Reportage |
|
ESPAGNE : DEFENSE ET ILLUSTRATION DE CE QUE DONNERAIT EN FRANCE UNE REGIONALISATION ET UNE VRAIE COMPLEMENTARITE Reportage et photos : G.
ARCEGA |
Film en accéléré : Les terres dEspagne connaissaient comme en France une Assurance maladie type " Invicible armada ", à la tête de laquelle trônait LINSALUD, quon peut considérer comme notre CNAMTS, et tout ce qui va avec, y compris les partenaires sociaux.
1981 : tandis que la France réédite les ultimes élections de la démocratie sociale, lEspagne amorce un virage à 360° qui consiste dune part à régionaliser sa sécu, et dautre part à passer dun modèle Bismarkien à léquivalent du NHS Anglais, tout en fiscalisant progressivement les cotisations. On commence à donner lautonomie à la région naturellement la plus indépendante du pays : La Catalogne. Suivront progressivement la décentralisation des autres régions, larrêt de mort de lInsalud étant programmé pour 2004, ce qui fait rien de moins que 23 ans pour boucler cet intéressant exercice.
Mai 2000 : 93 % des recettes sont fiscalisées, il reste 6 régions qui ne gèrent pas leur sécurité sociale.
Où en est-on ajourdhui, vu du terrain régional, et plus précisément dabord de lInstitut Catalan de la santé (Servei Català de la salut), qui achète loffre de soin locale pour le compte de la Generalitat de Catalogne ?
REGIONALISONS, REGIONALISONS, METHODE COMPAREE INTERNATIONALELEtat Espagnol a consenti pour la première fois cette année dintroduire quelques critères de répartition locaux qui ne satisfont évidemment que médiocrement les demandeurs. Et comme avec les dotations globales des hôpitaux en France, on impose la même rigueur budgétaire à toutes les régions, bonnes ou mauvaises gestionnaires, qui elles même sont contraintes de stériliser ici et là des expériences innovantes et dynamiques, faute de marge de manoeuvre.
Certes, le débat sur linégalité du sort des régions si ces dernières pouvaient financer leur système de soins sur les impôts locaux est ouvert. Même sil est de bon ton de pousser des cris dindignation à la seule évocation dun début de commencement dinégalité des citoyens devant les services publics, un peu de réflexion pourrait peut-être conduire à quelques constats simples : dabord, linjustice territoriale existe déjà, la preuve, il ny a pas de CHU à Aurillac ni sans doute à Maubeuge. Au delà de la boutade, il ny en effet rien de scandaleux au fait quune région riche en économie, mais aussi en population, dispose de structures plus importantes : il faut bien soigner tout ce monde, et cest là que se concentre naturellement le savoir et le talent des hommes en plus grande quantité. Lobjet nest pas davoir des régions égales, mais dassurer un service minimum sanitaire pour ce qui est médicalement indispensable pour tous les habitants. Et un Etat centralisé est sans doute bien plus habile dans un rôle de vigilance, celui de sassurer que chaque région est dotée du minimum nécessaire, qua vouloir depuis une capitale répartir tous les moyens ou tous les financement dans les moindres détails, avec les résultats surréalistes que lon sait. Les outils de péréquation sont toujours possibles : au Danemark par exemple, 20 % des financements sont issus des impôts nationaux, pour assurer à toutes les régions les moyens sanitaires de base. On peut imaginer dautres formules, mais la régionalisation des recettes ninterdit nullement dassurer légalité daccès au service public..
Dans les pays Scandinaves, les collectivités locales gèrent leurs hôpitaux financés sur les impôts locaux. Elles sont naturellement conduites à chercher le meilleur équilibre entre la demande de qualité de soins des populations, et entre la pression fiscale quelles imposent, le tout avec la sanction de vrais élections démocratiques à la clé. Bien évidemment, dans ces pays on rencontre des problèmes proches des nôtres, mais on les gère infiniment mieux, et on a restructuré depuis longtemps les établissements, alors que chez nous on défile dans la rue pour se battre contre une incompréhensible et pourtant inévitable remise en cause.
