Numéro 55
Interview
Rolande Ruellan

Rapport sur le rôle de l'État et des partenaires sociaux dans la gestion de l'assurance maladie:
Le rapport de toutes les frustrations

 

Rolande Ruellan, conseiller maître à la Cour des Comptes, connaît bien notre Institution, puisqu'elle y a exercé des responsabilités de haut niveau : Elle a été en effet Directrice de la CNAVTS, mais aussi Directrice de la Sécurité sociale au Ministère. Elan social l'a interviewée à chacune de ces occasions.

Elle est réputée pour être une gestionnaire rigoureuse, qui n'est pas toujours d'accord avec les rituels de ce qu'elle appelle "la comédie sociale" , à laquelle les hommes seraient plus enclins. Il est vrai que le code d'honneur des hommes est parfois différent de celui des femmes, ce qui dans un monde du travail encore dominé par les premiers, est parfois source d'incompréhension.

Elle a été chargée du difficile rapport portant sur la gouvernance de la Sécurité sociale. Le Ministre a du être aussi frustré que tout le monde en découvrant les propos des membres du groupe, puisqu'il déclaré aux JAM "qu'il ne pouvait accepter le constat du rapport - son auteur n'étant évidemment pas en cause - selon lequel notre assurance maladie n'est malade que de l'Etat."

Nous avons voulu en savoir un peu plus sur les travaux de ce groupe, que Mme Ruellan a essayé de faire s'exprimer pendant les deux mois rallongés de quinze jours, et trois séances plus une, qui lui avaient été impartis.


Rolande Ruellan, une experte de la Sécurité sociale

Interview : Gérard Arcéga  , François Coullet, Isabelle Lustig.

Élan Social :
Quels étaient les acteurs présents dans le groupe qui a travaillé sur le rôle de l'Etat et des partenaires sociaux ?

Rolande Ruellan :
Ce rapport est le résultat des travaux d’un groupe constitué des membres volontaires de la commission des comptes de la Sécurité Sociale. Il y avait notamment des représentants des caisses nationales d’assurance maladie, M. Spaeth pour la CNAMTS, Madame Gros pour la MSA, M. Quevillon pour la CANAM, les partenaires sociaux et le Medef, des représentants des médecins ( MG France, CNPS), des représentants de la Mutualité, des personnes qualifiées. Le fait de choisir les membres exclusivement au sein de la commission des comptes de la Sécurité sociale a permis de se trouver en présence de personnalités connaissant le sujet, mais a privé la réflexion de sang neuf.

Le groupe a eu peu de temps pour travailler : il s’est réuni 4 fois, le ministre souhaitant disposer du rapport en décembre.

Le but du rapport était de faire, à partir d’un constat partagé, un état des lieux sur les relations Etat-Assurance maladie. Les participants, tout en appréciant l’initiative du ministre, ont émis des doutes sur le caractère prioritaire du sujet, par rapport à la dégradation de la situation financière du régime général.

A partir d’un canevas de discussion que j’ai établi, les participants ont répondu aux questions suivantes :

  • Quel lien entre l’assurance maladie et la santé ? Peut-on encore les traiter séparément ?
  • Quels sont les acteurs légitimes ?
  • Quelle appréciation peut-on faire de la répartition des tâches ?
  • Quel avenir pour la régionalisation ?

Élan Social :
Que pensez-vous des conclusions du rapport de M. Coulomb qui cible environ 3 % d’évolution incompressible dans les dépenses de santé ?

Rolande Ruellan :
Il y a sans aucun doute une croissance naturelle des dépenses de santé due au progrès médical, au vieillissement de la population, à l’effet de génération. Quant à savoir si c’est 3 % ou plus ou moins, ce n’est pas, selon moi, la manière d’aborder le problème. Car cela donne le sentiment qu’on baisse les bras. Surtout, ce n’est pas opérationnel.

La vraie question réside dans les comportements des patients et des professionnels de santé qui ne peuvent ignorer que à trop tirer sur la corde elle finit par casser.

