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Numéro 57-58
Dossier " Réforme de l'assurance maladie"
L'Institut Montaigne
Pour une assurance maladie universelle
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LInstitut Montaigne:
Pour une assurance maladie universelle
Synthése, extraits commentés, par Gérard Arcéga
(Les titres sont de la rédaction, les commentaires en rouge)
LInstitut Montaigne réunit des personnalités de toute origine, compétentes sur un sujet, et intéressées pour librement y réfléchir en confrontant son point de vue à ceux des autres.
Pour ce qui concerne lAMU, le projet a été présenté au public il y a quelques semaines par Daniel Laurent et Claude Lepen.
Un financement universel et une couverture santé solidaire, le tout chapeauté par une "gouvernance responsable" :
Vaste programme !
Linstitut propose une Assurance maladie universelle qui se caractérise par trois composantes :
Un financement universel reposant une CSG santé déductible, assise sur lensemble des revenus dont le taux serait modulé entre revenu dactivité, revenu de remplacement (notamment les retraites) et revenu de lépargne. Pour les salariés, la CSG santé se substituerait aux actuelles cotisations patronales et salariales. Ils percevraient alors un salaire brut égal au salaire actuel, augmenté des cotisations patronales relatives à lassurance maladie.
Une couverture santé solidaire couvrant les soins et les services de santé pris en charge intégralement au titre de la solidarité décidée par collectivité nationale. Cette prise en charge serait liée à lobservation de protocoles thérapeutiques qui décrivent, avec précision, lensemble des soins nécessaires au traitement dune pathologie ou une situation médicale quelle quelle soit. Ces soins, validés par des experts, doivent être conformes aux données actuelles de la science et réévalués périodiquement.
Il appartient au législateur, en fonction du choix du taux de la CSG santé, de définir les priorités retenues, autrement dit de délimiter le champ de la CSS. Le principe de réalité commande en effet de garder à lesprit que lAssurance Maladie Universelle ne couvrira jamais la totalité des dépenses de prévention, de soins et de services rendus accessibles par les progrès scientifiques et validés comme utiles.
Une couverture santé supplémentaire, pour les biens et services non-inclus dans la CSS, en raison de leur nature ou de la manière dont ils sont dispensés ou de leur niveau de priorité, qui relèvent de lassurance supplémentaire souscrite à titre individuel ou collectif (entreprise), assortie dune aide personnalisée pour celles des personnes qui ne disposent pas de revenus suffisants. Lassurance supplémentaire couvre au premier euro les risques qui nentrent pas dans le champ de la couverture santé solidarité.
Une gouvernance responsable, avec un Haut conseil de la santé de 13 membres bénéficiant dune double légitimité, politique et scientifique, qui aurait pour mission de proposer les grandes orientations en matière de politique de santé, notamment dans le domaine de la prévention, de garantir la qualité des soins dispensés et lefficience des dépenses publiques en matière de santé
- Le législateur, après consultation du Haut conseil, arrêterait notamment les missions dintérêt général, le champ de la couverture santé solidaire, le niveau de la CSG santé (en tenant compte des résultats des années antérieures), la définition des priorités de santé publique et la politique déducation et de recherche.
- La gestion de lAssurance Maladie Universelle, les relations avec les professionnels de santé, y compris les hôpitaux, ainsi que la « gestion du risque » - vérification de la pertinence des soins-, révèleraient, pour ce qui concerne la couverture Santé Solidaire, dune Caisse dAssurance Maladie Universelle bénéficiant dune véritable autonomie, y compris en matière de délégation de gestion du risque à des opérateurs de soin en concurrence.
- Cette caisse serait administrée par un conseil dont la composition reflèterait les différentes composantes de la société française. LInstitut Montaigne propose de sinspirer de la composition du Conseil économique et social.
Prélèvements obligatoires, quasi obligatoires et «dépenses dédiées obligatoires» (DDO)
Ce postulat de base de lInstitut Montaigne peutêtre discuté, car tout dépend de ce quon entend par « dépenses utiles ». Si une dépense est vraiment utile, donc « médicalement nécessaire et suffisante », alors elle doit être couverte par un financement solidaire. Lutilité dune frange des dépenses est effectivement difficile à objectiver. Dans ce cas, les médecins doivent avoir des moyens de refuser ce qui nest pas vraiment médicalement nécessaire (donc être référents, et responsables dune enveloppe financière, ou tenus par un panier de soins limitatif), et les assurés doivent cotiser plus, ou être moins bien remboursés sils exigent malgré tout ce que le professionnel de santé refuse. La frontière nest donc pas exactement entre le petit risque et le grand risque, mais entre des soins médicalement nécessaires, et des comportements de consommation.
