Interview |
CONVENTIONS DOBJECTIF
ET DE GESTION AVEC LETAT :
DU CONTROLE FORMEL A LEVALUATION DU SERVICE
Dominique Libault est bien connu de tous ceux qui fréquentent les coursives ministérielles. Toujours affable, même dans les négociations un peu difficiles, excellent connaisseur de linstitution, cest un Enarque brillant, ce qui est une évidence pour un énarque, mais cest aussi un militant de la Sécurité sociale, ce qui est déjà un peut moins évident. Dominique Libault est Sous directeur à la direction de la sécurité sociale, ancien responsable du bureau A.1 et vient dêtre nommé chef de service. Cette appellation anodine ne doit tromper personne ; dans une étrange hiérarchie, où un directeur adjoint peut-être un grade inférieur à celui de chef de service, un sous directeur est déjà un personnage dimportance : Le sous directeur du financement et de la gestion de la sécurité sociale soccupe de la loi de financement, de lensemble des sujets de recettes de la sécurité sociale mais a aussi la haute main sur tous les problèmes budgétaires et sur les conventions dobjectif et de gestion, et cest Dominique Libault que rencontrent les représentants syndicaux quand il sagit de négocier. Cest aussi lui linterlocuteur privilégié des représentants des diverses associations, le patron du secrétariat de la liste daptitude et il a en charge quelques autres activités telles que celles de la Commission de discipline des agents de direction. |
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Nous lavons rencontré pour linterview sur les conventions dobjectifs et de gestion : sujet un peu lointain pour les acteurs locaux, qui en percevront surtout les illustrations déclinées par branches ou régimes, sous forme de CPG ( ) pour les CPAM par exemple. Cest pourtant un sujet dimportance, et on mesure dans cette interview la révolution Copernicienne quaccomplit lEtat, qui tente de passer dune tutelle dite tatillonne, formelle et a priori, à une évaluation des performances du Service public. Lambition est forte, le chemin long à accomplir. Nous en voulons pour exemple les contrôles quexercent les représentants des DRASS, accompagnés désormais par les auditeurs de caisses nationales, dans le cadre des procédures disciplinaires. On lit sous la plume de ces commandos du contrôle, les résultats dune enquête parfaitement légitime sur les faits qui sont reprochés à des directions. Mais on y contemple toujours avec la même surprise les considérations dusage sur le management, qui relèvent de la seule subjectivité de leurs auteurs, ainsi que les résultats dune recherche acharnée sur le respect des formalités : les délégations de signatures sont-elles bien classées, le contrôle interne est-il formalisé, les procédures budgétaires sont-elles conformes à ce quen disent les formations qui croient quelles sont encore super-stratégiques, lemplacement du trombone sur la pièce justificative est-il conforme à ce que prévoient les circulaires ? Mais quen est-il des performances mesurées du service aux usagers, comment a évolué le coût de gestion, quels sont les résultats en matière de gestion du risque ? Autant de questions qui, toujours, ne semblent point spécialement émouvoir les enquêteurs. |
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On se réjouit dautant plus dentendre Dominique Libault affirmer quauparavant, dans les relations Etat /Institution, il ny avait quun regard de contrôle et de vérification de la régularité dans lapplication des normes. Le bon gestionnaire était celui qui respectait ces normes. On sen réjouit parce que tout cela est écrit à limparfait. Espérons que dans les services de lEtat aussi, on entendra le message
Quon ne sy trompe pas, lenjeu est dimportance. La Sécurité sociale est une sorte de vitrine davant garde de ce quon appelle " la modernisation de lEtat ". Elle lest parce quelle a les moyens de le faire, mais aussi parce que son image auprès du public est, en quelque sorte, une des plus " contrastée ". Elle lest aussi parce que lInstitution ne se contente pas dadministrer. Elle a en charge une fonction quon peut appeler de " production ", celle dassurer des paiements ou des recouvrements à une échelle industrielle.
