Numéro 56
Dossier
Spécial Chine

 

Le pays de l’éternité a de l’avenir…
… sa protection sociale aussi

par Gérard Gilmant

Gérard GILMANT.JPG (319648 octets)Etonnante Chine ! ! !

Sur le fumier d’un communisme en état évident de décomposition, les fleurs du capitalisme s’épanouissent à la faveur d’une mondialisation des échanges et de la production. Bien que ne représentant que 4 % du PIB mondial, la Chine contribue déjà pour 17,5 % à la croissance mondiale.

Elle qui a inventé le système inédit de l’économie socialiste de marché, avale les étapes de la croissance au rythme de 8 à 10 % par an et occupe dès maintenant le sixième rang des puissances commerciales du monde.

Elle pourrait dépasser les Etats-Unis dans moins de cinquante ans, à condition de ne pas imploser d’ici là sous les multiples tensions qui la guettent. Mais grâce à un regain de nationalisme " éclairé " qui permet au parti communiste de se donner une nouvelle sinon ultime légitimité et surtout, forte d’une armée fière et sûre d’elle même, elle a les moyens de se faire respecter au moins autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. (L’armée populaire de libération est forte de 3 millions d’hommes. Son chef n’est autre que Jiang Zemin, ancien secrétaire général du parti communiste).

Laborieuse Chine…

avec ses grandes villes qui n’ont plus rien à envier aux grandes cités nord américaines - sinon la pollution en moins - qui constituent autant de réserves de main d’œuvre abondante et de mieux en mieux qualifiée (400.000 ingénieurs et chercheurs sortent chaque année des Universités), la Chine s’impose comme un des pays " ateliers du monde ".

Elle a attiré en 2002 près de 48 milliards d’euros d’investissements directs étrangers , soit plus que les Etats-Unis.

Près de 60 % des investissements émanent de Hong-Kong et Taiwan qui délocalisent sur le continent leurs productions à forte intensité de main d’œuvre, y compris sur les produits technologiques en vue de la réexportation des produits, notamment sur le marché américain et européen.

La compression des coûts, notamment ceux des salaires est une motivation première pour les industriels mais l’avantage comparatif du coût de la main d’œuvre qui explique en grande partie le miracle chinois ne durera pas éternellement.

Déjà à Shanghaï les salaires flambent dans les postes les plus qualifiés. Alors que la municipalité impose des prélèvements obligatoires de plus de 40 % sur les salaires, la question du prix du travail commence à se poser avec acuité même si l’abondance de l’armée de réserve des travailleurs migrants issus des campagnes offre aux Pouvoirs publics une marge de manœuvre qui n’est pas près de s’estomper à court et même à moyen terme.

De fait, même si le débat très controversé de la mondialisation, aux Etats-Unis et surtout en Europe dont la France, fait redouter les délocalisations d’entreprises vers la Chine, ce ne sont pas encore les entreprises du monde occidental qui investissent le plus sur le continent chinois. Celles qui le font développent généralement des productions à faible valeur ajoutée, et viennent de fait y rechercher des coûts de production encore faibles. Mais les autres le font plutôt avec la volonté de s’installer sur un marché très prometteur. C’est le cas des entreprises françaises (Carrefour, PSA, Auchan, Bouygues, Peugeot, Citroën, Lectra, BNP Paribas, etc…). On notera aussi que certaines entreprises chinoises commencent à investir à l’étranger (rachat de Thomson en France par la société danoise TCL qui va pouvoir écouler ses écran plats à plasma pour la plus grande satisfaction des consommateurs français et autres).

Prometteuse Chine…

… En dépit d’une histoire politique qui ne lui a pas épargné d’importantes régressions (la révolution culturelle), la Chine, pays de l’éternité se prépare sans complexe à être la première grande puissance de la planète.