Quant à savoir si un système national ne pourrait pas payer tout ce qui est médicalement utile, il ne faut pas, là encore, en rester aux apparences : que les prélèvements soient obligatoires pour une dépense solidaire, ou quasi obligatoire pour des dépenses malgré tout utiles ne change rien au fait que des sommes dargent doivent bien être affectées, dune façon ou dune autre, au fonctionnement du système de santé, et donc détournées des autres secteurs de léconomie. Les prélèvements « quasi obligatoires » (du fait notamment des contrats collectifs dentreprise, et, pire encore, de laide à une mutualisation obligatoire que lInstitut Montaigne propose plus loin), vont en tout état de cause alimenter des dépenses dédiées : En face du concept de « PRELEVEMENT OBLIGATOIRE », il y a une affectation obligatoire, à des « DEPENSES PUBLIQUES DEDIEES ». En dautres termes, il ne sagit pas seulement de savoir ce quon va obligatoirement prélever dans la poche des français (et non dans celle de leurs employeurs comme on le prétend), mais aussi à quelles dépenses publiques vont être obligatoirement dédiées ces recettes. |
Quelle couverture pour une santé solidaire ?
Il faudrait, selon lInstitut Montaigne, accepter, « sans réticence et sans aucune arrière pensée, le fait que le système national et solidaire de santé pour tous les résidents - l'Assurance maladie universelle - ne couvrira jamais la totalité des dépenses de prévention et de soins rendus accessibles par les progrès scientifiques et validés comme utiles. »
Aucun pays développé n'a su et pu réaliser la prise en charge totale des dépenses de santé. La France par exemple depuis plus de 30 ans, l'Assurance maladie obligatoire, malgré un déficit massif par rapport aux recettes, ne couvre que 76 % des dépenses de soins et de prévention des individus.
Certaines prestations ou services couverts aujourdhui par les régimes obligatoires de façon floue ne relèvent pas de la solidarité et nont aucune raison dêtre pris en charge au titre de la Couverture Santé Solidaire (1) : Les accidents du travail qui relèvent clairement dune assurance de lentreprise et devraient, comme par le passé relever dune branche spécifique gérée par les partenaires sociaux. Les prestations en espèces (indemnités journalières) versés en cas darrêt de travail, qui concernent les salaires, ne relèvent pas non plus de la solidarité nationale mais dune politique de revenu. On peut envisager comme cela a été avancé par dautres groupes de réflexions que ce type dinterruption soit considérée comme un chômage temporaire et pris en charge au titre de lassurance chômage. (2)
Certains accidents tels les accidents de la circulation ou ceux consécutifs à certaines pratiques sportives relèvent dune assurance individuelle obligatoire ou qui serait rendue obligatoire (telle par exemple lassurance du conducteur).
En revanche alors que certains préconisent de prendre en charge la dépendance par la création dune cinquième branche lInstitut estime au contraire que les soins et services médicaux relatifs à la dépendance pour maladie chronique, handicap ou grand âge relèvent clairement de lAssurance Maladie Universelle dans le cadre dune continuité de la prise en charge "de la naissance au décès". En revanche la partie purement sociale, telle les aides au domicile du malade, relèverait de dispositifs financés et gérés au niveau local. (3)
(1) Dans ce cas, pourquoi proposer de financer par la solidarité nationale une mutualisation obligatoire pour les plus démunis ? Au demeurant, les dégrèvements fiscaux et sociaux des contrats collectifs dassurance complémentaires reviennent déjà à les faire indirectement financer par la solidarité obligatoire : le raisonnement est spécieux.
(2) On voit bien se dessiner la création dun grand Régime gérant les prestations en espèce, cohérent avec les positions du Medef.
(3) Quelle logique préside à laffectation de la santé au niveau national, et celle du domaine social au niveau local?
Les principes de mise en uvre de la CSS : ne plus copayer, protocoliser, prioriser.
En finir enfin avec le ticket modérateur et le copaiement : En effet le ticket modérateur actuel ne modère rien du tout, et le co-paiement avec les assurances complémentaires engendre une co-irresponsabilité qui complique la mise en uvre de procédures efficientes de gestion du risque.
Cette globalisation nexclut pas de recourir à des dispositifs de type franchise annuelle par exemple pour la prise en charge des dépenses.
On ne peut quêtre daccord avec le constat sur linutilité, et même lirresponsabilité du système du co-paiement. Il sagit dun accord objectif. Par contre, linstauration dune franchise individuelle serait tout aussi inutile et irresponsable que lest le ticket modérateur. Peut importe que change le contenu, livresse provoquée par le contenant sera la même.
