilités offertes par la CNRACL de départ anticipé en cas
demploi pénible mais on peut constater que les 2/3 des salariés du privé ne sont
plus en situation de travail quand ils partent à la retraite. Enfin, la CNRACL offre la
possibilité aux agents féminins ayant trois enfants de pouvoir bénéficier dune
retraite après 15 ans dactivité
Elan social :
Sauf erreur de ma part, cette situation fait
abstraction de la parité hommes/femmes confirmée par les récentes décisions de la
communauté européenne. La suppression de certains avantages ne devrait pas être sans
incidence financière pour un régime avec une très forte majorité de femmes ?
Même si lon fait abstraction des
compensations, les cotisants augmentant de 2,3 % par an et les pensionnés de plus de 4 %,
un point de rupture reste inévitable. Il se situe à quelle échéance ?
L. Gautier :
Par leffet conjugué de laugmentation de la
contribution de lemployeur (de 26,10% en 2002 à 27,3 pour 2005), de la modification
des règles de calcul de la compensation généralisé et la baisse du taux de
compensation spécifique de 34 % à 30%, la CNRACL va retrouver une situation équilibrée
jusquà 2007. Par la suite, le régime va connaître des entrées massives en
pension et connaître à partir de 2010 environ des besoins de financement.
Elan social :
La référence au traitement des 6 derniers
mois de salaire par rapport aux 25 meilleures années du privé nest pas remise en
cause ?
L. Gautier :
Pour l'instant, nous n'avons pas eu connaissance de
réflexion sur ce point. Il ne faut pas oublier par ailleurs que la pension moyenne
versée par la CNRACL sélève à un peu plus de 1 000 euros et il faudra donc des
réformes qui ne pénalisent pas trop le personnel dexécution qui ont le plus
souvent une durée courte dactivité et des salaires faibles dautant plus que
les primes ne sont pas prises en compte pour le calcul de la pension.
Elan social :
Vous navez donc pas le sentiment que
lon souhaiterait remettre en cause le principe même de votre régime
spécial ?
L. Gautier :
Non, au contraire, la CDC cherche plutôt à affirmer
un positionnement sur la gestion des régimes spéciaux.
Elan social :
Lalignement des régimes spéciaux
serait une étape (première ou pas ?) et pourrait supprimer la surcompensation
.
J. Bricout et L. Gautier :
Cette conclusion vous appartient. |
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Interview de M. Georges
Burger,
Contrôleur général des armées
Directeur de la Caisse Nationale Militaire de Sécurité Sociale
Propos recueillis par Stéphanie Colombo, Emmanuel Godard
et Jean-Claude Le Pors
Jean-François Huberdeau : Directeur Adjoint, Alain
Pastor : Directeur Adjoint chargé de l'assurance maladie, Georges Burger : Contrôleur
Général des armées, Directeur |
Présentation du service courrier |
La salle des liquidateurs |
Elan Social :
Le
régime militaire dAssurance Maladie Maternité constitue aujourdhui lun
des plus importants régimes spéciaux en nombre de bénéficiaires. Pouvez-vous nous
préciser les origines de sa création ?
Georges Burger :
Le régime militaire est le seul
régime spécial créé après 1945. Instauré par la loi du 12 avril 1949, il avait à
lorigine une double finalité : dune part, sadapter à
lenvironnement social militaire en évitant un changement de Caisse
daffiliation à chaque nouvelle affectation, dautre part, bénéficier
dune organisation spécifique permettant davoir au sein du Conseil
dadministration des représentants de la communauté militaire. La première
vocation demeure pleinement dactualité.
Au départ, le régime disposait de
structures décentralisées avec plusieurs centres de paiement répartis sur le territoire
national, ainsi que dune structure par armée (Terre, Air, Marine). Au début des
années 70, la délocalisation sur le site de Toulon a été décidée. Elle sest
traduite par quelques mutations, mais le recrutement sest essentiellement effectué
sur place.