Son entrée remarquée dans le club des grands pays industriels s’accompagne aussi par un développement significatif de sa protection sociale puisqu’après les fonctionnaires civils et militaires, ce sont désormais les salariés des entreprises industrielles et commerciales qui bénéficient des assurances sociales (assurance vieillesse, assurance maladie, accidents du travail et maladies professionnelles).

Certes ce n’est encore qu’environ un peu plus de 15 % de la population qui est concernée par une protection très satisfaisante, mais en valeur absolue, c’est un peu plus de 200 millions de personnes ; celles précisément qui, dans les villes, sont aujourd’hui les acteurs du boom économique que connaît le pays.

Certes les salaires ne sont pas comparables à ceux pratiqués en Europe ou aux U.S.A (100 à 200 euros par mois), mais en pouvoir d’achat local, ce ne sont pas des salaires indécents (1.000 à 2.000 Yuans). Aussi, même si le dragon effraie, il est injuste d’évoquer un insupportable dumping social à son sujet.

En effet, les fonctions assurance vieillesse, assurance maladie, accidents du travail et maladies professionnelles mobilisent déjà environ 40 points de cotisations c’est à dire sensiblement le même taux de prélèvement que celui observé en France en 1966.

Ainsi la Chine s’engage plutôt avec détermination dans la voie de la croissance économique et du progrès social en commençant à imposer aux entreprises industrielles et commerciales et à leurs salariés, des prélèvements sociaux qui, à la hauteur de leurs moyens et possibilités, soulignent très clairement leur volonté d’accéder aux protections sociales et sanitaires dont se sont dotées les populations entières des pays riches.

Toutefois, comme on le vérifiera plus loin, les chinois ne s’embarrassent pas de débats dogmatiques dont notre pays a le secret quand il s’agit de protection sociale.

Le dispositif d’assurance vieillesse fait cohabiter un système de répartition de base et complémentaire assez classique avec un dispositif d’épargne retraite individuel obligatoire permettant au salarié de se constituer un capital durant toute sa vie active et de bénéficier, en contre partie, d’une rente mensuelle au moment de sa retraite.

Sans être exagérément généreux quant au taux de remplacement autorisé par ce dispositif multiple (50 % en moyenne), il l’est fortement quant à l’âge de la retraite puisque celle-ci est souvent obtenue entre 50 et 55 ans alors que l’espérance de vie, sans être aussi favorable qu’en Europe, est déjà en moyenne à un peu plus de 70 ans (69 ans pour les hommes, 73 ans pour les femmes) après avoir gagné aussi 7 ans dans les trois dernières décennies.

Conséquence, le taux de cotisation vieillesse prélevé auprès des salariés et de leur entreprise est déjà d’environ 28 %, c’est à dire sensiblement au même niveau de prélèvement opéré en France par le régime de base et les régimes complémentaires ; et ce taux n’empêche pas le système de retraite chinois d’être déjà en déficit.

Le dispositif d’assurance maladie fait cohabiter deux mécanismes pour la prise en charge des dépenses de santé : un mécanisme solidaire mais avec plafond de responsabilité pour les dépenses d’hospitalisation, et un mécanisme individuel d’épargne santé pour les dépenses de médecine de ville.

La protection dans le cadre de cette assurance maladie est financée par une contribution de 9 % (7 % pour l’employeur et 2 % pour le salarié). Elle apparaît satisfaisante et encore assez peu coûteuse pour ceux qui en bénéficient : environ la moitié de la population urbaine chinoise essentiellement constituée de fonctionnaires et salariés des entreprises industrielles qui vivent dans les grandes villes (35 % de la population chinoise est urbaine) où l’offre de soins, assez largement privée, est abondante. (On compte un médecin pour 600 habitants, soit autant qu’en France dans les années 70).

En revanche, dans les campagnes et dans le reste du pays, les réformes d’inspiration libérale ont des conséquences très fâcheuses sur la qualité de la santé publique. Outre que 9 % de la population soufre encore de malnutrition, près de un enfant sur cinq de moins de 5 ans connaît un retard de croissance.

