Numéro 53
L’évolution des ressources de la protection sociale en France entre 1945 et 2003

Analyser l’évolution de la protection sociale en France entre 1945 et 2000 justifie vraisemblablement, compte tenu de la richesse et de la créativité sociale et sanitaire qui ont caractérisé la période, une description exhaustive de la cinquantaine d’années qui a marqué la deuxième moitié de ce siècle.

Sous l’angle important mais plus restreint de la protection sociale, on peut limiter le champ d’investigation aux 20 années de la période qui ont connu, en matière de financement, des évolutions significatives.

Quatre années sont repérées durant la période 1945 – 1965 :
1945, 1951, 1959, 1962

Cinq années méritent de caractériser la période 1965 – 1985 :
1966, 1967, 1979, 1981, 1984   

Neuf années justifient d’être remarquées depuis 1985 :
1987, 1990, 1991, 1992, 1993, 1994, 1996, 1997, 1998

Enfin, dans la période récente, méritent d’être remarquées :
Les années 2000 et 2003

Ce choix n’est pas arbitraire : les années présentées, notamment celles postérieures à 1985, marquent, soit sur les modes de financement, soit sur les fonctions sociales à financer, des évolutions plus ou moins importantes qui toutes expliquent, comment, après être parti en 1945 avec 3 cotisations plafonnées pour un montant total de prélèvement social par cotisations de 31,5 % (dont 25,5 % pour l’entreprise), on se retrouve en 2003 avec 10 cotisations ou contributions, calculées sur des assiettes différentes, avec plafond ou non, pour un total de prélèvements par cotisations et contributions de plus de 61 % (dont 39,70 % pour l’entreprise).


Année 1945

Généralités

Outre la fin du second conflit mondial et le triomphe de la liberté, avec les ordonnances des 4 et 22 octobre, cette année 45 marque dans ses dernières semaines la création du Régime général de sécurité sociale des travailleurs salariés du commerce et de l'industrie.

Comme les régimes qui l'ont précédé avant la deuxième guerre mondiale, en application de la Loi de 1930 sur les assurances sociales et la Loi de 1932 sur les allocations familiales, les ressources de ce nouveau Régime Général sont constituées par une cotisation d'allocations familiales, une cotisation d'assurances sociales et une cotisation accident du travail qui est présentée ici dans sa valeur moyenne générale (3,5 %).

Même si l'avenir économique du pays apparaît prometteur, la situation économique et financière des entreprises est particulièrement médiocre en cette période de redressement et de reconstruction de l'appareil productif.

Mais la volonté politique, l'ambition sociale affichée par les hommes de la résistance, comme le rapport de forces nouveau qui s'impose après les années noires de l'occupation et de la collaboration, déterminent en faveur du financement de la sécurité sociale un effort contributif en très forte augmentation par rapport aux années 30 (plus de 2 fois plus puisque le nouveau total de cotisations atteint 31,5 % contre 14,5 % précédemment. Cet effort est essentiellement supporté par l'entreprise qui à elle seule apporte 80 % de l'ensemble des prélèvements : 25,5 % sur 31,5 %.

La cotisation allocations familiales (3 % en moyenne dans les années 30) a quadruplé et son taux atteint désormais 12 %. Parallèlement, sous l'appellation générale assurances sociales - qui cumulent la fonction maladie et la fonction vieillesse - est prélevée dès 1945, une cotisation de 16 %, soit un taux deux fois plus important que celui qui était appelé avant la seconde guerre mondiale ( 8 %).

On relèvera qu'en 1945, la contribution demandée directement au salarié est faible. Elle s'établit seulement à 6 %, soit un peu plus du tiers de la seule cotisation patronale et salariale d'assurances sociales (16 %).

En effet, il n'y a pas de cotisation salariale pour les deux autres cotisations : les accidents du travail et les maladies professionnelles relèvent d'un risque qui est à assumer par la seule entreprise ; quant aux allocations familiales, les entreprises ayant créé à l'origine un sur salaire au profit de leurs salariés chargés de famille, il a semblé normal qu'elles continuent à les financer sous la forme d'une unique cotisation patronale.

Pour mémoire

Calculée sur un salaire plafonné, la cotisation assurance vieillesse détermine un avantage vieillesse lui-même plafonné. Dans ces conditions, dans l'espace disponible des rémunérations réelles par rapport aux rémunérations plafonnées, les catégories de salariés que constituent les cadres vont créer, en plein accord avec les employeurs, dès 1946-1947, des régimes de retraite complémentaire financés par des cotisations des intéressés et des entreprises.

A remarquer

Toutes les cotisations sont calculées sur le salaire dans la limite du plafond de la Sécurité Sociale. Elles ont ainsi un caractère dégressif évident.


Année 1951

Généralités

En dépit d'une situation économique difficile dans les années qui marquent le retour à la paix et la reconstruction du pays et de son potentiel industriel, en 1951, les cotisations de Sécurité Sociale vont progressé de 4,75 points.

Cette évolution est exclusivement le fait de l'augmentation de la cotisation A.F qui atteint en 1951 son plus haut niveau historique, 16,75 %.

Nées des sursalaires versés par des chefs d'entreprise et créées par une Loi de 1932, les allocations familiales étaient financées exclusivement par les employeurs. De fait, seules les entreprises sont concernées par cette hausse, et l'effort demandé aux salariés n'est pas influencé par cette augmentation puisque la cotisation qui s'impute sur leurs revenus bruts reste limitée à 6 % et concerne la cotisation assurances sociales maintenue à un taux global de 16 %.

Pour mémoire

La croissance économique qui s'annonce et qui autorise le plein-emploi et permet d'espérer enfin un développement des entreprises favorisées par une forte évolution de la consommation des ménages conduit les Pouvoirs Publics à laisser aux entreprises la charge du poids croissant des dépenses sociales.

Cette situation n'indispose que très faiblement les chefs d'entreprises qui peuvent aisément répercuter sur les prix cet effort social supplémentaire.

Dans le cadre de régimes paritaires dont elles favorisent la création, les entreprises acceptent, au demeurant, des charges sociales complémentaires.

La fin de la décennie enregistrera la création d'un régime complémentaire de retraite pour les salariés (1961) ainsi que la création d'un régime d'assurance chômage (en 1958), tous les deux financés par des cotisations des entreprises et des intéressés.

A remarquer

Les cotisations sont toujours calculées sur le salaire dans la limite du plafond de la Sécurité Sociale.


Année 1959

Généralités

Au cours de la décennie 50, la cotisation globale de Sécurité Sociale n'a pas augmenté. En effet, elle était de 36,25 % en 1951 et on la retrouve à ce même niveau en 1959.

Alors que depuis le début des années 50, les dépenses d'assurances sociales, et singulièrement d'assurance maladie, ont profité des excédents qui étaient dégagés par la branche A.F qui, il est vrai, bénéficiait d'un taux de cotisation très élevé et donc de ressources financières importantes, les besoins de financement des assurances sociales sont, en 1959, apportés plus officiellement par un redéploiement de l'effort de la branche A.F qui perd 3,25 points au profit de la branche assurances sociales et notamment de l'assurance maladie.

