Numéro 54
Interview
Frédéric Van Roekeghem

Frédéric Van Roekeghem : un nouveau directeur dans un contexte délicat

La Branche recouvrement traverse, avec l’affaire du guichet social unique, un moment difficile, qui nécessite une gestion à la fois volontaire et sereine. Le monde est parfois bien fait, puisque c’est précisément l’impression que laisse à ses interlocuteurs le nouveau directeur de l’Agence centrale.

Frédéric Van Roekeghem succède à une lignée de directeurs de l’Agence centrale qui ont tous été présentés dans Elan Social. A Rémy Dhuicque, que nous avons connu en qualité de Président du Comité des carrières, a succédé Benjamin Ifergan (par ailleurs rencontré à l’occasion du présent numéro), dépêché à l’époque par Pierre Bérégovoy pour donner à l’Institution une politique de trésorerie digne de ce nom. Après avoir de surcroît animé le management de la Branche et lancé le SNV 2, ce dernier à cédé la place pour cause de cohabitation à Jean-François Chadelat, qui s’est particulièrement mobilisé sur la politique de communication des URSSAF, et a mis en œuvre les premiers plans de pluri-annualisation budgétaire. A la fin de la cohabitation, Jean-Louis Buhl a pris les commandes de l’ACOSS pour une longue période, qui a vu notamment les débuts de la dématérialisation, et qui s’en est allé au moment de l’affaire dite " du guichet unique ".

Frédéric Van Roekeghen s’est déjà fait une réputation de gestionnaire énergique et volontaire, qui sait malgré tout, on le constatera à la lecture de cette interview, être politique quand les circonstances l’exigent.

Arrivé dans le réseau dans une conjoncture particulièrement difficile, on ne doute pas en voyant son dynamisme et son assurance, de sa capacité à conduire les affaires de la Branche au mieux des intérêts du recouvrement, et, espérons aussi, dans l’intérêt général de l’Institution Sécurité sociale dans toutes ses composantes.

Ont participé à l’interview : Gérard Arcéga, François Coullet, Nathalie Nowara et Françoise Mourgues

Elan Social  :
Votre prise de fonction, en début d’année, a coïncidé avec une période particulièrement mouvementée pour la branche. Certains ont regretté l’opacité qui a entouré le suivi du dossier. Et aujourd’hui encore, alors que le climat s’est apaisé, un scepticisme persiste quant à la volonté, ou pour le moins quant à la capacité de l’Agence centrale, à travailler avec le réseau en toute transparence et synergie. Après avoir rejeté le projet soutenu par les caisses de Non-Non de Guichet Social Unique, la mission commune IGAS-IGS-IGIC, diligentée par le gouvernement, a préconisé un libre choix laissé au cotisant. Cette proposition a été entérinée par le gouvernement avec le vote de la notion d’interlocuteur unique au choix du travailleur indépendant dans la loi d’habilitation. Quelle est la position de la Direction de l’ACOSS au regard de cette nouvelle disposition ?

Frédéric Van Roekeghem :
Le directeur de l’ACOSS n’a pas à avoir de position sur une disposition législative votée par le Parlement. Cette disposition est désormais une donnée et il revient au gouvernement, à travers les prochaines ordonnances de simplification, de préciser les conditions de sa mise en œuvre. L’ACOSS souhaite cependant que ce libre choix ne fasse pas obstacle à deux principes fondamentaux auxquels elle est fortement attachée : l’égalité de traitement des cotisants et l’efficacité du recouvrement. Ce sont ces principes que l’ACOSS défendra dans ses propositions si elle est sollicitée sur ce dossier par le gouvernement.

ES :
La solution de "Caisse Générale des travailleurs indépendants", proche de la MSA pour les agricoles, vous semble-t-elle répondre aux souhaits de cette catégorie d’usagers ?

F. V R. :
Il ne faut pas confondre attentes des usagers et mode d’organisation du système de la Sécurité Sociale. Les usagers demandent une simplification des process en matière de recouvrement, et aussi de versement des prestations. L’ACOSS n’y est bien sûr pas opposée. Elle est même favorable à la simplification. Pour autant, la branche n’est pas prête à renier des principes qui lui semblent essentiels. Par exemple, la CSG a une vocation universelle de part la volonté du Parlement. A ce titre, les URSSAF collectent pour le compte des branches famille, maladie et vieillesse cette contribution pour les travailleurs indépendants tout comme pour les autres catégories de cotisants.