Les services médicaux locaux sont désormais privés de tout financement public et forcés de devenir financièrement autonomes. Pour survivre, de nombreuses cliniques renoncent aux campagnes publiques de vaccination au profit de projets plus rentables, comme la vente de médicaments et de services à des prix élevés. Or, près de 85 % des chinois ne sont pas couverts par un dispositif d’assurance maladie et doivent supporter sur leurs seules économies la charge financière du traitement de leurs maladies. Un bon indicateur : le taux de mortalité infantile est encore au niveau de 32 pur 1.000. C’est mieux qu’il y a 30 ans (82 pour 1.000) mais c’est encore huit fois plus qu’en France (4 pour 1.000).

Ainsi que le remarque la revue " Time Asia ", la récente crise due au syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) a permis de dresser un état préoccupant des lieux.

La lutte contre des maladies infectieuses qui avaient quasiment disparu, quand il y a cinquante ans, le " grand timonier " avait déclaré la guerre aux maladies qui ravageaient les campagnes, marque le pas et on assiste au retour de certaines affections. Des fléaux comme la tuberculose ou l’hépatite B ne cessent de gagner du terrain. La Chine dispose de vaccins bon marché contre l’hépatite B depuis 1985. Mais les services de santé locaux rechignent à les distribuer gratuitement, parce que ces produits représentent une source importante de revenus. Résultat, 10 % des chinois sont porteurs de cette maladie. La Chine est le seul, parmi les 37 pays de la bordure occidentale du Pacifique, à faire payer ses citoyens pour la vaccination de routine des enfants.

Avec des fonds limités à 2,1 % du PIB pour les dépenses publiques de santé, cette dernière est désormais largement soumise aux critères de la solvabilité et de la rentabilité : La plus grande partie de ses ressources émanant désormais des dépenses privées (3,1 % du PIB) engagées notamment par les assurés sociaux (200.000) au titre de leur compte personnel et par la petite minorité qui parmi le reste de la population (1.100.000.000) a encore assez d’économies pour se soigner. On rappellera que un chinois sur cinq vit encore avec un euro voire moins par jour et que un chinois sur deux vit avec moins de deux euros par jour… mais il est heureusement vrai que la Chine n’est pas l’Afrique et que l’espoir de jours meilleurs est désormais grand et tout à fait fondé.

Quand la Chine, d’" atelier " du monde sera devenue la " grande fabrique " du monde, quand en grande majorité sa population vivra dans les villes et aura rejoint les bataillons de travailleurs protégés par les assurances sociales, le sort de la plus grande partie des Chinois devrait être plus en harmonie avec les ambitions du " grand dragon ". Ce n’est peut être plus que l’affaire d’une ou deux décennies mais en Chine comme ailleurs, la croissance durable appelle certainement une meilleure diffusion au sein de la société du progrès social et sanitaire… et sans doute pour la conforter l’avènement d’une ère permanente du " printemps " de Pékin lui permettant d’accéder au rang de grande nation démocratique.

Gérard Gilmant


Les assurances sociales en Chine

En Chine, comme en France entre les deux guerres, on préfère encore la dénomination d’assurances sociales pour désigner les trois fonctions de protection sociale actuellement développées :

  • la vieillesse,
  • la maladie,
  • les accidents du travail et les maladies professionnelles,

Sans que l’on puisse parler d’allocations familiales, le dispositif est complété par une allocation de naissance.

L’analogie ne s’arrête pas là : la population protégée est aussi très proche de celle qui était couverte en France avant 1945.

Outre les fonctionnaires civils et militaires qui ont été les premiers bénéficiaires d’un dispositif d’assurances sociales (ce qui confirme ce que l’on observe partout dans le monde là où naissent les systèmes de protection sociale), sont seulement bénéficiaires des assurances sociales en Chine, les salariés des entreprises industrielles et commerciales depuis 1986.