On mettra au rang des idées reçues et non moins simplistes les inévitables déclaration sur " létat desprit et lindiscipline Française ", qui ne sert généralement quà cautionner la démission des gouvernants dans ces domaines. Il est vrai quaprès 50 de fuite en avant, le problème a pris en France un caractère très légèrement explosif. On fera de même sur la dimension des territoires en question, on ne voit pas pourquoi ce qui est valable sur des pays grands comme une grande région française ne le serait pas à léchelle du pays tout entier.
Ces intéressantes comparaisons internationales étant faites, il reste donc à lEspagne un pas à franchir, pour responsabiliser pleinement les acteurs, et cest dailleurs le souhait des Catalans.
LES CENTRES DE SOINS PRIMAIRES : DE BONS DISPENSAIRES QUI MERITENT UNE MEILLEURE PRESENTATION
Le deuxième choix est donc celui dun système " à langlaise ". Pour la médecine de ville, les Catalans sadressent à des centres de soins primaires territoriaux, sortes de dispensaires équivalents à ceux des pays Scandinaves, où ils trouvent des médecins généralistes, des pédiatres, et dans certains centres certains spécialistes. Ils peuvent sadresser librement aux consultations externes des hôpitaux, et apparemment ils ne sen privent pas.
La visite dun Centre de soin primaire permet de constater que la culture des Services dEtat est universelle : on y trouve le même look un peu tristounet, des salles dattentes en batteries, des secrétariats daccueils plus ou moins souriants ; mais enfin, les soins y sont réputés convenables, lattente est finalement la même que dans celle du salon dun médecin libéral français. Il suffirait sans doute dindividualiser les attentes pour ne pas retrouver cette atmosphère de hall de caisse de sécurité sociale française !
Les généralistes catalans gagnent entre 15 000 et 20 000 frs pour 36 heures par semaine. Ils peuvent exercer une activité parallèle privée, en cabinet ou pour une mutuelle. Un tiers dentre eux le fait. Les médicaments sont délivrés en officine de ville, en tiers payant, avec un ticket modérateur de 40%, inexistant pour les personnes âgées, et plafonné pour les malades en longue durée. Pour le reste, la médecine est gratuite.
Sagissant de lhospitalisation, lInstitut Catalan de santé contracte avec les établissements de soins, quelque soit leur statut : Hôpitaux publics, privés à but non lucratifs, mutualistes. Le paiement se fait ni à la dotation globale, ni selon le PMSI, ni au prix de journée, qui a été abandonné pour les mêmes raisons quen France (encouragement à garder les malades longtemps). Les Catalans ont inventé un paramètre qui tente de tenir compte à la fois de la structure de létablissement, et de ses plateaux techniques, en évitant les effets pervers et autres " effets daubaine ", comme on dit dans le jargon consacré. La formule conjugue semble-t-il une certaine rusticité avec une efficacité satisfaisante pour lensemble des acteurs.
UNE COMPLEMENTAIRE DE PRESTATION ET NON DE REMBOURSEMENTAux grands choix de la fiscalisation, de la régionalisation et du passage à un système national de santé, on ajoutera une spécificité non moins instructive : une véritable complémentarité, en labsence de ticket soit-disant modérateur (sauf pour les médicaments et une partie de la population). La Mutualité Espagnole est une vraie mutualité, mais elle est dans son esprit, loin de celle quon connaît en France ; elle doit concurrencer les assureurs à but lucratif, tout en respectant léthique de non exclusion des mauvais risques, sur le marché dune véritable complémentarité, celui des prestations offertes, et non celui dun partage du remboursement primaire. En pratique, les assureurs complémentaires travaillent sur deux crénaux : une sur-assurance primaire pour un meilleur confort, qui permet déviter les files dattente, et daccéder aux services une médecine libérale dune part, et une complémentarité de prestations dautre part. Il sagit alors de soins non pris en charge par le système public, et de prévention. La Fondation Mil-lenni, offre ainsi des prestations diverses, telles que la podologie, le bilans de santé, le traitement de lostéoporose, ainsi quun suivi personnel des personnes âgées, ce qui est le marché davenir le plus prometteur de tous les assureurs complémentaires en général.
