ELAN SOCIAL N° 23 |
50 ANS DE PRODUCTION CPAM : Les usines à décomptes
Pour fêter ces 50 ans de sécu, ELAN SOCIAL a enquêté sur les méthodes de production dans les CPAM. Que cela puisse au moins servir à une chose : A montrer à des lecteurs extérieurs à lInstitution que contre toute attente et contre toute réputation, on a le souci, dans les caisses, de produire bien et au moindre coût.
MELUN: LES RELIGIEUX METHODISTES
La CPAM de Melun, nous dit Laure GRISONI, cest une culture organisationnelle forte. A Melun, on a la religion de la méthode. A ce stade, on ne parle plus de " note de service ", mais de " nomenclature ", une nomenclature précise, qui est le livre de chevet, la bible du technicien, dans laquelle sont inscrits dans le marbre tout le détail des procédures, qui sont constamment mises à jour: Une équipe travaille que pour ça.
Leffet normatif est très fort ; on se réfère toujours à la méthode. Melun, ce ne sont pas des intello. On est concret, pragmatique, on ne fantasme pas, comme dans certaines caisses (et non des moindres), sur la GRH, ici, les gens travaillent.
A Melun, ce sont des fous, des fous de la statistique, et du tableau de bord. Ce dernier notamment, est hyper sophistiqué, il tente limpossible : rendre compte de tout à la direction. On y traque par exemple les " durées des poches restantes " dans le circuit dune feuille de soin, car tout est mesuré, depuis le temps que les assurés mettent à les envoyer à telle ou telle époque, jusquau temps que va mettre la banque à les rembourser. Tout est important, le délai de conservation des feuilles de soins par les assurés, qui est variable, a des répercussions sur les à-coup le la production.
A cela sajoute une hyper spécialisation de la production, mais qui est remise en cause aujourdhui, puisque à Melun aussi, on parle de polyvalence.
La formation est aussi tendue vers le même objectif: les nouveaux venus sont dabord spécialisés dans la gestion de dossiers simples, et on attend deux un rendement important. Dès lors que leur formation est terminée, ils sattaquent à des dossiers plus complexes, mais la culture de la production est déjà acquise.
Tout est formalisé : chaque agent remplit chaque jour une fiche individuelle de production. Les centres de paiement sont jugés sur leur productivité globale, avec un ratio de production par agent, quelle que soit la structure du personnel dans le centre.
Pour autant, on ne paye pas à tiroir ouverts, la qualité est aussi une vertu cardinale des méthodes Melunesques. LAgent comptable, affirme Laure GRISONI, y est plutôt rassuré, la qualité est assurée.
Cest Jacques BONAMY, directeur dans les années 70, qui à lépoque a mis en place une organisation très structurante, qui décrivait précisément toutes les procédures. Tout était prévu, même et y compris le rangement du bureau, lordonnancement du tiroir, lemplacement précis des imprimés type. Il y a même, dit-on à Melun une " méthode des méthodes ". René LUCET a exploité loutil qui était à sa disposition.
Melun se caractérise aussi par un taux dagent affecté à la production bien supérieur à celui des autres caisses: En gros, quand on trouve ici ou là 40% seulement du personnel chargé de la production, on peut inverser les proportions : 60% des agents liquident réellement en Seine et Marne.
Il y a quelques inconvénients dans le système: la gestion est un peu rigide. Lexploitation maximum de la productivité a dautres part ses limites, comme une voiture qui serait conduite en permanence pied au plancher, au bout de ses capacités. Sagissant de la production individuelle dans une organisation classique, il ny a plus de marge de manoeuvre.
Or aujourdhui, la situation est plus tendue, reconnaît Patrick EMERY, sous directeur chargé de la gestion technique. Par tradition, on a à Melun, une écoute attentive au discours national, et notamment à celui concernant les espérances quil fallait mettre dans le développement de la télétransmission, qui na peut-être pas connu lextension espérée.