Par ailleurs, par un accord collectif national le 31 décembre 1958, les partenaires sociaux ont décidé la création d'un régime d'assurance chômage. Le nombre de demandeurs d'emploi en 1959 n'excède pas le chiffre de 200.000 mais il est apparu raisonnable aux gestionnaires du nouveau régime d'appeler une cotisation globale de 1 %.

De fait, si le total des cotisations de Sécurité Sociale reste inchangé à 36,25%, le total des prélèvements sociaux marque une augmentation d'un point et s'établit en 1959 à 37,25 %.

Pour mémoire

Afin de doter le pays d'un régime d'assurance chômage, les employeurs ainsi que les représentants des salariés ont accepté de supporter une cotisation complémentaire. Celle-ci est recouvrée directement par les caisses d'assurance chômage identifiées sous le sigle ASSEDIC (Association pour l'emploi dans le commerce et l'industrie).

Certes en 1959, l'effort reste modeste : 1 %, mais on relèvera que l'entreprise accepte de supporter la plus grande part de la charge puisque sa part est de 0,8 % pour seulement 0,2 % à la charge du salarié.

A remarquer

Les cotisations sont toujours calculées sur les salaires dans la limite du plafond de la Sécurité Sociale pour les fonctions A.F, assurances sociales et accidents du travail.

L'assurance chômage s'impose elle-même un plafond, mais dont la valeur est beaucoup plus importante que celle du régime général, puisqu'elle s'établit au niveau de 4 fois le plafond de Sécurité Sociale.


Année 1962

Généralités

Au début de la décennie 60, l'on constate une relative stabilisation des cotisations de Sécurité Sociale.

Hormis le redéploiement déjà observé en 1959 entre la cotisation A.F et la cotisation assurances sociales, le total des cotisations de Sécurité Sociale s'établit toujours à 36,25 %, soit, en un peu moins de 20 ans, une augmentation limitée à presque 5 points (31,5 en 1945 contre 36,25 en 1962).

Globalement, le niveau général des prélèvements sociaux affiche toutefois une augmentation. En 1962, c'est moins le fait de l'assurance chômage qui, confrontée heureusement à la poursuite d'un quasi plein-emploi, peut faire face à l'indemnisation d'un nombre très faible de chômeurs que celui de la généralisation, en 1961, de la retraite complémentaire pour les salariés dès le 1er franc, qui appelle une nouvelle cotisation de 2,5 %. Celle-ci est recouvrée directement par les caisses de retraite complémentaire fédérées au sein de l'ARRCO (Association des régimes de retraite complémentaire), créée par un accord collectif le 8 décembre 1961.

En effet, afin d'accroître le niveau général des retraites accordé par le régime général d'assurance vieillesse, les partenaires sociaux acceptent de supporter des cotisations complémentaires dans la perspective d'améliorer le taux de pension au moment de l'âge du départ à la retraite. Aux 40 % de pension moyenne par rapport au salaire d'activité apportés par le régime de base, le régime complémentaire mis en place a pour ambition de compléter cette pension d'environ 10 à 15 points et de porter ainsi le revenu de remplacement versé au moment de la retraite, à un pourcentage supérieur à 50 % du revenu moyen d'activité.

Pour mémoire

Depuis le début des années 60, les employeurs et les représentants des salariés ont accepté de supporter des cotisations complémentaires afin d'une part, d'améliorer les pensions vieillesse versées par le régime général en créant un régime de retraite complémentaire et d'autre part, de se doter d'un régime paritaire d'assurance chômage dans la perspective de mieux indemniser les salariés privés d'emploi.

A remarquer

Les cotisations sont toujours calculées dans la limite du plafond de Sécurité Sociale, hormis l'assurance chômage qui conserve son propre plafond.

Depuis le décret du 12 mai 1960, les cotisations de sécurité sociale (assurances sociales, accidents du travail et allocations familiales) ne sont plus recouvrées par les services de recouvrement respectifs des caisses d'assurances sociales ou des caisses d'allocations familiales mais par des organismes de sécurité sociale nouveau, les URSSAF (Union de Recouvrement des cotisations de Sécurité Sociale et d'Allocations Familiales).

Les caisses d'assurance chômage (ASSEDIC) et les caisses de retraite complémentaire (ARRCO) conservent leurs propres services de recouvrement.


Année 1966

Généralités

Alors que la révolution sanitaire et sociale que vit tranquillement la France au cours des années 60 (les effectifs de médecins ont doublé en quinze ans, passant de 32.000 en 1950 à 60.000 en 1966) la hisse dans le club des pays bénéficiant d'un bon niveau de protection sociale et sanitaire, les prélèvements sociaux sur une économie, heureusement toujours en forte croissance, restent modérés.

Entre 1951 et 1966, soit sur une période de 15 ans, les cotisations de sécurité sociale augmentent faiblement puisque de 36,25 % en 1951, elles atteignent 37,50 % en 1966.

En quinze ans, la part financière réservée aux A.F a toutefois été ramenée à 13,5 % (soit - 3,25 points) tandis que la part réservée aux assurances maladie et vieillesse dans le cadre d'une cotisation globale s'est sensiblement accrue, atteignant 21 % en 1966 contre 16 % en 1951, soit + 5 points.

Aussi, les besoins de financement des branches maladie et vieillesse au sein des assurances sociales sont apportés essentiellement par une augmentation globale mais limitée de la cotisation de Sécurité Sociale (+ 1,25 %), mais surtout par une affectation, en leur faveur, d'un redéploiement de la cotisation A.F (3,25 %).

Pour les salariés, ces opérations restent indolores puisqu'elles n'affectent toujours pas le montant des cotisations perçues sur leur salaire qui reste, pour le régime obligatoire, égal à 6 %.

Quant aux autres régimes, la persistance très heureuse d'un faible chômage ainsi que la montée en charge progressive des régimes de retraites complémentaires permettent de ramener à 0,25 % la cotisation assurance chômage et de maintenir à 2,5 % le taux de la cotisation assurance vieillesse complémentaire.

Au total, si l'ensemble des prélèvements sociaux atteint et dépasse désormais le niveau de 40 % (40,25 %), les prélèvements sur les salariés restent très modérés (7,05 %) tandis que les prélèvements sur les entreprises s'accroissent dans des limites d'autant plus raisonnables qu'elles les ont accepté en participant activement à la création de régimes sociaux complémentaires, tant au sein de l'UNEDIC (31.12.1958) qu'au sein de l'ARRCO (8.12.1961).

Pour mémoire

Depuis le début des années 60, les employeurs et les représentants des salariés ont accepté de supporter des cotisations complémentaires (2,75 %) afin d'une part, d'améliorer les pensions versées par le Régime Général en créant un régime de retraite complémentaire, et d'autre part, afin de se doter d'un régime paritaire d'assurance chômage.

