ELAN SOCIAL N° 23 |
INTERVIEW : Mme BERGER, DRASS PACA
Qui na pas entendu parler du " rapport BERGER " ? Chacun pourrait en dire, comme beaucoup dautres, " je lai pas vu, je lai pas lu, mais jen ai entendu parler ". Il paraît que ce rapport sinquiète entre autre de la situation des agents de direction des caisses, et évoquerait notamment la notion dun agrément consommable : Cest nouveau, cest moderne, cest grisant.
Lauteur de ce rapport a en charge la DRASS de la région Provence, une des régions de sécurité sociale les plus affriolantes pour un directeur régional : Un nombre de lits hospitalier plus que confortable, et donc un " SROSS " gros calibre. Dune façon générale dailleurs, la région shonore dune offre de soin haut de gamme, et donc dune situation dépensière très performante. Cela tombe bien, Mme BERGER est convaincue que l Etat a aujourdhui beaucoup mieux à faire que de soccuper intimement de la gestion des caisses, et que la priorité de la tutelle, est plutôt de sinquiéter du sort des prestations. Ce nest donc pas un hasard si la région a inauguré une nouvelle structure de concertation, la " CREMAIDE ", au sein de laquelle la DRASS sintéresse, avec les caisses, à la gestion du risque.
Pour compléter ce portrait géographique, il faut ajouter des caisses de sécurité sociale chargée dune tradition historique parfois un peu remuante : Autant dire que la région nest pas toujours de tout repos, et que les directeurs régionaux sont réputés avoir les épaules larges pour y venir. Ce nest pas exactement le cas de Mme BERGER, qui est ce quon appellerait dans la littérature romanesque " un tout petit bout de femme ", pas plus grande que ça, et qui sadresse à ses interlocuteurs avec une voix plutôt douce, et un visage plutôt souriant. Quon ne se méprenne pas cependant, si le volume nest pas impressionnant la densité est extrême, et la douceur de la voix a un caractère dinsistance qui sait être à loccasion sans appel..
Mme BERGER est aussi un IGAS, qui siège par ailleurs à la commission de la liste daptitude, et qui connaît donc bien lInstitution. ELAN SOCIAL est allé cueillir son témoignage sur le management des caisses, et sur les hommes qui les dirigent :
INTERVIEW: G. ARCEGA
ES: Mme le Directeur, quel regard portez vous aujourdhui sur la gestion des caisses, et sur les hommes qui les dirigent, après ces années dexercice tutélaire?
Mme BERGER: Jai une impression de grande hétérogénéité, tant en ce qui concerne le fonctionnement, qu en ce qui concerne les homme. On ne peut pas dire que les dirigeants des caisses soient tous les meilleurs. Jen ai connu des très bons, et dautres qui létaient beaucoup moins. Jen ai rencontré qui étaient très en pointe, dautres qui sont de simples gestionnaires, dautres enfin qui sont des visionnaires.
Mais voyez vous, il y a des caisses qui ont besoin dêtre dirigées par de simples gestionnaires, et dautres qui sont capables davoir à leur tête des visionnaires.
Il me semble que le profil des hommes est indépendant de leur formation. Certains on fait une carrière sur place, dautres sont venus dailleurs : je ne porte pas de jugement, je constate quil existe des individualités.
Il y a des organismes qui ont intégré dans leur fonctionnement le fait quil ne suffit pas de payer, mais quil faut savoir ce que lon paie et comment on le paie. Certains en ont pris conscience, dautres pas encore. Il y a aujourdhui des caisses primaires qui intègrent dans leur mission la gestion du risque, des CAF qui simpliquent dans une politique sociale, des URSSAF qui sintègrent dans le réseau économique et font de la prévention.
ES: On dit parfois quil ny plus dans lInstitution, des fortes personnalités, comme on en a connu à une époque, et donc que les " dinosaures ", comme ont les appelle parfois, sont une espèce en voie de disparition. Etes-vous daccord avec ce constat, et le regrettez-vous?
Mme BERGER : Faut-il remonter à ce quon pourrait appeler les temps héroïques, où, dans un système encore très libéral, sévissaient effectivement quelques personnalités marquantes?
Mais sur quel arrière plan cela se passait-il? Etait-ce une politique personnelle, ou une politique dans lintérêt général, dans celui de lInstitution? Cest effectivement une espèce en voie de disparition, mais je ne suis pas sûr quil faille le regretter.
Dautres part, le management a évolué : Les personnalités en question nétaient pas celles qui sintégraient forcément le mieux dans leur organisme. Or aujourdhui, on préfère ceux qui savent valoriser un travail déquipe plus que ceux qui cherchent à imposer une volonté personnelle. Les méthodes de management ont changé, et cela nest pas propre à la sécurité sociale. Dans le monde des entreprises aussi, lère de certains " grands patrons " semble être révolue.
ES: Vous ne souscrivez pas à ce quon pourrait appeler la " devise de lIGAS ", qui pourrait safficher au fronton de chaque organisme: " Tant vaut le directeur, tant vaut la caisse " ?
