Le régime
spécial de la RATP:
Une nouvelle ligne
Reportage François Coullet et Lise Nouri
Louverture de la ligne 15
du métro parisien nest pas pour demain matin. En revanche, le régime spécial de
la RATP, lui, change sa ligne de services. Non seulement, les fortes évolutions qui
affectent le régime général ne manqueront pas dimpacter léquilibre
financier des régimes spéciaux, mais aussi, lorganisation du régime de la RATP va
prochainement sadapter aux nouvelles exigences de la relation de service.
Lessentiel du staff du régime, qui ressemble plus au premier abord à un service de
la RATP quà un véritable régime, nous a reçus dans ses locaux de la rue
Championnet situés à côté des ateliers de la RATP. Laccueil fut cordial,
dautant plus quElan Social y est lu avec intérêt, et quici on a peu
lhabitude de recevoir du monde venant sintéresser aux activités du régime.
Seule la question de léventualité de lévolution du régime des retraites de
la RATP a causé un certain malaise, et, de ce fait recueilli le silence
Le régime spécial de la RATP couvre tous
les risques de la protection sociale : maladie, chômage, accidents du travail,
famille, retraite.
On le sait, le régime offre à ses
ressortissants, cest-à-dire les salariés de la régie (à 85 % des personnels
dexploitation) des prestations retraites très avantageuses, et la récente réforme
des retraites ny a pas touché. Seulement, il nest pas certain que
léventualité de déséquilibres financiers ou celle dune évolution de
statut de la RATP permette de garantir à terme le statu quo. Lâge de la retraite y
est en principe fixé à 60 ans, après 30 années de cotisations. Mais les conducteurs et
les agents de maintenance, qui constituent donc lécrasante majorité du personnel,
bénéficient dun âge de départ à la retraite de 50 ans pour les premiers et de
55 ans pour les seconds, après 25 ans de cotisations. Le taux de la pension
sapplique au salaire perçu pour lemploi occupé durant les 6 derniers mois de
lactivité. Ainsi, 25 annuités représenteront 50 % de ce salaire, et 37,5
annuités (en principe le nombre maximal, porté à 40 dans certains cas), 75 %. Les 48
000 pensions sont versées par le même service qui gère lassurance chômage, et
qui a été le premier du régime à être certifié ISO 9001. Tous les autres y passeront
dans une logique de qualité de service. Il faut enfin noter que le service des pensions
utilise un système informatique de production propre, renouvelé récemment, alors que
lassurance maladie et davantage encore la branche famille utilisent les systèmes du
régime général.
En matière dassurance maladie, le
régime offre en principe les mêmes prestations que le régime général, y compris sous
la forme de la carte VITALE. Ce quon sait moins, cest que, pour les patients
qui vont se faire soigner dans lun des 20 centres médicaux de la RATP (des sortes
de dispensaires) ou auprès dun des 1200 médecins agréés, le ticket modérateur
est intégralement pris en charge par lemployeur, cest-à-dire par la RATP.
Dans ces cas, largement majoritaires on sen doute, les soins sont donc gratuits. Et
lorsque des soins sont prescrits par un centre médical à lextérieur de la RATP
car il nest pas en mesure de les dispenser lui-même, là encore, leur coût est
totalement nul pour le patient. Ce système très avantageux est aussi un gage de
modération de lévolution des dépenses. Si, en raison de cette gratuité des
soins, le niveau moyen de dépenses médicales par patient est supérieur à celui
constaté pour les ressortissants du régime général, en revanche lévolution des
dépenses est constamment inférieure à lONDAM. Il faut dire que le régime dispose
de moyens de pression réels sur les médecins des centres médicaux et les médecins
agréés, auprès desquels il exerce un véritable contrôle des actes, ainsi quune
sensibilisation aux bonnes pratiques.
Les autres risques sont couverts dans les
mêmes conditions que celles du régime général, sauf pour les allocations familiales,
où lAFEAMA et lAGED ne sont pas servies. Mais la PAJE sera proposée par le
régime, ce qui atténuera fortement ce désavantage par rapport au régime général. Il
faut quand même savoir que si le conjoint du ressortissant ne travaille pas à la RATP,
le couple a le choix dopter pour la CAF plutôt que pour le régime spécial, ce que
font 11 000 des 18 500 allocataires potentiels. Le système des prestations familiales est
géré par CRISTAL. Par ailleurs, un complément familial de salaire est versé par
lemployeur, et des financements sont prévus pour les crèches accueillant des
enfants dagents de la RATP.
