Débat

LES RESEAUX EN DEBAT

URCAM Ile-de-France, 20/06/2000

Il y a d’abord eu, début des années 80, l’émergence de réseaux de soins, réunissant des professionnels de santé qui s’organisaient ainsi, sur le terrain, autour d’une pathologie. Puis, les années 90 ont vu se multiplier les circulaires ministérielles visant à encadrer ces nouvelles formes d’organisation. Quant aux Ordonnances de 1996, elles " institutionnalisent " les réseaux expérimentaux en mettant en place la Commission SOUBIE. Enfin, la loi de financement de la Sécurité Sociale pour 1999 et 2000 instaurent un Fonds d’Aide à la Qualité des Soins pour financer les projets innovants en la matière. Et pourtant, aujourd’hui, seuls 6 réseaux ont obtenus leur agrément suite à la procédure SOUBIE alors que plusieurs centaines de réseaux restent officieux ou en cours d’instruction.

Les réseaux seraient –ils la marotte de quelques promoteurs " rebelles " ou préfigurent-ils une nécessaire évolution de notre système de soins ? Que cache un terme aussi générique décliné en multiples variantes, des réseaux Ville Hôpital aux réseaux expérimentaux du code de Sécurité sociale, des réseaux de soins aux réseaux de Santé ?

res1.jpg (47635 octets) L’URCAM de l’Ile-de-France réunissait, le 20 juin dernier, une table ronde avec promoteurs et acteurs pour mettre " les réseaux en débat ". Trois grands témoins, fortement engagés dans une démarche réseau ont ainsi pu exposer leur propre discours de la méthode – du pourquoi au comment- avant de répondre aux réactions d’acteurs de terrain d’origines diverses, administratifs ou professionnels de santé, hospitaliers ou libéraux. Du débat animé par J-Pol DURAND, journaliste de la revue " Filières et Réseaux ", l’observateur H. FALCOFF, médecin généraliste co-rédacteur du Manuel d’Accréditation des Réseaux de l’ANAES, a mis en évidence certains points de divergence, mais il a surtout retenu, en dépit de discours à la tonalité différente, un véritable plaidoyer en faveur des réseaux.

Trois " grands " témoins, trois expériences de réseaux, trois approches confrontées aux réalités de terrain.

G. ARCEGA, directeur de la CPAM d’Avignon : le réseau de réseaux

En Vaucluse, nous travaillons sur 8, voire 9 projets de réseaux en même temps. Il faut remédier au temps nécessairement long pour le montage d’un réseau, au caractère aléatoire de la réussite compte tenu des nombreux partenaires à rallier, à la lourdeur de la procédure SOUBIE. En effet, l’enjeu n’est pas de réussir un réseau isolé, spécialisé et ne prenant en charge qu’une infime partie de la population, mais d’enclencher une dynamique propre à généraliser les réseaux couvrant, par pathologie, l’essentiel de la population concernée. Ainsi, en multipliant les chantiers, on multiplie les chances de réussite.

La démarche répond donc à un problème d’efficience, car, pour nous, la réalisation de réseaux est quelque chose de nouveau, et nous apprenons le "savoir-faire " tout en faisant. Multiplier les approches, c’est capitaliser ce nouveau savoir pour avancer plus vite. Mais c’est aussi une démarche de cohérence (bien différente de l’approche "primaire " qui consiste à organiser, en fédérant quelques énergies autour d’un porteur de projet, un réseau pour répondre à un problème ponctuel de prise en charge). Il s’agit de tisser une offre de soins, différente de celle induite par notre système de soins actuel, en prenant en compte les priorités de Santé Publique déterminées par les Conférences régionales de santé publique, à partir des constats des Observatoires de santé régionaux. Une démarche de Santé Publique efficace appelle, non pas un soupoudrage de réseaux un peu partout, mais un véritable "réseau de réseaux ". Tel était, d’ailleurs, l’esprit des Ordonnances de 1996 : Agir concrètement sur l’offre de soins. Enfin, il me semble essentiel de faire table rase de certaines incantations. La fongibilité des enveloppes est un leurre en l’absence de transfert financier réel de l’hospitalier à l’ambulatoire. Certes, la coordination sur le terrain existe entre libéraux et hospitaliers, mais elle ne doit pas masquer une concurrence de fait. Dès lors, avant de parler de réseaux Ville-Hôpital en terme d’interface nécessaire entre les libéraux et le monde hospitalier, il faut d’abord coordonner les acteurs de la prise en charge ambulatoire entre eux, et leur permettre, ainsi, de se coordonner efficacement avec l’hôpital. Pour avoir un dialogue constructif, et donc exigeant avec une entité, il faut d’abord exister en tant qu’identité.

