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Numéro 57-58
Interview
Bertrand Fragonard
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PRÉSIDENT DE CHAMBRE COUR DES COMPTES
Interview réalisée par G.ARCEGA, F.COULLET, E.CLAIR
Rencontre avec Bertrand Fragonard, dans son bureau de la Cour des comptes. On dit que le Président du Haut comité avait bien juré de ne pas « remettre les pieds dans une caisse de sécu ». Pour linstant il a tenu parole, ledit Haut Comité nétant pas encore un lieu où on gère lAssurance maladie, mais où on en cause. Y étaient représentés, les Partenaires sociaux, parlementaires, professionnels santés, établissements, assureurs primaires et complémentaires, et associations de malades. Bertrand Fragonard qui connaît son monde sétait donné quelques objectifs « simples, mesurables et atteignables », comme il est désormais à la mode de le dire :
1. Personne ne doit claquer la porte.
2. Si possible tout le monde signe.
3. Ça serait bien si le document avait un sens.
Pari tenu, le consensus a été trouvé. Certes, on a pu constater un peu retenue sur certains sujets, mais le document produit a du sens. Les syndicats de salariés ont bien vu qu'on ne cherchait pas le grand soir avec report en touche sur les assurances complémentaire. Les Parlementaires libéraux et le Medef n'ont pas abordé des sujets qui fâchent, par exemple des histoires dassurance « au premier franc ». Selon les termes même de son Président, le Haut Comité ne sest pas lancé dans une recherche de tout ce qui est imaginable, mais sen est sagement tenu à une recherche du crédible.
Au demeurant, les syndicats navaient-ils pas intérêt à capitaliser l'existant face à un gouvernement suspect de toutes les plus ou moins bonnes intentions ?
Un regret partagé par beaucoup : la régionalisation a
été peu abordée (regret que partageait déjà Rollande Ruellan avec son groupe de
travail sur la gouvernance), mais peu d'analyse sérieuse permettaient d'aborder
sérieusement le sujet.
Une question reste posée désormais, quel avenir pour
les travaux du Haut Comité avec un gouvernement renouvelé ?

E.S. :
Permettez nous dabord un petit retour en arrière sur votre carrière. Vous avez été Directeur de la CNAF, puis, plusieurs années après, de la CNAMTS ; Comment avez-vous vécu vos passages dans lInstitution ? Aujourdhui, avec du recul, avez vous une approche différente de lorganisation des branches famille et maladie et des rapports entre la caisse nationale et son réseau local ?
Bertrand Fragonard :
La Présidence du Haut conseil pour lavenir de lassurance maladie ma permis de retrouver avec plaisir cette matière que javais quittée à mon départ de la direction de la CNAMTS en 1998, et de retrouver également les collègues de la branche.
Je ne sais pas sil est important dévoquer ma vision personnelle de lInstitution. Je dirais simplement que jai été frappé, dans la branche maladie, par lextrême variété des caisses.
Jai trouvé - mais cest peut-être une vue de mon esprit - que la branche famille était plus homogène, plus « intellectuelle aussi », et que la vie de réseau y était plus aisée. Au demeurant, jai constaté que javais moins de contact avec les directeurs de caisse primaire ; en tout cas cétait moins fréquent.
E.S. :
Quel a été la mission
confiée au Haut Conseil que vous présidez ?
Bertrand Fragonard :
Le HCAM se
devait en premier lieu de porter un diagnostic objectif sur notre système de santé.
Cest dans ce sens que lensemble des 53 membres sest efforcé de
travailler en bonne intelligence afin daboutir à un consensus sur le diagnostic.
Nous avons travaillé sur une proposition de texte, qui
a été amendé au fur et à mesure, toujours dans une ambiance positive, et de recherche
de diagnostic partagé. Le rapport a ainsi permis de souligner des réalités, de mettre
en avant de vrais chiffres sans sattacher aux « a priori ».
Certaines données peuvent certes peut-être surprendre
car elles vont à lencontre de «limagination courante» mais le HCAM se
devait daller au delà des impressions.