Aujourdhui, la Caisse nationale
dispose dune douzaine dantennes médico-administratives assurant un accueil de
proximité. Trois établissements de soins de suite et de longue durée lui sont
également rattachés
ES :
Le corpus
juridique concernant le versement des prestations dAssurance Maladie Maternité est
strictement identique à celui du régime général. Quels sont donc les particularités
de la CNMSS
G. Burger :
Elles sont
diverses. Tout dabord, le Service médical est pleinement intégré à
létablissement et composé de médecins du service de santé des armées. Comme le
Directeur, les Médecins sont donc des personnels militaires.
Par ailleurs,
et compte tenu des caractéristiques de la population couverte, létablissement
dispose dun important service de prise en charge de soins à létranger et
joue également le rôle de Caisse pivot pour les Hôpitaux militaires.
Le régime se caractérise également par
son partenariat avec les mutuelles, puisquà linverse de ce qui se pratique
communément dans le régime général, il assure le paiement de la part complémentaire
pour certaines dentre elles.
Létablissement dispose aussi de son
propre centre de traitement informatique, bien quil soit depuis peu doté de
lensemble du système logiciel de la CNAMTS, et, en particulier, de PROGRES pour la
liquidation des prestations. En effet, il est nécessaire dadapter les traitements
informatiques aux spécificités de la caisse (éditique particulière, soins à
l'étranger, échanges automatisés avec les armées). Par ailleurs, compte tenu de sa
taille et de sa circonscription nationale, la caisse est amenée à jouer un rôle de
pilote sur certains logiciels.
Enfin, le régime militaire assure
actuellement la présidence de lUnion Nationale des Régimes Spéciaux qui regroupe
douze régimes dont notamment la SNCF, la RATP, les Mines, lAssemblée Nationale
quelle représente en particulier dans toutes les instances du projet Sesam Vitale
(lUNRS est le 4ème membre fondateur du GIE Sesam Vitale).E
ES :
Vous avez été
nommé à la tête de la CNMSS il y a moins dun an. Depuis votre prise de fonctions,
quels ont été vos axes de travail et vos chantiers prioritaires ?
G. Burger :
Ma préoccupation
première, qui est dailleurs toujours dactualité, a été de créer un climat
de dialogue sain avec mes collaborateurs et les représentants du personnel. Lorsque vous
prenez la Direction dun établissement, vous êtes rapidement jugé par le personnel
concerné, sur votre capacité à écouter, sur la transparence de votre action et sur la
fiabilité des engagements avec lesquels vos actions doivent être en cohérence.
Jai été particulièrement attentif
à ces aspects. A titre d'exemple j'indiquerai que lors de recrutements que nous avons eu
à organiser peu de temps après ma prise de fonctions jai tenu à définir a priori
des critères clairs et connus de tous. En la matière, les pressions sont nombreuses, il
faut savoir ne pas y céder.
Le deuxième grand chantier, et non des
moindres, constituait la mise en uvre de la Convention dObjectifs et de
Développement (COD) préparée par mon prédécesseur et que jai signée à mon
arrivée avec nos trois Ministères de tutelle : Finances, Affaires Sociales et
Défense. Cette convention touche tous les aspects du fonctionnement et des missions de
l'établissement.
Rapidement, jai également confirmé
lengagement de la CNMSS dans lambitieuse démarche qualité engagée par mon
prédécesseur et qui doit nous conduire à la certification ISO 9001-2000, car je crois
profondément à son efficacité. Jai en effet perçu des oppositions quil a
fallu lever par un ancrage de la démarche dans le concret. La direction de personnels est
à mon sens par essence participative. Cela nécessite souvent de savoir faire jouer le
facteur temps. Il faut tester avant de généraliser pour mieux faire adhérer, parler
pour mieux convaincre. Cest un véritable engagement personnel.
ES :
Quel est le contenu
de ce dispositif contractualisé de la COD ? Y retrouve t-on les mêmes objectifs que
pour la branche maladie du régime général ?
G. Burger :
Globalement, les
orientations sont semblables, sous des vocables parfois différents. La Convention
sarticule autour des trois axes suivants :
- passer du service rendu au service attendu, qui recouvre
divers domaines tels que les délais de remboursement, la relation téléphonique, les
NTIC et loffre de services,
- rendre laction plus " efficiente "
autour des problématiques de GRH, des outils informatiques et de la mise en place
dune politique de Gestion des Risques, objectif nouveau pour le régime,
- maîtriser les coûts avec une relative et nouvelle
autonomie de gestion dans une limite budgétaire fixée.