A remarquer

Les cotisations sont toujours calculées sur le salaire dans la limite du plafond de la Sécurité Sociale, hormis l'assurance chômage qui conserve son propre plafond (4 fois celui de la sécurité sociale).


Année 1967

Généralités

Avec les ordonnances de l'été qui introduisent d'importantes modifications au niveau du financement et de la gestion de la sécurité sociale, une étape importante est franchie en 1967.

En créant au niveau national pour chaque branche (assurance vieillesse, assurance maladie, allocations familiales) des caisses nationales (CNAV, CNAM, CNAF), les Pouvoirs Publics reconnaissent la spécificité de chacun de ces grands domaines de la protection sociale et entendent leur affecter des moyens qui leur sont propres.

Ainsi, 37 ans après la loi sur les assurances sociales, et 22 ans après la mise en oeuvre du plan français de sécurité sociale, l'on abandonne enfin le concept d'assurances sociales pour distinguer la fonction assurance maladie de la fonction assurance vieillesse (regroupées jusqu'à présent sous le vocable assurances sociales).

Cette distinction autorise l'amorce d'un déplafonnement partiel de la cotisation assurance maladie étendue pour améliorer le rendement de la cotisation affectée au financement de l'assurance maladie mais aussi pour conférer peu à peu au taux de cotisation de l'assurance maladie un caractère proportionnel et non dégressif comme il l'avait été jusqu'alors.

Pour mémoire

La cotisation maladie n'est plus confondue avec la cotisation vieillesse. Elle devient la cotisation la plus élevée avec un taux global de 15 %.

Les allocations familiales arrivent en deuxième position avec une cotisation de 11,5 %. L'assurance vieillesse affiche un taux de 11 % (8,5 % pour le régime de base et 2,5 % pour le régime complémentaire). Quant à l'assurance chômage, elle se contente encore d'une cotisation de 0,25 %.

A remarquer

Les cotisations d'assurance maladie commencent à être calculées sur la totalité du salaire. Elles perdent leur caractère dégressif pour devenir simplement neutres.

Cette technique qui autorise un rendement accru va se développer entre 1967 et 1984, année où l'ensemble de la cotisation maladie sera totalement déplafonnée.


Année 1969

Généralités

Annonçant la fin des 30 Glorieuses (la croissance économique se ralentit pour revenir à un taux de 3%), la crise pétrolière de 1973-1974 a provoqué d'importantes tensions inflationnistes (+ 10 %), et la situation du chômage se dégrade (taux de 6 %) sous le double effet d'une croissance économique moins soutenue, mais surtout d'un choc démographique très défavorable entre les générations nombreuses nées dans les années 1965 qui arrivent sur le marché du travail, et celles très réduites nées dans les années 1914 qui le quittent.

Pendant le même temps, les principales fonctions de la protection sociale (à l'exception des accidents du travail et maladies professionnelles) poursuivent leur développement. Les personnes âgées qui arrivent à l'âge de la retraite bénéficient désormais de retraites complètes, tout au moins dans le régime obligatoire de base, puisqu'elles totalisent désormais le plus souvent 150 trimestres de cotisations. Par ailleurs, la loi de 1971 a porté la révision à la hausse des revenus de remplacement accordés au moment du départ à la retraite (50 % au lieu de 40 % auparavant), s'il intervient à 65 ans.

Quant à l'assurance maladie, elle enregistre les coûts croissants d'une demande toujours plus forte de santé à laquelle répond très positivement une offre de soins de plus en plus abondante (117.000 médecins en 1979 contre 32.000 en 1950).

Par ailleurs, alors que l'assurance chômage avait connu depuis sa création, en 1958-59, une situation particulièrement favorable (avec des prélèvements réduits, elle pouvait offrir aux quelques chômeurs à indemniser des allocations de remplacement d'un niveau très satisfaisant), elle doit désormais indemniser un nombre important de chômeurs. De fait, comme les indemnisations qu'elle propose demeurent d'un bon niveau (l'allocation chômage représente environ les 2/3 du revenu antérieur d'activité), ses besoins de financement s'accroissent assez sensiblement et justifient des cotisations en forte hausse.

De fait, hormis la cotisation A.F qui connaît une nouvelle diminution (9 % contre 11,5% en 1967), et la cotisation AT/MP qui reste stable avec un taux moyen de 3 %, toutes les autres fonctions appellent des cotisations de plus en plus élevées :

17,95 % pour la maladie en 1979 contre 15 % en 1967,

17,30 % pour la vieillesse en 1979 contre 11% en 1967 (base et compl.)

3,60 % pour le chômage en 1979 contre 0,25 % en 1967.

Pour mémoire

La cotisation globale patronale de sécurité sociale atteint son plus haut niveau sur la période étudiée, soit de 1945 à 1997. En effet, le taux de 33,65 % observé en 1979, soit un taux supérieur de 8,15 % à celui repéré en 1945 va connaître ultérieurement dans les fonctions obligatoires de sécurité sociale, entre 1980 et 1990, une légère mais réelle érosion.

A remarquer

Si la cotisation patronale de sécurité sociale, hors régimes chômage et retraite complémentaire a atteint un sommet en 1979, la contribution des salariés au titre des régimes obligatoires de sécurité sociale s'est elle même beaucoup accrue : 9,20 % en 1979 contre 6 % à l'origine.

Quand on y ajoute les cotisations d'assurance chômage et de retraite complémentaire, les cotisations du salarié ont pratiquement doublé puisque, toutes fonctions confondues, elles atteignent en 1979, 11,80 %.


Année 1981

Généralités

La création, par la loi du 17 juillet 1980, d'une assurance veuvage, constitue la seule modification affectant les taux de cotisations sur la période.

D'un montant très faible (0,10 %), le taux de la cotisation permettant le financement de ce risque est tout à fait symbolique.

Alors que depuis la création des régimes d'assurances sociales et de sécurité sociale on avait toujours fait supporter leur financement, soit exclusivement par l'entreprise (AT/MP, AF), soit à la fois par l'entreprise et le salarié (maladie, vieillesse, chômage), on introduit cette fois, en créant la 6ème assurance sociale, un mode de financement exclusivement supporté par le salarié.

Pour mémoire

Le temps où l'entreprise supportait l'essentiel de l'effort des prélèvements sociaux en acceptant des augmentations successives de la cotisation patronale, quitte à les répercuter directement sur ses salariés (en limitant les augmentations de salaires pour compenser l'augmentation du coût indirect du travail) appartient désormais au passé.

Alors que pour les fonctions rattachées à la sécurité sociale obligatoire, le taux des cotisations patronales a atteint dès 1979, son niveau le plus élevé, il est maintenant acquis que l'essentiel des besoins de financement supplémentaires de la protection sociale va devoir peser sur les titulaires directs de revenus, ce qui ne veut pas dire que les entreprises ne continueront pas à accepter des augmentations de cotisations au profit des protections sociales qu'elles cogèrent avec les organisations syndicales au sein des régimes paritaires d'assurance chômage et de retraite complémentaire.

