Interview |
![]() |
PHILIPPE GEORGES, DIRECTEUR DU FONDS CMU :
|
| Philippe Georges est aujourdhui le
premier directeur du fonds CMU. Il connaît bien lInstitution : il a été à
une époque directeur adjoint de lACOSS, mais a aussi exercé des responsabilités
au Ministère, à la Sous direction de lassurance vieillesse, et à celle de
lassurance maladie. Au moment de la rédaction des Ordonnances de 1996, il était au
Cabinet du Ministre, M. Barrot. Il est apprécié de ses interlocuteurs pour son extrême amabilité, son intelligence vive et sa grande connaissance de la sécurité sociale. Cest un expert juridique, et cest à lui quon a confié la tâche de rédiger les textes sur la CMU : tâche périlleuse et complexe, car il a fallu conjuguer le bon droit et les nécessités politiques dun projet qui a entraîné à lépoque de nombreuses polémiques publiques ; quon se souvienne en effet que lAssociation des Anciens élèves du Cnesss et les Associations de directeur nont pas hésité alors à prendre des positions pas toujours partagées par les Conseils dadministrations nationaux, parfois en partenariat avec dautres Associations, telles que Médecin sans frontières. |
Cest quen effet la CMU se trouve au point de rencontre des assureurs obligatoires, et des assureurs complémentaires, mutualistes ou privés. On se doute que la mise en forme juridique du droit universel à la couverture maladie na pas été un exercice de tout repos.
Philippe Georges a accepté de nous décrire les différentes étapes de la construction de la protection complémentaire de la couverture maladie universelle, et a voulu nous convaincre de la cohérence, si ce nest de labsolue simplicité du dispositif. Au demeurant, il est toujours un peu agacé quand on lui reproche la complexité des textes, particulièrement dans des réunions publiques, où il a toujours un interlocuteur qui ne manque jamais de trouver fort simple de régenter le monde. Est-ce la réglementation qui est compliquée ou la vie elle-même ? On en veut pour exemple lévolution de la famille, qui rend difficile ladaptation des textes. En cas de garde alternée par exemple, qui est allocataire, qui exerce la garde " effective et permanente de lenfant ? "
" Lambition de la CMU na pas été de faire compliqué, mais de sadapter à une réalité institutionnelle et sociale de fait déjà complexe ".
Cette interview est illustrée par un reportage de lInstitution " Fonds CMU ", qui existe désormais dans le paysage de la protection sociale Française.
INTERVIEW : Gérard Arcéga, Isabelle Lustig.
REPORTAGE : Cécile Boulet, Isabelle Lustig.
ES : Quelle est la genèse de la couverture maladie complémentaire ?,
PH. GEORGES : Paradoxalement, cest un projet qui a été peu préparé par des travaux préliminaires. Bien sûr les rapports sur la pauvreté ou lexclusion nont pas manqué de souligner la difficulté daccéder aux soins mais sans faire émerger une réflexion opérationnelle. Il est intéressant de comparer avec la question des retraites qui a été traitée par de multiples études techniquement très élaborées. Pendant des années, les actions concrètes se sont concentrées sur le premier niveau de la couverture maladie obligatoire.
Quel a été le mouvement de fond sur longue période? Dun côté, on a généralisé le plus possible la couverture juridique, en multipliant les possibilités douvrir des droits à un titre ou à un autre. A la veille de la création de la CMU dailleurs, luniversalité était déjà largement consacrée, même si elle létait grâce à des circonvolutions juridiques. Dun autre côté, la sécurité sociale sest désengagée de plus sur le plan financier (augmentation du ticket modérateur, création du forfait hospitalier ). Telle Pénélope, la sécurité sociale a défait sans cesse dun côté (la couverture financière), ce quelle faisait sans répit de lautre (ouverture des droits).
Le projet dassurance maladie universelle (AMU) inscrit dans la " réforme Juppé " se situe encore dans cette perspective et il est amusant de constater que lors du débat électoral de mai-juin 1997 les deux " camps " parlent dAmu sans en préciser les contours.