La protocolisation est lapplication à un patient de façon personnalisée de toute une stratégie de traitement, de suivi, de prévention, de gestion des complications ultérieures et ceci en conformité avec les données scientifiques les plus récentes.
L'établissement de priorités est un impératif pour ne laisser en dehors de la couverture santé solidaire, des actes que la majorité des citoyens peuvent assumer de façon correcte à travers des assurances supplémentaires des dépenses familiales personnelles. Ces priorités seraient approuvées chaque année par le Parlement de façon concomitante avec lenveloppe financière afférente à lassurance maladie universelle et celle correspondant à la politique de Santé Publique.
A titre indicatif, le socle des priorités couvertes par la couverture santé solidaire pourrait être le suivant :
- les actions de prévention et de dépistage validées ainsi que les soins consécutifs à ces actions.
- la prise en charge des pathologies lourdes par leur chronicité ou leur sévérité.
- La prise en charge des maladies émergentes.
- Les soins qui concernent les mères et enfants et ceux afférents aux personnes âgées.
- Les pathologies transitoires de ladulte sous réserve dune utilisation rationnelle des services et soins de santé retracés au sein du dossier médical électronique du patient.
Le panier de soins pris en charge par lassurance solidaire se définit négativement, par exclusion des «actes que la majorité des citoyens peuvent assumer de façon correcte à travers des assurances supplémentaires des dépenses familiales personnelles». Cest une nouvelle approche, un peu inattendue, mais tout de même un peu sommaire, et peut-être intéressée, parce quintéressante pour les promoteurs dassurances dite «supplémentaire» ? |
Lévaluation, mode d'emploi :
Linstitut Montaigne propose la mise en uvre dun système dinformation, un dossier médical électronique, une évaluation a posteriori :
« La mise en uvre des systèmes dinformation reposant sur des architectures ouvertes orientés vers la gestion des risques et la qualité, et non limités à la seule gestion administrative et comptable sont le levier central de lamélioration densemble des performances de notre système de santé.
Un dossier médical électronique doit rassembler les éléments médicaux soignants et administratifs. Le volet médical comprend les éléments dobservation médicale, les antécédents, les prescriptions dexamens et de médicaments et les traitements en cours.
Pour un patient, ces informations sont ainsi un véritable « capital santé » que les technologies modernes permettent de préserver. Avec laccord du professionnel de santé, auteur des informations, celles-ci doivent être disponibles pour le patient ou la personne à laquelle il a donné procuration. La disponibilité de ce capital santé permet denvisager une réduction des actes et des prises en charge redondants ou inutiles aujourdhui très nombreux et facteurs de désagrément, de risques iatrogène et de surcoût.
Pour un professionnel de la santé légitime et autorisé par le patient, laccès aux informations quil a lui même produites, mais aussi à celles produites par les autres professionnels qui prennent en charge le patient et la base de « lexercice collégial » dautant plus nécessaire que le dossier est complexe. Comme le préconise le rapport FIESCHI, le partage des données concernant un patient peut seffectuer grâce à lintervention dun tiers hébergeur qui rend possible cette mise en place sans donner à lun des acteurs une prééminence mal acceptée par les autres.
Signalons que le groupe Kaiser plus important HMO américain à but non lucratif a mis en place pour ses huit millions adhérents un système de gestion de dossiers médical électronique accessible par les patients eux-mêmes et les professionnels de la santé.
A partir de lexistence dun dossier médical électronique sécurisé disponible, il est possible denvisager la trame générale dune gamme de procédures dévaluation à posteriori.
Ces procédures peuvent concerner un ensemble de dossiers patients préalablement anonymisés, choisis au hasard sur des critères (patients traités dans tel service, par tel praticien
) ou à linitiative de telle ou telle institution habilitée par la loi sur les droits des malades. Elles peuvent être également ciblées sur un patient bien précis par exemple dans le cadre dun contentieux.
Lévaluation elle-même consiste à apprécier dans le dossier individuel la différence entre « ce qui a été fait » et « ce qui aurait dû ou pu être fait »en fonction de référentiels adaptés et validés ou apprécier par exemple la qualité de la coordination des soins sur une période fixée
Théoriquement tous les professionnels de santé en charge de patients devraient être soumis à ce genre d évaluation et en particulier tous les médecins libéraux, hospitalier ou salariés. Les dysfonctionnements répétés par les évaluateurs devraient donner lieu à toute une gamme de conséquences : remarque confraternelle, remarque suivie dune deuxième évaluation rapprochée, obligation de stage de formation continue allant jusquà une suspension provisoire dexercice pour les fautes graves et récidivantes.