De plus comme la plupart des caisses, Melun souffre de lobsolescence du modèle LASER, et de labsence de nouvel outil dans limmédiat. Et dans le même temps, la charge de travail augmente de 10% par an. On a embauché ces dernières années. Malgré tout, le solde a fait son apparition en Seine et Marne. Il était dabord limité, et on a répondu selon lesprit maison, avec des notes méthodiques, destinées à gérer un solde. On a amélioré encore le présentéisme, qui était déjà supérieur à celui de bien dautres caisses. On cherche maintenant des solutions plus fortes, ce qui est un sacré challenge dans une caisse où la productivité est déjà une des meilleure de France.
MELUN: RETOUR VERS LE FUTUR
1975: Des jeunes stagiaires du CNESSS débarquent sur la planète Melun. René LUCET est alors directeur adjoint de la CPAM " pilote " de la branche maladie.
Les stagiaires sattendent à débarquer dans une administration. Peut-être cherchent-ils des " ronds de cuir ", des blouses grises, des plumes et des encriers. Ils rencontrent des techniciens et des lecteurs optiques. Ils pensent tomber sur des montagnes de paperasse en retard, ils découvrent des délais de paiement réduits à trois jours. Ils parlent dassurés, on leur répond " clients ". Ils disent " cadres ", ont leur dit " management ". Ils pensent " surveillance ", on leur suggère " contrôle ". Ils vont même découvrir que le personnel peut être mobile.
En fait dadministration, lambiance est plutôt celle dune usine, dans laquelle on se soucie des délais et du coût de la production. Cest lépoque de la lecture optique: on calligraphie des codes sur des imprimés, quune machine lit à toute vitesse. Le management ne fait pas toujours dans la tendresse, la direction sermonne parfois lindolence des troupes. Dans les centres, des cadres convertis surveillent la production.
Les stagiaires du CNESSS vont liquider dans les centres de paiement, et entament leur étude dorganisation. Ils sont invités aux Comités de direction. René Lucet est accueillant, chaleureux même.
Bien sûr, nous sommes en 1975. Les méthodes et le vocabulaire employés ne font pas, à lépoque, lunanimité, loin sen faut.
Vingt ans plus tard, cela parait plus banal au sein de linstitution. Après des échecs et des succès, comme dans tout ce qui est nouveau sur le plan de lorganisation, ces méthodes de travail semblent désormais plus largement acceptées par la grande majorité des acteurs de notre entreprise. Seul subsiste léternel débat sur la qualité et la productivité, qui lui, ne connaît ni le temps ni la hiérarchie.
JJ. GREFEUILLE. G. ARCEGA
EVREUX: NON AU TAIWAN DU PREDECOMPTE
Après Melun, détour obligé dans lEure, à Evreux, capitale qualifiée par certains de " Taïwan du prédécompte ", tant la productivité y est réputée. Image erronée on va le voir, et les témoins qui témoignent savent de quoi ils parlent:
Dossier réalisé par P. LEDOUX (ancien directeur CPAM Evreux), J. KIORNIAT (sous directeur CNAMTS, ex responsable du BOM à Evreux), G. GRENTE, (ancien dEvreux, aujourdhui directeur CPAM Toulon), et V. PEREZ, (actuel directeur CPAM Evreux).
A ma gauche, lusine à décomptes où le liquidateur nest quun exécutant de tâches rationalisées imaginées ailleurs, avec le seul souci daccroître sa productivité sans augmenter sa fatigue ;
A ma droite, la communauté dHommes responsables, dans laquelle chaque agent-acteur est le coeur du système et participe à lélaboration de toutes les organisations et de tous les processus, évidemment qualifiants ;
Cest le combat de lapproche mécanique de lHomme opposé aux canons des écoles actuelles de management, dans lesquelles lensemble des besoins qui sont les véritables moteurs de lHomme, donc ses motivations, sont réputés satisfaits depuis celui-primaire -physiologique, jusquà celui -supérieur- de son accomplissement personnel. Anciens contre modernes, esclavagistes contre humanistes, TAYLOR contre la cohorte de nouveaux penseurs qui se veulent diriger autrement.
Le vainqueur ne fait aucun doute.
Pourtant, MACHIAVEL prétendait quà une principauté, il ne fallait quun prince. Lart de la manoeuvre, disait NAPOLEON, est un art de tout dexécution. Jean GERBIER, titulaire de la chaîne dorganisation du travail au CNAM, estime, quant à lui, que chaque entreprise constitue un cas despèce et que le hasard ne doit pas être maître du jeu.
