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SECRETS EN TOUT GENRE
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Enquête sur les secrets de ce monde : secret médical, professionnel, social . Ou plutôt début denquête, car nous navons fait queffleurer la problématique. Le sujet est vaste, contreversé, passionnel. Nous navons pas enquêté dans les couloirs de la CNIL, ni passé à la question ordinaire de dignes représentants de la presse. On reviendra sur le sujet.
| Premier constat dimportance : toutes les professions qui adoptent une déontologie et prétendent au secret de leurs activités ont pour point commun de réfuter toute forme de contrôle extérieur, doù quil vienne. Cest une exception à la vie commune de taille, cest presque une prérogative exorbitante du droit commun qui nest sanctionnée par aucun vote démocratique. Dans ce monde là, on se juge entre soi, tranquille. | |
Deuxième constat : Bien entendu, tout cela est paraît-il destiné à protéger lhonnête citoyen de lintrusion de la puissance publique dans sa liberté personnelle. En foi de quoi le susdit honnête citoyen na pas le droit de savoir de quoi il est malade, et peut se voir du jour au lendemain traîner dans la boue en ouvrant son journal, sans avoir été entendu et pratiquement sans pouvoir répondre. | |
Troisième constat : : Le sujet est tabou, il est dangereux et malséant de laborder autrement quen alignant les incantations dune habituelle bonne conscience sociale. Une kyrielle dAyathollas veille au grain et déchaîne immédiatement une volée dexcommunications et autres bulles au malheureux impétrant qui a osé posé quelques innocentes questions sans respecter les interdits en vigueur. | |
Quatrième constat : la grande peur millénariste nous a fait entrer dans une ère proprement paranoïaque. Il est de bon ton de sinquiéter de la grande peur de lan 2000, celle de voir son intimité informatisée. Dans ce domaine, on ne peut que sinterroger devant lexploitation qui est faite de quelques étonnants paradoxes : cela fait 50 ans par exemple que des millions des feuilles de soins accompagnées de leurs ordonnances passent dans les mains de milliers dagents des caisses de sécu. A-t-on connaissance dun seul problème de secret médical trahi ? Les mêmes feuilles de soins traînent dans des sacs postaux au fond des centres de tris, dans des boîtes aux lettres ouvertes aux quatre vents, dans des locaux darchives qui sont loin dêtre blindés, et personne ne sen émeut. Mais dès lors que les mêmes données sont sur un " ordinateur ", cest la panique générale. |
Na-t-on pas obligé les caisses à refaire à grand frais des consulteurs, au motif quon pouvait lire dans la carte SESAM lexonération du ticket modérateur, alors que la même exo apparaît depuis des siècles sur les cartes dassurés sociaux, lisibles par le premier pékin venu ?
Ne sinquiète-t-on pas que des employeurs réclament et lisent le VIM (le volet médical informatisé) de la future carte VITALE, qui est pourtant inaccessible sans matériel adapté ? Sest-on inquiété jusqualors que les mêmes employeurs nexigent des dossiers médicaux papiers lisibles sans consulteurs, ainsi dailleurs que le certificat de naissance de la grand mère des candidats à lemploi ? Faut-il interdire le VIM ou, plus raisonnablement, prévenir et sanctionner ce genre de comportement ?
Cinquième constat : les deux grandes peurs de cette fin de siècle sont finalement celles du piratage et de linterconnexion des fichiers. Là aussi, il faut sans doute aussi relativiser. Dabord on pouvait "pirater" le courrier papier, le voler, le copier. Ensuite, il faut un mobile au crime : quel intérêt, dans quel but ? |
On a compris quil y a des risques, quil faut les mesurer et les prévenir, mais avec un peu de sérénité, et non en agitant des épouvantails dans des débats passionnés et irréfléchis. Car il existe un autre risque : quand tout intérêt général est sacrifié à la protection de la liberté individuelle, il ne faut pas sétonner dun autre côté de " la montée de lindividualisme ".
Nous avons interrogé quelques acteurs sur ce délicat sujet, et le résultat est riche denseignement. On notera avec intérêt que le Président du conseil de lordre des médecins nest pas le plus dogmatique, et quil nhésite pas au moins, tout en préservant les valeurs quil sert, à se poser des questions.
G. ARCEGA
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Le piratage et linter connexion des fichiers.
Un dossier sur le secret ne peut ignorer ce domaine particulièrement sensible dans le monde de la santé et de lassurance maladie mais aussi, et de plus en plus, dans le public. Les avancées dans ce domaine se font sous la surveillance vigilante de la CNIL.