Lors de sa déclaration de politique générale en juin 1997 M. Jospin indiquait quun meilleur remboursement des soins, dabord pour les personnes en difficulté, devait être recherché.
Le rapport du député JC Boulard est en définitive le seul document détude sur le sujet et il aboutit à la présentation du projet de loi au Conseil des ministres du 4 mars 1999.
ES :Et dans les autres pays ? A-t-on mis en place des systèmes identiques ? Plus compliqué, ou plus simple ?
PH. GEORGES : Les autres pays européens nont pas eu à mettre en place une CMU complémentaire car dans la plupart dentre eux, le remboursement de premier niveau correspond à laddition de notre remboursement de base et de celui de la CMU, au moins pour les plus démunis. En France, les deux étages " couverture de base et protection maladie complémentaire " peuvent être comparés aux deux étages de la couverture retraite obligatoire (base et complémentaire avec les régimes Agirc et Arrco) ; dans les deux cas, le premier niveau étant insuffisant, on sest résolu à créer dun deuxième étage. Nous faisons donc aussi bien que nos voisins à condition de nous y prendre en deux fois !
ES : Quel avenir pour la CMU ?
PH. GEORGES : Cest un avenir très ouvert. La Cmu est une réforme sans détermination, à partir de laquelle des inflexions très divergentes pourront être données. Ce peut être un bon prétexte pour une politique de régulation des dépenses que je qualifierai de paresseuse : on abaisse les taux de remboursement des régimes de base sachant que lincidence est limitée pour ceux qui ont une couverture complémentaire volontaire ( à la " nuance " près quils la financent !) et pour les bénéficiaires de la Cmu. On voit avec quelle gourmandise les commentateurs ont glosé sur le panier de soins cmu même si la réalité est plus modeste puisque les textes se sont pour lessentiel borné à coller aux nomenclatures existantes
Ce peut être aussi une réforme-levier qui repose la question du niveau de solvabilisation de la demande de soins pour lensemble de la population. On le constate avec les soins dentaires : la Cmu rappelle sévèrement la nécessité dagir. Levier également pour une extension de la protection complémentaire dentreprise qui représente encore la meilleure réponse à leffet de seuil. Levier enfin pour une plus grande homogénéité des contrats dassurance complémentaire.
ES : Vers plus ou moins de complexité ?
On a beaucoup exagéré la complexité de la cmu. Elle nest pas plus grande que pour nimporte quelle prestation sociale. Vous me direz que cest un compliment vénéneux.
Plus sérieusement, il faut bien voir quune telle réforme vise à résoudre des problèmes eux-mêmes complexes, ce quillustre le temps mis à les résoudre. Pour revenir sur un débat tendu avec les cpam, choisir une période de référence pour apprécier les ressources est une redoutable épreuve pour le décideur. Je vous entends dire que lépreuve est aussi pour le liquidateur ! Cest encore le directeur de cpam qui est le plus heureux car il peut critiquer ouvertement ! Il faut tenir, dune main égale, deux exigences opposées : éviter daccorder un droit pour un an sur une période de référence courte ( je rappelle que le Rmi nest accordé que pour trois mois) et prendre en compte les aléas de revenus si la période est longue. Il ne sert à rien de croire quil y a une réponse simple à cette question.
Il faut éviter de plus lillusion de complexité qui résulte, par exemple, de la " contemplation " du formulaire. Sauf à multiplier les supports ( jentends dici les zélateurs de la simplicité) le formulaire envisage toutes les situations qui peuvent exister, sachant quun même demandeur ne peut les connaître toutes en même temps. Le formulaire peut rebuter le demandeur mais les cris des spécialistes sont au mieux naïfs, au pire je cherche le mot. En tout cas je trouverai déplacé que mon garagiste prenne un air excédé en soulevant le capot de mon véhicule parce quil y aurait trop de câbles.
