| Interview |
Claude BIGOT
DIRECTEUR DU CNESSS
Interview : Jean-Claude EUZET
Gérard ARCEGA et Jean-Claude EUZET ont rencontré Claude BIGOT, le nouveau Directeur du CNESSS. Après le dossier sur lécole réalisé dans le précédent numéro, il était normal quÉlan Social rencontre celui qui est maintenant à la tête de lécole. Ils ont vu un homme heureux qui a le sentiment dexercer un métier très différent par rapport à un Directeur ou un Agent comptable de caisse. Les deux fonctions apportent des satisfactions mais les contraintes sont différentes. Ici, on ne parle plus de production mais il y a dautres challenges et dautres préoccupations qui touchent au relationnel, à la prospective, voire à limaginaire. Il faut à la fois être très manager et très créatif. Le rôle du Directeur du CNESSS nest pas seulement dassurer formations et perfectionnement, il doit réactiver la réflexion et notamment se dire constamment : quest-ce quun Directeur attend dun élève à sa sortie du CNESSS ? Quel profil ? Quelles compétences ? Quel savoir-faire ?
E.S. : Claude, un regard sur le passé immédiat dabord, quelles sont tes impressions sur le dossier du CNESSS paru dans le dernier numéro dÉlan Social ?
C.B. : Le dossier quElan Social a réalisé donne une bonne image des réflexions qui animent les membres de léquipe de direction du CNESSS. Cet article reflète bien les réalités du moment.
E.S. : Que penses-tu du message donné par Yannick DHAENE à son successeur, à savoir quil faut que le CNESSS continue à apporter une plus-value institutionnelle, quil reste une " maison commune " et aussi un lieu douverture, déchanges et de rencontres ?
C.B. : Yannick Dhaene a donné son empreinte à lécole. Il a été un artisan majeur de la place, de limage et du rôle actuel du CNESSS. Je ne peux que rejoindre lopinion de Yannick : tous les agents de direction quels que soient leur niveau ou leur fonction doivent pouvoir se retrouver dans les actions menées, sachant que tous nont pas les mêmes attentes, les mêmes besoins. Il faut que le CNESSS sache " coller " à la réalité et à lactualité de ces préoccupations : il répondra ainsi à sa mission douverture déchanges, de rencontres.
On peut à titre dillustration citer laction programmée en liaison avec lANDAC sur le thème de " larchaïsme ou la modernité de la fonction comptable " : le sujet sinscrit dans les préoccupations du corps des agents comptables et des gestionnaires de lInstitution. La participation dépasse toutes les prévisions et nous avons dû limiter à 350 le nombre des inscriptions !
E.S. : Justement par rapport à la comptabilité, quelles sont tes idées pour la formation initiale ? Nest-il pas anormal que les élèves spécialisés, les fondés de pouvoir par exemple, soient obligés de suivre les mêmes cours de base que les débutants ? Est-ce quun système plus modulaire ne serait pas mieux adapté pour tous ?
C.B. : Nous travaillons effectivement sur la mise en place dune certaine " modularité " des enseignements. Les premières mises en application se font dès le 3ème cycle de la 38ème promotion pour des matières telles que le droit du travail, le contrôle de gestion et les contrats et marchés.
Lévolution vers loptionnel nest pas retenue aujourdhui pour lenseignement de la comptabilité. LInstitution a un besoin important dagents comptables. Les élèves névaluent pas toujours correctement leur niveau. La connaissance détenue avant lentrée à lécole ne coïncide pas obligatoirement avec celle requise pour les épreuves qui permettent dobtenir loption comptable. Or il nous faut former des comptables diplômés.
Par ailleurs, il est patent que la coexistence dans des groupes de participants ayant des niveaux différents a contribué à souder les élèves de la 38ème promotion. Les élèves mont souligné limportance de laide volontaire apportée par les comptables à ceux qui en ont le plus besoin. Cette solidarité, base de la cohésion est certainement une caractéristique du CNESSS.
E.S. : Pour pousser ce raisonnement dans un autre domaine, le perfectionnement, ne peut-on mieux calibrer le contenu des stages grâce à un travail dapproche des stagiaires et de leurs attentes en amont de ces stages ?