A remarquer

Avant que ne soit décidé en 1982 un abaissement de l'âge de la retraite, la fonction assurance maladie en 1981 reste la plus lourde des fonctions sociales (17,95 %). Elle est talonnée par l'assurance vieillesse de base et complémentaire à 17,30 %.

Ensuite viennent, mais loin derrière les allocations familiales à 9 %, l'assurance chômage à 3,60 % et l'assurance veuvage à 0,10 %.


Année 1984

Généralités

Le déplafonnement intégral de la cotisation assurance maladie met fin à un processus de déplafonnement partiel initié en 1967. Pour l'ensemble des salaires inférieurs au plafond de sécurité sociale, il permet d'afficher une diminution de la cotisation patronale d'assurance maladie (12,5 % en 1984 contre 13,45 % en 1981).

Pour la première fois depuis 1945, et s'agissant des cotisations aux régimes obligatoires de sécurité sociale, il en résulte une diminution, faible mais notoire, de la cotisation patronale.

Cette diminution des charges sociales supportées par l'entreprise, qui est voulue par les Pouvoirs Publics à un moment où la croissance est déprimée (1 % environ), et où la France connaît un fort taux de chômage (9,60 %), est d'autant plus remarquable et significative de la volonté de ne pas aggraver encore le coût indirect du travail, qu'au même moment le salarié voit ses cotisations de sécurité sociale au titre de la maladie et de la vieillesse, progresser fortement : + 1,10 % pour la maladie et + 1 % pour la vieillesse, soit un total de + 2,10 %.

Toutefois, cette diminution significative de charges patronales de sécurité sociale est contrariée par une augmentation des autres prélèvements sociaux complémentaires directement supportés par l'entreprise. En effet, l'augmentation des cotisations assurance chômage et retraite complémentaire se traduisent par un alourdissement du poids des cotisations patronales dues à ces autres régimes sociaux (+ 1,44 %). Il en résulte une nouvelle augmentation globale des cotisations patronales (39,54 % en 1984 contre 39,05 % en 1981).

Par contre, comme le laissait supposer les évolutions déjà engagées s'agissant de la cotisation salariale, les besoins de financement supplémentaires apparus au cours de la période pour équilibrer tant bien que mal l'assurance maladie, vieillesse de base et complémentaire, et l'assurance chômage, sont très largement sinon quasi exclusivement supportés par les titulaires de revenus salariaux qui voient leur cotisation globale dépasser la barre des 15 % (15,16 %).

Pour mémoire

Par rapport à 1945, soit après quatre décennies de sécurité et protection sociales, les cotisations dues pour leur financement ont augmenté de 23,20 points, atteignant 54,70 % en 1984 contre 31,50 % en 1945.

A remarquer

Les prélèvements opérés pour financer l'assurance vieillesse et l'assurance maladie sont désormais assez comparables (18,10 % pour la maladie et 18,50 % pour les retraites), même si la fonction vieillesse dépasse désormais la fonction maladie et devient la fonction la plus lourde des fonctions sociales à financer.

On verra que cette évolution qui résulte aussi des décisions prises en 1982 sur l'abaissement de l'âge de la retraite à 60 ans va évidemment s'accentuer dans les années suivantes et retentir non seulement sur les régimes de retraites de base et complémentaires mais aussi sur l'assurance chômage avec la création d’une cotisation au profit de l'Association pour la Structure Financière (A.S.F), destinée à financer les allocations compensatrices versées en plus de la retraite de base du régime général aux retraités dès 60 ans, afin de leur permettre de bénéficier de l’abaissement de l’âge de la retraite tout en attendant leur 65ème anniversaire pour ouvrir droit au bénéfice entier de leur retraite complémentaire.

Loin derrière les cotisations vieillesse et maladie, la cotisation A.F, avec 9 %, demeure en rang 3, talonnée par la cotisation chômage qui atteint le niveau de 6 %.


Année 1987

Généralités

Grâce à la stabilisation de la cotisation patronale vieillesse, maintenue à 8,20%, et en dépit d'une légère augmentation de la cotisation patronale maladie (+ 0,10 %), un nouveau bilan assez favorable, essentiellement attaché à la bonne maîtrise du risque accidents du travail et maladies professionnelles (qui permet d'afficher un taux moyen AT en baisse de 0,5%), permet à la cotisation globale patronale de sécurité sociale de s'éloigner un peu plus de son niveau historique de 1979 (33,65 %) pour revenir en 1987 à 32,30 %.

Comme pendant les années 1985, 86 et 87, du fait des révisions en baisse apportées aux droits et allocations ouverts au titre du régime assurance chômage, l'augmentation de la cotisation patronale de ce risque a pu être contenue à + 0,19 % en dépit d'une nouvelle poussée du taux de chômage (10,7 % en 1987 contre 9,6 % en 1984).

L'année 1987 marque pour la première fois depuis 1945 une baisse, légère mais néanmoins symbolique, des prélèvements sociaux totaux opérés directement sous forme de contributions patronales. En effet, après avoir atteint le taux global de 39,54 % en 1984, celui-ci revient à 39,33 % en 1987.

Compte tenu de la progression continue des dépenses sociales durant une période où les indicateurs sociaux et économiques ne sont pas très favorables, le groupe des titulaires de revenus salariaux ne peut pas être gratifié de la même évolution.

Ainsi qu'on l'a déjà relevé depuis le début des années 70, il supporte une nouvelle et importante augmentation de ses cotisations puisque sous l'effet de l'augmentation des cotisations maladie, vieillesse et chômage, celles-ci représentent désormais un prélèvement global de 16,75 %, soit une augmentation de 9,20 points de plus en 20 ans, entre 1967 et 1987.

Pour mémoire

Les cotisations de sécurité sociale atteignent leur niveau global le plus élevé sur toute la période : 44,90 %.

L'entreprise supporte encore près de 3/4 du poids des cotisations : 32,30 %, mais l'effort appelé du salarié est en forte hausse (+200 % par rapport à la période 45-66), atteignant 12,60 % en 1987 contre 6 % en 1966.

A remarquer

L'abaissement de l'âge de la retraite a provoqué une hausse des besoins de financement de l'assurance vieillesse. Les cotisations qui leur sont affectées sont désormais de très loin les plus lourdes en taux : 19,40 %.

Les prélèvements au titre de l'assurance maladie restent très élevés (18,50%).

La cotisation chômage (6,58 %), taux de chômage oblige (10,70 %) commence à talonner la cotisation AF (9 %).


Année 1990

Généralités

Bien que les années 80 aient vu s'accumuler toute une série de gros nuages sur l'économie française, il est admis que la France doit pouvoir continuer de figurer en très bonne place dans le club des grandes puissances industrielles et des pays exportateurs, pour autant qu'elle engage de nouvelles évolutions s'agissant de la structure du financement de sa protection sociale, mais aussi qu'elle poursuive la diminution des cotisations patronales de sécurité sociale, et notamment au profit des entreprises à forte main d'oeuvre.