E.S. :
Cest ainsi que le Haut
conseil affirme dans son rapport que le taux de couverture a globalement augmenté ;
cest vrai, mais cest un effet de perspective arithmétique. Tous ceux qui
cotisent chèrement et qui ne sont remboursés en moyenne, en médecine de ville,
quhauteur dun peu plus de 50%, doivent trouver laffirmation un peu
amère, surtout sils ont des problèmes dentaires ou doptique
Bertrand Fragonard :
Mais le
rapport met en avant ce point essentiel : effectivement, le taux moyen de remboursement
sest amélioré, même si cette hausse nest que très légère
alors que
lopinion publique a le sentiment permanent quelle est moins bien remboursée.
Mais cette évolution a été financée par une hausse des recettes, pour lessentiel
issue des revenus dactivité et par une augmentation du ticket modérateur sur les
soins de ville par exemple
ce qui se traduit par ce sentiment paradoxal que notre
système dassurance maladie assurerait une couverture des soins moins élevée.
Au global, leffet de structure des mécanismes
dexonération du ticket modérateur gomme les conséquences recherchées au départ
par les Plans Seguin et Veil qui étaient dajuster à la baisse certains taux de
remboursements pour retrouver léquilibre financier.
Le système de soins déployé peut être
particulièrement coûteux à certains moments de sa vie ; une large exonération du
ticket modérateur simpose si on veut garder un système couvrant les plus modestes. En effet, 5% des personnes couvertes par lassurance maladie mobilisent aujourdhui 60% des remboursements. La structure du système fait lobjet dincompréhension, souvent par manque dexplication même simple : les gouvernants nont pas réussi à faire comprendre à la population quelle cotise pour le moment où elle dépensera beaucoup, la logique du système étant basée sur un risque assurantiel. Cette incompréhension du système explique de ce fait les difficultés des usagers à supporter les conséquences des plans successifs de maîtrise des dépenses, qui ont souvent abouti à des échecs.
En outre, les usagers, par manque dinformation, les attribuent souvent à des abus, voire à une mauvaise organisation de la gestion du système.
Si vous faites un micro trottoir dans la rue, vous
pourrez mesurer la méconnaissance de tous ces sujets par les individus. Peu de personnes
par exemple, savent que les retraités cotisent moins, et quils sont moins imposés
que les actifs. A une époque, on disait, et on a écrit que la dernière année de vie
est celle qui coûte le plus, à hauteur de 70% de ce que coûte un individu. Or le vrai
chiffre est de 7%, ce qui est déjà beaucoup dailleurs. Les chiffres sont
méconnus, les gens sont loin dimaginer ce que coûte par exemple une journée
dhospitalisation.
E.S. :
Mais ces chiffres ne sont-il
pas artificiels ? Les grands malades ou les patients en fin de vie sont pour la plupart
hospitalisés. Or lhôpital est financé par une dotation globale, qui est majorée
dun taux directeur chaque année, et dont le fonctionnement coûte les mêmes sommes
à lAssurance maladie, que les établissements soient vides ou plein, quils
hébergent des grands malades ou des personnes âgées ou pas. Les coûts quon nous
assène sont issus dune comptabilité analytique, et sont donc largement
artificiels. En réalité, nous payons des murs et des salaires.
Bertrand Fragonard :
Ces
coûts recouvrent une réalité, certains services nécessitent des investissements plus
importants que les autres, et labsence dactivité dun service doit
conduire à terme à sa disparition.
E.S. :
Cela conduira peut-être à sa
disparition à très long terme, car ce nest pas le cas dans la réalité. Vous
êtes bien placé pour savoir quon présentait en son temps le PMSI comme un
instrument de connaissance budgétaire, or même avec les points ISA, qui permettent de
pointer des écarts de coûts considérables, on ne tire pas les conséquences
budgétaires de la situation des établissements, ou si peu
Bertrand Fragonard :
Le PMSI était un instrument encore relativement rustique. Le rapport du Haut conseil souligne
effectivement que les écarts de coût sont très sensibles dun hôpital à
lautre, même à taille et technicité comparables. Ladéquation coût
/activité hospitalière commence avec la mise en place de la tarification à
lactivité (T2A), technique nouvelle très attendue mais qui ne résoudra pas à
elle seule les questions de financements. Les conditions de tarification et
lévolution de la réglementation constituent dautres paramètres
déterminants.