Nous devons donc nous engager, même si le terme peut choquer, dans une "industrialisation " des réseaux. Sortir d’une approche ponctuelle et partielle pour apporter une réponse globale face aux insuffisances de notre système de soins. Insuffisance en terme de qualité de la prise en charge médicale des pathologies lourdes, mais aussi insuffisance en terme de prise en charge par l’Assurance Maladie du coût de cette qualité.

Le deuxième principe sous tendu par ce " réseau de réseaux " est la mutualisation. Généraliser les réseaux permet de mutualiser les moyens au lieu de les disperser. L’intérêt évident est de prendre en charge la logistique de l’ensemble des réseaux au travers d’une seule organisation. Dans ce domaine, les Caisses primaires peuvent apporter des locaux, un secrétariat, une plate forme téléphonique…Elles peuvent aussi offrir une structure juridique par la création d’une association à laquelle les différents réseaux pourront se rattacher. Or cette mutualisation des moyens et des savoir-faire n’est possible que s’il y a, au préalable, "industrialisation " des réseaux.

Troisième principe ; il faut accepter de mettre de réels moyens financiers pour le fonctionnement des réseaux. A la différence des filières qui visent à rationaliser l’offre de soins et donc, à faire des économies, essentiellement sur les prescriptions d’ailleurs, les réseaux se doivent d’améliorer la qualité des soins et de leur prise en charge. On touche des maladies lourdes, concernant un nombre limité de malades mais impliquant de fortes exigences en terme de qualité des soins (avec obligation de référentiels, d’évaluation…), et pour obtenir cette performance ; il faut accepter de la payer. Mais ce financement ne doit pas "alimenter " des structures administratives inutiles, il doit bénéficier aux patients par une meilleure prise en charge des soins de qualité dont ils ont besoin.

Enfin, nous sommes encore dans une période de démarrage pour les réseaux de type médecine de ville. Un travail de conceptualisation est donc nécessaire. Les réseaux Ville Hôpital procèdent d’une concentration du savoir et de l’exercice d’une pratique autour d’un établissement, en laissant de côté la grande majorité des professionnels et donc, l’essentiel des patients potentiels. La logique des réseaux ambulatoires consiste, elle, à diffuser ce niveau d’expertise le plus largement possible. Nous proposons un concept, celui des "cercles d’expertise " constitués par des professionnels référents reconnus pour leur compétence, qu’ils soient issus du monde hospitalier, des structures d’accueil ou de la médecine de ville. Ces cercles d’expertise aident à mettre en œuvre des chartes de qualité ou des référentiels, et permettrent de valider les dérogations Soubie, en étant assuré d’une exercice médical validé. C’est une formule de réseaux qui réunit non seulement des acteurs, mais surtout des experts, des cercles d’expertises, qui sont à la disposition des professionnels de terrain, qui veulent, dans le cadre du suivi d’un de leur patient, recourir à cet appui. Ces professionnels rentrent alors dans le réseau le temps du suivi de leur patient.

Ce n’est qu’après avoir affirmé leur propre identité que les réseaux ambulatoires pourront réellement être complémentaires des réseaux Ville Hôpital. L’Assurance Maladie a compétence vis à vis de ces réseaux ambulatoires, mais il est nécessaire de simplifier les exigences de dossier : Exiger de tout écrire, de tout fixer, notamment en ce qui concerne les référentiels médicaux, comme préalable à toute approbation est contre- productif. Si les référentiels médicaux sont indispensables, le dossier doit être également suffisamment ouvert pour permettre aux acteurs locaux de se les approprier dans leur pratique, en les adoptant quand le réseau est déjà constitué. Cette exigence est d’ailleurs d’autant plus disproportionnée qu’elle fait face à un de soins laxiste, dans lequel il n’y a ni référentiels obligatoires, ni procédures d’évaluation d’aucune sorte. D’un côté, c’est la liberté absolue, de l’autre, on exige des dossiers tirés au cordeau sur le papier, avec tout le détail des référentiels médicaux et des procédures d’évaluation, avant même d’avoir constitué un réseau sur le terrain. Qui peut s’y retrouver ?