Les travailleurs indépendants ne sont pas couverts par un système obligatoire d’assurances sociales. Leur protection sociale relève toujours de l’initiative personnelle et fait intervenir le cas échéant les assureurs privés.

Les paysans ne sont pas non plus concernés par le dispositif général d’assurances sociales. Des modalités complexes et partielles existent toutefois pour ceux qui rejoignent les villes, et y obtiennent des petits emplois précaires.

Selon les régions, certains bureaux communaux maintiennent, avec plus ou moins de zèle, un minimum de protection sociale, notamment en matière de santé pour toute la population y compris les ruraux mais, de l’aveu même des autorités chinoises, ces dispositifs n’autorisent plus une protection adaptée aux exigences de l’époque.

Un article publié par " China Daily " le 28 novembre 2003 cite le professeur Ba, de l’Académie chinoise des sciences médicales qui, après avoir contesté le classement de l’Organisation Mondiale de la Santé qui situe la Chine au très mauvais rang de 144ème sur un peu moins de 200 pays entrant dans l’analyse, s’appuie sur les chiffres du ministère du Travail et de la sécurité sociale chinoise, pour évaluer à 15 % le nombre de chinois (soit environ un peu plus de 200 millions sur 1.300.000.000) bien protégés par un régime d’assurance maladie et bénéficiant de fait d’un accès satisfaisant aux soins.

Au fur et à mesure que se déchire le voile de la propagande, il apparaît bien que la Chine n’a jamais été cet espace où la protection sociale se serait développée dans le cadre d’une économie rurale.

Quelques dispensaires dans des structures collectives ont pu faire illusion mais ici comme dans le reste du monde, et notamment les pays développés, la protection sociale est bien la conséquence quasi mécanique d’une évolution d’une économie rurale vers une économie de type secondaire voire tertiaire, laquelle implique la reconnaissance d’un statut au salarié, et d’une urbanisation triomphante, laquelle créée les conditions d’un bon accès aux services sanitaires et sociaux.

Tant pis pour les trois quarts de la population chinoise qui sont encore des ruraux et, depuis les décollectivisations, tant pis aussi pour cette population flottante de cent millions de déracinés qui errent d’un bout à l’autre de la Chine, vivant dans les trains ou dans les gares à la recherche d’un travail journalier.

Avec l’extension rapide des villes et la constitution de réserves foncières ou d’espaces d’activités pour accueillir les usines ou les ateliers, les paysans qui vivaient près des grandes cités sur des terres fertiles sont expulsés et leurs progénitures, mal ou non formées, ne peuvent souvent occuper les fonctions intéressantes et qualifiées pourtant créées dans l’industrie et les services.

S’agissant de ces derniers, et surtout quand ceux-ci sont développés par des toutes petites entreprises, voire des entreprises familiales, il n’est pas non plus sûr que la protection sociale s’y installe de façon satisfaisante.

Comme dans beaucoup d’économies émergentes et sans doute beaucoup plus qu’en Europe au moment où cette mutation s’est réalisée (entre les deux guerres), les emplois informels sont certainement très nombreux.

Bien évidemment les statistiques officielles ne s’encombrent pas de ces considérations, mais quand on sait que le travail dissimulé est à l’origine d’une sous évaluation du PIB qui peut atteindre 15 % de sa valeur dans les pays de l’Union européenne (c’est sans doute aussi le cas de la France), on doit admettre que le PIB chinois, cependant en rapide évolution (+ 8 à 10 % par an), est aussi sensiblement sous évalué.

Sous l’angle que nous souhaitons éclairer, cela signifie que dans les nombreux chantiers qui transfigurent les cités chinoises, nombreux sont les salariés non déclarés, sans aucune protection sociale, car en Chine on en est encore au stade des assurances sociales, et le travailleur non déclaré ne bénéficie pas, comme en France, des avantages d’une protection sociale universelle qui ne fait plus le lien entre une protection et le versement d’une cotisation.