E.S. :
Le Haut conseil estime
que le taux de couverture saméliore, et que le reste à charge des ménages ne
représente quun taux deffort de 1%. Le prélèvement effectué sur les
revenus des français est chiffré, en moyenne, à 1740 Euros par personne, soit un taux
deffort de près de 23% du salaire net. Avons-nous une technique de financement
équitable ?
Bertrand Fragonard :
Le rapport
indique que « lassiette salariale est une bonne assiette et que la CSG, par son
assiette et par le principe de proportionnalité qui la soustend, est jusquà
présent apparue comme une réponse ». Cette formulation confirme
lopportunité de ce prélèvement, en tout cas jusquà maintenant, formule qui
est acceptable par toutes les parties.
E.S. : Notre système, dont on vante
régulièrement les vertus solidaires, nest-il pas finalement moins équitable
quon ne laffirme, puisquil se finance avec une CSG qui est seulement
proportionnelle et non progressive comme limpôt, et qui est très largement
déductible des revenus imposables ? Par ailleurs, une véritable responsabilisation ne
devrait-elle pas se construire dabord en rendant le prélèvement moins indolore est
moins obscur, par exemple en reversant aux salariés la part dite « patronale », afin
quils cotisent en toute connaissance de ce que cela leur coûte ?
Bertrand Fragonard :
Le Haut
conseil considère quil ny a pas forcément à introduire plus de
progressivité dans notre système. Il faut dabord observer que la CSG qui est en
cause ne représente quune part limitée du prélèvement, le reste étant
distribuée entre la part dite patronale et les prélèvements fiscaux. De lautre,
le Haut Conseil considère comme positifs les principes de base suivants : les
cotisations, à la différence du système des régimes complémentaires, ne tiennent pas
compte du risque (et donc de létat de santé) et sont indépendantes du nombre de
personnes couvertes. En outre, les recettes, par leur déplafonnement, permettent
dassurer un mécanisme de transfert des ménages les plus aisés vers les plus
modestes et font appel à la solidarité nationale. Lassurance maladie représente
de fait un système des plus solidaires car on retrouve en même temps un prélèvement
proportionnel au revenu et une dépense plutôt indifférente au revenu.
Il a été montré que la dépense dassurance
maladie varie proportionnellement peu avec le revenu. Le risque dun prélèvement
trop progressif serait damener les cotisants les plus lourdement taxés à contester
lobligation de cotiser, qui est le fondement de la solidarité.
Le Haut conseil a souligné que labsence de
modulation de prise en charge des soins et des remboursements en fonction des revenus
devait être préservée et quil ny avait pas lieu de moduler directement les
remboursements en fonction des revenus. Ainsi, nous sommes parvenus à un consensus sur
notre système actuel et ne souhaitons ni plus de progressivité dans les recettes, ni
plus de dégressivité dans les dépenses.
Quant à la responsabilisation par une modification des
répartitions entre les parts employeurs et salarié, elle existe puisque les bulletins de
salaires affichent tous les prélèvements. Dune façon générale, les
modifications de répartition des prélèvements peuvent entraîner des conséquences en
chaîne dans notre système social et fiscal, quon ne mesure pas toujours avec
précision ; il convient dêtre très prudent dans ce genre daffirmation.
Cela dit, il serait en effet nécessaire que les
Français soient mieux informés sur léconomie générale des transferts sociaux,
le système étant confus pour lopinion publique et donc source de suspicion sur la
bonne utilisation de ces fonds. Ils ne savent pas quils consacrent 23% de leur
salaire net (18,8% de leur salaire brut) pour leur couverture maladie. (Pour la première fois depuis son histoire, lAssurance maladie a envoyé récemment aux assurés une « appréciation » du montant des prélèvements. On ne peut quapprouver cette tardive et hardie tentative de communication dans la transparence.)