D. FERNANDEZ, directeur de l’URCAM Midi-Pyrénées : Jouer la carte du partenariat régional

Les réseaux remettent à plat les enjeux de qualité, d’efficience et de décloisonnement de notre système de soins. L’enjeu d’une réorganisation à partir du secteur hospitalo-universitaire ou à partir du secteur ambulatoire est central. La médecine ambulatoire pourra t-elle se positionner ? Certes, aujourd’hui, le FAQS représente pour la médecine de ville une opportunité, mais assisterons-nous à un réveil des libéraux ?

Dans la région Midi-Pyrénées, nous défendons un système articulant autour du patient le préventif, le curatif et le social, et nous travaillons, traditionnellement, en partenariat. Quelle analyse peut-on faire de notre démarche régionale ? La région Midi-Pyrénées a toujours été très favorable aux relations et à la multi - disciplinarité ; c’est en ce sens que nous travaillons. L’expérience du réseau de la CPAM de Tarbes a été un vrai parcours du combattant. Pendant deux ans, il a fallu mobiliser et travailler avec les différents acteurs, les généralistes et les spécialistes, les infirmières et les institutionnels…alors que la tâche était extrêmement complexe et fastidieuse. D’où la décision de créer un Comité régional qui regroupe l’Assurance Maladie et ses partenaires (ARH, URLM, libéraux…). Sa composition a toutefois été limitée aux décideurs auxquels il est demandé de s’engager pour chacun des réseaux soutenus. Ce comité centralise tous les projets de réseaux, qu’ils soient de type Ville Hôpital ou qu’ils relèvent du code de la Sécurité Sociale. L’objectif du comité est d’une part l’efficience, car il ne s’agit pas de faire des réseaux pour faire du réseau mais de sélectionner les projets véritablement intéressants. Mais, c’est aussi de créer une dynamique par l’engagement des décideurs sur les projets. Le 19 octobre 1999, le Comité était constitué pour apporter un soutien technique et méthodologique aux projets de réseaux régionaux et pour assurer le suivi de ces derniers au travers de leur évaluation. L’URCAM a un rôle centralisateur des dossiers et une liste de personnes ressources a été constituée. Ainsi, chaque dossier est suivi par un binôme composé d’un institutionnel et d’un professionnel pris dans cette liste. Binôme qui présente le projet au comité, ce dernier émettant un avis au moyen d’une grille simplifiée d’aide à la décision. Quatre questions sont successivement étudiées (1/ Impact du projet en terme de Santé Publique, 2/ l’adhésion des partenaires au projet, 3/ l’adaptation de l’organisation aux objectifs, 4/ l’optimisation des sources de financement). En ce qui concerne le financement, un financement extérieur est toujours possible, en fonction des partenariats, et la fongibilité effective est mise en œuvre puisque l’ARH s’engage à libérer les enveloppes correspondantes aux dépenses économisées. Outre cet examen "collectif " des dossiers, le comité régional propose un cahier des charges commun, une analyse juridique des réseaux, une articulation entre cette pré-instruction des dossiers et le FAQS, un vadémecum largement diffusé aux partenaires concernés, un mode opératoire et une large communication, notamment sur le site Internet de l’URCAM.

Quels résultats a-t-on obtenu ? Depuis son installation, le Comité s’est réuni deux fois et étudié huit dossiers, certains ayant eu un accord, d’autres un avis défavorable et certains devant être amendés. A titre d’exemple, le réseau SOUBIE de Tarbes a permis d’initialiser d’autres projets, sur quatre autres départements. Mais nous avons également retenu la leçon du parcours du combattant imposé à la Caisse primaire de Tarbes. Pour ces nouveaux projets, la procédure SOUBIE, trop lourde, n’a pas été retenue. Ces projets s’intègrent dans le cadre d’un schéma départemental "douleur et soins palliatifs " de l’ARH, avec un financement par le FAQS. Certes, le cadre des réseaux expérimentaux SOUBIE permet de bénéficier de mesures dérogatoires par rapport au Code de la Sécurité sociale, et cette possibilité est essentielle pour pouvoir prendre en charge le travail de coordination ou des prestations hors remboursements. Mais nous ferons sans. En effet, la procédure " bastille " SOUBIE peut être contournée dès lors que les financements nécessaires pour améliorer les soins et leur prise en charge peuvent être reportés sur d’autres volets, comme la formation.