Il est clair quémergerons à linitiative des professionnels de santé des institutions à même de réaliser, de véritables audits médicaux. Ces institutions certainement très diversifiées pourraient émaner de sociétés savantes, duniversités de santé, voire de cabinet daudit qui élargiraient leur prestations. Ces institutions elles- mêmes devraient être accréditées au niveau national. Cette accréditation pourrait être une mission de lANAES. »
La question :
Coordination ou protocolisation ?
Extraits :
« Une première possibilité qui a sa logique et sa cohérence compte tenu du caractère national de lassurance maladie universelle ainsi que de son mode de financement pourrait à sinspirer des modes de gestion des systèmes nationaux de santé et de certains HMO américains cest à dire dimposer aux patients le recours à des structures référentes, quils choisiraient à priori. Ces structures conventionneraient avec lassurance maladie universelle en proposant une offre de soins. Les soins dispensés au sein des structures référentes seraient pris en charge totalement et pourraient être pris en charge partiellement hors de ces structures. En pratique, le passage par un médecin généraliste référent (gate-keeper) serait la règle comme cest le cas dans la quasi-totalité des systèmes publics européens pour bénéficier de la Couverture Santé Solidaire et laccès aux médecins spécialistes serait limité.
Cependant, il nest pas sûr que le corps social français soit réceptif à ce type de procédure, dautant que lexpérience dite du médecin réfèrent conduite à la fin des année 90 par la CNAM, na pas rencontré un succès éclatant puisquelle à concerné 9,4 % des médecins généralistes et 1 % des bénéficiaires de lassurance maladie. Observons également que le concept de «gate-keeper» mis en uvre par les HMO américains est contesté comme le souligne une analyse récente publiée par The British Medical Journal «De nombreux américains désertent les HMO au profit des PPO (Prefered Provider Organisation) ou des plans « Point of service» : dans le premier, il ny a pas de gate-keeper mais des incitations financières à consulter dabord des praticiens sous contrat dans le second il y a un gate-keeper, mais laccès direct au spécialiste de son choix reste possible et payant.
Comme lanalyse Joseph RIWAL dans « filières et réseaux » de mai-juin 2003 :
« La condamnation du gate-keeper se fait simultanément sous les coups des patients et des progrès organisationnels : ceux-ci prennent la forme de deux innovations, le Disease Management dune part, qui prend spécifiquement les patients atteints dune infection chronique, et une nouvelle sous-spécialité médicale, celle d « interniste référent hospitalier » (en anglais « hospitalist »), praticien (aujourdhui au nombre de 5000) et dont le travail est daccompagner le séjour hospitalier dun patient, dont il est responsable le temps de son hospitalisation une sorte de gate-keeper exclusif, à temps-plein et sur site, au moment où le malade coûte le plus cher. La formule savère beaucoup plus rentable que celle du gate-keeper ambulatoire dont on voit bien quil est dabord là pour réguler laccès aux listes dattente des spécialistes ».
Aux Etats-Unis comme ailleurs, les patients préfèrent et réclament un système de soins confortable et offrant toutes les libertés. Il y a donc effectivement une pression pour sortir de lobligation de consulter un médecin référent. Ce que lInstitut Montaigne ne dit pas, et ce que la revue « filière et réseaux » ne précise pas, cest que laccès à une PPO, qui existe depuis longtemps, suppose une cotisation PLUS CHERE que laccès à une HMO, sans parler dun système équivalent au système français (Indemnity act), qui est également proposé par certains assureurs américains, sous réserve de cotiser TROIS FOIS plus cher que pour une HMO. En dautres termes, la responsabilisation passe par la cotisation, qui est modulée en fonction des exigences de confort des patients, et quand on parle de « structures référentes » en France, rien ninterdit de proposer aux patients des parcours plus ou moins libres, à condition quils soient plus ou moins onéreux en cotisations, ou plus ou moins bien pris en charge. La seule chose importante est que les soins absolument médicalement nécessaires et suffisants soient quant à eux, intégralement pris en charge pour tous grâce à une cotisation solidaire. Mais opposer de façon caricaturale « gate keeper » pur et dur dun côté (sans doute peu compatible tel quel avec la « tradition » française), et libéralo-laxisme de lautre (même « protocolisée), relève dune approche simplificatrice.
Quand à « linterniste référent hospitalier », rien de nouveau, il était déjà présenté sous la forme dune « nurse référente », à un groupe de français de dirigeants par des éditeurs de guide line Californiens il y près de dix ans déjà (cf Elan social numéro 34, HMO made in USA). |
Lautre alternative, retenue par lInstitut Montaigne, prend en compte les possibilités actuelles et potentielles des systèmes dinformation ainsi que le développement des protocoles de soins.