Élan Social :
Dans les Conseils d'administration locaux, les administrateurs ont plusieurs rôles : ils sont des juges de paix dans les CRA, des gestionnaires pour les budgets de fonctionnement, des négociateurs avec les professionnels de santé dans les Commissions paritaires, des représentants des usagers depuis les Ordonnances. Ce rôle des administrateurs n'a pas été abordé par les membres du groupe, qui semblent limiter la gestion de l'Assurance maladie au boulevard périphérique de Paris.

Rolande Ruellan :
Le rapport ne portait pas sur les relations avec les partenaires sociaux, au niveau local. Tous les membres de la commission relevaient du niveau national et non local. La réflexion a porté initialement sur la définition des concepts Etat et Assurance maladie. L’assurance maladie se définit par des droits, des devoirs, une organisation, un mode de gestion et de financement, un mode de pilotage par des conseils d’administration composés essentiellement de partenaires sociaux. Les participants, s’ils ont insisté sur la spécificité de la branche maladie par rapport aux autres branches, n’ont pas souhaité débattre sur l’organisation même de la branche. La question à laquelle devait répondre ce rapport était bien de dresser l’état des lieux sur les relations Etat-Assurance Maladie.

Élan Social :
Un des points forts du Plan Juppé était la réforme de la désignation des directeurs, à laquelle les administrateurs participent encore. Le sujet avait en son temps, cristallisé une forte opposition. Le groupe de travail n'a pas non plus abordé ce sujet?

Rolande Ruellan :
Le débat n’ayant donc pas porté sur le niveau local, ce problème n’a pas été abordé. Par contre, la désignation des directeurs des caisses nationales du régime général par l’Etat a été contestée par certains participants. Peut-être parce qu’ils sont considérés de ce fait comme trop indépendants des conseils.

Élan Social :
Dans les faits, il le sont aussi par rapport à l’Etat, plus exactement par rapport au Ministère des affaires sociales. Ils le sont plus ou moins selon leur personnalité d’ailleurs, ce qui fait des Caisses nationales un Objet juridique dont la légitimité est plus ou moins bien identifiée, notamment par les professionnels de santé.

Rolande Ruellan :
La légitimité des caisses nationales n’est pas liée à leur statut d’établissement public ou privé. La focalisation sur le mode de désignation du directeur me paraît sans portée autre que symbolique.

Élan Social :
En tout cas, ni la désignation des équipes dirigeantes des caisses, ni la gestion de leur carrière n'a été abordée par le groupe, alors que cette gestion peut-être différente selon qu'on dépend d'un organisme paritaire ou de l'Etat, par exemple sur le plan de la mobilité obligatoire.

Rolande Ruellan :
Ce n’était vraiment pas dans le mandat du groupe ! Si l’on doit évoquer cette question, il faut reconnaître que la réforme de 1996 qui a créé le comité des carrières a permis d’accroître la mobilité des directeurs, en plus de l’objectif de recherche du meilleur profil pour une caisse donnée.

Élan Social :
C'est peut-être une idée reçue. Les directeurs de CPAM qui voient défiler les directeurs de DDASS à grande vitesse constatent pour leur part qu'on ne peut rien entreprendre sans la durée. Toujours sur le plan de la gestion, peut-on envisager un retour du MEDEF ?

Rolande Ruellan :
Ce ne sont pas les directeurs de DDASS qui bougent autant mais les inspecteurs. Et ce sont les inspecteurs des DRASS, les DDASS ne s’occupant pas de sécurité sociale. Quant aux perspectives de retour du MEDEF, je ne suis pas habilitée à en parler, ne sachant rien. La question n’a pas été abordée en tant que telle et le MEDEF a participé activement au groupe.

Les syndicats semblent redouter très fortement le non retour du Medef, qui déboucherait, selon eux, sur une étatisation croissante de la gestion de la sécurité sociale.

Élan Social :
La Mutualité siège dans les conseils d'administration des caisses. C'est ainsi qu'un directeur de mutuelle peut se retrouver dans la position de participer à des procédures disciplinaires à l'encontre d'un directeur de CPAM. A ma connaissance, nous ne sommes pas autorisés à gérer - es qualité - dans les Conseils des organismes complémentaires. Au demeurant, toute la mutualité n'est pas représentée, sans parler du CTIP et de la FFSA, surtout depuis que le MEDEF est parti. Quelle doit être la place de la Mutualité dans l'organisation de la branche maladie ?