Pour conclure, les principes qui sont mis en œuvre sont donc les suivants : travailler en partenariat, dans le cadre des enjeux régionaux de Santé Publique, en valorisant l’axe Ville Hôpital sur des critères de qualité et d’efficience. La dynamique semble favorable même s’il reste des incertitudes. Le FAQS sera t-il l’accélérateur que l’on attend ? Quelle sera l’attitude des libéraux suite à la nouvelle donne électorale ? Et comment évoluera le rapport concurrence / partenariat entre les différents intervenants (Etat / ARH, URCAM / Caisses…).

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H. Falcoff, médecin généraliste (ANAES) et G. Poutout, sous-directeur Urcam Ile de Farnce
G. POUTOUT, sous-directeur de l’URCAM d’Ile-de-France : Histoire des réseaux……Histoires de réseaux

L’histoire des réseaux, qui a maintenant plus de vingt ans, aboutit à un constat chiffré peu encourageant pour les promoteurs de projet de réseau type SOUBIE:150 dossiers en cours d’instruction, 22 ayant passé le cap de la Caisse Nationale, 19 celui de la Commission SOUBIE, pour 6 seulement agrées par le Ministère.

Une conclusion semble s’imposer. Il faut mettre fin à cette procédure qui, d’ailleurs devrait se terminer en 2001.

Mais, l’histoire des réseaux permet également de comprendre le paradoxe de la situation actuelle. Les premiers réseaux sont apparus "spontanément", au début des années 80, à l’initiative de professionnels de santé confrontés à l’inadéquation entre le système de soins et les nouveaux besoins de santé de la population. A cet égard, le SIDA a été un véritable révélateur d’un mode d’organisation sanitaire ne collant plus à l’évolution des besoins. Pour ces professionnels, il s’agissait de réagir à l’incertitude induite par un système devenu inapte. Les circulaires successives, et surtout les Ordonnances de 1996 procèdent d’une logique toute différente. L’institutionnalisation des réseaux tend, désormais, à organiser l’informel. Dès lors, nous ne devons pas être surpris de ne pas retrouver ces réseaux pionniers parmi les réseaux SOUBIE.

Quant aux histoires de réseaux, elles illustrent la complexité aberrante de la procédure SOUBIE, rendant illusoire, de part sa conception même, une réelle opérationnalité. Mais elles nous démontrent également que les réseaux relèvent d’une démarche consensuelle tendant à adapter les réponses du système de soins aux nouveaux besoins de la population. Organisés autour du patient, avec tous les professionnels de santé, sans exclusive, ils permettent de travailler ensemble. Et ce partenariat est possible, à l’image du Comité Régional des Réseaux d’Ile-de-France qui réunit institutionnels et professionnels autour d’une même problématique ; quels sont les besoins et les réseaux qui y répondent sont-ils pérennes ?

Que faut-il faire pour réussir un réseau ?

Un cœur : le patient

Une âme : la volonté des professionnels

Des jambes : des protocoles de prise en charge (définis au niveau national, mais avec une appropriation locale par les professionnels)

Un système nerveux : le système d’information

Une tête : les modes de coordination

Et un estomac : des moyens financiers

Les débats du débat

Premier point de divergence, le rôle que chacun veut jouer.

H. FALCOFF : La proposition vauclusienne ferait de l’Assurance Maladie la " locomotive " qui met à disposition des réseaux les moyens matériels, sélectionne les thèmes et pathologies à traiter, et mobilise autour de ces derniers les professionnels concernés. A l’inverse, la région Midi –Pyrénées propose une Assurance Maladie " facilitatrice " dont le rôle essentiel est celui d’interface .

D. LACROIX (directeur de l’hôpital de Meulan-les-Mureaux, promoteur du " réseau cancérologique du Nord-Yvelines ") : Je ne partage pas l’approche de G. ARCEGA, car il ne faut pas confondre moyen et objectif. Un réseau est un moyen au service d’un objectif de qualité des soins. La logistique est également un moyen, c’est un moyen au service d’un ou de réseaux. Dès lors on ne doit pas commencer à mettre en place des moyens, ce qui conduirait à faire des réseaux pour faire des réseaux, mais il faut s’interroger sur ce que l’on veut faire et pour quelle pathologie ? D’où la nécessité d’un diagnostic de base répondant à la problématique suivante : Comment s’améliorer et le réseau peut-il être un outil pour y parvenir ? Après, peu importe qui est dans le réseau ! C’est le besoin initial qui doit déterminer tout le reste. Ainsi, dans les Yvelines, on a deux réseaux, un impulsé conjointement par le public et le libéral, un autre axé sur la prise en charge cancérologique crée par un hôpital. De même, la logistique vient après ; il faut d’abord rassembler les acteurs pour améliorer nos résultats, et ensuite, la logistique suit.

