|
Numéro 57-58
Critique
"La santé n'est pas une marchandise ", de Patirck Alloux
|
La santé n'est pas une marchandise
Patrick Alloux, avec la collaboration de Martine Masson
Les éditions de l'atelier, 2003
Responsable syndical à Sud Santé, Patrick Alloux est membre de la commission santé dATTAC, son livre, préfacé par José Bové apparaît ( je ne sais pas sil lest) comme une position officielle dATTAC et des altermondialistes. Il se veut offensif est « doit permettre à chacun de trouver des réponses et des arguments pour mener la lutte »
Autant le dire demblée, ce livre est surtout incantatoire. Il noublie personne dans sa critique et surtout pas les syndicats et les mutuelles qui sont, à en croire lauteur, presque aussi responsables que le patronat de léchec du système.
Au final, le constat est fait que les assurés sociaux ont été largement dépossédés, et de façon non démocratique dun système qui leur appartient. La seule véritable proposition concrète consiste donc à permettre lélection de leurs représentants dans les différentes instances chargées de la gestion. Mais encore?
Une histoire romantique
Le livre retrace en détail lhistoire de la Sécurité Sociale, fruit dun siècle et demi de luttes ouvrières.
Ce rappel historique se fait en partie par la voix dun ancien mineur, qui meurt de silicose avant davoir fini son histoire, et oblige ainsi lauteur a poursuivre seul. Cest très romantique. Je suppose que jaurais du pleurer démotion à ces descriptions des sacrifices consentis par nos ancêtres ou à celle de la file dattente à la Sécurité Sociale dans les années 50, tellement importante pour la maman qui attendait son remboursement et qui reste pour lenfant le souvenir « dun lieu déchange, un endroit ou nous nous retrouvions sans aucune honte ». Quand on pense à tous les efforts que nous avons fait pour supprimer ces files dattente aux guichets !
Mais le discours nest guère passionnant ; il détaille, dune façon partiale et totalement indigeste dans un ouvrage qui se veut de vulgarisation, les luttes internes du mouvement ouvrier.
et une analyse sommaire
Lauteur conteste le fait que les cotisations se soient transformées en « charges sociales » terme qui nest juridiquement pas exact, et qui laisse oublier quen fait il sagit dun salaire, une conquête sociale qui oblige les employeurs collectivement à ne plus payer uniquement le temps travaillé mais aussi le temps libre comme celui de la retraite du chômage et de la maladie. Il noublie pas le petit couplet sur la dette patronale.
Ensuite, sans manquer de rappeler que lOMS considère que le système de santé français est le 1er du monde, il analyse la stratégie du libéralisme dont lobjectif est de récupérer pour en faire du profit les masses financières énormes qui sont en jeu. Le marché de la maladie reste une source de profits considérable pour les industries concernées et le secteur de lassurance lorgne dessus depuis longtemps déjà.
Première accusée lEurope qui a engagé, suite à lURUGUAY Round (1993) la libéralisation progressive du secteur de la santé, puis les gouvernements successifs dont toutes les réformes depuis 1970 reposent davantage sur une logique de construction du marché de soins et sont faites au détriment dune politique de santé.
La stratégie serait pour le gouvernement actuel de laisser se creuser les déficits afin de pouvoir faire accepter à lopinion publique les nécessaires restructurations dune part et de démembrer suffisamment lhôpital public pour limiter loffre de soin et permettre à des groupes dhospitalisation privés de sinstaller et de faire leur marché dans les secteurs les plus juteux.
La thèse méritait certainement mieux que ce tract géant.
Brigitte Laloupe