En revanche on peut constater que les revenus de
remplacement, comme les pensions de retraite, bénéficient de régime de prélèvement
plus favorable, les taux variant entre 0 et 6,7 %. Une modification de lassiette des
prélèvements afin de répondre à la condition de parité des efforts contributifs
pourrait ainsi être envisagée et rééquilibrer la proportion des cotisations entre
actifs et inactifs. Enfin, un rééquilibrage des prélèvements sur les revenus du
capital pourrait être étudié.
En tout cas, toutes ces évolutions dans les
prélèvements sont soumises au débat actuel.
E.S. :
Le Haut conseil considère que
« laisance dans laccès aux soins ne dresse aucun obstacle devant les
comportements laxistes ». Or nous savons que la surprescription de médicaments ou
darrêts de travail est dabord la conséquence de la pression quexercent
les patients sur les médecins, en raison non point du nomadisme médical qui est dans les
faits marginal, mais à cause de la liberté de nomadiser, qui est, elle, universelle.
Bertrand Fragonard :
La volatilité
des patients vis à vis de leurs médecins est plus modérée quon ne le pense
généralement. Peut-on penser que les médecins chercheraient à capter le patient et à
le fidéliser en prescrivant ce que celui-ci souhaite et donc de ce fait surprescrirait ?
Nous disposons en tout cas à lheure actuelle de peu danalyse des
comportements des patients et des médecins au regard du nomadisme médical. Les Français
sont attachés à leur médecin généraliste et la liberté de choix du médecin ne peut
pas constituer en soi la seule raison de la surconsommation de médicament
De même il ny a pas détude qui
permettrait de dire quun système de « gate keeper » serait efficient en France,
alors quil sagit dun changement majeur. Dune façon générale,
nous ne disposons pas actuellement de données sur ces sujets. Le médecin référent a
été lexemple même du dossier géré a minima à cause de ce défaut de
connaissance. En France, on commence toujours par une décision administrative plutôt que
par une étude approfondie du sujet. Dans le cas du référent, il y a plusieurs
hypothèses qui sont à étudier pour que la solution retenue soit structurante pour le
système mis en place : Par exemple, quand il sest agi dempêcher les
consultations directes de spécialistes, qua-t-on entendu ? Faut-il dérembourser à
partir de la 2ème visite, de la 3ème visite ? Faut-il envisager un déremboursement,
ristourner une partie de cotisation, augmenter la cotisation à la mutuelle ?
Toutes
les hypothèses sont à approfondir avant toute décision. Il manque
aujourdhui une réflexion globale sur lassurance maladie, pourtant
fondamentale pour inciter et entraîner toute la population à avoir dautres
pratiques de consommation de soins.
Il faut souligner également le manque
dévaluation des pratiques professionnelles : le Haut conseil préconise
dengager une offre de formation professionnelle à destination des médecins,
particulièrement axée sur la prescription de médicaments : les Français consomment en
effet 50% de plus de médicaments que les Anglais et 25% de plus que les Allemands. Il est
nécessaire de structurer le système sur un vrai mécanisme pour amener les professions
médicales à mieux prescrire. En préalable, des études sur les modes de prescription
sont à mener.
Lobjectif proposé est dassurer la
promotion de la qualité de la pratique médicale.
E.S. :
Le problème nest pas
celui de la liberté de choix dun médecin, ni même celui de la liberté de
consulter directement un spécialiste, mais celui de la possibilité nomadiser dun
généraliste à lautre, qui permet dobtenir toutes les prescriptions ou les
arrêts de travail quon demande ; certes, il ny a peut-être pas détude
affinée, mais les médecins eux-même le reconnaissent dans les couloirs, et les HMO aux
Etats-Unis, proportionnent bien la cotisation aux prétentions de liberté des assurés,
ce qui suppose un certain pragmatisme de leur part ; Sans rien interdire, on peut
envisager de responsabiliser les acteurs, et de remettre en cause le copaiement qui est
source dexclusion, en modulant par exemple la cotisation ou la prise en charge selon
ses exigences de choix. La mise en uvre de la CMU nétait-elle pas justement
loccasion de donner un premier exemple de responsabilisation en exigeant en
contrepartie le choix dun médecin référent ?