Ø G. ARCEGA : Notre positionnement est différent car un directeur de Caisse Primaire se préoccupe de l’accès aux soins de l’ensemble de ses assurés. Pour cette population, il y a des carences dans la prise en charge car l’Assurance Maladie rembourse mal ou pas certains soins. Et c’est à cette problématique qu’il doit répondre. Par ailleurs, cette démarche n’empêche pas de partir des besoins de Santé publique, et ne conduit pas à laisser de côté les acteurs locaux. Au contraire, elle vise à soutenir les associations qui font des choses sur le terrain mais manquent souvent de logistique…..

Ø Dr A. WAJSBROT (Médecin, animateur réseaux SIDA, Toxicomanie, Hépatite C, en Vaucluse) : Un réseau de réseaux, dans son intitulé, ça fait peur, et ça paraît bien ambitieux. Mais mon expérience me fait penser que le danger ne se situe pas dans le type de démarche proposée par la Caisse d’Avignon. Ainsi, j’ai commencé à travailler dans un premier réseau, un réseau SIDA. Puis, nous avons constitué un deuxième réseau pour la toxicomanie, puis un troisième pour l’Hépatite C, avec à chaque fois des acteurs de terrain. Mais la politique de la DRASS a alors changé et elle a voulu leur substituer un réseau polyvalent. Après un véritable feuilleton institutionnel et une fièvre de réunionnite aiguë, le réseau polyvalent n’a jamais vu le jour et les trois réseaux spécialisés ont disparu…..Or, heureusement je ne retrouve pas une telle démarche qui vise à impulser des réseaux par le haut, sans s’appuyer sur les acteurs locaux dans la proposition de mutualisation de la CPAM du Vaucluse. Nous sommes preneur d’une telle mutualisation des moyens, et ce même si le terme d’industrialisation peut choquer, car les réseaux en ont besoin.

De la concurrence au partenariat

Si chacun s ‘accorde sur un réseau ouvert, il ne peut être fait abstraction de certains " conflits d’intérêt " entre les acteurs.

Ainsi, J-Pol DURAND soulève les questions suivantes : Le terme d’industrialisation ne cache t-il pas une peur des véritables industriels, à savoir les compagnies d’assurance ? Le cas du réseau Résalis avec le financement du laboratoire Glaxo-Wellcome peut-il faire jurisprudence ? 

G. ARCEGA : Au contraire, l’expérience de la filière a montré que dans cette démarche, les assureurs complémentaires, privés ou mutualistes, peuvent être de véritables partenaires, ce qui n’est pas le cas dans le cadre de la gestion actuelle du système de soins, où chacun s’ignore. L’idée que je défends est de travailler ensemble au sein de structures légères et d’identifier des réseaux ambulatoires permettant d’avoir un vrai dialogue, et donc une vraie coordination avec l’Hôpital.

S. KRIKORIAN (Secrétaire du Comité Régional des Réseaux Ile-de-France, URCAM) : En ce qui concerne le financement par les laboratoires, il faut préciser qu’il n’y a pas de danger de dérive dans le cadre du réseau sur le diabète type II d’Ile-de-France. D’une part, parce que le laboratoire n’est pas le financeur unique. D’autre part, parce qu’il a été mis des clauses empêchant de fournir des données épidémiologiques. Mais il est vrai que cette participation financière du privé avait provoqué au sein des membres de la Commission SOUBIE des réticences. Enfin, en ce qui concerne le groupe MEDERIC, il travaille sur un projet en Savoie depuis deux ans sans pouvoir faire valoir une expertise réellement performante dans ce domaine.

B. ELGOZI (Médecin généraliste, praticien hospitalier temps partiel, promoteur du réseau " Créteil Solidarité ", co-promoteur d’un réseau Ville Hôpital entre " Créteil Solidarité " et le CHI de Créteil) : Le financement des réseaux doit aller vers des co-financements avec la Sécurité sociale, le FAQS, l’ARH, les collectivités publiques et pourquoi pas le privé. Il doit se définir en fonction des partenariats locaux. Pour faire un réseau, il faut des moyens et de la méthode. Si les industriels mettent les moyens avant la Sécurité sociale, ils auront les premiers réseaux. On verra si ces industriels pourront financer ses projets au niveau des exigences de qualité requises et l’on verra également si l’Etat a les moyens de sa politique.