Rolande Ruellan :
Nous n'avions pas pour mission d'aborder le sujet de la composition des conseils. Pendant les travaux en tout cas, la mutualité a participé de façon constructive aux débats même si la légitimité de sa place dans les Conseils d’administration est posée par les autres partenaires.

Élan Social :
On nous parle d'inclure des associations de malades au sein des conseils d'administration. Mais ces derniers ne représentent qu'une toute petite partie des cotisants et des assurés. De surcroît, hors de toute élection, quelle serait la sanction de leur gestion?

Rolande Ruellan :
La loi sur la démocratie sanitaire prévoit de leur accorder une place non pas dans les Conseils d’administration des Caisses, mais dans les Conseils régionaux de santé. Mais à ce jour, aucune mesure concrète n’a été arrêtée et la loi est en cours de modification.

Pour le groupe, l'Etat ne peut déléguer des compétences qu'à des caisses, établissements privés, dont les conseils sont essentiellement sinon exclusivement composés de partenaires sociaux, lesquels, selon la CFDT, représentent la société civile. Les partenaires sociaux redoutent beaucoup l'arrivée du monde associatif au sein des instances de gestion. Pour le MEDEF, toutefois, la légitimité des partenaires sociaux est différente selon les branches.

Enfin le débat sur l'échelon le plus approprié pour gérer la politique de santé et d'assurance maladie, c'est à dire la région, a montré la difficulté de passer de l'analyse objective des problèmes et des besoins à la formulation de solutions appropriées.

Élan Social :
En matière de gestion du risque, comment partager le rôle des administateurs, et celui des élus locaux? Ne pourrait-on penser que les élus seraient plus rigoureux qu'ils ne le sont aujourd'hui dans la gestion des hôpitaux s'ils étaient financés par les impôts locaux et non par les CPAM par exemple? Il y aurait de plus une sanction électorale à la clé.

Rolande Ruellan :
A ce jour, les élus siègent dans les conseils d'administration des hôpitaux de leur commune. En 1996, la réforme Juppé souhaitait supprimer cette prérogative, mais qui mettre à leur place ? Si aujourd’hui les maires ne sont plus obligatoirement personnellement président du conseil d'administration de l'hôpital, ils restent les mieux placés pour représenter l'intérêt général. Mais il ne faut pas s'illusionner sur la gestion par les élus. Ils défendent l’emploi dans leur collectivité alors que l’hôpital est financé par l’assurance maladie. Mais il est difficile d’imaginer un financement par les impôts locaux pour des dépenses obligatoires de nature sociale : il faut de toute façon une telle péréquation des ressources pour assurer l’égalité de traitement sur le territoire que la solution la plus simple reste une ressource nationale. Par contre, sa répartition pourrait obéir à des règles tenant compte de la population, de l’épidémiologie etc alors qu’actuellement on finance des structures et non des besoins. Cette remarque faite par le groupe a débouché sur le constat qu’on ne sait pas encore définir des budgets régionaux de santé.

Mais la maîtrise des dépense, la question du retour à l'équilibre des comptes ne relevaient pas du mandat du groupe. Celui-ci s’est cependant entendu pour considérer que transférer au niveau régional ce qu’on ne sait pas faire au niveau national ne présenterait aucun intérêt.

Élan Social :
L'influence des partenaires sociaux comporte le risque d'ingérence dans la gestion interne. A l'inverse, celle par l'Etat implique plutôt des difficultés pour résister aux pressions politiques. Les deux entités sont donc utiles, l'une permettant de limiter les risques de dérive de l'autre. Mais qui doit gérer, et qui doit surveiller la gestion?

Rolande Ruellan :
Le directeur a actuellement des pouvoirs propres importants. La présence d’un conseil d’administration est utile, elle oblige à rendre des comptes, à s’expliquer. L’Etat ne doit pas gérer, c’est un fait. Quelle place alors pour les partenaires sociaux ? Gestionnaires ou représentants de l’intérêt général ? Sont-ils les seuls à être légitimes ? Alors qu’ils revendiquent une légitimité exclusive ?Quelle place pour les personnes qualifiées ? L'ensemble de ces questions n'a pas reçu toutes les réponses attendues.