|
| BARCELONE EN FORMULE UN :
PUB TABAC Barcelone accueille des compétitions de formule un. Cest loccasion de pavoiser la ville aux couleurs de Malboro. La publicité pour le tabac, encore autorisé en Espagne, est omni présente. Naturellement, elle cible dabord les jeunes. |
LE BILAN VU DE LEXTERIEUR
Impressions catalanes rapide, avec les limites que suppose un tel exercice :Le mieux : Une organisation responsable du système de soins : les Communautés gérent, et sont responsables financièrement.
Le passage de la cotisation à la fiscalisation est accompli. (Il faudra à loccasion observer de plus près les conditions dans lesquelles sest déroulé ce périlleux exercice.)
La médecine de ville est coordonnée : comme dans les pays Nordiques, les Catalans sadressent à des centres de soins primaires gratuits, où ils trouvent des généralistes gate keeper , mais aussi des pédiatres, des fauteuils dentaires, et de plus en plus souvent, des spécialistes.
Le perfectible : La moitié du chemin est accomplie ; il reste à fiscaliser régionalement les recettes, pour parfaire la responsabilisation des acteurs, et éviter les répartitions technocratiques qui ne satisfont jamais personne.
Laméliorable : les centres de soins primaires, qui assurent des soins corrects, mais un accueil dans le genre dispensaire, pourraient être plus conviviaux avec un petit effort.
Dune façon générale, toutes les formules détablissement où travaillent des professionnels salariés fonctionnaires souffrent des mêmes difficultés à assurer un accueil satisfaisant. Les exigences du public daujourdhui, en Espagne comme ailleurs, devraient conduire à dautres organisation dans un proche avenir.
Le Danemark, qui propose un réseau de médecins référents de quartier, installés en libéral tout en étant rémunérés pour partie à la capitation, offre un bon équilibre des avantages conjugués des deux formules. La France, avec un réseau de médecins référents, devrait pouvoir inventer une solution qui cumule la souplesse des solutions libérales, et la sobriété des dispensaires. Des équipes de soins référentes par exemple, exerçant en libéral mais en groupe polyvalents de professionnels de santé, pourraient être une piste de réflexion.
LE POINT DE VUE DES VISITEURS
David CLAIR, sous directeur Cpam
Bobigny :
La Catalogne, laboratoire du système de santé espagnol.
Les réformes de 1988 et 1994 ont organisé le système de santé espagnol sur le modèle du National Health service britannique : fiscalisation quasi-totale du financement (plus de 98 % des recettes du système public), accès aux soins sous la forme dun " zonage " géographique. La répartition des sommes collectées entre les communautés autonomes est en majeure partie effectuée sur le critère de la population couverte.
La Catalogne est la communauté autonome au sein de laquelle les mutations à luvre dans le système de santé espagnol sont le plus fortement à luvre : passage à un mode de management des structures publiques comparables aux méthodes privées, travail en réseau entre la ville et lhôpital. Le contexte de dynamisme économique de la région et une expérience plus ancienne que dautres communautés de la gestion autonome dun système de soins ny sont pas étrangers.
Le système catalan de santé est organisé en deux niveaux doffre de soins. Les centres de soins primaires sont principalement dédiés à la médecine générale, la pédiatrie, la dentisterie et les soins infirmiers. Particulièrement appréciés par la population, ils offrent parfois la dimension dun véritable hôpital local doté de mini plateaux techniques et cabinets de consultation. Ils tendent à regrouper des spécialités de plus en plus nombreuses et bénéficient de plus en plus de transferts dexpertise en provenance de lhôpital.