Pr. PHILIPPE (Professeur des universités, praticien hospitalier, chef du service gynécologie obstétrique du CHU de Limoges, du réseau " Maternité en Yvelines ", avec 16 autres établissements) : Non seulement le réseau doit être fait pour le malade, mais aussi avec le malade. La problématique n’est pas de faire un réseau avec les hospitaliers et /ou les libéraux, mais de convaincre les professionnels de travailler autour du malade. D’ailleurs, si on oppose le secteur ambulatoire et le secteur hospitalier, ce sont les hospitalo-universitaires qui gagneront. D’autre part, le problème du financement n’existe pas. D’une part, parce que les moyens logistiques existent déjà dans les hôpitaux, et d’autre part, parce que le besoin de financement se limite au coût de l’évaluation et de la communication. L’industrialisation n’est donc pas une bonne approche. La démarche doit partir des professionnels proches des malades.

Jusqu’où formaliser ?

H. FALCOFF : Il apparaît d’une part un décalage entre le formalisme "outrancier " du dossier et les réalités des pratiques de terrain. Mais d’autre part, un certain niveau de formalisme est nécessaire dès lors que l’on s’accorde sur la nécessité d’évaluer. Quant à l’implication des professionnels, elle n’est pas homogène. Certains sont des "locomotives ", d’autres des "suiveurs ", d’où la nécessité de réseaux ouverts laissant la possibilité de deux tickets d’entrée ; un permanent, et un autre provisoire pour les professionnels qui se rapprochent du réseau que dans la limite du suivi d’un de leurs patients.

D. LACROIX : Restons pragmatique, ne recréons pas des bastilles…. Les réseaux sont différents selon leur objet, leurs porteurs (ces derniers étant souvent des "rebelles "), il ne faut donc pas leur imposer des cadres trop rigides.

Dr BENIER (Médecin-chef de l’ELSM du Val-de-Marne, soutien du réseau REVE-DIAB, réseau de prise en charge de patients diabétiques non insulino-dépendants dans les départements de l’Essonne et du Val-de-Marne) : Pour ma part, je pense qu’il faut formaliser les réseaux. D’une part parce que c’est nécessaire pour procéder à leur évaluation. Mais aussi parce que ça permet de voir que les différents intervenants ne mettent pas tous la même chose sous le terme de réseau. Dès lors, en l’absence de formalisation, on risque d’aboutir à une "auberge espagnole ". Mais ce n’est pas au réseau de définir les protocoles de soins (l’ANAES est légitime en la matière) ; son rôle est d’informer et de mettre à disposition des professionnels ce savoir.

S. GOY (Attachée de direction CPAM d’Avignon, responsable de projets de réseaux) : Lorsqu’il n’existe pas (ou pas encore) de référentiel médical. Pourquoi demander aux promoteurs de réseau d’en formaliser un ?

G. ARCEGA : L’intérêt du réseau est que les professionnels vont élaborer et diffuser une pratique commune, mais ceci ne peut pas être fait en amont de la pratique, et donc dès le montage du dossier : il faut que les acteurs puissent s’approprier un cadre commun après l’approbation du dossier. Sinon, on a de magnifiques projets " techno ", médicalement parfaits sur le papier, qui ne verront jamais le jour sur le terrain. Il me semble qu’il y a quelques projets nationaux qui ressemblent un peu à ça…

Mais surtout un large consensus en forme de plaidoyer

Pour H. FALCOFF, chacun des intervenants croit au réseau, un réseau conçu comme un enjeu de Santé publique, organisé autour et pour la personne, qu’elle soit considérée comme un malade, un patient ou un assuré. Le réseau gagne sa légitimité dans son efficience et l’évaluation. Mais, il trouve sa concrétisation dans un partenariat ouvert à l’ensemble des acteurs, administratifs ou médicaux, hospitaliers ou libéraux. Il repose sur le volontariat du professionnel et l’information du patient sur l’offre qualité du réseau. Si le professionnel reste libre de s’impliquer sur les thèmes qu’il souhaite, la communication du réseau est essentielle pour rendre le réseau lisible pour le patient, et permettre ainsi, à ce dernier, un choix éclairé.

Quant au financement, il est nécessaire et doit servir, non à financer une structure, mais aux patients eux-mêmes, en rémunérant le travail effectué par les professionnels pour améliorer la qualité des soins et pour améliorer la prise en charge de ces soins. Demander à un réseau de s’autofinancer à son démarrage n’a donc pas de sens. Mais l’évaluation doit permettre, après une période de 2-3 ans, de voir si le réseau apporte un plus, et dans le cas contraire, de l’arrêter pour redéployer les moyens financiers sur d’autres besoins et d’autres projets.

