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Numéro 55
Interview
Alain Coulomb
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Le rapport Coulomb :
Un ONDAM maîtrisé
Interview : Gérard Arcéga, François Coullet
Rencontre avec Alain Coulomb, ancien élève du CNESSS (5ème promotion), ex directeur de laCPAM de Cergy Pontoise, ex-Délégué Général de lUnion hospitalière privée, et qui, du haut de ses soixante ans pleins de verdeur, loin de raccrocher les gants, vient de prendre la direction de lANAES.
Lhomme est connu dans lInstitution, difficile de faire autrement, car il se remarque. Son physique dabord, est impressionnant, surmonté de cheveux blancs et dun sourire ironique ou engageant selon lhumeur. Alain coulomb, père de 5 enfants et même jeune père de famille, a été récemment honoré du titre dOfficier de la Légion dhonneur. Chacun connaît aussi sa faconde et son humour, ainsi que son irrésistible faculté de rendre intéressants tous les propos quil tient sur notre Institution, exercice méritoire étant donné le caractère éminemment austère de cette dernière. Est-ce ces talents stylistiques qui ont attiré lattention des autorités ? Toujours est-il quil a donc été un des trois grands rapporteurs des grandes uvres commandées par le Ministre au printemps, pour préparer une réforme de lAssurance maladie dont la mise en musique est très légèrement repoussée.
Des trois ouvrages, cest celui sur la médicalisation de lONDAM qui portait sur le sujet le plus mystérieux et le moins médiatique. Cest pourtant au bout du compte celui qui a été salué comme étant le plus consistant et le plus consensuel. Par les temps qui courent, le fait dêtre consensuel nétant pas forcément un compliment, nous avons passé Alain Coulomb à la question ordinaire pour en savoir un peu plus.s
Élan Social :
Quel changement as-tu apporté dans la gestion de LANAES depuis que tu la diriges ?
Alain Coulomb :
LAgence avait pour tradition dadopter une démarche progressive, qui sinspire plus dune réflexion scientifique que dune implication dans laction. Les professionnels et les usagers attendent désormais davantage.
Le ministre nous a fixé des objectifs : accélérer la production : elle a doublé cette année, et doit saccroître encore dans les mois à venir. Rendre nos travaux plus opérationnels : sortir en quelque sorte du " syndrome de la vestale " qui frappe toutes les organisations basées sur lexcellence intellectuelle. LANAES doit adopter une posture de passeur, de médiateur, entre science et action. Nous ne sommes pas l'Université, nous ne sommes pas dans l'action. Nos travaux doivent être utiles et utilisables par tous. Pour cela, il faut diversifier les méthodes. Il faut conserver la rigueur scientifique, tout en adoptant une approche risque : on ne peut pas sattaquer à tous les 7500 actes de la nomenclature, il faut sélectionner ceux qui présentent le plus de risques, ou les actes émergeants, il faut dimensionner la méthode à lobjectif et au destinataire. Mieux vaut une recommandation un peu approximative qui arrive à temps qu'un produit prétendument parfait qui arrive trop tard.
Enfin, il faut valoriser les résultats. Le système dallocation des ressources, dans le secteur de la santé, doit prendre en compte la qualité, qui aujourd'hui ne repose que sur la vertu. Les médecins et les organismes ne sont pas dabord vertueux, ils sont rationnels, comme tout acteur économique. Il faut mettre en place une démarche dincitation, et donner aux décideurs des instruments scientifiques pour éclairer leurs décisions.
Élan Social :
Gilles Johanet, quand il était directeur de la Cnamts, ironisait sur la productivité homéopathique de lANAES. Serait-il satisfait de tentendre aujourdhui ?
Alain Coulomb :
Certainement. Jajoute que les critiques de Gilles Johanet ne me laissent pas indifférent !
Élan Social :
Quels sont les effectifs de lAgence ?