Pour mémoire

A la fin des années 80, il apparaît ainsi opportun d'amorcer une nouvelle diminution de la cotisation A.F, non pas pour en affecter le produit au financement d'autres risques (maladie ou vieillesse), mais bien pour réaliser une nouvelle et conséquente baisse de la cotisation patronale de sécurité sociale.

Par le jeu, en 1989, d'un déplafonnement partiel de la cotisation A.F (sur le salaire plafonné et sur la totalité du salaire) puis d'un déplafonnement intégral de cette cotisation en 1990, on peut ramener de 9 % en 87 à 8 % en 89 puis à 7 % en 90 le taux de la cotisation A.F.

Au même moment, la poursuite de la maîtrise du risque AT/MP, grâce à une politique de prévention mais aussi par la part grandissante que les métiers du secteur tertiaire (moins dangereux par nature que les activités du secteur primaire ou secondaire) représente dans la population en activité, permet d'afficher une nouvelle baisse du taux moyen AT (2,2 % contre 2,5 % précédemment).

Au total, la cotisation patronale de sécurité sociale retombe à 30 %, et cette diminution importante se répercute quasi intégralement sur les prélèvements sociaux de l'entreprise puisque ceux-ci s'établissent à 37,31% en 1990 contre 39,33 % en 1987, après une nouvelle mais légère augmentation de la cotisation patronale chômage en 1989 et de la cotisation vieillesse complémentaire en 1990.

A remarquer

La diminution importante de la cotisation patronale n'est pas la conséquence heureuse d'une diminution des dépenses sociales mais résulte de la volonté des Pouvoirs Publics d'alléger le coût indirect du travail et d'améliorer ainsi la compétitivité des entreprises à un moment où le chômage atteint un niveau proche de 10 %.

Afin d'équilibrer les comptes sociaux, il n'y a pas d'autre issue que de proposer une nouvelle augmentation de la cotisation des salariés dans les années 1989 et 90. De fait,

la cotisation vieillesse du salarié progresse de 6,60 % à 7,60 %,

la cotisation chômage du salarié progresse de 2,31 % à 2,47 %,

la cotisation vieillesse complémentaire du salarié progresse de 1,84 % à 1,92 %.

Il en résulte un nouveau taux historique de prélèvements sociaux salariaux puisque ceux-ci atteignent 17,99 % en 1990.

A ce niveau trois fois supérieur à celui qui était encore pratiqué dans les années 50, les responsables politiques s'accordent pour reconnaître que le gisement des seules cotisations salariales, pour contenir l'augmentation des dépenses sociales - à un moment où par ailleurs, pour limiter la montée du chômage, l'on diminue les charges patronales de sécurité sociale - s'épuise et qu'il convient d'inventer une nouvelle contribution au financement de la protection sociale.


Année 1991

Généralités

L'année 1991, comme les précédentes, est encore caractérisée par une dégradation des comptes sociaux. Mais après qu'aient été épuisées les multiples possibilités offertes par la cotisation (augmentation globale de son taux, déplafonnement de son assiette), il est devenu politiquement inopportun de faire supporter par les seuls titulaires de revenus salariaux l'essentiel des besoins de financement supplémentaires attendus des grandes fonctions de la protection sociale.

Aussi, les Pouvoirs Publics décident la création d'une "cotisation impôt" : la Contribution Sociale Généralisée.

Prélevée à la source comme la cotisation salariale, son assiette est beaucoup plus large car elle vise l'ensemble des titulaires de revenus, salariaux ou non, et notamment les bénéficiaires de revenus de remplacement comme tous les retraités, assujettis par ailleurs au paiement de l'impôt sur le revenu.

Pour mémoire

La C.S.G vise d'abord les salariés. Or, il importe, l'année où elle est mise en oeuvre, de ne pas la présenter comme une nouvelle ponction directe sur les salaires bruts et indisposer un peu plus les salariés actifs.

Introduite au taux de 1,10 % mais calculée sur une assiette salariale réduite à 95 % de l'assiette retenue pour le calcul des autres cotisations salariales, son effet, en terme de prélèvement, est compensé par une diminution de 1,05 % de la cotisation salariale au titre de l'assurance vieillesse (ramenée au taux de 6,55 % contre 7,60% précédemment) ainsi que l'octroi d'une réduction forfaitaire fixée à 42 fr. (6,40 €) par salarié et par mois.

A remarquer

Si l'année au cours de laquelle est introduite une nouvelle contribution, il est important de persuader les salariés que cet impôt nouveau ne conduit pas à une nouvelle augmentation de leur contribution au financement de la protection sociale, il faut cependant, alors que les besoins de financement de l'assurance vieillesse sont eux-mêmes en hausse, accroître les ressources qui lui sont affectées.

En s'interdisant pour les cotisations dues à la Sécurité Sociale de reprendre la voie désormais étroite d'une augmentation de la cotisation patronale, les Pouvoirs Publics, qui prévoient d'affecter les produits de la nouvelle CSG à la fonction famille, décident de diminuer les moyens affectés en cotisation à la fonction famille pour les affecter à la fonction vieillesse.

C'est ainsi que les 1,6 % de cotisations patronales déplafonnées qui sont retirés à la fonction AF (5,4 % contre 7 % précédemment) sont affectés au financement de la branche vieillesse et toujours sur la base d'une cotisation patronale vieillesse déplafonnée.

C'est ainsi que pour la première fois, alors que le régime obligatoire d'assurance vieillesse de la sécurité sociale, qui détermine des revenus de remplacement eux-mêmes plafonnés puisque les cotisations qui les financent sont elles mêmes plafonnées, bénéficie, à compter de 1991, d'une cotisation patronale curieusement partiellement déplafonnée à hauteur de 1,6 %.


Année 1992

Généralités

La création de la Contribution Sociale Généralisée avait permis en 1991 de stabiliser, voire de réduire (notamment au profit des titulaires de bas salaires, grâce à la réduction forfaitaire de 42 francs) les prélèvements sociaux sur les salariés actifs.

L'année 1992 caractérisée tout autant que les précédentes par un déficit, notamment au sein de la branche maladie, relance la mécanique classique d'augmentation de la cotisation puisque la cotisation maladie salarié accuse une nouvelle augmentation de 0,90 %, tandis que celle de l'employeur est majorée de 0,20 %.

Mais dans ce dernier cas, cette augmentation est compensée par une diminution du même nombre de point du taux moyen de la cotisation accident du travail (2 % contre 2,20 %).

Au sein des régimes de retraites complémentaires d'assurance chômage, la tendance reste aussi orientée à la hausse : + 0,6 % pour la cotisation assurance chômage, + 0,09 % pour la cotisation assurance vieillesse complémentaire.

Il en résulte une nouvelle et significative augmentation des prélèvements sociaux : 57,05 % contre 55,47 % en 1991.

Pour mémoire

La naissance difficile de la C.S.G en 1991 impliquait qu'on ne lui demande rien d'autre que de s'installer comme nouveau mode de financement sans trop se faire remarquer par d'immédiates augmentations de son taux.