Enfin, chacun souligne également la complexité du montage des projets et rejette le formalisme paralysant de la procédure SOUBIE. Puisqu’il s’avère impossible de faire avec, les promoteurs veulent s’orienter sur des procédures plus souples, notamment le FAQS et peut-être, demain, recourir à une nouvelle enveloppe qui serait introduite par la prochaine loi de Modernisation.

Françoise MOURGUES

 

PROPOSITIONS POUR DES RESEAUX SPECIFIQUES MEDECINE DE VILLE / ASSURANCE MALADIE

RESEAU DE SOINS, QUELLE STRATEGIE ?


UNE MULTIPLICATION DES PROJETS, GAGE D'EFFICACITE ET D'EFFICIENCE

Il faut multiplier les projets, "industrialiser la montée en charge des réseaux"; L'efficacité et l'efficience en dépendent.
Il faut deux ans en moyenne pour monter un projet, avec un risque non négligeable d'échec. Il s'agit d'un domaine neuf, dans lequel le savoir faire et l'expérience manquent, il n'y a que des méthodologies, qui sont intéressantes, mais lourdes et parfois un peu théoriques.

En multipliant les projets, on acquiert du savoir, on multiplie les chances d'aboutir au moins sur quelques uns d'entre eux.

IL FAUT UNE STRATEGIE D'ENSEMBLE : CREER UN " RESEAU DE RESEAUX "

La multiplication des projets permet une approche cohérente. En identifiant les besoins prioritaires de prévention et de santé publique, en s'appuyant par exemple sur les données des Observatoires régionaux de santé, et les priorités déterminées par les Conférences régionales de santé publique, on peut déterminer une politique volontariste et organisée.

C'est, au demeurant, le seul moyen de se positionner comme un acteur dynamique participant pleinement à l'organisation de l'offre de soin, et donc à sa régulation.

Un "Réseau de réseau", peut-être articulé par exemple autour des thèmes suivants :

  • Les soins palliatif
    – La prévention des accidents de la circulation, notamment pour les jeunes
    – Le suicide des adolescents
    – L’alcool
    – Le tabac
    – La prescription des médicaments de substitution aux drogues illicites en ambulatoire
    – L’hépatite C
    – Le dentaire, la parodontologie
  • La prévention et la prise en charge du handicap de la petite enfance
  • Des réseaux d’accès aux soins ambulatoires pour les quartier en difficulté en partenariat avec les DDASS dans le cadre des Prs Enfant.
  • L’organisation de réseaux locaux destinés à assurer la prise en charge des urgences la nuit et les jours fériés.

Et la liste n’est pas exhaustive

IL FAUT PAYER : LA QUALITE EN DEPEND

Les projets de filière de soins visent à une meilleur coordination, et contribuent à lutter contre le gaspillage, notamment dans le domaine des médicaments. L'ambition de conjuguer la qualité à la maîtrise des dépenses est clairement affichée.

Les Réseaux de soins sont un domaine très différent. Ils concernent les populations sur une échelle beaucoup plus réduite, et portent sur des soins lourds. Ils visent à compenser des manques de l'organisation actuelle, et à prendre en charge des choses qui actuellement ne le sont pas, dans le domaine ambulatoire.

Tant sur le plan éthique que du point de vue de l'efficacité, il n'est pas opportun de rechercher des économies financières dans les réseaux de soins, sauf celles, toujours difficile à concrétiser dans l'organisation actuelle, des hospitalisations ou prise en charge en établissements, qui sont évitées. De ce point de vue d'ailleurs, toute prise en charge améliorée dans le système ambulatoire est, par construction, moins coûteuse qu'en établissement.

De surcroît, les exigences légitimes d'évaluation, de respect de référentiels, de tenue de dossiers informatisés, de coordination, supposent une rémunération à son juste prix.

IL FAUT MUTUALISER LES MOYENS: LA LOGISTIQUE ET LA STRUCTURE JURIDIQUE

La création de plusieurs réseaux permet aux caisses d'envisager de mettre à leur disposition des moyens logistiques.

C'est de moyens pratiques que les réseaux informels existant manquent le plus : téléphones, secrétariats, salle de réunions, informatiques. Le bénévolat ne peut pallier à tout. Les Caisses, qui s'interrogent sur leur avenir, peuvent apporter une aide précieuse dans un domaine ou elles ont des matériels, des compétences, des hommes. Il s'agit de soutenir, d'amplifier, de professionnaliser des réseaux existants ou à créer.