Créée en 1978 avec en toile de fonds la hantise de " Big Brother ", elle montre une plus grande rigueur pour le secteur public (régime dautorisation) que pour le secteur privé (régime déclaratif).
La directive européenne de 1995 qui devrait être transposée dans le droit français en 2000 modifie cette approche et remplace la nature des organismes par celle des données. Parmi les renseignements interdits de fichier (opinions politiques, religieuses, syndicales ) figure la santé.
Il est, cependant, nécessaire de stocker et de véhiculer des données nominatives concernant la santé de la population pour deux raisons : la coordination et, par conséquent, la qualité des soins et le domaine de lassurance, pour les remboursements et les contrôles ; les données agrégées sont indispensables dans les domaines de lévaluation des pratiques de soins, de la santé publique et en particulier de la prévention.
Le passage de lun à lautre, nécessitant souvent le suivi de létat dindividus dans le temps, nécessite des " chaînages" qui peuvent poser problème : lexemple des résumés de sortie anonymes du P.M.S.I montre que, dans les petites structures, par des dates, des durées de séjour, lanonymat peut parfois ne plus être respecté.
Il faut, cependant, noter que le secret professionnel (dont le secret médical est un cas particulier) s'applique en dehors de toute transmission électronique : le dossier médical, les vignettes, les protocoles PIRES (concernant les affections de longue durée) sont depuis longtemps des supports dinformations sensibles : linformatisation ne facilite que laccès à des volumes importants dinformation.
On peut examiner les sécurités dans les trois étapes du cheminement des informations.
Le professionnel de santé, qui est responsable de la conservation des données couvertes par le secret médical et du bon acheminement de la Feuille de Soins Electronique (ordonnance de 1996 et décret du 30 décembre 1997), doit impérativement être sensibilisé à limportance des sécurités physiques et logiques et conseillé et aidé dans ce domaine. (1)
La CNIL propose à lheure de la libéralisation de la cryptologie, ladoption de " procédures locales de chiffrement pour garantir linviolabilité et la confidentialité des fichiers médicaux " et lélaboration, en concertation avec le service Central de la Sécurité des Systèmes dInformation dune charte de sécurité qui pourrait revêtir un caractère plus ou moins contraignant vis-à-vis des fournisseurs de logiciels. Document : La Réforme du Système de Santé Le Dispositif Sesam Vitale enjeux et perpectives Mars 1999
Il conviendrait, en particulier, dencourager par des incitations à imaginer lutilisation du Réseau Santé Social, seul réseau sécurisé mais actuellement peu attractif dans la mesure où " il ny a rien à voir " (un médecin).
Pour le transport de linformation, le professionnel de santé peut choisir Internet qui comporte une partie cryptée (codes des médicaments).
Sur le RSS, le chiffrement est actuellement limité aux seuls codes dactes et de prestations (quand ils seront utilisés) par le logiciel du lecteur bi-fente, mais un chiffrement fort à 128 bits, donc réputé incassable et intégral des FSE sera disponible courant 2000. Le RSS utilisable avec le lecteur bi-fente et la Carte de Professionnel de Santé est un réseau intranet sécurisé et à la différence dInternet, la traçabilité qui permet de connaître le cheminement dune FSE est prévue.
Sil ne peut être envisagé de rendre obligatoire lutilisation du RSS et de la Carte de Professionnel de Santé (CPS), il faudrait, cependant, quil devienne la norme car il est spécifiquement conçu pour le transport de ce type de données, comme dautres réseaux, donnant toute satisfaction, véhiculent les données financières.
| Enfin, à larrivée dans les organismes dassurance maladie, on ne saurait trop insister sur limportance des sécurités physiques et logiques et sur le droit de veto dont doit disposer le responsable de sécurité. |
En effet, si la masse des données dun professionnel ou même dun laboratoire est limitée, celle dun organisme peut susciter la convoitise, à des fins malveillantes ou simplement commerciales, dintrus. Même les données traitées à des fins statistiques peuvent être vulnérables à cause du chaînage (voir supra, cas du PMSI).
Un sinistre dans ce domaine aurait des conséquences, mal mesurables actuellement, mais certainement considérables sur la crédibilité de lassurance maladie. Un autre domaine, très sensible, concerne le volet " santé " de la future carte Vitale 2. Les éléments de base sont contenus dans larticle 36 de la Loi " CMU " et devront être précisés par décret en Conseil dEtat sur plusieurs points concernant, notamment, la nature des informations, les modalités didentification des professionnels et les copies possibles.