Enfin, la complexité est un rapport de forces cristallisé. Les divergences dintérêt conduisent à des solutions plus complexes que les solutions qui nient ces intérêts. Ce nest plus même de la naïveté que de croire quil peut naître un dispositif simple de la coexistence de 19 régimes dassurance maladie, de trois familles dassureurs complémentaires représentées par plus de trois fédérations et composées de plusieurs centaines dorganismes qui tiennent à leur indépendance. La lecture de la liste des organismes complémentaires candidats à la gestion de contrats cmu montre que cest la réalité qui est complexe. La mise en uvre du tiers-payant en est un autre exemple. On peut toujours rêver que lon est le 3 octobre 1945 (NDLR veille de la parution de la première ordonnance sur la sécurité sociale)
ES : Ny a-t-il pas une complexité de fatalité, celle qui est liée à la nécessité de faire des compromis entre des intérêts contradictoires ; Cette complexité nest ni démocratique ni transparente.
PH. GEORGES : Comprenez-moi bien : je ne plaide pas pour que lon fasse complexe par un sadisme qui serait propre au fonctionnaire parisien surtout quand il est sorti dune école dadministration. Mais il ne sert à rien de dénoncer une complexité dont on nanalyse pas les raisons. Si jose le paradoxe, cest le meilleur moyen de conforter létat des choses. Je nai pas le génie dEdgar Morin pour faire léloge de la complexité mais je crois que celle-ci est inhérente à nos sociétés évoluées. Parlez de fatalité, si vous voulez. Cest un exercice délicat et pourtant nécessaire que de rédiger le texte et détablir le formulaire qui appréhende une famille dont les fondateurs sont liés par des liens divers ( mariage, concubinage ou PACS)et sétend à des enfants majeurs sans indépendance financière et qui peuvent être eux-mêmes parents.
La contrepartie de cette complexité croissante doit se trouver dans son invisibilité pour lusager du service public. Il faut internaliser la complexité sur les gestionnaires. Cest pourquoi leurs protestations sont vaines et surtout réactionnaires. Le progrès est de prendre en charge une complexité croissante sans en accabler lusager. Cest le paradigme de la machine à laver : toujours plus de technique à lintérieur pour offrir un meilleur service et moins de boutons sur le devant parce quil ne faut pas embêter le client avec la technique. Cest, mutatis mutandis, ce que fait la loi cmu en disant : une caisse, avant de radier un individu qui ne dépend plus delle, doit rechercher le bon régime daffiliation. Ainsi peut être surmontée la contradiction entre la complexité due à la multiplicité des régimes et lexercice facile pour le bénéficiaire de ses droits.
ES : Il y a une forte pression pour augmenter les plafonds, au-dessus des minima sociaux, et au-dessus des barèmes anciennement mis en uvre par certains départements, qui étaient plus favorables. On argumente que le nombre finalement inférieur aux prévisions de bénéficiaires (4 millions au lieu de 6 millions), le permettrait. Cela est-il vrai, et opportun ?
Soyons prudents. Le nombre de bénéficiaires était de 4,8 millions au 31.10.00. Je prends cette date comme référence puisquà partir de là les sorties qui devaient avoir lieu sont différées au 30 juin 2001 et cela déforme les statistiques qui vont suivre. Au 31 octobre donc, on peut dire que lon approchait lobjectif dautant que le rythme des entrées est resté très élevé en fin dannée. Si lon veut bien reconnaître à des statisticiens un droit à lapproximation et considérer que toute prestation monte en charge (il a fallu 7 ans au rmi pour atteindre son niveau de tendance), alors on ne peut tirer argument dun hypothétique " ratage de la cible " pour relever le seuil. Il convient en outre de prendre en compte quune partie des bénéficiaires na pas été touchée faute dinformation ou parce que rejetant lidée dêtre assistée.
Sagissant plus particulièrement des minima sociaux, il faudrait dabord savoir ce qui est étonnamment impossible- combien de titulaires de ces prestations avaient laide médicale. Une minorité probablement. Sinon comment expliquer quil ny avait que 3 millions de bénéficiaires de laide médicale (dont la moitié aurait été titulaire de lAAH et du minimum vieillesse ?) et que la cmu couvre près cinq millions de personnes en les excluant ?