« La couverture Santé Solidaire sexplicite par des services et les soins de santé protocolisés, et retracés au sein du dossier médical électronique du patient.
Un protocole de soins décrit le plus précisément possible lensemble des soins nécessaires à la prise en charge dune pathologie ou dune situation médicale. Ces soins validés par des experts sont conformes aux données actuelles de la science et (re)évalués régulièrement.
La description du protocole de soins prend en compte les compétences du producteur de soins, les caractéristiques de la technique utilisée et la situation médicale du patient.
Rappelons que selon la CNAM 5% des assurés représentent 51% des dépenses, ce sont essentiellement des assurés très malades et très âgés. Au-delà de 75 ans un assuré sur deux est pris en charge à 100% par le régime solidaire pour une ALD et la population de cette tranche dâge double tous les vingt ans ! »
NB :
Rappelons une nouvelle fois que ces chiffres doivent être relativisés, une bonne part étant issus de la comptabilité analytique hospitalière, qui prend en compte des dépenses qui ne doivent rien au coût des « grands malades » : revendications salariales, hôpitaux de proximité, bâtiments historiques, gigantisme de certaines structures, etc
Sagissant des ALD pour les assurés de plus de 75 ans, elles ont « explosé » bien plus pour permettre la prise en charge des visites à domicile, quen raison de létat de santé des intéressés.
Le décloisonnement ville-hôpital :
« Nous estimons que la rupture du continuum au niveau ville-hôpital est une source considérable de gaspillage financier mais aussi un symptôme de non qualité. Le mode de financement des hôpitaux que préconise lInstitut Montaigne sur la base de tarification à lactivité et la fongibilité des enveloppes (hospitalière et ambulatoire) sil est mis en uvre rapidement- permet aux acheteurs de soins de susciter de véritables réseaux de soins coordonnés ville-hôpital, sans avoir à recourir à des modes de financement spécifiques, comme cest le cas aujourdhui, source de bureaucratie et de marginalisation de fait de ces réseaux. »
Dans ce domaine, lInstitut Montaigne sen tient à lidée reçue selon laquelle le cloisonnement ville-hôpital serait une source de gaspillage financier et un « symptôme » de non qualité. Ceci nest ni chiffré ni démontré, et lexistence dune citadelle médico-municipo-syndicalo hospitalière ingérable et intouchable est, en tant que telle, certainement beaucoup plus une source de gaspillage (plus de 50% de nos dépenses) et de non qualité, que le fameux « cloisonnement ». Enfin, les solutions proposées, c'est-à-dire des réseaux de soins évidemment « ville-hôpital », comportent des limites, les réseaux de soins en question ayant déjà démontré quils sont dun impact limité tant sur le plan géographique (proximité immadiate avec les établissements), que pour ce qui concerne la population (une infime partie des assurés est concernée) ou les acteurs (quelques libéraux seulement, souvent à temps partiels à lhôpital), et, pour tout dire, quils restent très
. Hospitalo-centristes.
La deuxième grande question :
Quelle articulation entre Assurance Maladie Universelle et Assurance supplémentaire ?
« La couverture Santé Solidaire et sa protocolisation ont des incidences importantes sur le mode de gestion de lAssurance Maladie Universelle mais également sur les institutions dAssurance supplémentaire.
Les Institutions gérant lassurance maladie universelle.
Loption de privilégier lutilisation des protocoles médicaux pour réguler la couverture Santé Solidaire oblige à repenser les méthode de gestion actuelles des organismes dassurances obligatoires. En particulier, pour assurer un réel suivi des protocoles, le système dinformation doit être repensé pour mettre en uvre un véritable traitement médicalisé des demandes de remboursement, en lieu et place dune liquidation administrative aveugle.
Le traitement médicalisé des prises en charge permettra à la fois de garantir une prise en charge médicale conforme aux données de la sciences, mais aussi de limiter les excès de consommation, abus ou fraudes.
Les institutions dassurance supplémentaires
Les soins et service non intégrés à la Couverture Santé Solidaire relèvent de la responsabilité et de linitiative personnelle et peuvent être couverts sur une base volontaire totalement ou partiellement par une assurance supplémentaire soit à titre individuel soit à titre collectif (contrat groupe).
Pour favoriser laccès à ce type dassurance, une aide familiale à lassurance supplémentaire en fonction des revenus (avec lissage pour éviter des effets de seuil) devrait être envisagée.