Actuellement, un axe central peut être retenu : ce volet ne recevra " que les informations nécessaires aux interventions urgentes ainsi que les éléments permettant la continuité et la coordination des soins ". La transcription de ces informations est soumise à laccord du titulaire de la carte ou de son représentant légal.
Dans sa délibération du 18 février 1999, la CNIL insiste sur lintérêt du titulaire de la carte. Il restera, ainsi, à conjuguer cet intérêt et lexhaustivité ou non des informations portées, en dehors de celles nécessaires en cas durgence quil faudrait même pouvoir lire avec une norme internationale. En létat actuel des textes, ce sera par le dialogue entre le médecin et le malade que cet équilibre devra être trouvé.
D. MARCHAND. (La plus grande partie des informations techniques ont été recueillies lors dun entretien avec M. André LOTH, Responsable du projet SESAM-VITALE à la CNAMTS.)
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RENCONTRE
AVEC LE PROFESSEUR GLORION, PRESIDENT DU CONSEIL NATIONAL DE LORDRE DES MEDECINS
LOrdre est une institution réputée plutôt conservatrice, cest le moins quon puisse dire. Son président nest certes pas un révolutionnaire, encore que lintéressé semble se réjouir malicieusement au cours de lentretien, des positions manifestement décalées quil prend à loccasion. Il est pourtant dun âge où on est présumé être devenu raisonnable, et le contraste est dautant plus accentué, de voir le Président National de lOrdre des médecins se démarquer des positions parfois un peu rigides de quelques syndicalistes de la profession.
Mais, à vrai dire, qui dans lère un peu folle que nous vivons, est ou nest pas finalement raisonnable ?
Quon en juge, sur un sujet aux implications parfois surréalistes : le secret médical.
INTERVIEW : G. ARCEGA
E.S. Gilles JOHANET, Directeur de la CNAMTS, avance parfois en parlant de " secret médical ", la notion de " secret partagé " - Quen pensez-vous ?
Dr GLORION : allons tout de suite au fond des choses, voulez-vous : un secret nest pas partagé sinon ce nest plus un secret.
Mais au-delà de cette boutade, faut-il rappeler que le secret médical est absolu, dans lintérêt même des malades. A priori, il est impossible dy échapper, sauf dérogation légale, comme en matière daccidents du travail par exemple, comme vous le savez.
Cela dit, il faut bien quil y ait une circulation dinformations, afin dassurer la continuité et la permanence des soins, et cela dun médecin à lautre. Mais dans ce cas, la motivation de secret partagé est limitée aux données nécessaires à la poursuite du traitement.
E.S. Mais quen est-il du secret partagé avec les personnels des caisses qui ne sont pas médecins, mais sont eux aussi soumis au secret professionnel ? Car enfin, depuis des décennies des millions de feuilles de soins accompagnées de leurs ordonnances sont passées entre les mains de milliers dagents, sans que jamais il ny ait eu le moindre problème.
Dr GLORION : Est ce une bonne chose ?
Cest un constat, un constat quon peut regretter. La maladie peut avoir des implications patrimoniales par exemple. Dans une petite ville, cela peut se savoir, et si un jour un patient se plaint, que se passera-t-il ?
E.S. Lagent sera sanctionné pour non-respect du secret professionnel, que ce secret soit médical ou pas ne change rien à laffaire. Pourquoi ne pas accepter que les personnels des Caisses puissent aussi respecter une éthique ?
Ne pensez-vous pas que le discours des médecins sur le sujet est parfois un peu dogmatique, et manifeste une considération très relative à notre encontre ?
Dr GLORION : Il y a en effet ce qui se voit et ce qui est difficilement dissimulable. Mais il y a aussi ce qui ne se voit pas, le secret médical concerne lun et lautre, toute la chaîne doit le respecter.
E.S. : A force dentourer le malade de tant de secrets, ne finit-on pas par aggraver la honte de lêtre ? Un séropositif nest il pas encore plus stigmatisé à force dêtre caché ? En quoi cela est-il un problème dêtre malade et de le dire ?
Dr GLORION : Je ne crois pas que le secret médical aggrave les choses au contraire, lintimité de chacun doit être respectée. Le problème sest aussi posé pour le carnet de santé, cest un fait culturel dans notre société, je le constate et jen prend acte.