Pour la première fois, lEtat, et un de ses éminents représentants qui a en charge la tutelle de la gestion des caisses, affirme haut et fort que la qualité du service aux usagers passe avant le respect des formes. Le message, publié dans ELAN SOCIAL, ne doit pas laisser insensible, il doit être entendu par tous les gestionnaires, et nous le resservirons en retour aux représentants de lEtat, à chaque fois que nécessaire, quon se le dise ! Pour tous les acteurs des caisses, il signifie quelque chose dimportance également. Le classement entre les organismes, lévaluation des agents de direction, ne se feront plus sur les mêmes critères, qui reflétaient une sorte de sérénité de la gestion administrative, et cela seulement. Désormais , il faudra accepter dêtre évalué et donc sanctionné sur les résultats des performances de service, mesurées le plus objectivement possible ; lAssociation des élèves et anciens élèves du CNESSS a entendu le message. A ce sujet, un rapport intitulé " Ethique de la mobilité et culture de lévaluation ", largement diffusé auprès de la totalité des anciens élèves, sera proposé à lassemblée générale du mois de Novembre.
Interview : Gérard ARCEGA , Jean Claude EUZET, Elodie CLAIR
La Convention sinscrit ainsi dans une démarche globale, centrée sur lamélioration du service public à lusager.
Elle oblige le gestionnaire à se fixer des objectifs locaux, elle permet un réel partenariat tout en mettant en exergue parfois ses limites, enfin, cette démarche cherche à concilier les impératifs de politique publique de lEtat et le cadre daction du gestionnaire
Jajouterai que cette contractualisation, repose également sur la gestion denveloppes globales et sur la notion de pluriannualité, deux concepts sur lesquels lEtat ne peut à lheure actuelle être précurseur pour lui-même. Pour toutes ces raisons les COG sont à mes yeux exemplaires dun nouveau mode de gestion du service public, dune nouvelle relation entre lEtat et ses partenaires.
La sécurité sociale fait ici office de précurseur vis à vis de lensemble des services publics..
La pluriannualité, dont lobjet est de donner un cadre clair au gestionnaire, nest pas incompatible avec le fait de réorienter certaines actions. A titre dexemple le retard dans la mise en place de pluriannualité du Fonds national daction social de la branche famille nest pas dû à lincompatibilité dune telle démarche avec les évolutions de ce secteur, mais plus à la difficulté détablir un diagnostic sur limpact des prestations daction sociale et la répartition des équipements sur le territoire.
La mise en place dune démarche pluriannuelle doit conduire les acteurs à mener un véritable travail dappropriation préalable en amont et un diagnostic partagé de lexistant avant de sengager dans toute contractualisation.
Pour conclure sur cet aspect, jajouterai que le vrai enjeu réside non pas dans le fait que la contractualisation soit perçue par tous les agents des organismes comme un exercice théorique entre les caisses nationales et lEtat, mais bien comme un élément structurant et donnant du sens à leur action.
ES : Une COG favorise-t-elle une meilleure prise en compte de lusager et de la qualité dans les politiques de sécurité sociale ?
DL : Bien entendu. Une des raisons mêmes des conventions passe par la formalisation puis la mise en uvre dengagements de service. La COG sert à mettre davantage lusager au cur des préoccupations de la sécurité sociale.
Il en va de légalité devant le service public. Certes légalité signifie que lon garantit quà revenu égal, les prestations reçues seront identiques. Mais cest aussi sur tout le territoire, légalité devant le service proposé : égalité devant linformation mais aussi dans laccès au droit, dans laide aux formalités, ou dans le traitement des dossiers et des litiges.
ES : A ce sujet ; que pensez vous des caisses qui recherchent la certification ISO 9000 ?
DL ; je suis favorable à lexpérimentation de mise en place de normes ISO 9000, comme outil parmi dautres mais pas obligatoirement comme une norme à suivre par tous.
Dautres démarches comme la mise en place dun véritable contrôle interne peuvent permettre, sans formalisme excessif, datteindre le même but .
ES : La COG est-elle de nature à favoriser la modernisation de lexercice de la tutelle ?
DL : Auparavant, dans les relations Etat Institution, il ny avait quun regard de contrôle et de vérification de la regularité dans lapplication des normes . Le bon gestionnaire était celui qui respectait ces normes, le droit et la transparence comptable, ce qui était le cas heureusement dans plus de 90% des cas.
Désormais, lévaluation dun gestionnaire reposera également sur la dynamique de qualité quil aura impulsée en local, sur sa capacité à se fixer des objectifs adéquats par rapport à la situation de la caisse et les attentes des allocataires aux résultats quil aura su obtenir. Il ny pas contradiction entre les deux aspects mais dialectique.