Alain Coulomb :
LANAES comprend 250 permanents, et de nombreux experts (soignants, directeurs détablissements
) qui interviennent ponctuellement, qui sont en quelque sorte des salariés à temps partiel.
Élan Social :
Mais comment le personnel de lAgence a-t-il vécu ce changement dorientation ? Cette remise en cause assez radicale de la culture dentreprise que tu as mise en uvre na pas posé trop de problèmes ?
Alain Coulomb :
Tout changement suscite peurs et inquiétudes. Mais dun autre côté, le travail de lagence nétait pas suffisamment utilisé, ce qui occasionne aussi des frustrations et nest pas satisfaisant pour les personnels.
Élan Social :
La mode est à la " protocolisation " des actes des professionnels de santé, car on espère ainsi mieux maîtriser les dépenses et la qualité. Finalement, la maîtrise dite comptable offre plus de liberté, pour autant quon sengage à respecter une enveloppe. La maîtrise dite médicalisée, qui enfermait les médecins entre le marteau des RMO et lenclume du codage nest-elle pas en effet beaucoup plus technocratique ? Est-il envisagé décrire des référentiels pour tout, et denfermer les acteurs de santé dans des procédures qui leur ôteront toute liberté ? La médecine ne serait-elle plus un art ?
Alain Coulomb :
La question de savoir jusquoù on pourrait rédiger des référentiels, et des référentiels utilisables, est plus philosophique que pratique. Il est difficile dappréhender le champ couvert par les protocoles. Mais il semble aujourdhui quil représente moins du quart du champ des possibles.
LANAES est un fournisseur. Elle travaille pour les professionnels (ce qui représente la moitié de la production), lAssurance maladie, la DGS. Si les études ne sont pas pertinentes, il faut interpeller les clients qui ont fait la commande.
Il est vrai que la transgression des règles, et donc le non-respect des référentiels, peut être une forme de transgression constructive. Mais la vraie question daujourdhui est celle dune grande progression des connaissances scientifiques. Il existe une tendance forte à laccélération. De nos jours, qui peut prétendre pouvoir lire tout ce qui paraît? Or, la connaissance pratique a stagné voire diminué. Notre préoccupation est dêtre le plus pertinent possible dans un domaine qui se diversifie et se complexifie. LANAES doit guider la recherche. Ce quil faut, cest évaluer les transgressions éventuelles des acteurs, pas leur interdire a priori, car cela fait progresser la connaissance. Il ne faut pas interdire, il faut évaluer.
Élan Social :
Sur le terrain, les choses sont plus simplistes : si un médecin na pas respecté des préconisations ou des référentiels, les médecins conseils sanctionnent, et peuvent-ils faire autrement ?
Alain Coulomb :
Le comportement " binaire ", cest pour le remboursement. Supposons quune nouvelle technique arrive sur le marché : aucune étude scientifique nexiste encore. Il y a des querelles décole, une forte pression économique, le réflexe de ladministration est de dire non a priori. Or, ce sera de toute façon remboursé un jour. Il faut articuler rigueur scientifique et innovation ; pour cela, il faut instituer une expérimentation qui puisse être remboursée. Je pense quil faut passer un accord avec lAssurance maladie pour le remboursement des expérimentations.
Élan Social :
Comment sest passé la rédaction du rapport ?
Alain Coulomb :
Le groupe de travail étant composé de membres de la Commission des Comptes de la Sécurité sociale, jai voulu que le rapport soit approuvé par tous. Il sagissait de démontrer quil peut y avoir un large accord sur un sujet non contractuel.
Élan Social :
On salue dans le rapport les actions méritoires du Service médical de lAssurance maladie. Sans vouloir remettre en cause les éminents mérites de nos médecins conseils, cest tout de même oublier laction concertée des CPAM, auxquelles les directeurs et leurs équipes ont largement participé, même si lenthousiasme sest un peu émoussé depuis la création des URCAM et la médicalisation de plus en plus poussée de la régulation.