Il ny aurait donc pas de recette unique; chacun doit shabiller à son goût et toute recherche de théorie unificatrice serait dangereuse, car elle pourrait conduire à la doctrine puis au dogme, donc au totalitarisme. Le management serait ainsi un compromis issu dune recherche permanente déquilibre entre les relations qui lient les Hommes, les autres ressources, les tâches à accomplir et les résultats espérés.
Les témoignages associés des auteurs vont essayer de montrer queffectivement, le management " heureux " ne sexécute pas de façon automatique comme une procédure de sauvegarde informatique, mais quil est le résultat dune volonté de réussir dans laquelle rien ne doit être laissé au hasard. Il doit se nourrir à une source intarissable, celle de la créativité des hommes et des femmes dans leur travail quoditien de terrain.
A la C.P.A.M. de lEure, en trois mois, de Février à Avril 1975, est mise en place une nouvelle organisation dans lensemble de ses dix Centres de Sécurité Sociale. Les Dirigeants de plus de 80 C.P.A.M. viendront à EVREUX observer le liquidateur devenu gestionnaire dun portefeuille dassurés sociaux.
LE PREDECOMPTE, LA CARTE NAVETTE, LE BOM, et la " CLE "
PIERRE LEROUX:
"Désignée Caisse pilote en Octobre 1970 pour la mise en place du premier Système National de Liquidation par Informatique des Prestations, la Caisse dEVREUX doit rapidement sadapter et créer des structures tenant compte de sa mission, de son existant, de sa créativité, et... de la pression des évènements.
La montée en charge commence à la fin 1972. Il a fallu concevoir un nouveau prédécompte, pièce maîtresse qui unit le liquidateur au centre de calcul informatique. Le prédécompte est porteur dune rigueur inconnue, donc de contraintes quil faut gérer au quotidien avec les agents.
La nouvelle liquidation des prestations est en place dans tous les Centres, fin 1973. Dans le même temps, un nouveau document est imaginé : " la carte navette ". Cette carte est destinée à accompagner la feuille de soins envoyée par lassuré. Elle lui est ensuite retournée par la Caisse avec ses fiches de paie et autres pièces. Elle deviendra, en 1976, la carte didentification et de droits qui permettra aux agents de liquider à vue les prestations en nature, grâce à sa fonction navette.
En 1978, la Caisse Nationale de lAssurance Maladie des Travailleurs Salariés en fera la Carte dAssuré Social actuelle.
Pendant toute cette période qui va de 1970 à 1977, la Caisse a besoins de regrouper ses forces et pallier ses faiblesses. Elle sorganise en constituant de nombreux groupes de travail occasionnels ou durables.
Au délà du groupe permanent des Chefs de Centres, une structure inédite émerge : le Comité Local dEtude, le C.L.E. (1) annexe : un symbole. Il est composé de cinq personnes représentant les grands secteurs de la Caisse : la Direction (Responsable du B.O.M.), la production (Divisionnaire des Prestations), le contrôle (Fondé de Pouvoir de lAgent Comptable), linformatique (Analyste) et, selon les sujets, le Service Médical (Médecin-Chef).
Cest larticulation idéale entre le niveau politique et les niveaux dexécution. Le C.L.E. et le B.O.M. sont les véritables centres nerveux sur lesquels sappuient la Direction mais aussi les Services. Le B.O.M. est chargé de finaliser les procédures retenues, de rédiger les instructions, den vérifier lapplication fonctionnelle, bref dassurer le bouclage général.
De nombreuses idées, suivies dapplications pratiques, voient ainsi le jour. Elles convergent dabord vers la refonte du fichier position papier.