Il appartient aux assureurs supplémentaires de définir la nature des biens et services de santé quils prennent en charge, de conclure sils le souhaitent, des contrats avec les professionnels de santé pour préciser les protocoles éventuels retenus et définir les modalités techniques et financières de cette prise en charge ainsi que les procédures dévaluation.
Cependant un nouveau concept va simposer, celui dune protection globale de la santé recouvrant au-delà de lassurance, de nouveaux modes de services et dorganisation de soins. Cette demande nouvelle concernera une gamme variée de services : information, orientation, prévention, second avis médical, assistance à domicile, etc. La banalisation des réseaux généraux ou par pathologies améliorera la coordination et la continuité des soins.
Dans ce contexte, à elles seules, ni lAssurance Maladie Universelle, ni lassurance supplémentaire, ne pourront répondre à cette demande. Cest pour cette raison, et sans a priori idéologique, quil faut sereinement envisager, en tenant compte des situations locales, des mécanismes de délégation de gestion du risque de lAssurance Maladie Universelle vers lassurance supplémentaire, et de lassurance supplémentaire vers lAssurance Maladie Universelle, voire des deux conjointement vers de nouveaux acteurs, institutions médicales et de service à même de répondre à ces nouvelles demandes. Cette vision, et les actions qui en découlent, sont plus réalistes et plus opératoires que ce que les débats actuels suggèrent sur le sujet (co-paiement, co-régulation, co-responsabilité).
Comme nous lavons signalé il serait tentant dans un tel système solidaire de limiter la liberté de choix des patients comme cest le cas dans tous les pays européens pour les systèmes dassurances publiques en imposant le choix dun médecin généraliste référent et en interdisant laccès direct aux médecins spécialistes. Nous préférons maintenir ce qui fait la spécificité de notre système auquel nous sommes très attachés en laissant le patient libre de consulter le médecin de son choix dans le cadre de services et soins protocolisés pris en charge intégralement au titre de la couverture Santé Universelle.
En revanche et dans lintérêt du patient, afin de garantir un haut degré de coordination des soins, de réduire la fréquence des erreurs médicales par la mise en place de procédures dévaluation, les protocoles de soins systématisent la tenue du dossier médical électronique retraçant lensemble des épisodes de soins. Ce dossier, propriété du patient, sera conservé au choix de ce dernier soit par son médecin personnel soit au sein dun hébergeur de données.
Le financement de lAssurance Maladie Universelle reposant sur des bases claires (CSG Santé) les responsables de la caisse maladie universelle peuvent mettre en place des mécanismes financiers incitatifs très diversifiés pour responsabiliser les patients et réguler si nécessaire les dépenses. On peut envisager nous lavons déjà signalé des mécanismes de franchises annuelles au niveau de la famille avec des possibilités de dispense de ces franchises si les protocoles de prévention par exemple sont respectés. »

Le sort des professions de santé
« Les caisses dassurance maladie universelle négocient au niveau régional des conventions avec les différentes professions de santé et les différents prestataires de services. Ces conventions portent sur la nature des protocoles retenus au niveau régional et leur financement. Elles comportent plusieurs volets relatifs aux différentes classes de protocolisation (santé publique, dépendance, soins..).
Rappelons que ces protocoles définis au niveau national simposent sur lensemble du territoire mais on peut parfaitement admettre que telle ou telle action de santé publique ou de prévention soit ciblée au niveau régional. De même les prises en charge financières peuvent être modulées sur un territoire par exemple en fonction de la démographie de telle ou telle profession de santé sur ce territoire. Observons que le droit du malade nest pas défini par lassurance maladie universelle mais par le praticien qui doit être conscient de sa responsabilité et se référer à des protocoles à ce titre admettre de procédures dévaluation à postériori garantissant au patient la qualité des soins dispensés. »
Dans le domaine de la prévention, lessentiel est dabord de faire baisser la « mortalité prématurée évitable ». On meurt précocement en France à cause du tabac et de lacool, (plus de 60 000 morts par an, beaucoup plus dans quelques années les femmes sétant mises à fumer), des accidents de la route (plus ou moins 10 000 morts selon les époques), du suicide, du SIDA (2000) morts). Les tableaux de bords des Observatoires régionaux de santé publique donnent à peu
près le même tableau dans toute la France, et on peinait à trouver, dans les Conférences régionales de santé publique «des spécificités régionales» en matière de morbidité ou de mortalité.
On ne voit guère ce que des « conventions régionales » avec les professionnels de santé apporteraient de déterminant, sauf à répondre à la mode du moment. La seule chose qui mérite dêtre régionalisée financement compris est la gestion des hôpitaux.