ES :
En matière de qualité de
service, les organismes du régime général se sont lancés dans le développement
dorganisations de type plates formes de services. Quelle est votre politique en la
matière ?
G. Burger :
La relation
téléphonique constitue lun de nos chantiers prioritaires pour 2003. Cela étant,
nous abordons cette question de manière sensiblement différente des CPAM. Notre objectif
est de veiller à conserver, au travers de nos organisations, lintérêt au travail
de nos agents et notamment les plus qualifiés.
Il faut améliorer la satisfaction de notre
clientèle, sans déposséder le personnel de la relation client. En outre, notre indice
de satisfaction actuel est tout à fait honorable. Il conviendra donc là encore
dadapter la démarche à nos spécificités
ES :
Sagissant de
la motivation des personnels et de la gestion du facteur humain, de quels outils de
gestion des ressources humaines disposent les managers du régime militaire ?
G. Burger :
Lévolution
dans ce domaine est positive.
Depuis peu, nous avons en effet obtenu de
nos tutelles la possibilité dattribuer des primes variables et assez nettement
différenciées selon les performances des agents.
Parallèlement, un texte réglementaire
introduit lobligation dévaluation des résultats individuels à partir de
2004. Cest une démarche assez novatrice dans ladministration.
Ces deux systèmes conjugués vont nous
permettre de donner un nouveau souffle à une gestion des personnels où les possibilités
davancement au choix et surtout de récompense de la performance ou de la manière
de servir sont limitées.
Concernant les cadres supérieurs, la
problématique est en revanche plus complexe. Ce sont majoritairement des cadres civils et
parfois militaires du ministère de la Défense mis à disposition après un parcours
diversifié, alors que lAssurance Maladie est un métier en soi.
Tout lenjeu consiste donc à disposer
de cadres de bon niveau, affectés pour une période compatible avec l'assimilation des
principes de l'assurance maladie et d'assurer lavenir dans un contexte de départs
massifs à la retraite. Mais dans ce dernier domaine, le régime militaire nest pas
seul à affronter cette préoccupation. |
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Le contrôleur général des armées
Georges Burger, directeur de la CNMSS
Né en Tunisie le 25 janvier 1943, il est
admis à lEcole du Commissariat de la marine en 1965 et sert comme Chef de service
au commissariat sur des bâtiments à la mer ou dans des unités à terre.
De 1973 à 1975, il est affecté au Cabinet
du Ministre de la Défense.
Plus tard, de 1978 à 1982, il est nommé sous-directeur de lEcole du Commissariat
de la marine.
De 1984 à 1986, il est responsable du matériel, du budget de fonctionnement et des
relations sociales à la direction du Commissariat de la marine à Lorient.
De 1986 à 1988, il est chargé de mission au Cabinet du Ministre de la Défense.
Il est admis dans le corps du Contrôle général des armées en 1988 et, lannée
suivante, chargé de mission auprès du Chef du Contrôle général des armées.
En 1992, il est promu Contrôleur général et détaché auprès de la société nationale
immobilière en qualité de Secrétaire général.
En 1997, il retourne au Contrôle général des armées.
Il a été nommé Directeur de la CNMSS par décret du 3 mai 2002. |
La Caisse
Nationale Militaire de Sécurité Sociale
Le régime militaire a été créé en 1949
par la volonté du législateur en tant que régime spécial au regard des contraintes
spécifiques imposées par la vie militaire. Il est géré par un établissement public de
lEtat à caractère administratif, la Caisse Nationale Militaire de Sécurité
Sociale.
La CNMSS compte environ un million de
personnes protégées en France et à létranger dont 380 000 en activité, 205 000
retraités et 420 000 ayants droit, au service desquels travaillent 1200 agents.
Son budget sélève pour 2003 à 16
milliard d'euros dont environ 94 % de prestations légales.
Depuis 1997, le régime militaire est
intégré financièrement au régime général. |
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