La situation des chômeurs n’est pas meilleure. (Il n’existe pas d’assurance chômage en Chine). Désastreuse dans les zones rurales où la solidarité familiale reste le seul rempart après l’effondrement des structures communautaires, elle est moins critique dans les villes où les petits boulots, y compris " au noir ", se multiplient (officiellement, le taux de chômage urbain est inférieur à 3 %).

L’assurance vieillesse

Outre les fonctionnaires civils et militaires qui ont été les premiers couverts par un dispositif particulier d’assurances sociales (ce qui confirme ce que l’on observe partout dans le monde là où naissent les systèmes de protection sociale), sont bénéficiaires des assurances sociales en Chine, les salariés des entreprises industrielles et commerciales depuis 1986.

L’assurance vieillesse est financée par des cotisations patronales et salariales :

  • cotisations employeur dans l’entreprise publique : 20 %

  • cotisations employeur dans l’entreprise privée : 17 %

  • cotisations salariales dans les deux cas : 8 %

Les sommes prélevées à ce titre sont affectées à hauteur de 6/10èmes à un régime de répartition qui, après au moins 5 ans de durée de cotisations, assure un taux de remplacement de 15 à 20 % du salaire moyen. Des majorations sont prévues (elles peuvent aussi représenter 10 à 15 % du salaire moyen) en fonction de l’ancienneté du salarié dans le régime d’assurance vieillesse, et notamment s’il a cotisé plus de 15 ans, et le cas échéant, du montant effectif de son salaire pris en compte lors du calcul de la retraite, lequel s’effectue sur un salaire moyen observé dans le bassin d’emploi.

Le solde, soit 4/10èmes, est affecté à un régime de capitalisation qui permet à chaque salarié de disposer d’un compte retraite personnel. Au moment de la liquidation de sa retraite, et pour autant qu’il a cotisé aussi à ce dispositif pendant au moins 15 ans, le salarié bénéficie d’une rente mensuelle égale à 1/120ème de la somme capitalisée dans ce compte spécial retraite. Après avoir bénéficié pendant 10 ans de ce dispositif, si l’intéressé est toujours en vie, c’est le Gouvernement qui lui sert à titre gratuit une rente du même montant.

L’âge de la retraite 

La retraite peut être obtenue en Chine dès l’âge de 60 ans pour les employés masculins et 55 ans pour les personnels féminins quand ils ont travaillé dans les bureaux.

Les salariés en usine bénéficient d’une minoration de 5 ans ramenant l’âge de la retraite à 55 ans pour les hommes et 50 ans pour les femmes.

En cas de travail réputé pénible ou dangereux, cet âge peut encore être réduit de 5 ans ce qui, dans le meilleur des cas permet aux chinois de partir en retraite à 50 ans pour les hommes ou 45 ans pour les femmes.

Dans les mêmes conditions la maladie de longue durée est à l’origine de dispositions particulières qui permettent aux intéressés d’être mis en retraite dès 50 ans pour les hommes et 45 ans pour les femmes.

Comme la durée de cotisations exigée reste très faible (après toutefois être passée de 10 à 15 ans) et que l’espérance de vie, notamment dans les villes, s’améliore sensiblement pour atteindre 69 ans pour les hommes et 73 ans pour les femmes, la fixation de tels âges de départs à la retraite conduit les autorités chinoises à constater que leur régime est déjà en déficit alors que les cotisations prélevées atteignent déjà selon les cas entre 25 à 28 % du salaire, c’est à dire pratiquement le même taux de prélèvement que celui observé en France avec des conditions d’accès à la retraite sensiblement différentes.

Par ailleurs les Pouvoirs publics doivent verser une allocation aux travailleurs salariés qui ont travaillé avant 1986 sans avoir cotisé (avantage non contributif) puisqu’aucun régime obligatoire ne s’imposait à eux ou à leurs employeurs.