Alain Coulomb :
Deux représentants du service médical, présents dans le groupe, ont défendu leur image. Cela sexplique parce quelle a pu, à un moment, être mise en cause.
"LANAES doit adopter une posture de passeur, de médiateur, entre science et action".
Élan Social :
Dans le rapport, on stigmatise beaucoup laction des caisses, et de la plupart des acteurs qui ont participé aux actions passées, au motif quil sagirait dune approche purement comptable. Cest la reprise dune critique très caricaturale des professionnels de santé. Avant le plan Juppé, lAssurance maladie participait à la mise en place dune maîtrise médicalisée des dépenses de santé qui avait le tord darriver trop tard, les dérives financières ayant déjà dépassé le point limite. Mais même dans le plan Juppé, il ny avait pas loin sen faut que des mesures comptables : les expériences de filières et de réseaux de soins, la création des URCAM et des ARH, la création même de lANAES, ce ne sont pas des mesures exclusivement comptables.
Alain Coulomb :
Ce qui ressort du plan Juppé, dans lesprit des acteurs, cest quil y a un taux de progression fixé. Ces taux ont été fixés en référence au PIB, mais ils sont régulièrement dépassés. Les sanctions du dépassement ont été inversement proportionnelles au poids politique du groupe qui le dépassait ; les médecins libéraux nont jamais été " sanctionnés ".
On ne peut se réjouir quune loi ne soit pas, aussi régulièrement appliquée. On constate un enthousiasme très réservé des parlementaires, et cette loi est perçue par les producteurs de soins comme inéquitable. Les élus sont désabusés. Dans ces conditions le vote de lONDAM na aucun sens politique.
Dans le groupe de travail, faire accepter le principe de lONDAM, cest à dire le fait quil y ait un simple chiffre, na pas été évident, les membres étaient sceptiques. Pour le faire accepter, il a bien fallu rendre cette démarche crédible et possible. Il faut rendre l'ONDAM acceptable pour qu'il soit respectable.
Élan Social :
Si on lit la lettre du Ministre, on a limpression que la commande a été passée : en résumé, il vous était demandé de démontrer que la dérive des dépenses est consécutive au vieillissement de la population, et au progrès technique, arguments ressassés sans fin par les médecins, et repris par le Ministre lui même. A-t-on exercé des pressions pour obtenir les conclusions quon attendait ?
Alain Coulomb :
Non seulement on na pas exercé de pressions, mais on a semblé un peu se désintéresser des conclusions dès lors que la commande a été faite, et je le regrette. Jai même rencontré quelques difficultés pour trouver des interlocuteurs intéressés à la suite des travaux.
"Les médecins et les organismes ne sont pas dabord vertueux, ils sont rationnels, comme tout acteur économique."
Élan Social :
En définitive, la conclusion des travaux a donc été quil faut cibler les secteurs sur lesquels on peut agir, et prendre acte des dérives structurelles, qui sont bien celles de la commande, mais dont limpact doit être relativisé ?
Alain Coulomb :
Lobjectif du rapport a été déchelonner les mesures, se donner les moyens dêtre réaliste. Sur les 7 % constatés daugmentation des dépenses de santé, il y a une part incompressible, et lautre sur laquelle on peut agir. Il faut faire accepter qu'il y a une responsabilité collective différente sur les facteurs subits par rapport à celle qui peut sexercer sur des éléments plus souples.
Élan Social :
Il est proposé un SROS soins de ville, ce qui paraît être une sage mesure, compte tenu des disparités territoriales et de spécialités, et des discours surréalistes à propos de la densité médicale. Mais pourquoi ne pas aller jusquau bout, et proposer toujours et seulement des mesures aimables pour les professionnels de santé, cest à dire des incitations financières ? Ne pourrait-on, tout en conservant la liberté dinstallation, permettre aux caisses de refuser de conventionner des nouveaux venus dans les secteurs où ils sont déjà bien trop nombreux ? Sagissant des SROS hospitaliers, on propose de prendre en compte les problèmes daménagement du territoire ; on peut sans doute associer les élus aux décisions, mais tant quils ne payent pas les établissements sur les deniers régionaux ou locaux, ils demanderont toujours encore plus de lits et deffectifs.