Si lon veut relever le seuil, il faut le faire indépendamment de la question de savoir si lobjectif de 6 millions a été atteint ou attendre den avoir la confirmation qui nest pas possible aujourdhui. Mais la hausse du seuil pose aussi un problème de coût pour les finances publiques et de détermination du niveau dintervention de la solidarité. Ce sont des sujets sur lesquels un fonctionnaire est par nature discret !
ES : Leffet de seuil conduit les caisses à envisager une " Sur-cmu ", financée sur les fonds sociaux, en partenariat avec dautres acteurs (assurances complémentaires, collectivités locales), notamment dans les départements ou le seuil de laide médicale départementale était plus favorable. Ne risque-t-on pas daboutir à une gestion encore plus complexe, tant du point de vue des prestations que des acteurs ?
Ce ne serait certainement pas un élément de simplification mais je ne suis pas sûr que la simplification soit un objectif à ce sujet. Essayez de dire à une personne à qui lon refuse la cmu pour une centaine de francs quil ny a pas de solution parce quon na pas voulu compliquer la législation et racontez votre expérience dans le prochain numéro dElan social !
Lenjeu nest certainement pas de faire une sur-cmu. Sil sagit de répondre à un problème massif, alors la réponse est dans le relèvement du seuil. Mais sil sagit de traiter des situations à la limite il faut plutôt prévoir des dispositifs de lissage. On peut avoir des revenus supérieurs au seuil mais des charges exceptionnelles ou bien des dépenses de santé particulièrement élevées. Dans les fusées il y a, en relais du pilotage automatique, un dispositif de pilotage manuel pour les derniers mètres. Cest cela que nous devons inventer. Cela signifie des règles affichées de prise en charge au titre des diverses actions sociales et une intervention coordonnée des différents acteurs (caisses, collectivités locales, organismes complémentaires ) pour que lon sache où sadresser et à quoi prétendre.
Plus particulièrement, dans les départements où le barème de laide médicale était plus favorable, il faut identifier précisément quelles catégories sont concernées pour trouver des actions de relais spécifiques qui peuvent aller jusquà des maintiens de droit.
ES : La mise en uvre de la CMU était une occasion unique de responsabiliser le patient dans son accès au système de soins, en privilégiant par exemple le choix dun médecin référent. Na-t-on pas laissé passer une opportunité privilégiée ?
Lexercice de couplage pouvait être tentant mais il était interdit. Donner limpression de subordonner un surcroît de protection sociale à un mode dexercice de la médecine aurait alimenté le débat plutôt la polémique- sur la médecine à deux vitesses. Vous allez me dire que dans le cas présent la vitesse supérieure était celle du pauvre mais vous ne ferez jamais croire que le dispositif offert à une personne modeste est un privilège. Cela aurait desservi la cause. Le médecin référent se répandra par le haut ou disparaîtra. Enfin je ne suis pas sûr que le médecin-référent soit une solution pour les sdf ou les gens du voyage.
ES : Les caisses ont récupéré avec les assureurs complémentaires la gestion de la CMU. Il est question de donner la gestion de la dépendance aux départements, comme sil était nécessaire de prévoir un lot de consolation, alors même que lensemble des représentants des bénéficiaires souhaite une gestion par la Sécurité sociale, qui serait dautant plus opportune que les CRAM ont été beaucoup déshabilléesces derniers temps.
Attendons les arbitrages pour engager les analyses. Il sagit moins, sans vous déplaire, dun débat entre départements et sécurité sociale que de savoir quel est le degré dacceptation dans notre société de la diversité des règles de droit. Il sagit de déterminer sil faut un corps de règles dEtat quitte à ce que ce dernier délègue à qui sait faire (et la sécu sait faire) ou bien sil peut ou sil faut quil y ait une gestion décentralisée. Le jacobinisme ne me semble pas être une maladie propre à la tribu des technocrates parisiens. En matière sociale la cmu prouve que la diversité des règles nest pas acceptable quand le besoin devient exigeant. Ce pourrait être vrai avec la dépendance. La diversité, sur des questions aussi douloureuses, nest sans doute acceptable que sur la base dun socle de droits élevé. Si lon a " suffisamment " on accepte mieux que le voisin ait plus. Cette diversité devrait plutôt porter sur la qualité que sur la quantité, cela incite moins à des comparaisons mécaniques et évite la revendication à tendance centralisatrice.