C.B. : Je suis sensible à cet argument mais, il faut bien définir le champ des actions que couvre ce secteur. La CNESSS a élaboré un catalogue très riche dactions de perfectionnement dans tous les domaines, grâce aux actions de Daniel Barry et Charles Serrano qui se sont succédé comme responsables de ce secteur, avant larrivée de Pascal EMILE.
Ce catalogue permet de satisfaire des besoins très différents : formations obligatoires pour des cycles qualifiants, choix individuels, actions sinscrivant dans le cadre dune politique dorganisme, etc. Cela rassemble donc des publics très hétérogènes.
Trier, faire des groupes de niveau nentre pas dans les objectifs de lécole. Et cela dautant plus que le nombre de candidats pour une action peut être faible.
Par contre, je pense à une approche qui viendra en complément des propositions du catalogue : nous devons envisager de développer une approche plus ciblée et de satisfaire les besoins particuliers de catégories spécifiques, ce qui permettra dintégrer de manière cohérente le niveau des connaissances.
E.S. : En ce qui concerne la pénurie des agents comptables, le CNESSS va-t-il faire un état des lieux ?
C.B. : La pénurie de candidats aux postes dagent comptable est réelle dans tous les régimes et dans toutes les branches. La situation peut paraître paradoxale, puisque le nombre de diplômés formés ne cesse daugmenter, que ce soit par le biais de la formation initiale ou du CESCAF.
Nous ne disposons pas pour linstant de tous les éléments pour procéder à une analyse digne de ce nom, puisque les informations chiffrées sont particulièrement difficiles à obtenir.
Il y a là une difficulté réelle : il existe ici et là des fichiers spécialisés, répondant à des finalités bien précises. Mais aucun ne permet de faire vraiment le point sur les ressources de lInstitution en personnel de direction, ni de procéder à une évaluation sérieuse des besoins. Un état des lieux nest donc pas aisé à réaliser. Mais, le CNESSS entend participer à cette réalisation en partenariat avec toutes les parties intéressées.
E.S. : Lassociation soutient cette initiative et insiste pour que lon dispose dune véritable évaluation. Ne faudrait-il pas reprendre le cursus de tous les gens formés par le Cescaf ? Pourquoi le CNESSS lui-même ne ferait-il pas un audit sur cette question ?
C.B. : Le CNESSS ne dispose pas des moyens de savoir de manière exhaustive et systématique la carrière des personnels qui sont passés en formation, et cest fort regrettable. Mais il y a besoin dun véritable audit complet sur le manque de candidatures aux postes dagent comptable. Seule la recherche des véritables causes de cette désaffection permettra de faire émerger des décisions porteuses de solutions durables.
E.S. : Quels sont les projets par rapport à la formation initiale ?
C.B. : Les projets ne manquent pas pour continuer à faire évoluer la formation initiale. Cest bien sur la préoccupation de toutes les instances qui interviennent dans la vie du CNESSS.
Les axes stratégiques, arrêtés en 1998, constituent des pistes précieuses pour guider nos travaux.
Je ne donnerai ici que quelques pistes possibles :
- une meilleure exploitation de la richesse que constituent les stages ; cela recouvre notamment une meilleure préparation des élèves à ces périodes bien spécifiques, une coordination et une mise au point avec les maîtres de stages.
- une meilleure connaissance deux même par les élèves : chaque élève de la 38ème promotion va expérimenter dès cette année un bilan individualisé de ses potentialités.
- veiller à ce que la formation soit toujours à la fois concrète et opérationnelle. Il faut que chaque " futur ancien élève " puisse acquérir le sens de lefficacité de son action.
Une mention particulière doit être faite pour la mise en place dune base de données reconstituant une caisse fictive : SECUVILLE. Le directeur des études Philippe MARTIN a su animer efficacement un groupe de travail composé dagents de direction de caisses et dingénieurs de lécole des mines de Saint Etienne. Lobjectif est de permettre aux élèves de tester leur bonne compréhension des enseignements en se livrant à des simulations de gestion : toutes leurs décisions seront ainsi traduites en résultats tangibles, comme dans la réalité !
Cela a demandé un très gros travail et une importante mobilisation des énergies : un grand merci à toute léquipe dagents de direction qui a bien voulu y consacrer beaucoup de temps.
Je pense aussi quil faut en permanence actualiser la définition des qualités attendues par les directeurs de Caisses qui embauchent les élèves à la sortie de lécole. Pour cela je pense que mon rôle est non seulement dêtre à lécoute mais aussi de solliciter systématiquement lexpression des besoins. Je my emploie.