Je nen retiendrai que quelques unes :
(1) Utiliser loriginal des documents reçus et conservés dans des instanciers plutôt que les recopier bêtement avec risque derreur ; (sur la base du principe, la Caisse met au point une feuille de soins(1) lisible directement comme un prédécompte. Malheureusement, labandon de la lecture optique condamne le projet de saisie à la source)
(2) Solliciter le Centre Informatique pour apporter une assistance aux liquidateurs par des signalements préventifs de fin de droits, dévènements particuliers intéressant le Service Médical, le Service Social, et par la création dun fichier historique sur mesure " INTERN 27 " ;
(3) Chaîner larchivage des pièces exploitées à partir de la fiche didentification ;
(4) Procéder au paiement automatique des indemnités journalières Maladie, Maternité et AT-MP, en appui sur un fichier dédié " IJCUMUL ".
Ces idées aboutiront naturellement, en 1975, à confier à chaque liquidateur la gestion dun portefeuille dassurés. Limpact est considérable.
Par une évolution progressive -politique du pas à pas - et permanente, accompagnée dune préparation rigoureuse, la Direction a su gagner la confiance des Cadres et des Agents, et obtenir leur adhésion. En retour, ceux-ci ont vu leurs responsabilités saccroître, leur tâche se personnaliser. Le Cadre est devenu un formateur et un animateur.
Enfin, je ne peux manquer dajouter quil a été possible, grâce aux résultats obtenus, de procéder à une sorte de distribution de bénéfices : reclassement de 60 fichistes, promotions, cycles de perfectionnement et aménagement du temps de travail, dans un contexte de maîtrise des effectifs ".
" Ce passé a-t-il encore un intérêt aujourdhui? ".
Certes, bien des processus fonctionnels décrits sont devenus caduques avec larrivée de linformatique répartie et conversationnelle. Par contre, peut-on considérer quun management qui cherche à mettre en harmonie la structure décentralisée de la Caisse avec la place que doit occuper chaque agent, à vieilli ?
EVREUX 1995 :
Il apparaît judicieux, à lheure actuelle, face aux défis de lAssurance Maladie, de revaloriser le rôle des techniciens, de centrer toute politique de management sur les femmes et les hommes qui composent les Caisses.
Devant les inquiétudes qui surgissent à propos des effectifs et des qualifications nécessaires pour accomplir les métiers quexigent nos missions, il me semble primordial dappuyer toute réflexion organisationnelle sur les intelligences existantes dans nos Organismes. Même si des recrutements de personnels très spécialisés peuvent être nécessaires, cest avec les personnes de personnels trés spécialisés peuvent être nécessaires, cest avec les personnes qui travaillent actuellement dans nos Caisses quils nous appartient de construite lavenir.
Cela impose aussi de situer, à sa vraie place, le rôle de loutil, quil soit de production ou de gestion. Il doit être au service des missions et non les conditionner.
Les Personnels doivent être impérativement associés à cette aventure dans la conception de laction à réaliser et son suivi. Mais ils doivent aussi retrouver " leurs comptes ". Une gestion prévisionnelle des ressources humaines permet de leur construire une visibilité sur leur avenir collectif et individuel.
Ce sonT ces quelques principes que jentends mettre en application en arrivant à EVREUX.
Le passé, les résultats de gestion actuels fondés sur de longues années defforts, induisent mes projets dactions construits autour de deux mots clés : " continuité et optimisation " .VICTOR PEREZ, Directeur CPAM EVREUX
LECOLE DE MONTPELLIER: LE HARD MANAGEMENT
D. Bertin, Directeur de la CPAM de Montpellier se présente sous lair dun homme qui à lair encore jeune, et toujours de bonne famille. Il a pourtant de longues années dexpérience de direction, et plus spécialement de direction de CPAM.
Il se passe quelque chose du côté de Montpellier, et ça agace, on aime pas ceux par qui un peu de scandale arrive : un certaine affaire Lucet, qui a, au fond, à la fois a réjouit dabord et rassuré ensuite bien du monde à lépoque, est restée pour lInstitution comme une sorte de vieille blessure, qui fait encore mal quand un non conformiste se manifeste. Donc, quelques articles dans la presse, et des méthodes de gestion réputées hors normes ont fait de Montpellier un sujet de conversation animé.
ELAN SOCIAL est allé faire un petit tour à Montpellier. Faute de temps, on a pas pu enquêter sérieusement, auprès des assurés ou du personnel. Et puis ELAN SOCIAL nest pas lIGAS. Mais on a donné la parole au directeur de la CPAM de Montpellier, pour une interview, mais entre professionnels cette fois
ES: Quel ton approche managériale?