ES :
Les agriculteurs témoignent d’une appropriation forte de leur régime au sein de la MSA, à la différence des travailleurs indépendants qui font le " grand écart " entre trois régimes distincts. Un régime géré par des représentants élus proposant un guichet unique ne répondrait-il pas à un vrai besoin ? Si une telle organisation était retenue, le recouvrement n’aurait-il alors pas plus vocation à recouvrer l’intégralité des cotisations sur les salaires, y compris celles actuellement recouvrées par d’autres organismes comme l’ASSEDIC ou les caisses de retraite complémentaires ?

FVR :
Aujourd’hui faire le choix d’écarter la branche Recouvrement des cotisations des travailleurs indépendants conduirait effectivement à structurer fortement la protection sociale en 3 pôles, RG, Agricole et TI. Cela mérite un débat. Est-ce qu’aujourd’hui la logique économique ne doit pas être prise en compte, afin que l’on évite d’investir trois fois pour faire la même chose ? Sur 300 milliards d’Euros prélevés, 200 milliards sont recouvrés par la branche recouvrement. Vue sous cet angle, la simplification implique la centralisation, ce n’est donc pas un sujet qui est simple.

ES :
Pour affronter ce nouveau contexte de " libre choix ", la branche est-elle prête ? Quelle démarche de " promotion " compte-t-elle développer pour attirer les travailleurs indépendants qui auront peut-être plus tendance à se tourner vers des caisses concurrentes ?

F. V R. :
Il faut bien distinguer deux aspects de la situation. Je ne pense pas que le mot concurrence soit adapté. Le corollaire du principe de libre choix est tout d’abord la " régulation " car, s’il doit y avoir émulation, cette émulation doit porter sur les services complémentaires et non sur les prélèvements obligatoires. La concurrence ne doit pas porter sur le risque, ni favoriser de la part des caisses des comportements laxistes qui mettraient en cause l’égalité de traitement des cotisants face au prélèvement social. Et pour garantir cette égalité, il faudra mettre en place un dispositif de régulation et des contrôles.
La branche recouvrement a la capacité d’offrir aux cotisants qui le souhaitent un ensemble de services qui permettent de leur simplifier la vie. Le libre choix, s’il est retenu par le Gouvernement, devrait donc porter sur le service supplémentaire qui pourrait être servi par les caisses. Dès lors, la branche doit démontrer sa capacité à offrir des produits de simplification. Sur ce point, nous sommes prêts.

ES :
Votre prise de fonction s’est réalisée pendant un épisode un peu agité. Comment avez-vous vécu cette immersion dans la branche du recouvrement ? Quelle a été votre stratégie face à la crise ?

F. V R. :
Tout d’abord, il a fallu analyser rapidement la situation, et clarifier les choses. Il est vrai qu’il n’est pas très facile de communiquer quand on est dans une tempête et que toute erreur de pilotage fait qu’on aboutirait sur une rive que l’on avait pas prévue. La mission IGAS/IGF/IGIC a fait un excellent travail et montre bien que l’appréciation initiale qu’on avait fait du sujet n’était pas celle qui résiste à un examen de la question. Le rapport a clairement montré que poser les questions de manière brutale en opposant les organismes n’était pas réaliste. En nommant une mission d’inspection, le gouvernement s’est donné les moyens de bien connaître le sujet par un examen rigoureux des enjeux et forces en présence. Pendant cette courte période de trois mois, entre mon arrivée en février 2003 et la publication du rapport de la mission, l’ACOSS n’a pas été inerte, et les résultats de son travail sont bien visibles dans le rapport de la mission. Si le libre choix n’est pas une proposition de la branche, il a été démontré au Gouvernement qu’il fallait capitaliser sur les acquis, et que le réseau de URSSAF constitue un acquis indéniable qui a su montrer qu’il assume pleinement ses missions en garantissant un taux de recouvrement élevé.

ES :
S’agissant de la Convention d’Objectifs et de Gestion de la branche, elle est définie pour la période 2002-2005, et voit se multiplier des dispositions nouvelles déjà votées ou souhaitées par le gouvernement. Dès lors, est-il envisagé de modifier cette convention par un amendement ?