Élan Social :
Faut-il créer une 5éme branche ?

Rolande Ruellan :
La dépendance coûte de plus en plus cher à la société. Faut-il alors en faire une branche de la sécurité sociale? C’est le cas en Allemagne qui en a fait un prolongement de l’assurance maladie.

En France, l’APA est une prestation d’aide sociale, décentralisée qui pour autant ne laisse que peu d’autonomie aux Conseils Généraux dans sa définition et son montant.

Le problème n’est pas de créer une 5ème branche ou pas, c’est de trouver l’argent et surtout de mettre à disposition des personnes et des familles les services adaptés à leurs difficultés.

Élan Social :
Quel commentaires pouvez-vous faire sur la situation actuelle, quelques mois après la publication de votre rapport?

Rolande Ruellan :
Les pouvoirs publics ont décidé au début de l’été de différer d’un an la réforme de l’assurance maladie. Depuis un an, la situation financière s’est pourtant considérablement dégradée, ce qui exigerait de prendre, non seulement des mesures structurelles de moyen et long terme, mais aussi des mesures immédiates pour éviter le report de nos déficits sur les générations futures.

Le rapport de la Cour des Comptes sorti le 18 septembre critique sévèrement les dérapages des comptes de la sécurité sociale, dus, certes à la mauvaise conjoncture économique, mais surtout t à des décisions politiques telles que l’augmentation des honoraires des médecins ou les rallonges budgétaires aux hôpitaux, ainsi qu’à la progression en volume des prescriptions.

Rapport sur le rôle de l'État et des partenaires sociaux dans la gestion de l'assurance maladie:
Le rapport de toutes les frustrations

Le rapport sur le partage des rôles entre l’Etat et les partenaires sociaux dans la gestion de l’Assurance maladie restera le rapport de toutes les frustrations, et ce n’est pas Rollande Ruellan, qui a tenté pendant plusieurs séances de faire s’exprimer les membres du groupe de travail sur ce sujet qui nous démentira. Ce n’est pas non plus M. Mattei, Ministre de la santé, qui a fait remarquer au Journées de l’Assurance maladie qu’on ne pouvait se contenter de dire que la sécurité sociale ne souffrirait d’abord que de trop d’Etat, qui le contestera.

Observons d’abord qu’il n’y a eu d’interrogation dans ce domaine qu’au sujet de l’Assurance maladie, les autres branches ou régimes semblant avoir été épargnés par l’état d’âme en question. Cette approche pose question ; après tout, la légitimité des administrateurs avait, en son temps, suscité beaucoup d’inquiétude dans la branche famille, dès lors qu’on parlait de fiscaliser la cotisation allocation familiale, dans un domaine qui est censé plus relever de la politique de l’Etat que du rôle des partenaires sociaux. Par ailleurs, dans les autres régimes (représentés dans le groupe de travail), nombreux sont les administrateurs qui gèrent l’assurance maladie de leurs ressortissants sans que cela ne semble poser de question à quiconque. Serait-ce que la légitimité des intéressés ressort plus de leur mode de désignation ou d’élection que du sujet abordé, ou que le paritarisme, quand il existe encore réellement, suffit à donner aux instances concernées la bénédiction délégataire ? A moins que la taille du Régime général n’explique que lui seul fût concerné par le sujet ?

Autre question existencielle sur laquelle le rapport laisse planer un angoissant silence, celui de l’étendue de ce qu’il est convenu d’appeler une " délégation " : l’Etat gérait déjà l’hôpital, les établissements médico-sociaux, et il a lancé une OPA plus ou moins amicale sur le secteur ambulatoire en s’emparant du secteur des prescriptions. Les " Dépenses déléguées " à l’Assurance maladie se réduisent comme une peau de chagrin au seul secteur des honoraires, ce qui est d’ailleurs de plus en plus contesté par les professionnels de santé, ou plus précisément par les médecins. Le sujet va-t-il s’épuiser faute de matière ? Là encore, le groupe de travail n’a pas ouvertement affronté cet intéressant sujet.