Bertrand Fragonard :
Il ny a
pas eu de réel débat sur de nouveaux partages de champs dintervention entre
assurance maladie et organisme complémentaire. Le Haut Comité préconise seulement de
mieux associer les organismes complémentaires aux prises de décisions, et de les inciter
à des efforts de gestion du risque. Le Haut Comité na pas indiqué ce que
devraient être les segments de soins à répartir entre régime de base et régime
complémentaire. Le seul point évoqué consiste à poser le principe que sil devait
y avoir déport de la prise en charge des soins sur le régime complémentaire, il y
aurait lieu dêtre vigilant à ne pas pénaliser les ménages modestes et gros
consommants.
Sagissant de la CMU, il faut réaliser que la CMU
complémentaire na rien coûté à lassurance maladie. Le système mis en
place avec la CMU sest attaché à apporter la gratuité sans imposer de
contrepartie ni pénaliser la personne modeste en limitant son droit de liberté de choix
: le bénéfice de la CMU na ainsi pas été lié à une contrepartie de visite
obligatoire chez le même médecin référent par exemple.
Quand on a réfléchi à la mise en place de la CMU,
plusieurs hypothèses se présentaient : le fait dêtre en situation de revenus
modestes constitue-t-il en soi un motif dexonération de ticket modérateur ? il a
finalement été répondu par la négative car cest un des principes du système de
couverture maladie de ne pas poser de condition de revenus comme base de remboursement.
Donc le schéma a fortement impliqué le système complémentaire.
E.S. :
Hormis la double prescription
de prestations, qui dailleurs nimpacte pas la dotation globale, le couplet
obligé sur les « problèmes de coordination ville-hôpital » recouvrent-il une
réalité mesurée, évaluée et déterminante ? Ne donne-t-on pas à cette difficulté
qui ne désigne certes aucun responsable clairement identifié, une importance un peu
démesurée ?
Bertrand Fragonard :
La
répartition des crédits entre la ville et lhôpital est un sujet sensible depuis
les dernières Ordonnances, car on avait alors des enveloppes opposables, spécialisées
au sein du corps médical. Le rapport ne disserte pas de trop sur ce sujet, qui est devenu
une sorte « dexercice imposé ». Il y a néanmoins un certain nombre de
difficultés quil faut prendre en compte.
E.S. :
Et aujourdhui, que
devient le Haut Conseil pour lavenir de lassurance maladie ?
Bertrand Fragonard :
Les membres
sont nommés pour trois ans. La mission continue. Le HC travaille actuellement à la
réalisation détudes approfondies comme celles par exemple, sur « les relations
santé publique/assurance maladie, les écart de coût dans le monde hospitalier, la prise
en charge des grands malades. »
| LE
RAPPORT DU HAUT COMITE : POINTS FORTS ET MARGES DE PROGRES :
Un diagnostic partagé :
Enfin, un diagnostic partagé entre tous les acteurs,
qui prend acte des soucis financiers, des problèmes de qualité, sans caricaturer des
solutions faciles et immédiates. Bertrand FRAGORNARD a réussi là un remarquable
exercice de diplomatie constructive, qui nétait pas gagné davance, et qui
devrait augurer de dialogues futurs « mieux disants ».
Un diagnostic lucide :
Tous les pêchés de lAssurance maladie et du
système des santé sont récapitulés, on prend même acte que notre système est un peu
malade, tout « meilleur quil soit dans le monde » au regard des critères de
lOMS, critère qui méritent quelques nuances.