D. BERTIN: On essaie de pratiquer ici le management " transerversal ": tout est bâti pour que personne ne soit à même de faire quelque chose seul. Lorganisation a pour ambition lamélioration permanente du service rendu, et lapplication des textes et des conventions.
Les cadres ont pris lhabitude de travailler en réseau: Ils se sont approprié la démarche, et lorsque les complémentarités de compétences ne sont pas instituées, elles en arrivent à sorganiser spontanément.
Cela dit, lamélioration de la gestion de la production était pour nous une nécessité, en raison dun effectif extrêmement restreint. Nous navions pas le choix.
ES: Quelle est la recette des trois tiers?
D. BERTIN: 1/3 de LASER, 1/3 de télétrans, 1/3 de SOS. Il faut faire la part de ce qui relève de la technicité liquidation, et ce qui nest rien dautre que du simple encodage.
ES: Et quel sera le quatrième tiers?
D. BERTIN: Linformatisation se répand: on devrait logiquement assister au développement de la saisie à la source: Télétransmission, télécollecte sur minitel, telle quelle est testée à Nice, voire dautres systèmes.
ES: 1/3 de saisie SOS, comment en est-on arrivé à cette regrettable extrêmité?
M. BERTIN: Nous avons adopté la seule solution qui nous permettait, à un moment donné, de poursuivre lamélioration de la qualité du service et des remboursements.
Nous connaissions le produit SOS développé par le CTI Sud, et depuis quelques années, nous nous étions préparés à cette éventualité. La saisie à la volée ne peut senvisager que sil y a un minimum de rejets. Nous avons donc mis sur pied en 1993 " SERVICE PLUS ", nous engageant à rembourser sous 5 jours lassuré, dès lors que son pharmacien était en télétransmission.
Nous avons réécrit SOS sous UNIX en introduisant des contrôles supplémentaires. Le résultat a été spectaculaire. Tout au long de 1994, nous navons jamais dépassé 2 jours de stock, et nous avons pu affecter 25 agents à plein temps sur la gestion du risque. Depuis, le nombre de pharmaciens en télétransmission a doublé.
ES: Et en prime les dossiers SOS arrivent pré-triés. Cest une synergie assez miraculeuse?
D BERTIN: Cest du partenariat, et surtout, une simplification pour les assurés.
ES: Arrivé à midi dans votre caisse, tous les guichets sont fermés, et une seule hôtesse daccueil explique aux assurés que vous nêtes ouvert que de 8h à 11h. Vous ne sacrifiez pas un peu la qualité?
D. BERTIN. Le constat est partiel: La qualité est lobjectif général de la caisse : nous exploitons en ce moment 35 000 questionnaires qui devraient nous permettre de mieux cerner les besoins des usagers, et de moderniser les moyens.
Cette démarche en complète une autre, conduite il y a trois ans, qui avait abouti à la mise en place dun serveur vocal. Tout notre accueil est conçu selon le même principe: réception des usagers le matin, enregistrement sur une base de données de la demande, et on donne un " accusé de dépôt ". Cest lagent qui a procédé à cet enregistrement, qui traite le dossier laprès midi. Laccueil pour les renseignements généraux est assuré par le serveur vocal 24h sur 24h, et par nos hôtesses de 8h à 16h sans discontinuer.
De plus, nous avons entrepris de parfaire notre approche sociale : Depuis 4 ans, nous avons notamment mis en oeuvre une action complémentaire aux circuits TDS, en envoyant en novembre un mailing à 50 000 assurés: lexploitation des 30 000 réponses reçues en moyenne, et traitées avant le 31/12, nous assure le taux douverture des droits le plus important de la région.
ES: La caisse de Montpellier est passé dune des dernières place à la première en 10 ans. Cest pratiquement impossible, sauf à licencier à tour de bras. Doù vient cet exploit? Le changement de ratio, le passage de lAAP et BAP a du bien aider non?