Lhôpital est actuellement le point faible du système : absence de coordination des soins et dinformation entre les équipes médicales, délais de paiement très long des fournisseurs (300 à 500 jours en moyenne), listes dattentes de malades pour les soins non urgents. Priorité de la modernisation du système de soins, le gouvernement espagnol a décidé de pousser à une réforme du management et dexpérimenter au sein des établissements, les règles en vigueur dans le secteur privé. LInstitut Catalan de la Santé (ICS), qui procède à lachat de services de soins pour le compte de la population en particulier dans le domaine hospitalier vient délaborer un " plan de soins " pour la Catalogne, définissant les besoins de santé ainsi que les objectifs quantifiés auxquels devra se satisfaire loffre de soins en vue daméliorer létat de santé de la population.
Notons que 20 % des Catalans souscrivent une assurance privée en plus du paiement par impôt dun système où en théorie laccès à un même service devrait être gratuit sur lensemble du territoire. En pratique, certains soins sont peu ou pas couverts : odontologie, long séjour, dépendance, certains actes chirurgicaux ou dinvestigation. Le recours à une couverture privée permet par ailleurs de contourner les listes dattente en sadressant à des structures à statut privé. Ce système de double couverture est particulièrement répandu en Catalogne où 1,6 millions des 4 millions de mutualistes espagnols résident.
La maîtrise des dépenses est un souci fort des gestionnaires du système, tant au niveau catalan quau niveau national : incitation à la prescription pharmaceutique en DCI dans les centres de santé primaires, développement des génériques, baisse des marges des officines, mise en place de prix de référence pour certaines classes thérapeutiques, publication de listes négatives de médicaments à partir de critères de faible service médical rendu. En ce qui concerne lhôpital, les structures de même catégorie (même degré de complexité) reçoivent le même tarif de base par patient, à charge pour les gestionnaires doptimiser la gestion du financement. Une évaluation de ce nouveau dispositif sera réalisée en 2002.
Claude Marbrier, Médecin chef de lERSM
PACAC :
dotation hospitalière à la mode
hispanique :
Mon étonnement a été de constater que le système de santé Espagnol, fortement remanié au lendemain du franquisme, a choisi la voie du tout Etat ou presque, pour traiter de la protection sociale de sa population. A hauteur de 7,6% du PIB, les dépenses de santé espagnoles sont en fin de peloton en Europe.
LEspagnol dépense, en moyenne, 5 000 F par an, là où le Français en dépense 13 000.
Est-ce à dire quils sont moins bien soignés si lon se réfère à lorganisation ou à la qualité des soins ?
Ils ont fait le choix dun service national public de soins, universel, gratuit, avec gestion politique du lien sanitaire et budgétaire déconcentrée.
Mélange de NHS et de régionalisation, avec une forte composante santé publique et une approche transversale du financement des dépenses ambulatoires et hospitalières au niveau de la région, communauté autonome après larbitrage médico-économique de lEtat central nous rappelant lidée française de lAgence régionale de santé et la mise à lécart de la sécurité sociale.
Un point particulier a attiré mon attention : il sagit de la politique dallocation budgétaire aux établissements hospitaliers.
Chaque année, une analyse rétrospective des activités dans les hôpitaux est proposée à la discussion entre le fournisseur (hôpital) et lInstitut catalan de santé afin de fixer le niveau de tarifs.
Pour se faire, un classement des établissements est réalisé en trois catégories :
A chaque catégorie détablissements correspond un tarif qui peut être majoré à partir du tarif de base, de 35% pour les établissements de référence et de 75% pour les établissements de haute technologie.
Il sagit dun tarif global par patient qui ne tient pas compte de la durée de séjour ni des actes effectués, lanalyse de ces deux critères et notamment celui de la complexité des actes dédiés à la catégorie détablissements ciblée étant pratiquée à la fin de chaque exercice annuel, pour permettre la fixation des tarifs de lannée qui va suivre.
Cette démarche simple, qui permet dintégrer le facteur de gravité des hospitalisations, mais aussi le financement de lenseignement et de la recherche ainsi que des programmes de santé publique, me semble être le premier pas dune politique dallocation de ressources que nous aimerions voir apparaître dans notre système français.