Chaque réseau s'interroge sur son support juridique : GIE, GIP, Association? Cela suppose des structures, des Assemblées générales, des votes, des Conseils d'administration, des moyens.

La création d'un "Réseau de réseau" permet d'envisager de mutualiser un support juridique sur lequel tout réseau souhaitant se constituer peut venir s'appuyer s'il le souhaite. Une telle structure évite aussi les suspicions à l'égard des caisses de main mise sur le système de soin. Enfin elle crédibilise les acteurs libéraux, en tant qu'interlocuteurs et partenaires organisés des autres acteurs : Etablissements, Institution, tutelle, etc...

IL FAUT CONCEPTUALISER : LES RESEAUX DE MEDECINES DE VILLE POURRAIENT ETRE DES RESEAUX DE CERCLES D'EXPERTISE, PLUTOT QUE DES RESEAUX D’ACTEURS

Les réseaux existants, qui fonctionne sur le mode "ville hôpital", offrent des services précieux, mais connaissent des limites inhérentes même à ce qui fait leur force. L'engagement des acteurs libéraux, dont on déplore régulièrement le manque de motivation, est limitée par nature. Le Code de déontologie, les problèmes de concurrence et l'impossibilité de référencer des spécialisations expertes pour des généralistes, tout cela pose très vite problème, et limite l'activité et le dimensionnement de ces réseaux.

Une caisse a en charge des centaines de milliers d'assurés, sur des départements entiers, pris en charge par des milliers de médecins, avec une obligation d'égalité de traitement de tous les ressortissants, inhérente au service public. Il faut donc trouver un mode de fonctionnement spécifique aux réseaux ambulatoires, qui apporte des solutions à ces difficultés, et permettent un changement d'échelle.

Les réseaux ville hôpital concentrent les savoirs et les moyens technologiques, et sont des réseaux d'acteur.

Les réseaux de ville doivent être des réseaux d'expertise, qui diffusent les compétences et les moyens.

La formule proposée consiste à constituer des réseaux sous forme de "cercles d'expertise", qui réunissent, selon des modalités classiques, les acteurs connus comme référents dans un domaine donné, issus de différents milieux : médecins libéraux et hospitaliers, représentants des autres professions médicales, institutionnels, travailleurs sociaux, représentants des familles et des usagers. Ces groupes de travail, coeur du réseau, constituent des "cercles d'expertise". Leurs membres peuvent certes être des acteurs, mais leur rôle premier est d'être le centre ressource du réseau : ils ont en charge l'écriture des référentiels médicaux, des chartes de qualité, la formation et le soutien ou le conseil aux acteurs. Ils valident les process permettant l'accord par les caisses des dérogations Soubie.

Ainsi, tout médecin généraliste ou spécialiste, qui est confronté à une demande particulière d'un de ses patients habituels, peut faire appel aux ressources du réseau. Le réseau pourra l'orienter le cas échéant, mais aussi le soutenir s'il veut prendre en charge le patient dont il est le médecin de famille. Le réseau pourra donner les conseils, les référents médicaux, et la charte de qualité dont le respect déclenche les prises en charge dérogatoires. Dans ce cas, le médecin traitant entre dans le réseau avec son patient, et en sort avec lui.

Les soins palliatifs, le sevrage tabagique, la prescription du subutex, des médicaments pour l'Hépatite, pourront ainsi Ëtre pris en charge pour tous les patients du département, ou qu'ils habitent, par leur médecin habituel s'ils le souhaitent, dans des conditions sécurisées, coordonnées, évaluées et mieux pris en charge.

6. IL FAUT SE COORDONNER AVEC L'HÔPITAL, DONC IL FAUT EXISTER, EN TANT QUE RESEAU AMULATOIRE.

La nécessaire coordination ville hôpital restera un voeux pieux tant qu’il n’existera pas de réseaux de médecine de ville spécifiques, identifiés comme tels, et répondant aux contraintes d’organisation qui sont celles d’acteurs libéraux indépendants.

Cette coordination est pourtant indispensable, elle est appelée de ses vœux par les représentants même des réseaux ville hôpital, qui sont en recherche de relais assurant la prise en charge de patients qui pourraient sortir des établissements déjà surchargés.

L’Assurance maladie ne doit-elle pas se mobiliser pour promouvoir un concept de fonctionnement spécifique à la médecine ambulatoire ?

G. ARCEGA

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