D. BERTIN: Il ny a pas eu de " licenciés à tour de bras " évidemment, et les indicateurs, quon les tourne dans un sens ou dans un autre, nont eu en fait que très peu dincidence sur notre place de premier.
Notre seul exploit est davoir absorbé une augmentation constante de la charge de travail, de lordre de 2% des assurés chaque année, et cela depuis 10 ans sans discontinuer, en même temps quune offre de soins plus forte. Mais nous avons aussi pu récupérer 24 000 assurés actifs en 4 ans, avec la disparition de deux sections locales, dont lune a du déposer son bilan à partir des constats révélés par la CPAM.
Dans le même temps, nous avons débusqué et corrigé toutes les sources de non qualité, qui détériorent le service rendu, alourdissent les traitements, et faussent les données disponibles.
Il est vrai que nous avons aussi rationalisé au maximum lorganisation de chaque service, en intégrant les évolutions prévisibles. Il faut, dans cette affaire, donner un grand coup de chapeau au personnel de cette caisse, et à son encadrement, pour avoir su faire face: Faire face en même temps aux fortes augmentations des charges de travail, et aux exigences de qualité de service, et de maîrise des dépenses qui simposent aujourdhui.
Mais il y a une limite à tout, et il faut en être conscient au niveau national. Refuser de prendre en compte certaines situations, serait en contradiction avec la démarche des COPAC.
ES: En matière de gestion du risque, la presse sest fait lécho dun peu de remue-ménage. Ferait-on de la GDR à Montpellier?
D. BERTIN: La gestion des risques côté caisse, cest dabord la bonne application des textes et des conventions. Cela dit, cela ne se fait pas toujours sans mal, et il ne faut pas exclure les rapports de force quand ils sont nécessaires, même si on ne les a pas forcément cherchés. Notre reconnaissance passe aussi par là, ainsi quavec les relations avec les media, quon doit organiser et entretenir.
ES: Comment lisez-vous lavenir?
D. BERTIN: Nous sommes très présents, sur le créneau social: nous développons et organisons des actions en partenariat avec le conseil général et les associations.
Nous nous préparons déjà, dans les faits, à intégrer la perte de ce qui assurait il ny a pas si longtemps notre fondement: Nous nous situons déjà dans la perspective dune disparition de la saisie.
Je crois dailleurs, et ce sera ma conclusion, quil serait plus juste, après ce que tout ce que nous venons de dire, de parler non pas de " hard management ", mais de " management hardi! "
LES HUMANISTES: CLAUDE DELAVEAU
Rencontre avec Claude DELAVEAU, ancien élève du CNESSS, major de sa promotion, directeur de la CPAM de Bobigny, organisateur des JAM à venir, précursseur du PMF dans son ex caisse dOrléans, ci-devant baron de la branche maladie, dans laquelle il préside mult commissions nationales, cheveux déjà blanc, verbe encore très vert.
Claude DELAVEAU a de lexpérience, du poids, du charisme, de la générosité, mais surtout une qualité très importante, de lhumour. Mais sil ne se prend pas lui même trop au sérieux, il prend les problèmes de lInstitution au sérieux, car cest un humaniste, conscient que la gestion des hommes nécessite beaucoup dhumilité et de respect. Loin des frimeurs et des prétentieux, il assume présentement lhéritage pas triste dune grande caisse de la région parisienne, dont on ne sait plus si elle a été bien mal managée ou trop bien ménagée.
Face aux " industriels ", Claude DELAVEAU défend une conception plus humaniste de la gestion : Il parle denrichissement des tâches, de polyvalence, milite pour les nouveaux métiers. Il refuse le renoncement, la régression sociale pour les personnels et les assurés, et se fait le hérault dune certaine conception de la gestion des caisses.
Pour lui, il y a dans la branche des gâcheurs de métier, et il sen explique dans ELAN SOCIAL, en compagnie de Monique DAMOISEAU, directeur de la CPAM de Chartres, qui partage avec Claude DELAVEAU un certain idéal, et avec dautres collègues, quelques interrogations.
ES: Claude DELAVEAU, tu es léminent représentant, pour ne pas dire le symbole dune certaine idée de lassurance maladie. Il parait quil y aurait dans la branche des " gâcheurs " de métiers. Quentends-tu par là?