Alain Coulomb :
Lobjectif du rapport nétait pas daller jusquà réaliser une construction administrative, ce qui est une dérive un peu utopique typiquement française. C'est le syndrome de la construction esthétique! Nous sommes partis des dysfonctionnements, largement issus du cloisonnement du système de soins. Il paraît aberrant que le SROS ne tienne pas compte des liens entre ville et hôpital.
80 % des dépenses de grands consommateurs sont celles de grands malades. Dans ces domaines, on trouve des systèmes non efficients avec des navettes entre ville et hôpital. Larticulation est mal faite. Il faut que le taux dinadéquation soit lié aux ressources pour que ce soit efficace.
Élan Social :
On nous assène des chiffres dont on se demande parfois quelle signification ils ont, surtout quand on sait que les dépenses imputables aux personnes en fin de vie, qui sont souvent à lhôpital, ne sont quune appréciation de comptabilité analytique. Avec la dotation globale, que les hôpitaux soient vides ou pleins, et soignent des jeunes ou des personnes âgées, la dépense est la même, on paye dabord des murs et des personnels.
Alain Coulomb :
Doù la nécessité de mettre en place un financement à la pathologie, bien entendu.
Élan Social :
Cela va-t-il changer quelque chose ? Il existe déjà les points ISA, qui démontrent largement quels sont les hôpitaux sur-dotés et ceux qui sont en difficulté. Tant que les gestionnaires ne seront pas les payeurs, comme cest le cas dans dautre pays, on peut raffiner à linfini les outils, les obstacles politiques restent.
"Il faut rendre l'ONDAM acceptable pour qu'il soit respectable".
Alain Coulomb :
On n'a pas forcément la possibilité de changer toute lorganisation, pour autant que cela soit efficace. Si on ne croit pas à lutilité doutils plus affinés, alors faut-il ne rien faire ?
Élan Social :
Sagissant de la méthode, la démarche se base sur une notation des causes de dérives financières, qui est au départ laissée à lappréciation des membres du groupe. Cest dailleurs une méthode utilisée dans les organismes pour arrêter les plans de gestion du risque chaque année. Mais cette notation reflète largement la subjectivité des notateurs, et son caractère apparemment scientifique nest-il pas biaisé par la démarche initiale ?
Alain Coulomb :
Il sagit plus dune méthode pédagogique que scientifique. Chaque membre a donné une note non connue des autres, puis les notes aberrantes ont été écartées, et on a fait une moyenne. On sest appuyé également sur les éléments déjà étudiés par les experts : Une étude du CREDES et une étude étrangère démontrent ainsi que le vieillissement explique environ 1 % de laugmentation. Mais ce taux risque daugmenter avec larrivée de générations plus dépensières.
Élan Social :
Pour ce qui concerne les progrès technologiques, on peut aussi sétonner que la santé soit le seul domaine où ces progrès généreraient plus de dépenses que de gains de productivité et de baisses des coûts. On peut parier que lancien Délégué Général de lUnion hospitalière privée que tu es, sait bien que les cliniques ont, pour leur part, transformé ces gains en diminution de coût, en sachant notamment se restructurer. Le problème ne vient-il pas de ce quon continue de financer des techniques obsolètes, telles que les radiographies classiques pour le cancer bronchique, ce qui ne permet pas de dégager des fonds pour financer des appareils plus efficients comme les IRM ?