De fait, alors qu'une analyse tout aussi pertinente sur le caractère partiellement universel de l'assurance maladie aurait pu conduire à une augmentation de la C.S.G dès 1992 pour couvrir les besoins de financement de l'assurance maladie, on préfère recourir cette année à la classique augmentation de cotisation (6,80 % contre 5,90 % en 1991).

A remarquer

En 1992, la cotisation globale de sécurité sociale a retrouvé pratiquement le niveau de 1990 : 43,45 % en 1992 contre 43,60 % en 1990.

La participation des salariés au financement de la protection sociale, par le jeu cumulé des cotisations et de la C.S.G aboutit à un prélèvement direct de + 19 % (19,34 %). En 1962, soit 30 ans plus tôt, elle était seulement de 7,05 %.

L'entreprise qui supportait en 1962 une cotisation globale de 31,95 % accuse une augmentation nettement plus modérée qui la situe à 37,71 % en 1992.

Sur la période 1962 - 1992, la cotisation du salarié progresse d'environ 12 points, la cotisation de l'entreprise progresse de 6 points.


Année 1993

Généralités

La récession qui frappe l'économie française en 1993 (PIB en chute de -1,3 %), et qui se manifeste par de nouvelles compressions d'effectifs dans les entreprises, ainsi que par un net tassement des rémunérations, détermine une très nette dégradation des recettes de la sécurité sociale (+ 1 % par rapport à l'année 1992), alors que ses dépenses continuent à augmenter à un rythme beaucoup plus élevé : + 4 à 6 % pour l'assurance vieillesse et l'assurance maladie.

L'aggravation des déficits sociaux des régimes obligatoires et complémentaires de protection sociale, comme la volonté politique affichée de poursuivre et d'accélérer la diminution des charges sociales supportées par l'employeur, notamment en faveur des entreprises de main d'oeuvre qui emploient des salariés faiblement qualifiés et les rémunèrent à des niveaux proches du SMIC, déterminent les Pouvoirs Publics à laisser filer les déficits, d'une part en n'augmentant pas les cotisations autant que nécessaire, et d'autre part en décidant une diminution, voire une suppression de la cotisation A.F pour les entreprises qui rémunèrent leurs salariés sur des bases proches du SMIC. La cotisation A.F est en effet ramenée à 2,7 % pour les salaires mensuels compris entre 110 et 120 % du SMIC ; elle est supprimée pour les salaires mensuels dont le montant est égal ou inférieur à 110 % du SMIC.

Pour mémoire

A l'inverse, tandis que la contribution des employeurs sur la fonction AF est allégée pour les bas salaires, et parce que les besoins de financement de l'assurance vieillesse sont toujours en hausse, le prélèvement opéré sur le salaire brut du salarié est sensiblement majoré puisque le montant de la C.S.G connaît en 1993 sa première importante augmentation de + 1,3 %. Son taux est désormais fixé à + 2,4 % et le produit étendu de cette augmentation est affecté au financement d'un fonds de solidarité vieillesse dont l'objet est d'apporter des ressources au régime d'assurance vieillesse en faisant supporter par cette C.S.G 2ème génération, le poids des prestations à caractère non contributif des régimes de base d'assurance vieillesse (comme la majoration 3ème enfant, la prise en compte de périodes assimilées, etc).

A remarquer

La participation des assurés au financement de la protection sociale, par le jeu cumulé des cotisations et la C.S.G aboutit à un prélèvement direct de plus de 20 % (20,64 %). Certes le choix d'une augmentation de la C.S.G, mieux qu'une augmentation de la cotisation salariale, permet aussi de solliciter les autres titulaires de revenus et notamment les retraités qui contribuent ainsi à la prise en charge des dépenses non contributives de l'assurance vieillesse mais à ce niveau, on atteint une hauteur de prélèvements pour les seuls salariés du régime général qui a progressé de 350 % en 35 ans (20,64 % en 1993 contre 6,20 % en 1959).


Année 1994

Généralités

Tandis que les Pouvoirs Publics découvrent l'ampleur des dégâts de la récession économique de l'année 1993 sur les comptes sociaux, mais décident implicitement de laisser courir les déficits au sein des régimes obligatoires de sécurité sociale, afin de ne pas provoquer de nouveaux et importants prélèvements sur les entreprises et les titulaires de revenus salariaux ou non, les partenaires sociaux réunis au sein des régimes de l'assurance chômage sont confrontés à un déficit d'une ampleur jamais rencontrée auparavant.

Pour mémoire

L'organisme national chargé de fédérer les caisses d'assurance chômage, l'UNEDIC, constate un déficit qui représente pratiquement un trimestre de versement d'allocations de chômage, et ce qui est toléré mais malsain pour les régimes obligatoires de sécurité sociale (laisser filer le déficit) n'est pas imaginable ni acceptable pour un régime d'assurance chômage privé.

Des mesures de redressement infiniment plus sévères que celles qu'avaient imposées aux partenaires sociaux le Gouvernement en novembre 1982 sont décidées cette fois sans intervention gouvernementale par les partenaires sociaux qui gèrent paritairement l'UNEDIC.

Elles aboutissent à une nette diminution des conditions d'ouverture de droit à l'allocation chômage, et par ailleurs, à une dégradation forte de leur montant sur la durée.

Mais la dégressivité du montant des allocations chômage, et la restriction des conditions d’ouverture des droits à l’indemnisation du chômage ne suffisent pas au redressement du régime et il est parallèlement décidé une nouvelle et importante augmentation de la cotisation de ce risque qui progresse de 0,90 % pour atteindre le taux historique de 8,40 % (contre 7,50 % en 1993), cotisation à l'Association pour la Structure Financière comprise.

A remarquer

En 1994, les taux de cotisations à la sécurité sociale comme celui de l'assurance vieillesse ne sont pas révisés à la hausse comme l'aurait imposé une juste appréciation des déséquilibres financiers constatés au cours de l'année 1993.

Sous le seul effet de l'augmentation des cotisations d'assurance chômage, on approche néanmoins les 60 points de prélèvements sociaux globaux (59,25 %) et des 21 points de prélèvements pour les salariés (20,99 %).


Année 1996

Généralités

La période électorale, et notamment les élections présidentielles en France, constitue toujours un moment privilégié pour la réflexion et pour différer les décisions difficiles et impopulaires. L'élection présidentielle de 1995 n'a pas failli à la règle.

Tandis qu'était ouvert un intéressant débat sur la fracture sociale et sur les moyens de la réduire, la facture sociale continuait à s'élever et notamment la dette des régimes obligatoires de sécurité sociale.

En 1996, à quelques années de l'introduction de la monnaie unique prévue en 2002 au sein de l'Union européenne, pour les pays répondant aux critères définis à Maastricht, les Pouvoirs Publics admettent qu'il n'est plus possible de se laisser creuser les déficits publics et sociaux.

S'agissant de la dette sociale qui s'est creusée depuis 1993, il est décidé la création d'une caisse de remboursement de cette dette : la CAisse de la DEtte Sociale (CADES) qui reprendra la totalité des déficits sociaux accumulés sur la période (près de 140 milliards).