Cl. DELAVEAU : Sur le plan qualitatif dabord, jai la conviction quil faut défendre une certaine idée du métier. Il faut dépasser le stade de simple payeur. Gâchent le métier ceux qui réduisent leur approche à une simple procédure industrielle, donc au simple paiement.
Je constate dailleurs quil y a très peu de " gâcheurs ", pour autant quil y en ait qui le soient réellement, ou du moins complètement.
Au niveau quantitatif, il y a des méthodes et des moyens pour " produire du BAP ", pour amasser des comptes. Il y a des méthodes pour assurer une production rapide, dont le moins quon puisse dire, est que leur ambition première nest pas dépanouir les agents.
ES : Qualifier à tout prix les personnels, cela ne relève-t-il pas dune incantation?
Cl. DELAVEAU: Je cîterais Vauvenargues: " Tout ce qui sest fait de grand sest fait au nom dune espérance exagérée ". Bien sûr, tout le monde nest pas capable dêtre formé aux métiers de demain. Mais il y a pourtant des perspectives. La gestion de SESAME VITALE par exemple, exigera des techniciens " haut de gamme ", mais nécessitera aussi des compétences manuelles, pour la gestion des parcs machines.
M. DAMOISEAU: Cest vrai, mais pour les agents, la réalité quotidienne, c est encore largement lobligation de produire. Il y a un décalage, au moins dans le temps, entre les discours des agents de direction ou de lencadrement, et ce quen perçoivent les personnels.
Cl. DELAVEAU : Jai envie de dire en forme de boutade, que cest la faute aux gâcheurs de métier qui gâchent aussi les agents! Mais ce que dit Monique est vrai aujourdhui sans doute, car nous parlons davenir.
ES : Le fait quun directeur de caisse puisse aussi être un directeur dusine, et que les agents puissent être considérés comme des OS, va contre le mouvement de lenrichissement des tâches. Pour autant, il faut bien gérer, et si possible maitriser la production, avant de pouvoir maitriser quoique ce soit, et notamment le risque, nest-il pas vrai?
Cl. DELAVEAU: " Quand la production va, tout va ". Il est vrai que les belles années " LASER ", ce modèle informatique qui nous a permis dengranger des gains de productivité, et qui nous a permis de nous " ouvrir " vers dautres tâches, sont terminées. Il faut bien sûr maîtriser la production.
Mais il faut hiérarchiser nos responsabilités et nos objectifs. Le premier objectif, qui est contractuel, est de rembourser largent qui est dû. Mais en deuxième lieu, il faut gérer correctement ce quon paye. Il nous faut des outils. Et les outils ont besoin des hommes. Peut-être faut-il, dans la conjoncture actuelle, relancer lembauche : Tout ne se fait quavec des hommes.
Mais je ne puis admettre que les progrès auxquels jaspire laissent des gens sur le terrain.
ES : Mais la polyvalence tout le temps, pour tous et à tout prix, cela peut être destructeur pour des agents qui narrivent pas à suivre, qui avaient pourtant une certaine fierté à assumer une production importante sur des travaux peu complexes et répétitifs. A force de vouloir enrichir les postes de travail, nous avons aussi supprimé des tâches simples qui donnaient du travail et une reconnaissance sociale à des gens simples.
Pourquoi y-a-t-il dans les caisses primaires une opposition quasi-théologique à des logiciels de saisie allégée tel que SOS? Nest ce pas, au moins, un mal nécessaire?
Cl. DELAVEAU: Ce nest ni un mal, ni nécessaire. Ce nest pas un mal, si cela correspond à des besoins, si cest un outil adapté pour seulement gérer des " pointes " comme on le fait à Avignon. Il ne faut pas en faire un outil dutilisation courante, mais sen servir quen cas de fièvre. Ce type de logiciel ne permet pas, par exemple, denrichir les fichiers.
Ce ne serait pas nécessaire si loutil de travail ordinaire était adapté. Nous avions dailleurs, à une époque, réfléchit à la possibilité davoir sur les écrans LASER une deuxième grille de saisie simplifiée, puisquil est vrai que 80% des dossiers sont des dossiers simples.