Alain Coulomb :
Il existe plusieurs types de progrès technologique. Nous avons pris acte dune progression structurelle des dépenses consécutives aux progrès techniques, raisonnable, mais limitée dans le temps, en tout cas le temps qui était imparti aux prévisions issues de nos travaux. Pour autant, il faut effectivement favoriser la substitution, cest une démarche progressive.
"Au départ, le réseau était une pyramide (avec lhôpital au sommet). Or, le réseau doit se concevoir sur la base de légalité des partenaires"
Élan Social :
S'agissant des réseaux de soins, les FAQVS ont financé des structures logistiques, mais il n'y avait pas un sou pour mieux prendre en charge les soins des assurés. Ce qu'on appelle la "5ème enveloppe" doit enfin permettre ce financement, dans un cadre très limité. On a maintenant des réseaux avec des coordonateurs, des secrétaires, des locaux des bureaux et de l'informatique, parfois pour quelque dizaines de patients seulement. La constitution des dossiers demande de plus un formalisme surréaliste, qui décourage toutes les volontés de terrain. De la bureaucratie pour financer de la bureaucratie : est-ce vraiment une solution de multiplier des réseaux dans ces conditions?
Alain Coulomb :
LANAES est en charge légalement daccréditer les réseaux. Peu de réseaux ont mis en uvre ce qui était prévu. Deux problèmes se présentent : le coût du montage du dossier, et un financement qui nest pas assuré de façon pérenne. Mais les réseaux finiront par simposer car le cloisonnement ne perdurera pas.
On est resté dans une pensée binaire ville-hôpital. Dans le secteur hospitalier, les groupes privés ont permis de faire changer les choses. De la même façon, si on solvabilise le marché des réseaux, on va créer de lengineering, et les acteurs peuvent changer de comportement. Au départ, le réseau était une pyramide (avec lhôpital au sommet). Or, le réseau doit se concevoir sur la base de légalité des partenaires.
Élan Social :
Quoiquil en soit, ce rapport a désormais acté quil y avait des dépenses certes présumées incompressibles, à concurrence de 3,5%, mais quen tout cas le reste peut faire lobjet dune approche maîtrisée.
Alain Coulomb :
Que risque-t-on de toute façon ? On a essayé plusieurs dispositifs qui nont jamais empêché que lONDAM soit dépassé. Il faut laffirmation dune politique claire, stable, fondée sur des engagements dits, non aberrants. Il existe une forte appétence des Français, des professionnels. La seule approche acceptable, cest celle qui est acceptée par les usagers, les professionnels et les payeurs, sinon, on joue perdant-perdant.
Ce fil rouge, cest la qualité : accroître lefficience du système peut être lobjectif commun.
Élan Social :
Cest sans doute vrai, sauf que le rapport naborde pas le problème de la structure du système de soins. Nous sommes le seul pays au monde qui offre 50% de spécialistes en libre accès, sans parler des régions où ils sont en surnombre. Des professionnels quon laisse dans une telle situation seront-ils vertueux ou rationnels ? Comment privilégier la qualité quand on n'a pas dautre ressource que de faire du chiffre pour survivre ?
Alain Coulomb :
Le groupe navait pas pour mission de réguler le système de soins, mais, je le rappelle, de médicaliser lONDAM et de le rendre crédible. Lobjectif du rapport était bien de faire accepter des idées par les différents acteurs. Sur ce plan, cest un succès. Il ne recherchait pas linnovation.
Le reste relève de la légitimité des acteurs en place. Jobserve à ce propos que la CNAMTS semble enfermée dans un piège stratégique avec les médecins. Il me semble que laccord du 10 janvier aurait pu être plus riche de propositions.