Mme BERGER : Je crois très sincèrement que le rôle du directeur est très important. Il peut favoriser lévolution dune institution, ou au contraire en freiner lévolution pour des années. Mais que peut un directeur seul, avec une équipe défaillante par exemple? Ira-t-il très loin? Il a un rôle important pour motiver les équipes, mais il ne peut, à lui tout seul, suppléer toutes les carences.
ES: Ne pensez-vous pas quun directeur peut toujours changer une équipe, ou du moins trouver des appuis parallèles, alors quune bonne équipe affligée dun mauvais dirigeant est malheureusement dans une position difficile? Disant cela, on ne juge pas bien sûr la valeur intrinsèque des hommes, mais on pèse les pouvoirs et donc des responsabilités qui sont attribués à chaque fonction.
Mme BERGER : Bien sûr, mais combien faut-il de temps à un dirigeant pour modifier des structures existantes? Cela dit, je suis convaincue aussi de limportance majeure du rôle dun directeur : Je soulignais simplement que la gestion aujourdhui, est le fait bien plus des équipes que la conséquence dune personnalité.
ES: Vous avez, dans un rapport qui porte votre nom, suggéré la notion dun agrément limité dans le temps. Ne pensez-vous pas que cela fragiliserait la fonction?
Mme BERGER : Ce rapport était le fruit dun travail déquipe, mais bien sûr je ne renie pas ma participation.
Mais retournons la question, voulez-vous? Trouvez-vous normal quun organisme périclite, parce quun directeur, en poste depuis des années, ne peut voir son agrément remis en cause, en tout cas sans drame, et cela jusquà la retraite? De plus en plus notamment dans les DRASS ou les DDASS, les postes dautorité sont des postes fonctionnels occupés pour une durée moyenne de cinq années.
ES: Il faut parfois, dans nos fonctions, affronter des adversités, prendre des décisions difficiles, voire même, ce qui nest pas toujours conseillé, faire, comme on dit, " des vagues ". Ne pensez-vous pas que les dirigeants vont hésiter, sils doivent être remis en cause tous les cinq ans?
Mme BERGER : les décisions difficiles, cela se prépare, et cela se gère dans le temps. En tout état de cause, si un directeur voyait remettre en cause son agrément, il ne devrait pas rester dans son organisme. Au demeurant, nous navons pas fait des propositions définitives et très finalisées : Nous avons voulu amorcer une réflexion, car nous connaissons tous des situations qui sont inadmissibles, pour lesquelles il conviendrait de ne pas laisser en place les directeurs concernés.
ES: Peut-être faut-il, pour ces cas là, que la tutelle ait le courage de lever lagrément?
Mme BERGER: Bien sûr, mais vous savez bien que cest, dans la procédure actuelle, une sanction difficile et définitive. Ne faut-il pas une procédure plus souple dans la mise en oeuvre des sanctions qui devraient être plus graduées et pourraient même être adaptées à dautres situations: Certains dirigeants peuvent par exemple, connaître provisoirement des problèmes personnels, ou familiaux, qui les mettent en difficulté, sans quils aient pour autant démérité. Nous pensons simplement quil y a, dans ce domaine une réflexion à mener.
ES: La tutelle semble avoir évolué brusquement au moment de la disparition des DRSS au profit des DRASS, comme si lélargissement des compétences en avait réduit la précision. Partagez-vous cette analyse?
Mme BERGER: Non, je ne crois pas quil y ait un lien. La tutelle a évolué, en même temps que le fonctionnement des organisme saméliorait. Quand les caisses ont été créées, elles navaient pas une pratique suffisante de la gestion de service public. La tutelle a alors assuré un contrôle strict et approfondi sagissant de lutilisation de fonds de nature publique. Avec le temps, les caisses nationales se sont affirmées dans leur capacité de gestionnaire, et ont montré quelles prenaient le relai de lEtat.
Nous assistons à une véritable mutation du contrôle, qui passe dun contrôle a priori, très astreignant, à un contrôle a posteriori, dans lequel on sassure, mais après coup, que les procédures ont bien été respectées. Ce contrôle reste légitime, parce que les caisses manipulent des fonds publics, et nous avons lobligation den vérifier lutilisation.
ES: Mais ne pensez-vous pas que vous vous orientez vers un contrôle dopportunité, vers une sorte daudit, alors que vous nen avez peut-être pas les moyens, et que votre légitimité est règlementaire?
Mme BERGER: Nous évoluons, comme les caisses. Nous ne pouvons pas nous contenter aujourdhui de nous intéresser aux seuls 5 % de dépenses consacrées à la gestion administrative. Nous sommes aussi chargés de la mise en oeuvre dune politique nationale, et, à ce titre, dune évaluation des politiques mises en place par les organismes, sachant que ces politiques sont négociées entre les caisses nationales et lEtat. Cest en ce sens que notre contrôle évolue, notre action soriente, indépendamment du contrôle a posteriori, vers un développement des audits et non vers un contrôle dopportunité