LEtat a engagé des efforts importants pour être à même de jouer son rôle dévaluateur même si cette évolution prendra nécessairement du temps. Il sest donné les moyens dexercer ce rôle en formant les inspecteurs des DRASS et en établissant des outils pour préparer les campagnes dévaluation. Une grille manageriale a également pour les inscriptions à la liste daptitude été élaborée pour évaluer les gestionnaires des organismes.
ES : Quel sentiment avez-vous sur le débat fonds propres/fonds affectés dans les budgets daction sociale des CAF ?
DL : je pense que le développement des prestations de service, voulu par le conseil dadministration de la CNAF, est une très bonne chose. Ceci étant, la branche famille ne doit pas être un simple guichet payeur mais être garant , face aux collectivités locales, dune véritable égalité des familles, sur lensemble du territoire, daccès aux services petite enfance. (ndlr : les fonds affectés ou prestations de service sont versés pour aider au fonctionnement des structures daccueil petite enfance et temps libres, à partir de critères paramétrés, sans marge dappréciation au niveau local).
On peut réfléchir à des scénarios où les CAF, et en particulier les conseils dadministration disposeraient dun vrai pouvoir de négociation des montants attribués en fonction du diagnostic local et, naturellement, des orientations nationales . Je pense que linitiative du fonds investissements crèches va dans ce sens.
ES : Nest-ce pas un objectif optimiste et nest-il pas difficile de concilier la dynamique de service à lusager et le strict respect des normes ?
DL : Je récuse le terme de normes dans la démarche de contractualisation : les objectifs de service, tels que la convention les prévoit, sont bien ceux que les branches se fixent elles-mêmes. Aux branches également dévaluer leur pertinence et par exemple de souligner à lEtat les défauts ou absence dans la réglementation qui empêchent datteindre ces objectifs. Mais il est certain que les caisses restent tenues dappliquer les lois mais ceci, je crois, ne fait pas débat.
ES : Une COG vous paraît-elle porter un meilleur équilibre entre lEtat et les partenaires sociaux dans la gestion de la Sécurité Sociale .
DL : Elle donne en effet loccasion dun meilleur équilibre mais ce nest pas un outil miracle. Si les deux acteurs ne souhaitent pas sentendre, la Convention napportera pas de solution. Lexercice de la COG oblige les deux partenaires à sinterroger sur leur propre fonctionnement. Du côté des organismes, la COG est le contraire dune vision autarcique, où chacun gèrerait son propre carré, vision qui me semble obsolète dans le domaine des politiques sociales, où les enjeux sont de plus en plus imbriqués les uns aux autres, et où une vision trop cloisonnée des différents sujets ne peut conduire quà léchec. Du côté de lEtat cela exige de tenir mieux compte des contraintes des gestionnaires et dutiliser à bon escient la faculté de changer les normes de droit que doivent appliquer les caisses.
ES : Le management du social est-il appris en scolarité de lENA ?
DL : Il manque sans doute aujourdhui un vivier de recrutement dadministrateurs sociaux qui occuperaient les fonctions sociales au sein de lEtat et de la sphère sociale. Le service public souffre de mon point de vue dun cloisonnement excessif entre lENSP, le CNESSS et lENA.
ES : Quelles sont les améliorations à prévoir pour la prochaine COG ?
DL : La dialectique entre le niveau national et le niveau local doit progresser dans certaines branches.
Par ailleurs les premières COG ont généralement pêché par manque de fiabilité des indicateurs , ce à quoi la prochaine devra remédier. En ce qui concerne le contenu, les sujets autour de la qualité de service vont être encore plus développés. Ainsi la prise en charge de lappel téléphonique sera un enjeu fort des prochains contrats, tout comme le développement de formes de médiation.
Des indicateurs de qualité, comme les enquêtes de satisfaction seront aussi certainement à mettre en place de façon régulière .
Enfin jaimerai que, caisses nationales et Etat, nous progressions dans les délais de négociation des COG afin de permettre aux contrats locaux de se mettre en place beaucoup plus rapidement. Une mise en place tardive vide la COG dune partie de son intérêt.