On le constate, le régime est très
avantageux en soi, mais, concernant la maladie surtout, bénéficie dun soutien
réel de la maison mère. Cela pourra-t-il durer éternellement ? Le mutisme des
responsables du régime et de la régie sur le sujet peut donner lieu à toutes les
spéculations, y compris celles dune éventuelle privatisation de lentreprise
publique.
Si ce que nous avons visité ressemble plus
à un service de la RATP quà un organisme en tant que tel, nous avons à faire
quand même à une seule structure, et ce, grâce à Christian Blanc qui est arrivé à la
tête de la RATP au début des années 90. Les risques gérés par lentreprise
étaient alors séparés dans différents départements (les AT au département juridique
par exemple). Un regroupement organique a donné naissance à lUnité Protection
Sociale ou " PROS ", suivi le 1er juin 1997 par un
regroupement géographique, rue Championnet. Néanmoins, lorganisation de
lensemble nest pas forcément très simple, et, en tout état de cause est en
pleine évolution, notamment dans le domaine de lassurance maladie-accidents du
travail-maladies professionnelles (voir encadré).
Au sein de PROS, la caisse de coordination
sociale assure aux ayants droits des agents en activité, aux retraités et à leurs
ayants droits, le service des prestations en nature des assurances maladie, maternité et
invalidité dans les mêmes conditions et aux mêmes taux que pour le régime général.
La CCAS dispose dun Conseil dAdministration composé paritairement, avec 10
représentants des assurés et 10 représentant de lemployeur, cest-à-dire la
RATP ; de toute façon, on reste en famille. Quant aux risques des actifs, ils sont
directement gérés par PROS, avec un service par risque. En réalité, ce régime est
totalement rattaché à la RATP.
En raison de cette nature un peu
particulière et de lhistoire, les syndicats jouent un rôle particulier à
lintérieur de la RATP. Aucun changement ne peut se faire sans de longues
discussions avec eux.
Cette imbrication organique du régime au
sein de lentreprise ne se retrouve que très partiellement dans le financement des
risques. Déjà, les comptes globaux du régime spécial distinguent les activités de
transporteur de la régie et ses obligations dassureur social.
Chaque risque fait lobjet dun
financement particulier. Les AT et les indemnités de chômage sont totalement financés
par la RATP employeur sur la base dun taux appliqué à la masse salariale. Le
régime finance le risque retraite (15,34 % de part patronale, 7,85 % de part salariale)
et est débiteur dans le mécanisme de compensation démographique entre régimes. Les
prestations familiales et lassurance maladie sont financées par les cotisations par
lintermédiaire de la CNAF et de la CNAMTS. Il faut quand même noter que la RATP
prend en charge les spécificités du régime. Seul le risque vieillesse est déficitaire.
Nous avons donc un régime
" maison " qui assure à ses ressortissants une couverture sociale
très avantageuse, sans que cela se traduise par des déficits abyssaux ou une mauvaise
qualité des soins, bien au contraire. Et la qualité de service est la priorité des
réorganisations, avec certification à la clé, et consensus social.
La réorganisation de la
gestion des risques santé, AT et maladies professionnelles
A partir du 1er janvier
2004, sous réserve dapprobation par décret, le service des assurances sociales
santé de la RATP sera unifié, sous la responsabilité dun conseil
dadministration. Il regroupera tous les risques gérés par une CPAM, pour le
bénéfice des actifs, des retraités, et de leurs ayants droits. Cette simplification,
décidée conjointement par la direction et les syndicats (car rien ne se fait sans eux à
la RATP), vise à supprimer les aberrations dun système devenu si complexe que les
agents peuvent se retrouver sans couverture de soins sils manquent une étape du
parcours du combattant, par exemple si le bon formulaire demandé pour bénéficier du
tiers payant nest pas reconnu par la pharmacie
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