« Nous rappelons que les soins et services relevant de la couverture Santé Solidaire sont sans reste à charge pour le patient, cest-à-dire que les honoraires du professionnel de santé conventionné au titre de lAMU correspondent au tarif de responsabilité fixé par la convention.
Dans ce contexte la distinction actuelle entre secteur 1 et 2 na plus de raison dêtre. Les conventions fixent également les procédures et modalités dévaluation de la pertinence des soins conduits par des instances médicales indépendantes de lassurance universelle.
Observons quavec ce dispositif, lensemble des professions de santé bénéficie dun espace de totale liberté tarifaire cest celui qui concerne les soins et les services qui ne relèvent pas de la couverture Santé Solidaire et qui pourront être pris en charge totalement ou partiellement par les institutions dassurance supplémentaires. »
Ces derniers points sont des points daccord objectif entre lInstitut Montaigne, lAssociation des directeurs de Cpam, et moi-même.
(1) Les titres sont de la rédaction
| OTER A LHOPITAL LES BOULETS QUIL A AUX PIEDS
Tous les rapports et analyses sur le sujet convergent : lhôpital ne sait plus où il est, ni où il va, alors que tout change autour de lui, y compris les modalités dhospitalisation. Un système rigide, figé par le règlement, incapable de sadapter, conduit à une démotivation des acteurs, à une impossible gestion des ressources humaines, à une réglementation foisonnante et à une gouvernance inexistante. Avec aujourdhui, lémergence de carences dans la prise en charge des populations.
«Lhôpital a des boulets aux pieds » : cette formule de la Fédération hospitalière de France résume le diagnostic.
Plutôt quune réforme globale qui ne verra jamais le jour, (
) ladoption contractuelle et progressive de modèles qui ont déjà fait leurs preuves en France.»
DES ETABLISSEMENTS DE SOINS PRIVES A BUT NON LUCRATIFS
Il est devenu impératif de donner la possibilité aux établissements publics de santé qui le souhaitent de devenir des établissements de soins privés à but non lucratif. De nombreux établissements assimilés par lopinion à des établissements publics fonctionnent en réalité dans ce cadre : la fondation Rothschild, lhôpital Foch, lInstitut mutualiste Montsouris, la clinique Beau Soleil à Montpellier, lhôpital Saint-Joseph à Marseille, etc.
Ce statut permettrait des règles de gestion souples qui relèvent du domaine privé: pas de séparation entre ordonnateur et comptable, une politique financière active. des personnels sous contrat de droit privé, y compris des médecins qui sont alors salariés dans le cadre dune convention collective de branche. Les personnels relevant aujourdhui de la fonction publique hospitalière seraient détachés auprès des établissements de soins par lAgence régionale dhospitalisation (ARH) selon une formule sinspirant, par exemple, de ce qui a été opéré pour La Poste ou France Télécom.
La masse salariale afférente serait prise en charge sur le budget de létablissement. Ces personnels seraient clairement placés sous la responsabilité du directeur de lhôpital qui doit pouvoir dispenser à leur égard des primes, attribuées par létablissement, ou des sanctions, par exemple la perte de leur emploi et leur remise à disposition de lARH.
DES ÉTABLISSEMENTS « POLYMORPHES »
Confronté à de profondes évolutions, lhôpital de demain sera ouvert et polymorphe avec des organisations diversifiées, nassurant que des missions correspondant au contexte dans lequel il se situe. Louverture vers la ville doit samplifier. Pour désengorger les urgences et améliorer la prise en charge des malades, lInstitut Montaigne propose dexpérimenter rapidement la création de véritables « maisons médicales durgence », extérieures à lhôpital, mais en relation avec lui et avec la médecine de ville. De telles maisons médicales relèveraient clairement du service public, la décision de création et leur budget de fonctionnement incombant à lAgence régionale dhospitalisation.
Il faut de plus évoluer vers des universités de santé, disposant dune taille critique suffisante pour être compétitives et attractives au niveau européen et international ;
Chaque établissement, verrait son budget dédoublé : un budget de service public couvrant les urgences, la formation, la prévention, la permanence des soins, et certaines contraintes liées à laménagement du territoire. Ce budget serait alloué par lARH et financé sur le budget de lÉtat. Et un budget de soins relevant des acheteurs de soins, au premier rang desquels lassurance-maladie universelle pour les soins couverts par le régime obligatoire. Quel que soit létablissement, le financement des soins serait établi sur la base de coûts par activité pertinente, spécifique à chaque établissement.