E.S. : Le perfectionnement va-t-il ou doit-il évoluer ?
C.B. : Jai déjà donné des éléments de réponse à cette question : pour moi en effet, le catalogue des actions de perfectionnement existant repose sur une analyse fine et pertinente des besoins des agents de direction.
Je pense que nous pouvons développer en complément des actions plus spécifiques. Jai commencé une série dentretiens avec tous ceux qui peuvent avoir des besoins à exprimer : Directeurs des régimes et des branches, présidents des associations des directeurs ; mon objectif est de tous les rencontrer avant la fin de lannée.
E.S. : Lécole nassure pas que la formation initiale et le perfectionnement des agents de direction. Il y a aussi les autres formations telles que le Cescaf, les 6 semaines pour la 2ème section, etc , toutes formations qui contribuent au prestige de lécole. Mais, en même temps, on retrouve " sur le marché " des responsables avec des formations différentes qui, dune certaine manière, viennent concurrencer les anciens élèves. Cest évidemment la rançon du succès mais nest-ce pas aussi le signe dun échec de la formation de base ?
C.B. : Les cycles qualifiants correspondent à une nécessité impérieuse reconnue par les pouvoirs publics. Ils sont la garantie dun niveau de formation pour ceux à qui les circonstances de la vie professionnelle nont pas permis de suivre la formation initiale. Si le CNESSS ne sétait pas investi sur cette mission, dautres solutions auraient dû être trouvées avec une exigence de qualité qui auraient pu être inférieure.
E.S. : Lécole a, depuis quelques années, bien développé le partenariat. Va-t-on conserver cette orientation ?
C.B. : Le partenariat, et dune manière générale tout ce qui peut contribuer à ouvrir le CNESSS sur lextérieur est un impératif. Lécole ne peut et ne doit pas vivre repliée sur elle même. Dimportants efforts ont été déjà entrepris dans des directions très différentes. Jentends bien non seulement les poursuivre, mais aussi les développer.
Des liens sont tissés avec les principales écoles de service public : cela permet des échanges de stagiaires, davoir des contacts enrichissants, de développer des connaissances réciproques. Cest aussi loccasion de se confronter à dautres pratiques pédagogiques et donc dévoluer.
Le partenariat avec Sciences-Po Paris donne dexcellents résultats depuis bien tôt 10 ans ; cest un moment fort de notre cycle de perfectionnement.
Il y a aussi tout le partenariat avec les autres systèmes de protection sociale. Si les premiers échanges ont eu lieu avec lAfrique ils se sont développés avec tous les partenaires possibles. Cela répond à un réel besoin et permet de tisser des liens qui bénéficient à tous (le CNESSS peut envoyer des élèves en stage dans environ 30 pays différents) ; cela contribue au rayonnement de notre culture et de notre savoir faire.
E.S. : Ces résultats remarquables ne masquent-ils pas labsence de contacts réguliers avec des universités ?
C.B. : Le CNESSS malgré tous ses efforts nest pas assez connu dans le monde universitaire. Il a fallu beaucoup de persévérances pour que le CNESSS ne soit plus ignoré des étudiants de la fac de droit de Saint Etienne (située à moins de 500 mètres de lécole) !
Notre action doit se situer au moins à deux niveaux :
- L information et la préparation des étudiants pour le concours dentrée : notre système actuel est fragile, trop dépendant de la bonne volonté et de labnégation de quelques personnes quil me faut remercier à cette occasion.
- La collaboration avec luniversité elle même, dans le domaine de lenseignement et de la recherche. Nous avons déjà un projet à létude avec luniversité de Saint Etienne et la Région Rhône Alpes.
E.S. : Il y a une chute brutale du nombre de postulants externes à lentrée du CNESSS. Cette chute est-elle liée à un manque de notoriété de lécole ?
C.B. : Il y a eu une diminution du nombre des candidatures externes pour le 39ème concours. Nous sommes passés de 2290 candidats en 1998 à 1670. Au delà de ce simple constat, il faut souligner la diminution très sensible des candidats qui ne se présentent pas, ou ne passent quune épreuve. De la même façon, le nombre des copies totalement " nulles " a très sensiblement diminué, ce qui traduit une réduction forte des " candidats touristes ". Je pense quil faut sen réjouir pour la réputation de notre école.