F. V R. :
A ce jour, les principales dispositions hors COG à mettre en œuvre portent sur la création d’un chèque emploi associatif, du titre emploi entreprise (ou TESE), la mise en place de la PAJE avec les CAF et MSA et, enfin, l’interlocuteur unique pour les travailleurs indépendants.
La branche va chercher les moyens d’autofinancer ces évolutions législatives souhaitées par une modification de nos méthodes de travail. Mais, aujourd’hui, on ne peut pas savoir si cet autofinancement sera toujours possible. Dans le cas contraire, il devra être fait recours à une disposition d’ailleurs prévue dans la COG, à savoir la renégociation partielle des moyens au regard d’engagements supplémentaires.

ES :
Compte tenu des attentes des usagers, les objectifs de la COG en terme de qualité et offre de service, vous semblent-ils suffisamment ambitieux ?

F. V R. :
Par rapport aux attentes des cotisants, le niveau des objectifs, fixés d’ailleurs avec les pouvoirs publics, ne me semble pas réellement insuffisant. Par contre, on peut avoir le sentiment que les termes de la COG sont insuffisamment précis par rapport à ce qu’attendaient les travailleurs indépendants.
Or, inversement, il est difficile d’enfermer des évolutions attendues sur plusieurs années dans un texte totalement figé. Il faut pouvoir prendre en compte des demandes d’évolutions et accepter des ajustements. L’important est donc bien plus la direction qui est donnée et cette direction me semble tout à fait claire. Elle consiste à améliorer très sensiblement nos relations avec les cotisants tout en maintenant le taux de recouvrement à un niveau élevé.
Par contre, nous serons vraisemblablement amenés à aller plus vite pour atteindre nos objectifs, sous la pression des cotisants ou sous celle des parlementaires.

ES :
Un autre point important de la COG, avec la dématérialisation, est l’amélioration de la relation téléphonique. Or, dans ce domaine, il semble que la branche du recouvrement a pris du retard par rapport aux autres branches, notamment celle de la Maladie, qui a déjà mis en place des plates-formes mutualisées inter organismes et labellisé un logiciel client de branche

F. V R. :
Paradoxalement, on peut quelques fois avancer plus vite lorsque l’on est dans une situation plus difficile au départ. Or, la situation de la relation téléphonique dans le réseau n’est pas réellement dégradée si on se réfère aux sondages que la branche a pu organiser récemment. De même, beaucoup d’organismes sont déjà au-delà de l’objectif d’amplitude hebdomadaire d’ouverture de l’accueil physique qui est pourtant, avec 40 heures par semaine, supérieur au standard d’autres branches. Cette situation plus favorable s’explique notamment par une pression d’appels moindre par rapport aux caisses prestataires. Mais, le taux de réponse effective reste très variable sur le territoire et c’est cette trop grande variabilité que nous devons réduire.
Or, deuxième conséquence d’une pression d’appels moindre que pour les caisses prestataires, les investissements ne sont rentables que s'ils permettent de gérer des flux en provenance de différents organismes, ce qui appelle à une mutualisation de l’organisation de la relation téléphonique

ES :
Le réseau semble particulièrement inquiet au regard d’une éventuelle reconfiguration. L’hétérogénéité des structures, la multiplication des évolutions législatives, la dissociation envisagée des notions de back office et de front office, la mutualisation des opérations de back office, etc, sont autant d’éléments qui semblent plaider pour une restructuration. La Direction de l’ACOSS a-t-elle une doctrine sur ce sujet sensible ?

F. V R. :
L’organisation de la branche recouvrement doit être pensée en fonction des services que l’on souhaite mettre en place. Ce que l’on attend d’un Service Public moderne est d’être organisé de façon efficiente pour offrir les services attendus par les usagers. Pour autant, il est évident que certaines organisations sont plus efficientes que d’autres. Il faudra notamment, sur la COG à venir, travailler sur l’organisation de certaines fonctions pour lesquelles la mutualisation est réellement un plus, ce qui ne veut pas dire pour autant que les fonctions d’accueil existantes doivent disparaître, là où elles se trouvent.
La branche doit accroître la qualité de service du réseau et cet accroissement est à financer par des gains de productivité. Les organisations qui seront mises en place procèderont de cette démarche.

ES :
Si on devait un jour restructurer le réseau, on pourrait le faire en fonction de la taille des organismes, ce qui conduit vite à des économies, mais aussi à des ‘’gaspillages d’échelle’’, ou en fonction de l’organisation, par exemple en industrialisant la production, ou bien encore en s’appuyant raisonnablement sur les articulations territoriales existantes : chacun sait que les chambres de métiers ou de commerce, les tribunaux de commerce ou les autres institutions sont la plupart du temps départementales. Quelle est votre approche ?