Comme il faut bien rémunérer les apporteurs internationaux de capitaux qui souscrivent à l'emprunt et amorcer un remboursement de la dette prévu en principe sur 13 ans, il est créé une nouvelle contribution à l'assiette encore un peu plus large que la C.S.G : la Contribution au Remboursement de la Dette Sociale "C.R.D.S", au taux de 0,5 %.

Pour mémoire

L'année 1996 accueille et inaugure donc un nouveau prélèvement, la C.R.D.S, et comme par ailleurs l'année 1995, pour l'assurance chômage, a enregistré une légère hausse de la cotisation (+ 0,16 %) et l'année 1996 une hausse plus sensible de l'assurance vieillesse complémentaire (+ 0,62 %), cette année post présidentielle est celle d'une nouvelle progression des prélèvements sociaux totaux puisque le seuil de 60 % est désormais atteint et dépassé : 60,53 %.

A remarquer

Tandis que les cotisations patronales de sécurité sociale sont stabilisées à 30 % depuis 1992, les cotisations patronales dues au titre des régimes complémentaires et d'assurance chômage atteignent leur niveau le plus élevé : 8,71 %.

Outre une légère augmentation de la cotisation chômage en 1995 (+ 0,08 %), les partenaires sociaux, et notamment employeurs, ont accepté à la fin de l'année 1995, afin d'assurer mieux l'équilibre financier du régime d'assurance vieillesse complémentaire, un calendrier de la cotisation de base : il en résulte une augmentation de la cotisation patronale de 0,37 % pour la seule année 1996.

Quant aux cotisations et contributions salariales, elles continuent d'apporter l'essentiel des besoins de financement supplémentaire apparus durant la période. On frise désormais les 22 % (21,82 %) avec l'augmentation de la cotisation chômage de 0,08 %, de la cotisation assurance vieillesse complémentaire de +0,25% et la ponction nouvelle de 0,50 % au titre de la C.R.D.S.

< color="#008000"> Année 1997

Généralités

Après les prélèvements nouveaux complémentaires décidés en 1996, qui accablent notamment les titulaires de revenus, l'année 1997 veut se montrer plus douce. Les mesures drastiques décidées par les partenaires sociaux au sein du régime d'assurance chômage en 1993 ont permis un retour à l'équilibre financier et même l'apparition d'un excédent à la fin de l'année 1996.

Outre quelques aménagements visant notamment à altérer la rigueur du dispositif de l'allocation unique dégressive, les responsables syndicaux et patronaux de l'UNEDIC décident la diminution globale des cotisations patronale et salariale d'assurance chômage de 0,42 % avec une répartition égale.

Cette diminution relative et équilibrée de la cotisation assurance chômage ne suffit pas pour absorber l'augmentation de la cotisation patronale et salariale d'assurance vieillesse qui avait été décidée par les mêmes partenaires sociaux en décembre 1995. Il en résulte un nouveau bilan aggravé des prélèvements sociaux au titre des régimes complémentaires et d'assurance chômage puisque la cotisation globale patronale due pour ces régimes atteint un niveau historique de 8,88 % (+ 0,17 % par rapport à 1996) et celle du salarié 5,51 % (+ 0,04 % par rapport à 1996).

A l'inverse, en décidant de réduire la cotisation d'assurance maladie des salariés de 1,3 % et de recourir à une augmentation de 1 % de la C.S.G, cette fois dédiée à l'assurance maladie afin de compenser un manque à gagner qui en aurait résulté pour l'assurance maladie, les Pouvoirs Publics permettent d'afficher une diminution globale des prélèvements supportés directement par les salariés, et en même temps, inaugurent une forme de financement mieux adaptée, au caractère désormais reconnu universel au risque maladie santé.

Pour mémoire

La légère diminution de la cotisation assurance chômage, et la réduction de la cotisation assurance maladie autorisée par l'augmentation de la C.S.G, permettent pour la première fois depuis 1945 à la cotisation globale des salariés d'amorcer une baisse.

A remarquer

La baisse du total des prélèvements sociaux en 1997 ne doit pas faire illusion. Hormis l'assurance chômage et les accidents du travail - qui affichent de légers excédents -, les comptes de l'assurance vieillesse de base et complémentaire, ceux de l'assurance maladie, et même ceux des allocations familiales sont dans le rouge.

La nouvelle dette sociale qui s'est formée fin 1996 et qui se renforce en 1997 devra être financée, ce qui annonce pour l'avenir, sinon de nouvelles hausses, tout au moins d'importantes prolongations de la période fixée initialement à 13 ans durant laquelle la CRDS sera prélevée.


Année 1998

Généralités

Sept ans après sa création, la C.S.G connaît sa 4ème évolution et quelle évolution ! Pas moins de 4,10 points de plus affectés, comme en 1996, à la branche maladie. Mais cette fois, il s’agit dans le même temps de diminuer la cotisation salariale de 4,75 % afin qu’au total, les salariés y trouvent un léger avantage en terme de pouvoir d’achat et que les revenus de remplacement, et notamment ceux du capital, contribuent mieux au financement de l’assurance maladie dont on annonce au cours de la même année, qu’elle a vocation à devenir enfin universelle.

Pour mémoire

En dépit d’une légère augmentation de la cotisation retraite complémentaire (+ 0,25 %), la forte réduction de la cotisation maladie, autorisée par l’augmentation de la C.S.G, permet pour la deuxième année une nouvelle diminution de la cotisation globale prélevée sur les salaires puisque celle-ci se rapproche de 21 %.

La baisse des cotisations patronales, interrompue depuis 1990, n’est toujours pas reprise. Stabilisées à 30 % au titre des cotisations de sécurité sociale, les cotisations patronales continuent au contraire à connaître une légère augmentation au profit du régime des retraites complémentaires.

A remarquer

Afin de reprendre la dette sociale qui est à nouveau constatée en 1996 et 1997, la période au cours de laquelle la C.R.D.S peut être prélevée connaît sa première majoration (elle sera due jusqu’au 31 janvier 2014). Mais la reprise assez forte de la croissance économique permet de pronostiquer un équilibre des recettes et des dépenses à l’horizon 1999 - 2000.


Année 2000

Généralités

Présentée d’abord comme une Loi portant aménagement du temps de travail et de réduction du temps de travail, la Loi n° 2037 du 10 janvier 2000 (dite Loi Aubry 2) est aussi dans la ligne des conclusions du rapport Malinvaud (il faut réduire le coût du travail lorsque les emplois ne dégagent pas une valeur ajoutée suffisante pour justifier leur création).

C’est en conséquence un texte considérable pour le financement de la protection sociale car il propose d’importantes réductions de charges sociales patronales en faveur des bas salaires voire des moyens salaires (l’allègement concerne surtout les salaires calculés sur la base du SMIC mais aussi, et de façon dégressive, l’ensemble des rémunérations comprises entre 100 et 180% du SMIC).

