La sixième journée
dassurance maladie de la CANAM
Palais du Luxembourg - 24
mars 2003
Depuis 1998, la CANAM et linstitut des sciences de la santé
organisent chaque année au Sénat une "journée de lassurance maladie" à
lattention dun public composé principalement de gestionnaires et de médecins
conseils des différents régimes obligatoires et complémentaires dassurance
maladie, de fonctionnaires des administrations centrales chargées de la santé, de leurs
services déconcentrés ou des organismes placés sous leur contrôle (ARH, ANAES,
AFSSAPS, HCSP, INVS, ENSP, etc.), de praticiens hospitaliers, de médecins libéraux et de
journalistes spécialisés dans les questions de santé.
Après "les références médicales opposables" (1998),
"le rôle de lassurance maladie dans loptimisation des pratiques
médicales" (1999), "la contribution de lassurance maladie à la mise en
uvre de la politique des nouvelles agences sanitaires" (2000),
"léducation et la prévention chez lenfant et ladolescent"
(2001), "lépidémiologie, la géographie et les politiques de santé (2002),
le thème de la 6ème journée de la CANAM était consacré, le 24 mars 2003,
au "rôle de lassurance maladie en matière dinformation du consommateur
et de réduction des inégalités de santé".
Cest Bertrand Garros, le directeur des stratégies santé à la
FNMF, qui, en tant que président du comité de pilotage de cette sixième journée, a
introduit les travaux par un commentaire de larticle 76 de la loi du 4 mars 2002
relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé.
Larticle 76 confie aux organismes dassurance maladie des
régimes obligatoires une mission générale dinformation des assurés en vue de
faciliter leur accès aux soins. Bertrand Garros sest félicité de cette nouvelle
obligation imposée aux caisses, légalité devant laccès aux soins lui
paraissant largement tributaire de légalité devant laccès à
linformation.
Le docteur Nicolas Postel-Vinay, attaché à la faculté de médecine
Broussais-Hôtel Dieu, a souligné que linformation de la population dans le domaine
de la santé était une vieille pratique, en faisant notamment référence aux travaux de
vulgarisation médicale publiés sous lAncien Régime par un médecin suisse,
Simon-André TISSOT ("Avis au peuple sur sa santé" - 1761), au manuel annuaire
de la santé, réédité à 77 reprises depuis 1845, par lequel François-Vincent Raspail
proposait à ses lecteurs de se mettre à labri des erreurs des médecins, et au
Larousse médical, dont la préface de la première édition, publiée en 1912,
avertissait prudemment quil navait pas vocation à remplacer la médecine.
Certes, a fait valoir Nicolas Postel-Vinay, le contenu de ces ouvrages
relève davantage de la propagande hygiéniste que de linformation en santé, mais
si des progrès ont depuis lors été accomplis en termes de communication médicale,
beaucoup reste à faire, à commencer par lévaluation de son contenu.
Alain Vernot, directeur général de lagence de presse médicale,
a observé, quant à lui, que les questions de santé occupent aujourdhui un très
large espace dans les médias. Cette situation nouvelle résulte, à son avis :
- dune part, de lexigence de transparence et de sens
manifestée par le public, qui se défie de plus en plus du discours politique,
- dautre part, de la conscience hypertrophiée de ses droits
qua celui-ci, face à un milieu médical dont le magistère sest émoussé au
point quil est désormais tenu pour un prestataire parmi dautres.
A loccasion dun débat sur les attentes des acteurs en
matière dinformation en santé, Jérôme Vincent, lun des journalistes du
Point à lorigine du classement des hôpitaux et des cliniques à partir des
données du PMSI, a évoqué le retentissement de cette publication, qui suscite un
courant continu de demandes dinformations tout au long de lannée, et Jacques
Mopin, vice-président de lUFC Que Choisir, a dénoncé le fait que seuls quelques
médecins affichent leur secteur conventionnel sur leur plaque, comme ils en ont
lobligation. Il a ajouté que son association nécartait pas lidée de
tester les organismes dassurance maladie.
Le docteur Denis Pouchain a regretté que linformation des
organismes payeurs en direction des professionnels de santé soit a priori tenue pour
suspecte par ces derniers. Il a, en outre, préconisé que lassurance maladie
diffuse plus largement ses études sur le système de soins.
Alain Mariage, le directeur de lURCAM de Picardie, a, pour sa
part, suscité le frémissement dune grande partie de lassistance
lorsquil a évoqué lopportunité de mettre en place un "guichet
unique"
dédié à linformation des professionnels de santé.
Etienne Caniard, délégué général aux questions de santé et de
sécurité sociale à la FNMF, a souligné que larticle 76 était, lors de
ladoption de la loi sur les droits des malades, passé complètement inaperçu et
que la notion daccessibilité, financière, géographique et culturelle était au
cur de son application.
Après une table ronde où, notamment, Martine Lequellec Nathan, sous
directrice des pathologies et de la santé à la DGS, Agnès Denis, responsable de la
communication à la CNAMTS, Marianne Binst, directrice générale de Santéclair et
Cristina Cuenco Lopez, chef de projet à la DOI de la CANAM, sont intervenues à tour de
rôle sur la communication de crise - illustrée par lexemple plein dà propos
de la pneumonie atypique -, sur les plates formes de service téléphonique du régime
général ou des complémentaires et sur le carnet de prévention virtuel développé par
la CANAM, le moment - très attendu par lauditoire - était venu dentendre
Gilles Johanet exprimer son point de vue sur le rôle de lassurance maladie.
Gilles Johanet a dabord constaté que, dans notre système de
soins fondé sur "loptimum individuel spontané" et où "la liberté
dans lopacité est la règle", lessentiel de linformation est
occulté (il nexiste, par exemple, aucun mécanisme dévaluation du niveau de
compétence des équipes de soins ou de la qualité de léquipement des
services
).
Lassuré y déambule, sans réels critères de choix - cest
le règne du "ouï - dire" -, et y consomme ce quil veut, comme il le veut
et quand il le veut
Lassurance maladie a le devoir de communiquer - en interrégime
et en associant les complémentaires, sans recel dinformations - pour fixer des
repères et rendre lassuré responsable, a souligné Gilles JOHANET, après avoir
regretté que le palmarès des meilleurs établissements de soins nait pas été
publié sous son timbre et, surtout, que la liste des cinquante plus mauvais soit
demeurée confidentielle.
Sans doute les obstacles ne manquent-ils pas, à commencer par la
suspicion des professionnels de santé vis à vis des caisses (les dysfonctionnements
quelles stigmatisent sont ressentis comme autant dagressions des soignants,
les médecins conseils sont régulièrement mis en cause à loccasion de leurs
activités de contrôle,
), la survivance tenace didées reçues
(lonmivalence du diplôme de docteur en médecine) et de fantasmes (la médecine
doit conserver sa part de mystère et le recours aux soins sa symbolique votive), ou la
défense de leurs rentes par certains producteurs de biens médicaux, avant tout soucieux
de profitabilité.
Il nempêche, a conclu Gilles Johanet, quil est primordial
dinformer les assurés, avec ténacité, non pour leur permettre de vagabonder plus
commodément dans le système de soins, mais pour leur faire comprendre limpérieuse
nécessité de sa réforme.
Philippe Salpin