Par ailleurs le compte individuel retraite que se constitue le salarié au cours de sa carrière étant épuisé, du fait du mécanisme actuel, après 10 ans, c’est aussi à l’Etat à financer les rentes au delà de cette durée.

Bonne nouvelle pour les pays développés confrontés à la crise de leur système de protection sociale, la Chine ne va pas tarder à les suivre sur ce terrain, et comme cela a été fait ailleurs et enfin en France en 2003, son gouvernement va devoir augmenter de façon significative les durées de cotisations exigées pour ouvrir droit à la retraite et sans doute, comme dans les pays de l’Europe de l’est voire de certains pays de l’Union européenne (Italie), remettre en cause les règles d’accès plus favorables reconnues aux femmes dans la mesure où, comme souvent dans le reste du monde, elles bénéficient d’une espérance de vie déjà supérieure aux hommes : en France, ce surcroît d’espérance de vie est de 7 ans ; en Chine elle est déjà de 4 ans.

L’assurance maladie

Outre les fonctionnaires civils et militaires qui ont été les premiers couverts par un dispositif d’assurance maladie, les salariés de l’industrie et du commerce et eux seuls avec les premiers bénéficient d’un dispositif d’assurance maladie.

Contrairement à la retraite, la gestion de l’assurance maladie concerne les fonctionnaires et les dits salariés.

L’assurance maladie est financée par des cotisations patronales et salariales.

  • Cotisation employeur : 7 %

  • Cotisation salariée : 2 %

Contrairement à ce qui a été observé pour la fonction vieillesse où l’effort est déjà, en terme de prélèvements, comparable à la France, les prélèvements au titre de la fonction assurance maladie sont encore en Chine inférieurs de moitié à ce qui est observé dans notre pays.

Les sommes prélevées sont affectées à hauteur d’environ 50 % à un régime qui mutualise le risque entre l’ensemble des assurés sociaux pour les frais d’hospitalisation mais dans une limite qui ne peut excéder le montant de 4 fois le salaire moyen annuel. (En France, une telle mesure reviendrait à limiter la responsabilité financière de l’assurance maladie à environ 100.000 euros en cas d’hospitalisation).

L’autre moitié, constituée d’une partie de la cotisation employeur et de la totalité de la cotisation du salarié permet à chaque assuré de se doter d’un compte spécial individuel qui lui permet de financer ses dépenses de médecine de ville dans les limites des sommes qu’il a pu épargner dans le cadre de ce compte spécial qui lui appartient. (En France, une telle mesure reviendrait à permettre à l’assuré de se constituer une cagnotte santé de 1.200 euros par an).

Dans la mesure où la femme travaille, elle s’ouvre des obligations et des droits de même nature. Dans le cas contraire, c’est au chef du foyer de supporter l’ensemble des dépenses pour son conjoint, y compris pour l’enfant, dans la mesure où la cotisation n’a pas un caractère familial comme en France.

En dépit d’une offre de soins qui, tant en équipements hospitaliers qu’en structures sanitaires de base (cliniques, cabinets médicaux, cabinets dentaires, pharmacies), apparaît dans les grandes villes d’un excellent niveau en qualité et en nombre, le chinois, même assuré social, est clairement dissuadé d’abuser des services sanitaires car c’est son compte personnel couverture santé qui est débité quand il y recourt.

Ce dispositif assez original d’assurance maladie peut être complété par des mécanismes facultatifs d’assurance maladie complémentaire.

Lorsque l’état de santé des intéressés (maladie grave ou de longue durée) peut les conduire à épuiser ce compte spécial individuel au titre de la médecine de ville, il est possible pour l’assuré de se couvrir au titre d’une assurance maladie complémentaire facultative. C’est aussi un dispositif de même type qui peut prendre en charge les frais d’hospitalisation quand l’assuré dépasse le plafond de responsabilité de l’assurance maladie hospitalisation obligatoire.

Lorsque la maladie impose au salarié d’abandonner son poste de travail, il perçoit des indemnités journalières dont le pourcentage est directement proportionnel à son ancienneté dans l’entreprise.

