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Numéro 56
Reportage
Les risques d'une caisse perpétuelle de refinancement
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Le sénateur et les risques d'une caisse perpétuelle de refinancement

M. Alain Vasselle, Elu sénateur UMP de lOise pour son deuxième mandat, est membre de la commission des Affaires Sociales, membre du conseil de surveillance de la CADES. Il a rédigé un rapport présenté en avril dernier, dans lequel il met en garde contre la pérennisation de ce fond pour combler la dette de la Sécurité Sociale, qui ne saurait être une solution de long terme au problème récurrent du financement. Il fait également parti du Haut Comité présidé par Bertrand Fragonard.
Les Sénateurs disposent de bureaux, relativement exigus, quils partagent avec un ou une attachée parlementaire, mais qui ont lavantage dêtre situés de lautre côté du trottoir du Sénat, avec lequel ils sont dailleurs reliés par un souterrain. Cest dans ce bureau que Monsieur le Sénateur nous a reçu. Ce sont deux mondes peu familiers qui se rencontrent, celui de gestionnaires de lAssurance maladie, et celui dun Elu qui sest un peu spécialisé dans ce domaine, mais qui, naturellement, nest pas un technicien de la question. Il a donc fallu un peu de temps pour sajuster, car, finalement, ce genre de confrontation est plutôt rare, et mériterait certainement dêtre plus souvent organisée. Elan social va semployer à y contribuer. Dans l'attente, on a donc entendu évoquer des solutions classiques et qui sont dans l'air du temps, selon lesquelles il faudrait "responsabiliser" les assurés en les faisant payer un peu plus, et les médecins en sanctionnant un peu mieux les écarts de comportements. Cela n'a rien d'étonnant de la part d'hommes publics qui ne sont pas des professionnels de l'Assurance maladie. Mais on a pu constater aussi qu'il y a au moins un Elu dans ce pays, qui, hors de tous les discours démagogiques, s'emploie à veiller à ce qu'on ne transforme pas un outil précieux et efficace, en une machine à autoriser toutes les dérives. Le passé montre que les tentatives n'ont pas manqué, un des chapitres du rapport du Sénateur évoque l'Etat "prédateur", et l'Etat "gourmand".
Elan social :
Monsieur le Sénateur, on nous parle beaucoup de responsabilisation actuellement, et plus spécifiquement des assurés, le plus souvent en se raccrochant aux solutions classiques du ticket dit modérateur, ou de formules diverses de franchises. Ne pourrait-on envisager de responsabiliser les acteurs en modulant leurs cotisations selon leurs prétentions de libertés et leurs exigences de confort, comme cela se fait par exemple dans les HMO aux Etats-Unis ? Une des causes des comportements irresponsables nest-elle pas quen France le prélèvement est indolore et confus ?
A. Vasselle :
Il mest difficile de vous donner un sentiment sur le sujet ainsi présenté. Néanmoins je peux vous dire que la responsabilisation des acteurs sera effectivement une des pistes de travail du Haut Comité, mis en place par le gouvernement pour réfléchir à la réforme de la Sécurité Sociale, et dont je suis membre. Dans un premier temps nous allons travailler sur un rapport fourni par M. Fragonard qui est une analyse du mode de fonctionnement et de la prise en charge de lAssurance Maladie dans les différents pays comme les pays dEurope du Nord, le Japon, les Etats Unis. Une des pistes de réflexion devrait porter sur la responsabilisation des assurés par les cotisations. Je ne pense pas que ce sera une des solutions mais une base à partir de laquelle il faudra que nous nous déterminions. Les modèles japonais, américains, britanniques sont ils des modèles dont on doit sinspirer pour responsabiliser usagers et professionnels de santé ? A titre personnel je trouverai assez intelligent de sinspirer de ce mode de responsabilisation des acteurs. A partir du moment où on nous a mis en place la CMU, et en dehors du débat sur les effets de seuils qui posent problèmes pour certaines populations comme les faibles revenus, notamment les personnes âgées, je crois que, pour ceux qui ont la capacité financière dassumer, on peut envisager une responsabilisation des usagers du système de santé en fonction du rythme de leurs consultations.
Elan social :
Mais cela ne risque-t-il pas de sanctionner dabord ceux qui ont réellement besoin de consulter souvent, parce quils sont effectivement malade ? Pour éviter le nomadisme médical, plutôt que limiter les remboursements, nest-il pas plus efficace de les limiter aux consultations dun médecin de famille ?
A. Vasselle :
Plutôt que linstauration dune formule de médecin référent, qui na dailleurs pas rencontré un grand succès, je suis davantage favorable au fait déquiper lensemble des assurés dune carte santé, où figurent toutes les visites et les médicaments prescrits. Cela suppose une mise en réseau informatique qui permet de contrôler à tout moment le comportement du patient. On pourrait également renforcer les Acbus (accords de bon usage des soins), favoriser les bonnes pratiques conventionnelles pour les professionnels de santé, et prévoir des sanctions pour ceux qui ne les respectent pas.