Certes les allègements de charges sociales en faveur de certains secteurs ou branches d’activité (exemple : textile), en faveur de certains bassins d’emplois défavorisés (zones franches urbaines, ou de redynamisation urbaine ou de revitalisation rurale), en faveur de la création du 1er emploi salarié, se sont développés depuis le début des années 80. Mais la Loi Aubry 2 consacre une politique discriminant les secteurs et emplois à faible valeur ajoutée des autres en reconnaissant à ces premiers des réductions significatives des taux de cotisations patronales puisque dans le cas d’une rémunération au SMIC (7.101 frs, ou encore 1.082 € par mois) la cotisation patronale de sécurité sociale, intégrant une cotisation moyenne AT de 2 %, est ramenée de fait à moins de 4 % alors que sans allègement elle atteint 30 %.

Dans le cas d’un salarié payé à 150 % du SMIC (10.652 frs ou encore 1.624 €) c’est à dire à un niveau proche du salaire brut moyen payé dans le secteur privé, la cotisation patronale de sécurité sociale bénéficient d’une amputation de 6 points pour atteindre le taux de 23,81 %.

La dégressivité des cotisations qui a été la règle jusqu’en 1967 avant qu’elles ne deviennent simplement proportionnelles fait place, au moins pour les cotisations patronales, à un dispositif inédit jusqu’alors : la progressivité.

Pour mémoire

Si la cotisation du Régime Général ne connaît aucune évolution par rapport à l’année 1998, tout au moins lorsque les salaires sont supérieurs à 180 % du SMIC, il n’en est pas de même pour les cotisations patronales et salariales des autres régimes complémentaires de retraite lesquels, sous la pression de l’augmentation des charges de vieillesse, imposent une légère mais nouvelle augmentation (+ 0,38 % part employeur et + 0,25 % part salariale).

A remarquer

Ainsi qu’annoncé dès 1998, les comptes de la sécurité sociale sont redevenus équilibrés en 1999 et doivent normalement le rester en 2000, en dépit d’une toujours préoccupante dérive des dépenses de santé.Le Parlement, saisi depuis la réforme Juppé (1996) chaque année d’un projet de Loi de financement de la sécurité sociale, pourrait être tenté d’intervenir désormais plus dans un débat (celui du financement) qui précédemment relevait de la quasi exclusivité du Gouvernement, de ses experts et des partenaires sociaux.


Année 2003

Généralités

Après les divers aménagements apportés en 2002 à la Loi portant aménagement du temps de travail et de réduction du temps de travail, notamment en faveur des petites entreprises, et les exigences d’un retour à un SMIC unique, le Gouvernement ne pouvait - afin de respecter les engagements de baisse de charges sociales prises par le Président de la République pendant la campagne présidentielle de 2002, mais aussi afin d’éviter une remontée brutale du coût du travail en 2005 (+ 11 % d’augmentation du SMIC sur la période afin de revenir à un montant unique) - que procéder à une refonte du dispositif d’exonération des cotisations sociales patronales.

L’exonération de cotisations sociales patronales a toujours été, quelle que soit la tendance politique, un outil majeur des politiques de l’emploi : majoration aux allègements 35 heures, allègements " zonés " ou en faveur de certains secteurs (transport, hôtellerie) ou de certaines catégories (jeunes, chômeurs de longue durée, première embauche).

Sans remettre en cause l’ensemble de ces dispositifs, la Loi FILLON de 2003 s’attaque aux deux principaux régimes d’allègements qui coexistent. Surtout, elle adopte un dispositif unique pour les salariés travaillant à 35 heures ou à 39 heures et engage l’alignement de toutes les garanties mensuelles différenes selon la date de passage des smicards aux 35 heures.

Jusqu’alors, les entreprises qui n’avaient pas signé d’accord RTT devaient se contenter de la ristourne sur les bas salaires, dite ristourne " Juppé ", allant de 2.460 € au niveau du SMIC (1.126,4 €) à 2,52 € pour 1,3 SMIC (1.464,32 €).

La loi Aubry, en revanche, était plus généreuse : elle donnait droit à un système d’allègements des charges patronales qui va de 3.420 € au niveau du SMIC (1.095 €) à 636 € pour 1,8 SMIC (1.893 €) par salarié et par an. En outre, ces entreprises bénéficiaient d’une aide dite " pérenne ", d’un montant de 636 € par an et par salarié.

A compter du 1er juillet 2003, toutes les entreprises bénéficient de la même ristourne, quel que soit leur temps de travail, à savoir un dispositif d’allègement pour les salaires inférieurs à 1,7 SMIC. Maximale au niveau du SMIC (26 % du salaire brut), cette ristourne est ensuite dégressive pour s’annuler lorsque le salaire horaire égale 1,7 SMIC.

Pour mémoire

Si la cotisation du régime général ne connaît toujours aucune évolution à la hausse, tant pour les employeurs que pour les salariés, les cotisations patronales et salariales des régimes complémentaires connaissent elles une nouvelle augmentation : 9,7 % contre 9,63 % pour l’entreprise et 6,2 % contre 6,01 % pour le salarié.

D’une part une cotisation de 2 % à l’AGFF (Association pour la Gestion du Fonds de Financement de l’Agirc et de l’Arrco) s’est substituée à la cotisation de 2,34 % à l’ASF (Association pour la structure financière). Elle est détachée du régime d’assurance chômage et rattachée au régime des retraites complémentaires, en conformité enfin avec son objet (financement de l'impact de l'abaissement de l'âge de la retraite décidé en 1982).

D’autre part, la dégradation des comptes de l’assurance chômage en 2002 a contraint les partenaires sociaux à porter dès 2003 à 6,40 % la cotisation d’assurance chômage contre 5,8 % précédemment.

A remarquer

La croissance encore bien molle de l’année 2002 (à peine + 1 % de PIB), ainsi que les hypothèses de croissance assez peu optimistes pour 2003 (peut-être 2 %) pèsent singulièrement sur les rentrées de cotisations et contributions sociales (seulement + 3 % en 2002) et ne laissent espérer aucune nette amélioration en 2003.

Or les dépenses d’assurance maladie ont connu en 2001 et 2002 une évolution plus importante (presque + 7 %) et restent, en 2003, orientées à la hausse. Les comptes sociaux sont ainsi condamnés à retomber dans un déficit sévère (le déficit de l’assurance chômage constaté fin 2002 en était déjà la manifestation la plus visible). Afin de ne pas contrarier le retour de la croissance, et surtout de ne rien faire qui viendrait altérer un peu plus la consommation interne mais aussi de respecter les engagements de la campagne présidentielle – baisse des prélèvements et à tout le moins pas d’augmentation – on ne voit pas comment il pourra être évité de recourir aux facilités de l’emprunt – permis avec la création de la Caisse de la Dette Sociale (CADES) en renvoyant à encore un peu plus tard (2020 contre 2014) la fin du versement de la Contribution au Remboursement de la Dette Sociale (au montant de 0,5 % par mois sur tousles revenus).

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