Un établissement dynamique, contrairement à ce que lon voit aujourdhui, sera donc mieux rémunéré que celui qui naccueille que peu de patients ; un hôpital peu attractif sera, à linverse, amené à se reconvertir ou à fermer.
Une gouvernance dite de « proximité », avec un conseil dadministration stratégique restreint, émanant largement de la société civile, présidé par une personnalité indiscutable et indépendante ; la procédure de désignation des membres du conseil relève de lautonomie de létablissement ; un directeur nommé par ce conseil, et, éventuellement, une direction médicale.
La mission régalienne de lÉtat doit être réaffirmée dans le domaine de la santé pour garantir et faire revivre le principe dégalité. Les ARH doivent devenir le véritable bras séculier de lÉtat. Les patients doivent être associés aux processus de décision par lintermédiaires de leurs représentants. La qualité doit être évaluée, et non déclamée, en sappuyant notamment sur un véritable dossier médical anonymisé, et une procédure daudit qui pourrait sinspirer du modèle existant au Québec.
Lévaluation doit conduire les établissements à afficher, au niveau de leurs services et départements, les labels dont ils bénéficient. La mise en uvre de ces procédures dévaluation a posteriori doit devenir un instrument normal de gestion pour veiller à la qualité des soins dispensés et à réduire les erreurs médicales. Des institutions à même de réaliser de telles évaluations a posteriori véritables audits médicaux émergeront à linitiative des professionnels de santé. Ces évaluations pourront être commanditées par lARH, les acheteurs de soins, le conseil dadministration de létablissement, les assureurs en responsabilité civile ou des associations de patients agréés.
Le document intégral est consultable sur le site de lInstitut Montaigne : www.institutmontaigne.org |
Comme lAssociation des directeurs de Cpam, lInstitut Montaigne mise sur la protocolisation pour ne mettre à charge de lassurance solidaire que ce qui mérite médicalement de lêtre. Mais comme pour lAssociation des directeurs, se pose la question de ce qui nest pas protocolisable, ou ne mérite pas de lêtre, qui va bien au-delà de ce quon imagine si on veut bien comprendre quil ny a pas, en médecine de ville, 50% ou 80% des dépenses, ou plus, concernant des assurés grands malades, qui relèveraient dun tel processus ; en effet, une grande partie de ces pourcentage de dépense provient du coût des structures hospitalières (et non du coût des patients). Il est vrai que les représentants de lInstitut arguent que les responsables des assurances universelles comme des assurances supplémentaires seront alors en situation « dacheter une offre de soins hospitalière », et donc de mettre de lordre dans un hôpital au demeurant reconfiguré en établissements privés à but non lucratifs, et mis sous le joug de la T2A (cf. le document de lInstitut sur lhôpital, présenté par ailleurs). La question reste de savoir comment une assurance universelle pourrait ne conventionner qui bon lui semble à travers une technique de protocolisation sans imaginer un conventionnement à deux « étages », mais en imposant la simple alternative, dêtre « conventionné ou pas » dans ses actes, selon quon protocolise ou non, sachant que la CSG reste elle, universelle. En effet, lInstitut propose purement et simplement la disparition des secteurs « 1 » et « 2 », qui « nauraient plus de raison dêtre
Quoiquil en serait dans un tel cas de figure, comme lInstitut Montaigne renonce, contrairement à lAssociation des directeurs pour partie au moins, à toute forme de coordination des soins par un médecin référent, il faut donc comprendre que tout ce qui nest pas « protocolisable » risque de tomber directement dans le panier des « assureurs supplémentaires ».
Dès lors quon admet la fin du copaiement, et le partage des soins remboursables entre un assureur solidaire obligatoire et un assureur complémentaire devenu supplémentaire, la bataille se fait donc bien sur le partage des champs légitimes.
En proposant que « Pour favoriser laccès à ce type dassurance, une aide familiale à lassurance supplémentaire en fonction des revenus (avec lissage pour éviter des effets de seuil) devrait être envisagée. », on propose ni plus ni moins de financer sur des fonds publics laccès à des assureurs privés, ce qui, évidement, nest guère acceptable, mais reste en cohérence avec linvention la plus perverse de ces dernières années : celle de la CMU complémentaire, qui permet aujourdhui à des assureurs à but lucratifs de se présenter comme étant légitimes pour, en toute cohérence, pousser le système au bout de sa logique absurde.
De surcroît il est proposé que les Assureurs puissent par délégation, et en concurrence, gérer au premier euro des parts de marché de lAssurance maladie obligatoire, ce qui leur attribue un rôle dans les deux champs "couverture santé supplémentaire, mais aussi solidaire".
Gérard Arcéga |