E.S. : Ce fait culturel est-il une fatalité quil faut subir ou une conséquence de lattitude des élites ? Comment sétonner de la montée de lindividualisme en le déplorant dun côté, tout en privilégiant la préservation de lintimité individuelle à tout prix de lautre ?
Comment trancher entre la liberté individuelle et lintérêt commun ?
Dr GLORION : Eh bien je constate que dans notre culture lintérêt individuel passe avant lintérêt collectif.
Lintérêt commun nest pourtant pas absent des préoccupations des médecins, quand il sagit de santé publique.
Nous faisons un constat social, même si je crois aussi quune meilleure prise en compte de lintérêt collectif est souvent, au bout du compte, plus favorable à lindividu lui même.
ES : on assiste à une surenchère sécurisante dès lors quon informatise les données. Quand on pense aux milliers de feuilles de soins et dordonnances qui se promènent dans les caisses, dans des sacs postaux ou dans des locaux darchives sans que cela mémeuve personne, cela ne pose-t-il pas question ?
Dr GLORION : Je me pose la même question que vous. A quoi sert linformatique et toutes les techniques sécurisées, si les données ne sont pas protégées ?
E.S. : Je suppose quon craint le piratage ou linter connexion des fichiers. Mais enfin on sinquiète des informations médicales qui seraient inscrites sur la carte vitale, alors quun dossier médical papier est exigible et lisible bien plus facilement . Cest un peu paradoxal, lordre ne pourrait-il mettre un peu de sérénité dans le débat ?
Dr GLORION : Je pense aussi quil y a une grande peur plus ou moins raisonnée de linformatique. Je ne suis pas technicien dans ce domaine, nous avons des experts qui travaillent sur le sujet. Je crois quil faut effectivement dépassionner un peu les choses.
E.S. Ce numéro dElan Social comporte un reportage sur la Suède. Il y a dans les pays nordiques, des médecins référents, qui exercent librement leur art, sans être pris en otage par des patients transformés en clients consuméristes. Le " Gate Keeper " existe dans de nombreux pays évolués. La France doit-elle rester une terre dexception ?
Dr GLORION : :Mon impression est que la grande liberté dont bénéficient les patients est solidement ancrée dans les murs, et quil faudra du temps pour évoluer !
Pour linstant, loption référent comporte indubitablement des avantages pour les plus démunis : la tenue dun dossier médical, une orientation dans le système de soins, le tiers payant
Les choses ne sont pas destinées à être éternelles, mais pour le reste de la population la liberté daccès à un spécialiste est une habitude depuis des décennies !
Je conviens que certaines spécialités peuvent très bien faire lobjet dune orientation par le médecin généraliste. Mais passer brutalement dun système souple à un système rapide choquerait les Français.
Loption référent est une organisation qui a sa logique. Elle peut et elle doit faire ses preuves.
E.S. : que pensez vous alors de la décision du conseil de lordre parisien dattaquer les médecins référents en justice ?
Dr GLORION : Je pense quils sont dans lerreur.
Loption référent est une expérience, cest faire preuve de conservatisme que de refuser de rechercher une voie nouvelle.
Regardons objectivement cette expérience, si çà plait, dès lors que cest un libre choix, pourquoi le refuser, dautant que cela existe dans les faits : les patients sont fidèles à leur médecin.
E.S. : Que pensez-vous du plan stratégique proposé par la CNAMTS. ?
Dr GLORION : Je men tiendrais à un des aspects qui me paraît très positif : Cest celui de la qualité. Il est vrai quon ne peut pas se contenter dévaluer lacte médical en se basant sur la seule satisfaction du patient. Tout cela est frappé au coin du bon sens !
Convenons toutefois que lacte médical est difficile à normaliser. Dans sa réussite, Il y a un investissement personnel, psychologique, humain. Mais il faudra bien que les actes techniques qui sont de plus en plus complexes soient évalués et exercés par des spécialistes de la spécialité : il faut effectivement une habilitation. En 1999, une main doit être opérée par des spécialistes de la main, et il me semble normal que les Caisses demandent à payer des actes de qualité.
DANS ELAN SOCIAL AUSSI : LE SECRET DANS LES CAF. INTERVIEW DE MICHEL LANGLOIS ET ALAIN AUGER, RESPECTIVEMENT PRESIDENT ET DIRECTEUR DE LA CAF DE SEINE-SAINT-DENIS par Jean-Claude EUZET |