Élan Social :
Au-delà des rapports et des problèmes de fonds, il semble quil y a un " un effet de leffet dannonce " qui est largement sous-estimé. Quand on avait lancé les Références médicales opposables par exemple, la progression des dépenses avait immédiatement été freinée. Puis la campagne présidentielle, forte de promesses généreuses, avait tout de suite entraînée une inflation des dépenses. Quand un homme politique ou un ministre annonce que " lévolution des dépenses est légitime ", on peut sattendre à une explosion des dépenses dans les mois qui suivent, ce qui pose dailleurs le problème de la responsabilité de leurs propos. Cela ne relativise-t-il pas un peu les effets des rapports et des mesures de fonds ?
Alain Coulomb :
Les effets dannonce politiques nont quun effet économique limité dans le temps. Un plan de redressement a un effet de 9 mois. Ce dont nous avons besoin aujourdhui, cest dun cap pour conforter le climat de confiance. La manière dont est élaboré lONDAM nest pas indépendante de lacceptabilité : il faut organiser un minimum de communication et dexplication.
"Lobjectif du rapport nétait pas daller jusquà réaliser une construction administrative, ce qui est une dérive un peu utopique typiquement française. C'est le syndrome de la construction esthétique !"
Le rapport Coulomb
Les points forts
Le rapport délimite deux types de dépenses de santé : celles qui relèvent dune dérive " structurelle ", et quon est donc quasiment obligé de subir. Elles concernent lévolution démographique, le vieillissement de la population et le progrès technologique. Ces trois causes expliqueraient une évolution incompressible de 3 à 3,5% des dépenses. Lautre part peut faire lobjet dune approche plus volontariste, basée sur la maîtrise médicalisée, et fondée sur une approche de qualité et defficience du système de soins.
Pour la première fois, on a donc une définition des champs d'action sur lesquels on pourrait ou pas intervenir, et cela au plus haut niveau, puisqu'il s'agit de donner du sens à l'ONDAM. On sort des fantasmes pour une approche objective, médicalisée et dépassionnée de la mesure budgétaire.
Les limites
Les dérives présentées comme " structurelles " ne le sont pas toujours, et leur poids respectif pourrait être discuté (mais on a au moins une base). Le progrès technique notamment, devrait générer aussi des gains de productivité et des baisses de coût, mais labsence de concurrence pérennise des rentes de situation de procédés obsolètes, qui freinent le financement du progrès.
Cest malgré tout une grande avancée : les causes de nos déficits, présentés par les professionnels de santé et parfois par les politiques (surtout en période électorale) comme étant incontournables sont désormais identifiées et quantifiées. On ne peut plus dire " il suffit daugmenter les recettes, car la dérive des dépenses serait consécutive au vieillissement et au progrès de la médecine ".
Les interrogations : qui sont les héroïques dindos de la farce ?
Sagissant des autres causes et de leurs solutions, le rapport ne cherche pas à innover, et se veut consensuel. Sont notamment privilégiés une meilleure coordination des soins, une plus grande responsabilisation des acteurs, les ACBUS (accords de bon usage des soins) et autres contrats de santé publique à la nouvelle mode conventionnelle, le suivi des grands consommants et des grandes pathologies, la mise en uvre des RPC (recommandations pour la pratique clinique)
Mais faute de sattaquer aux problèmes de lorganisation du système de soins, qui se résume actuellement à favoriser le laisser-faire, toutes les solutions préconisées se heurtent à dautres obstacles structurels qui ne permettent pas toujours de privilégier la qualité et lefficience comme outils dune maîtrise, même médicalisée. Les solutions proposées dans le rapport sont déjà, pour certains dentre eux, mis en uvre par les URCAM et les Services médicaux de lAssurance maladie, avec les résultats que l'on sait : nous avons un des plus beaux déficits de l'histoire.
Dans l'organisation actuelle, les médecins vertueux et les assurés qui font preuve de civisme sont les "héroïques dindons de la farce".
La question est de savoir s'il y a une cause déterminante des dérives, éventuellement aggravée par des facteurs d'amplification, ou si elle est, comme on dit, "multifactorielle", ce qui est la conceptualisation à la mode d'une sorte de renoncement à l'action. |