Elan social :
On sintéresse déjà aux assurés qui multiplient les consultations, sans grands résultats. Le fait délaborer des protocoles de bons soins et de les favoriser est intéressant, mais comment inciter les professionnels de santé à les respecter quand ils sont trop nombreux et quon peut librement les consulter ?
A. Vasselle :
Nous sommes daccord sur lobjectif, mais il y a différents moyens dy parvenir. Je trouve le système du médecin référent trop contraignant. Je suis pour le maintien dun minimum de liberté. En effet je considère quil vaut mieux que les usagers soient responsables. Je ne suis pas hostile non plus à ce quil y ait un ticket modérateur dordre publique mais ce nest pas mûr politiquement.
Le médecin référent est une idée qui a déjà été avancée mais pour le moment personne na tranché dans un texte de loi. Aujourdhui je suis incapable de dire si cest dans cette voie quil faut trancher ou dans une autre. Cest une des solutions, est ce celle que lon va retenir je nen sais rien.
Elan social :
S'agissant des hôpitaux, dans dautres pays tels que la Suède, ce sont les élus locaux qui en assurent la gestion mais aussi le financement, au moins partiel, sur les impôts locaux. Nest-ce pas une organisation qui sera, là aussi, plus responsabilisante par construction ?
A. Vasselle :
Dans le plan hôpitaux 2007, il a été décidé de sengager dans la voie dune tarification à la pathologie. Cela ne pèse pas sur le prélèvement, on fait le pari quavec une tarification à la pathologie les ressources seront mieux utilisées. Les services hospitaliers seront ainsi dotés de façon plus équilibrées en fonction des besoins. On parle dune régionalisation des financements en ce qui concerne linvestissement, est ce quil faudra faire la même chose pour le fonctionnement ? Jai le sentiment que ça nest pas mûr à la fois pour les politiques et pour les professionnels. Certains diront quil sagit dune mise en concurrence des établissements, que lon fait une cotation des hôpitaux entre les bons et les mauvais. Cela existe déjà un peu dans certains hebdomadaires, qui sortent ce type de classement une fois par an, mais on est bloqué par le système de la dotation globale. Cela créerait pourtant une certaine émulation, à condition que les établissements aient une certaine autonomie pour améliorer leur fonctionnement.
Aujourdhui on entre dans une phase qui permettrait de faciliter les redéploiements grâce à larrivée du baby boom à la retraite. Le maintien des emplois comme enjeux politiques au niveau local, pour les maires, ne peut pose de plus en plus de problème, il faut que les choses évoluent!
Elan social :
Vous vous êtes élevé contre une nouvelle prolongation de la CRDS, ce qui nous a peut-être permis dy échapper, au moins provisoirement. Ne craignez vous pas quon se résigne malgré tout à ce recours à terme ?
A. Vasselle :
Jespère quil ny aura pas de nouvelle prolongation. Jai produit un rapport dans ce sens. Cela a gêné M. Mattei, si je navais pas sorti le rapport je pense effectivement quil aurait déjà allongé la durée de vie de la CADES !
Les bonnes feuilles du rapport
Le Sénateur Alain Vasselle a fait un rapport d'information au Sénat au nom de la Commission des affaires sociales sur la situation de la CADES. Les titres du rapport résument déjà les points forts du constat : "Les potentialités de la CADES : des atouts spectaculaires", "Les premiers résultats : des dividendes confisqués", "L'avenir de la CADES : les tentations d'une fuite en avant". Parmi les constats les plus intéressants, celui qui remet à sa place le soit disant excédent de la Caisse. Dans le bruissement médiatique continu qui nous submerge quotidiennement, on se souvient en effet de quelques affirmations péremptoires sur un prétendu excédent de la CADES, affirmations dont quelques groupes de pression très intéressés, ou quelques artistes spécialisés dans la "légitimation de toute dépense de santé", se sont immédiatement emparées pour faire valoir qu'il y avait là quelques crédits à récupérer, et des arguments pour exiger qu'on abandonne toute rigueur budgétaire. Evidemment, ce prétendu "excédent" est d'autant plus virtuel, qu'il est issu d'une dette gagée sur les générations à venir. Les responsables de la CADES ont répondu au Sénateur qui leur posaient la question sur "l'imposture de l'excédent" : Dès l'origine et afin de rassurer les investisseurs, la CADES a toujours été présentée avec une trésorerie positive à la fin de sa vie. (
) Cet "excédent" n'apparaît que dans les derniers mois de la vie de la CADES. Son montant varie avec les hypthèses de taux, de croissance et d'inflation. (
) Il ne s'agit en aucune façon d'argent disponible dés maintenant. Cet excédent futur est en outre théorique." |