F. V. R. :
Je ne suis pas un défenseur d’une régionalisation à outrance. Pour moi la réponse est d’abord organisationnelle. Il y a des endroits où la région est bien loin. Je ne comprends pas que vous différenciez les approches les unes des autres. Le potentiel offert par la technologie a changé la donne. On peut aujourd’hui concilier à la fois le maintien d’une présence locale et une organisation efficiente. Il faut que l’ensemble des acteurs comprenne qu’on peut différencier la responsabilité et l’organisation de l’outil de production. L’objectif général est de favoriser la qualité du service public.
Il y a une dizaine d’années, la réponse apportée aurait vraisemblablement été la régionalisation. Mais on constate que ce mouvement s’est peu développé. Aujourd’hui, je crois qu’il ne faut pas opposer ces différentes approches. Ainsi, rechercher des gains de productivité par une réponse d’ordre organisationnel n’implique pas forcément de s’éloigner du tissu socio-économique local.
La réponse me semble bien être dans la différenciation de l’évolution des structures et des lieux de production.

ES :
En regroupant les différents acteurs de la Protection Sociale, le GIP-MDS propose un portail commun avec, pour objectif d’ensemble, le développement et la promotion de l’offre de service dématérialisée. Quelle est l’articulation entre le GIP et la Branche ? Peut-on parler de concurrence ou de complémentarité ?

F. V R. :
Le GIP MDS propose un portail commun à différents partenaires n’étant pas au même niveau d’avancement en ce qui concerne la dématérialisation. Sa mission est donc particulièrement délicate. Mais, il ne faut pas oublier l’objectif du GIP qui vise à limiter la multiplication des investissements en matière de dématérialisation en développant une coopération et une synergie entre les différents partenaires du GIP. Il faut alors concilier cette logique économique de mise en commun de moyens avec la propre logique de performance de la branche recouvrement. Ces deux logiques ne sont pas opposées, même si aujourd’hui, il semble nécessaire de clarifier les relations entre le GIP et la Branche.
De notre côté nous souhaitons coopérer avec nos partenaires. Il est nécessaire de mettre en commun pour ne pas multiplier les investissements mais sans remettre en cause notre propre capacité de développer des services dématérialisés, le GIP n’en étant qu’une partie. Il y a deux manières d’aborder les simplifications. Soit on coordonne des organisations qui ont des processus internes distincts, soit on simplifie les processus. Quelque soit le mode d’action retenu, il faut rappeler que la branche recouvrement n’est pas seulement l’organisation de recouvrement du régime général. Elle a aussi noué des relations avec des partenaires comme notamment l’AGIRC, l’ARCCO et l’UNEDIC.

ES :
Vous avez été Directeur de l’Audit Central du Groupe AXA. Quel jugement portez-vous au regard de cette expérience sur la démarche de certification développée par la branche ?

F. V R. :
Deux points me semblent essentiels.
Tout d’abord, il est nécessaire de clarifier la répartition des ressources humaines entre la fonction d’Audit et la fonction de Contrôle Interne pour éviter de mélanger des missions qui, par nature, doivent rester distinctes. C’est le premier pas qui était nécessaire.
D’autre part, il faut, dans un premier temps, favoriser la certification des process de préférence à une certification de chaque d’organisme. Dans ce domaine, la branche a fait le choix de commencer par certifier la qualité de la répartition des cotisations, ce qui correspond à une attente de nos partenaires.

ES :
Ne faudrait-il pas aller plus loin dans les outils d’aide au pilotage ?

F. V R. :
Oui, et ce à deux niveaux, le niveau national et le niveau local.
Au niveau national, nous travaillons actuellement sur la mise en place des tableaux de bord. Quant au niveau local, il est nécessaire de mieux valoriser au sein du réseau les meilleures pratiques pour éviter que chaque organisme ne redéveloppe ce qui se fait déjà ailleurs. Il nous faut donc accélérer la mise en commun des méthodes et, sur ce point, nous avons des marges de progrès importantes.

ES :
Si le recouvrement fait l’objet de débats importants, notamment au travers du projet de GSU, on parle désormais très peu d’une autre mission de la branche, à savoir la lutte contre le travail dissimulé ? Est-ce encore vraiment une priorité ?