ES : Ne serait-il pas plus logique de donner aux élus plus de responsabilité dans la gestion de lhôpital, puisquil est question de régionaliser, et de laisser la Sécurité sociale gérer des prestations quelle a qualité et compétence à gérer ?
Vous mentraînez dans des allées du parc social que je nai pas lhabitude de fréquenter. Il y a matière en effet à combattre les compétences enchevêtrées. Il semble que dans un petit pays comme le nôtre-que les moyens de communication et la mobilité géographique rétrécissent- que le droit a vocation à être édicté au centre et que la décentralisation est le mode délaboration des stratégies et de la gestion. Les règles de protection sociale me paraissent relever de léchelon national, les plans et les priorités daction doivent être déterminées au plan régional.
ES : La CMU, cest aussi la mise en uvre du remboursement à 100 %, du tiers payant, et dun panier de soin Sécurité sociale. Peut-on parler dune stratégie concertée dans une direction particulière ?
Les conditions délaboration de la loi cmu que je rappelais tout à lheure conduisent à un usage raisonné du mot stratégie. Lun des intérêts de cette loi est cependant de faire sauter quelques verrous. Ainsi du tiers-payant qui nous mettait en Europe dans une situation dexception que lon peut considérer culturelle si ce mot englobe, comme chez les Anglo-saxons, les croyances magiques.
Sur le panier de soins, il faut relativiser : la Cmu ne définit pas un panier de soins spécifique. Cela eut été contraire au refus dune médecine " spécial cmu ". La loi ne fait que (mais cest déjà gigantesque) remettre dans le champ de la mise sous tarifs des actes qui finissaient par être hors sécurité sociale pour ceux qui navaient pas de protection complémentaire privée.
ES : Le financement de la CMU fait lobjet dune budgétisation complexe à travers des redéploiements de taxes affectées. Cette démarche, qui sajoute à la fiscalisation progressive des cotisations salariales (CSG), et patronales (exonérations de cotisations au profit de taxes affectées), ne conduit-elle pas non plus à une fiscalisation discrète mais de plus en plus grande ?
ES : En dautres termes, luniversalité de laccès aux soins conjuguée à la fiscalisation des ressources ne conduit-elle pas à une sécurité sociale dinspiration Beveridgienne ?
Oh la la ! Bismarck, Beveridge, vous voulez me rajeunir ! Ma mémoire a jauni ces figures aïeules. Je crois quil faut dabord mettre hors de lanalyse la Cmu complémentaire. Il sagit dune prestation de solidarité nationale et il est logique quelle soit payée par limpôt, quil sagisse de la dotation budgétaire ou de la contribution sur les contrats dassurance frais de soins, les deux ressources du Fonds.
Pour ce qui est de la cmu de base, le recyclage des crédits départementaux a pris la forme daffectation de taxes au régime général. Ce nest pas non plus anormal sagissant de financer la protection de personnes démunies de ressources suffisantes.
Mais cela ne répond pas à votre question. Dans la mesure où les juristes semblent peiner à inventer quelque chose dintermédiaire entre la vieille cotisation sociale et limpôt, je crains quil faille se résigner à la fiscalisation. Ce nest dailleurs pas le bon terme car pourquoi adopter le ton de la nostalgie ? Tout cela est évolution normale : la protection de tous appelle logiquement le financement par toutes les ressources disponibles. Quest-ce qui est en jeu ? La gestion paritaire ? Alors il y a un petit effort à faire pour relégitimer le mode de gestion de la sécurité sociale indépendamment de son mode de financement. Et leffort nest pas grand : tout converge ( la demande sociétale, le niveau déducation ) pour que les services publics aient une gestion décentralisée sous le contrôle des partenaires sociaux et de la société civile. Le modèle de notre sécurité sociale nest en rien dépassé et si le financement rapproche les caisses des services de lEtat, ceux-ci pourraient évoluer pour associer davantage les forces vives de la Nation.