Un diagnostic partiel :
Une nouvelle fois on sen tient aux comportements,
et on ne dit rien de lorganisation qui induit ces comportements : une offre de soin
pléthorique, mal répartie et en libre accès intégral. Tant quon nosera pas
toucher à cette sidérurgie sanitaire, on pourra mettre en uvre toutes les mesures
quon veut, on ne fera quatténuer, un peu et provisoirement, les conséquences
du système, sans en changer les causes. |
LE RESTE A
CHARGE FAIBLE PART DU BUDGET DES MENAGES ?
UN AUTRE POINT DE VUE
Dans son rapport, le Haut Conseil considère clairement
que les actifs en bonne santé devront supporter lessentiel du colossal effort
financier qui devra être fait pour maintenir à flot la couverture maladie obligatoire
des Français. Quel est largument avancé ? Le financement des restes à charge ne
représente encore quune part très faible des budgets des ménages, qui peuvent
donc supporter une hausse conséquente de leur contribution.
Ce point de vue est pour le moins contestable. Il est
en effet très réducteur de ne comptabiliser dans leffort financier des ménages
pour leur santé que leurs restes à charge, même si on y inclut la couverture
complémentaire. En réalité, il faudrait y ajouter les cotisations obligatoires,
patronales comprises, et la CSG, ce qui multiplierait la facture par quatre.
Au-delà, se pose, comme nous lécrivions dans
notre « Panorama de lassurance santé 2004 », le problème de lasymétrie
croissante de couverture entre les Français qui sont pris en charge à 100% et le reste
de la population. Même si lon ne tient compte que des dépenses remboursables (soit
environ 88% du total des dépenses de santé), comme la fait très justement le Haut
Conseil, le taux de couverture de 75% de la population est tombé aux alentours de 72%, ce
qui représente déjà 28 points décart avec les bénéficiaires de lALD et
de la CMU.
Ce chiffre de 72% peut certes paraître encore élevé
mais les projections montrent quà structure inchangée, il est condamné à chuter
dans des proportions vertigineuses. Il pourrait en effet atteindre 50% en 2010 et 11% en
2020 si on retient les deux hypothèses réalistes suivantes : les dépenses dALD et
de CMU continueront à progresser deux fois plus vite en euros courants que les autres et
les dépenses du régime obligatoire ne pourront pas augmenter au-delà des deux
prochaines années plus vite que le PIB. A cette échéance, seules les dépenses
dhospitalisation de la population non prise en charge à 100% pourraient encore
être partiellement prises en charge par le régime obligatoire.
Dans ce contexte, lesprit dans lequel les
différents projets de réforme de lAssurance Maladie avancés depuis un an ont
été élaborés devient plus compréhensible. Le schéma densemble qui sen
dégage et que le Haut Conseil a clairement cautionné, est en effet le suivant :
Recentrage progressif de lAssurance Maladie sur les risques lourds, médicaux (ALD
essentiellement) et économiques (CMU, aménagée le cas échéant pour gommer les effets
de seuil) ; Instauration dune ASO (assurance santé obligatoire, appelée aussi CMG
par certains) destinée à la population solvable ne souffrant pas dune affection
grave et bénéficiant dans certaines limites davantages fiscaux ; Transfert
progressif des dépenses de médecine de ville et dune partie des dépenses
hospitalières de la population concernée sur lASO ; Simplification de la
gouvernance avec le passage de lAssurance Maladie sous lautorité unique de
lEtat et la limitation du rôle des partenaires sociaux à la gestion de lASO.
Mise en place dune maîtrise médicalisée des dépenses pour mieux maîtriser les
risques lourds, pour des raisons essentiellement cosmétiques dans la mesure où personne
nest dupe de lefficacité réelle dune telle maîtrise ; Fiscalisation
intégrale des cotisations dAssurance Maladie par intégration des cotisations
patronales dans le salaire brut et la CSG, pour clairement marquer le passage dun
régime dassurance à un régime de solidarité.
11/02/2004 Lettre dinformation_jalma 1, New
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