F. V R. :
Certes, les débats politiques autour du recouvrement des cotisations des travailleurs indépendants, repris dans la presse, ont quelque peu éclipsé certains aspects du métier de la branche. Mais la lutte contre le travail dissimulé reste un principe fondamental pour les URSSAF pour favoriser l’exercice loyal de la concurrence. Le travail clandestin n’est pas une bonne chose, ni pour les entreprises qui se trouvent confrontées à une concurrence déloyale, ni pour les salariés qui voient leurs droits sociaux amputés. La branche est certainement l’un des Services Publics qui investit le plus en ce domaine.
La quantification de nos actions est d’autant plus difficile que le travail clandestin est, par nature, difficilement mesurable. Aussi, dans la branche, nous évaluons un temps passé à la lutte contre le travail illégal. A terme, il faudra peut-être améliorer cet indicateur qui ne permet de mesurer que l’effort consenti par la branche dans la lutte contre le travail clandestin et non son efficacité. Pour mémoire, l’objectif conventionnel est de 10% du temps d’inspection des URSSAF.

ES :
L’Association des anciens Elèves du CNESSS se préoccupe depuis plusieurs années de deux aspects importants de la gestion des carrières des agents de Direction de l’Institution.
Une première difficulté réside dans la prise en compte de la notion de cadre dirigeant dans le cadre de l’application de la loi sur les 35 heures au sein de l’Institution. En effet, aujourd’hui, les équipes de Direction se trouvent éclatées avec d’un côté, les Directeurs et Agents Comptables qui sont considérés comme des cadres dirigeants, et de l’autre, les autres agents de Direction qu’on a plutôt tendance à considérer désormais comme des cadres supérieurs. Or, cet éclatement nous semble préjudiciable à la cohérence de l’équipe de direction.
Notre deuxième réflexion porte sur la mobilité qui doit rester, selon l’Association, choisie et non mécanique, et l’évaluation qui doit porter sur les résultats plus que sur les moyens.
Vous êtes depuis peu de temps dans l’Institution et les dossiers urgents n’ont pas manqué, nous l’avons vu. Néanmoins, avez-vous un premier positionnement sur ces questions de gestion de carrières ?

F. V R. :
En ce qui concerne les équipes de Direction, je rejoindrai volontiers la position de l’Association, à savoir qu’une équipe doit être soudée pour être efficace et ceci est d’autant plus vrai que l’organisme est grand et l’équipe importante. La notion de cadre dirigeants devrait donc pouvoir évoluer pour ne pas être limitée aux Directeurs de plein exercice et aux Agents Comptables, mais c’est là l’enjeu des négociations qui vont se dérouler.
Quant à la mobilité, je considère que c’est un enrichissement personnel important. Mais cette mobilité doit être souhaitée et acceptée. Aussi, des évolutions peuvent être trouvées pour mieux accompagner cette mobilité par des moyens incitatifs adaptés, à intégrer à la Convention Collective, en fonction bien sûr des marges de manœuvre financières. C’est là aussi un chantier pour le COMEX.

ES :
L’Institution est également confrontée à un effet de tuilage sur les rémunérations des agents de direction de plein exercice. Dans les faits, les sous directeurs ou directeurs adjoints d’organismes de grande taille n’ont pas d’intérêt à évoluer sur des postes de Direction de plein exercice dans des organismes de catégorie inférieure. Conséquence de ce tuilage des rémunérations ; le vivier des candidats potentiels à ces postes est quasi fossilisé et le Comité des Carrières a de plus en plus de mal pour réunir un nombre suffisant de candidats. La branche recouvrement est particulièrement concernée par cette situation.
Avez-vous déjà été sensibilisé à cette problématique ?

F. V R. :
Il existe effectivement des problèmes de gestion des agents de direction non résolus, davantage actuellement pour les postes d’Agents Comptables que pour ceux de directeurs. Le " ivier" de la liste d’aptitude est, malgré les apparences, trop "court" et ne permet donc pas d’effectuer les recrutements dans de bonnes conditions. J’ai ainsi l’exemple récent d’un poste à pourvoir dans une URSSAF de taille importante pour lequel je ne suis pas en mesure de proposer trois candidats au Conseil d’Administration. Cela dit, j’ai interrogé des agents de direction de la branche, inscrits dans la classe d’emploi exigée de la liste d’aptitude. La difficulté à s’engager dans une mobilité géographique compatible avec la carrière de leur conjoint ou encore le souhait d’exercer des fonctions de pleine responsabilité l’emportent largement, dans les raisons justifiant leur défaut de candidature, sur l’inadaptation des rémunérations.
Il faudra donc certainement rechercher les moyens d’élargir le vivier en faisant évoluer les modalités de sa constitution.

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