Les retraités salariés bénéficient de ces dispositifs de protection en cas de maladie, l’entreprise continuant à les financer, à hauteur de sa cotisation patronale.

Les risques accidents du travail et maladies professionnelles

Outre les fonctionnaires qui bénéficient d’un dispositif particulier, les salariés des entreprises industrielles et commerciales bénéficient d’une couverture en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle.

Comme en France et au demeurant dans beaucoup d’autres pays, ce risque est financé par une unique cotisation de l’employeur. Son taux est fonction de la nature de l’activité et souvent, tient compte des risques encourus dans la branche d’activité. Toutefois, l’écart entre les taux minimum et maximum est limité puisqu’il varie de 0,6 à 2 %. En France, la situation n’est pas très différente mais certains métiers donnent lieu à des taux AT très élevés (exemples : ouvrier docker maritime intermittent : 35 % ; entreprises de fabrication de produits en fibro-ciment : 62,80 %).

Les dépenses de santé engagées par un salarié victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle ainsi que le maintien partiel ou total de son salaire sont pris en charge par son employeur lequel, après vérification par le bureau de la sécurité sociale du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie, peut ultérieurement se faire rembourser les frais médicaux et d’hospitalisation par la sécurité sociale.

En cas d’invalidité, dix taux d’incapacité sont prévus. Le salarié reçoit un capital en une seule fois. Le montant dépend de la gravité de sa blessure ou de sa maladie et du pretium doloris qui va en résulter.

En cas de décès au titre d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, la sécurité sociale prend en charge des frais funéraires, verse un capital décès et propose une allocation d’orphelin à l’enfant du salarié.

Pris entre l’impératif d’employer un maximum de bras et parfois un retard technique par rapport au monde riche, le gouvernement chinois est obligé de fermer les yeux sur les risques considérables pris pour suivre le rythme de la croissance. A la fin de l’année 2003, on évalue à 16.000 le nombre de morts par accident du travail dans les usines et les mines. C’est évidemment un lourd tribut payé à la révolution industrielle mais ce n’est pas plus que le nombre de morts résultant d’un usage excessif du tabac en France pour le plus grand profit des cigarettiers et (aussi) des finances sociales (taxes sur le tabac).

L’allocation naissance

Dans un pays au sein duquel depuis 1978 les Pouvoirs publics sanctionnent les foyers en cas de naissance d’un deuxième et a fortiori d’un 3ème enfant, il n’est pas question de proposer aux familles des allocations familiales.

Des dispositifs au contraire permettent par exemple de licencier un fonctionnaire ou de condamner à de fortes amendes les salariés du privé ou les travailleurs indépendants qui ne respecte pas la règle de l’enfant unique. Ceux-ci conduisent les familles chinoises, au moins dans les villes où le contrôle social est plus efficace, à se ranger à cette politique imposée aux couples chinois par Den Xiaoping.

Toutefois, en cas de naissance, la famille bénéficie d’une aide financière forfaitaire qui est financée par l’entreprise qui verse à ce titre une cotisation égale à 0,6 % du salaire moyen.

Cette allocation prend la forme d’un petit capital puisqu’elle représente 6 mois de salaire et permet de faire face aux dépenses d’équipement et autres que génère la naissance d’un enfant, fut-il unique (en France, sur les bases du dispositif chinois, une telle mesure reviendrait à attribuer un capital à la naissance d’environ 10.000 euros).

Dans les statistiques officielles, l’impact de la politique du contrôle de la croissance de la population est manifeste. Le taux des naissances n’est plus que de 16 pour mille.

La population chinoise qui compte aujourd’hui 1.300.000.000 d’individus compterait aujourd’hui 300 millions de personnes de plus sans cette politique de l’enfant unique. De fait, avec 12.000.000 de naissances chaque année, le chiffre de 1.600.000.000 ne devrait être atteint qu’en 2050.

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