Enfin, le groupe de travail, confiné dans un parisianisme de bon aloi, a laissé de grandes interrogations en suspend en abordant absolument pas le sujet de la gestion des organismes locaux ou régionaux. Rien ou presque n’a été dit sur rôle des URCAM, organismes inter-régimes chargés de gérer le risque nous dit-on. Silence complet sur celui des caisses locales, qui mettent en œuvre le service auprès des assurés. Certes, les personnalités d’envergure nationale, enfermés dans la théâtralité des négociations nationales, ont un rôle non négligeable dans la signature de conventions médicales, dont l’absence, quand on en n’a pas signé, ne semble malgré tout poser problème à personne. Mais tout de même, on a un peu l’impression qu’on a joué entre soi au petit jeu du cénacle parisien coupé des réalités de terrain.

Or, le rôle des administrateurs ne se limite pas à faire les intéressants sur les tréteaux parisiens des négociations nationales et nocturnes. Ils sont aussi des juges de paix dans les Commissions de recours amiable, ils représentent les usagers qu’ils sont censés rencontrer au moins une fois par an dans des séances publiques, ils votent un plan de gestion du risque chaque année, ils participent à la désignation des équipes de direction, et ils sont encore sollicités sur les budgets. Ils jouent un rôle non négligeable en matière d’action sanitaire et sociale, et participent à une multitude d’instances départementales ou régionales. Mais tout cela ne semble guère intéresser nos représentants nationaux.

Autre aspect qui n’a pas du tout été abordé, celui de la légitimité à gérer deux types de prestations très différentes, les prestations en espèces, qui sont un salaire de remplacement lié à versement de cotisation, et dont la gestion, dans tous les pays, relève naturellement des partenaires sociaux, et celui des prestations en nature, dont la gestion, ailleurs, relève souvent des élus, qu’ils soient ceux de l’Etat ou des collectivités locales. A vrai dire, dans ce cas de figure d’ailleurs, les élus ne versent pas des prestations en nature, mais gèrent une offre de soins. Quoiqu’il en soit, ce partage est bien celui voulu par le MEDEF, qui a quitté l’Assurance maladie certes, mais pour revendiquer plus haut et plus fort la gestion paritaire de la branche accident du travail, comme celle du chômage, c'est à dire des prestations en espèces.

Ce grand silence sur la gestion des prestations est d’autant plus regrettable qu’il y beaucoup à dire sur les prestations en espèces : d’un côté les arrêts de travail augmentent en flèche. D’un autre côté, on ne parvient pas à verser cet indispensable salaire de substitution avant une trentaine de jours après la demande, tant les règles sont complexes, et parce que les entreprises n’envoient les pièces justificatives qu’au moment où elles gèrent le paiement des salaires. Enfin, on retiendra que notre système de protection sociale – ci-devant " meilleur système du monde " - ne verse à un Smicard en arrêt de travail qu’une moitié de son salaire (quand il n’y a pas de subrogation de l’employeur), ce qui évidemment en fait un précaire immédiat. A titre de comparaison, les employeurs allemands maintiennent un plein salaire pendant trois mois. Explosion des dépenses d’IJ, versement de la première indemnité au bout d’un mois, précarisation immédiate des salariés malades qui ne font pas partie des privilégiés " à employeur subrogé " : les sujets d’inquiétude ne manquent pas, et pendant ce temps là, on s’interroge gravement sur la répartition des pouvoirs entre l’Etat et les partenaires sociaux.

Ce groupe de travail aurait pu se saisir de nombreux problèmes, et aborder des sujets de fonds, même au delà de la commande. Les inquiétudes et les frilosités inhérentes à des groupes qui réunissent des permanents spécialistes d'un sujet, qui savent être constructifs et même parfois courageux quand on leur demande de négocier, mais deviennent évidement très prudents dans un autre contexte, ont plombé le débat. Mme Rollande Ruellan n’a même pas pu obtenir un vrai débat sur le thème de la régionalisation, qui a pourtant été proposé à la réflexion des intéressés.

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