ELAN SOCIAL N° 23 |
Le choix des hommes
LES DINOSAURES ET LES CAMELEONS
Rencontre au sommet: 4 générations de directeurs, pour 3 branches: Jacques HOCHARD, ancien directeur de la CAF dAnnecy, le plus ancien, auteur du célèbre aphorisme, délivré à quelques générations délèves du CNESSS: " partout où il y a de lhomme, il y a de lhommerie ". Maurice BANCAREL, ex directeur de lURSSAF de Toulouse, haut-lieu de lhérésie informatique dans le recouvrement, " parrain " de toute une région, défendue contre le centralisme ACOSSIEN jusquau dernier jour. Jean Pierre REY, autre Aquitain, venu de son fief de Bordeaux, où il est directeur de la caisse primaire, ancien élève du sus nommé, ex cacique du SNFOCOSS, ex membre de la liste daptitude, auteur dune thèse récente en droit de la sécurité sociale, et Gérard ARCEGA, directeur de la CPAM dAvignon, rédacteur en chef dELAN SOCIAL.
Le délit du débat: le choix des hommes, le choix des dirigeants.
Une table ronde improvisée a dabord réuni à Toulouse M. BANCAREL, J.P. REY, et G. ARCEGA, et à permis quelques échanges consistants, entre des hommes qua priori tout sépare: La formation, lâge, les choix syndicaux, le management, les carrières.
Thème dominant et non prémédité du débat : comment est-on passé de lère des dinosaures à lère des caméléons? Et au fait, que sont, dans cet étrange bestiaire institutionnel, les jeunes loups devenus?
Enfin Jacques HOCHARD, qui na pas pu sinstaller autour de la table, nous a fait parvenir son témoignage. Cest encore un autre temps, une autre branche, une autre tonalité, cétait juste avant lépoque qui a fait lobjet du débat, et cela léclaire encore différemment.
PROPOS RECUEILLIS PAR G. ARCEGA
GA: Les dinosaures sont-ils une espèce en voie de disparition? Jentends dire que le CNESSS, comme toute les écoles, comme toute grande école, produit des clones aseptisés, qui se disent tous bonjour sur le même ton. Que sont devenus les fortes personnalités dantan? Avez-vous une opinion et un diagnostic?
M. BANCAREL: Cest une question complexe, qui relève de lhistoire administrative de la Sécurité sociale. Il serait bon à ce sujet de se reporter à la thèse de droit soutenue, naguère, par notre ami Charles BONIFAY, en 1959, autant quil men souvienne. (NDLR: Charles BONIFAY a été directeur de lURSSAF de Marseille).
Charles BONIFAY relevait alors lexistence dans lInstitution dun conflit dautorité opposant une relation aussi hostile que triangulaire : tutelle, conseil dadministration, et directeurs. Au cours de la première décennie vécue par la sécurité sociale, le poids des difficultés financières croissantes conduisait la première composante, à savoir les pouvoirs publics, à intervenir de plus en plus fréquemment dans la gestion des organismes, en droit et en fait celle des conseils.
On a vu, en 1957 et 1958, un nombre considérable dannulations de décisions de conseils, dans une proportion qui na jamais été dépassée, ni atteinte depuis.
Les décrets du 30 juin 59 et du 12 mai 1960 ont, si jose dire, calmé le jeu. A lépoque, les structures de lInstitution avaient encore des formes disons " buissonnantes ", issues dune mutualité bouillonnante et généreuse. On a voulu mettre en place un service public hiérarchisé, placé sous lautorité du ministre, sexerçant à la fois sur les conseils et les directeurs, tout en prenant appui sur ces derniers, pris comme des relais internes de ladministration.
Ce système procédait de principes que lon retrouve à ce moment là, jusquau sommet de l Etat dans la république cinquième et nouvelle.
Cest au cours de cette période que la CNESSS a été conçu. Il le fut comme une sorte dENA à usage dadministration sociale. Comme souvent dans une mutation institutionnelle, la mutation na pas été complète, immédiatement du moins.
Il devait en résulter une certaine confusion dans la direction de lécole, où se sont affrontés un directeur membre des grands corps, et un directeur des études issu de la FNOSS. Le moins quon puisse dire est que la formation de ce temps, quelque peu composite et non exempte de pittoresque, ne favorisait pas la sortie en séquence de " clones aseptisés ". La circonstance nétait pas défavorable à lacquisition dune certaine culture pionnière...
Les choses ont changé, avec la création de 4 organismes nationaux en 1967. On est passé du triangle à une formation quadrangulaire: Tutelle de lEtat, caisses nationales, conseils dadministration, directeurs. Les caisses nationales, nouvelles venues, devaient progressivement, et pour des raisons au demeurant justifiables, quil serait trop long de rappeler aujourdhui, prendre le pas sur les trois autres partenaires, sans pour autant les exclure du débat.
Tout cela nallait pas manquer de compliquer les conflit dautorité, le corps de direction jouant souvent le rôle dotage entre la tutelle, les caisses nationales et les conseils, dont les positions respectives se renforçaient ou saffaiblissaient, dune alternance politique ou ministérielle à lautre.
Limage de lorganigramme de structure institutionnelle, vue en " élévation ", présente désormais, autour dun axe relativement stable, le corps de direction, trois mobiles sorientant tant bien que mal, avec plus ou moins de grincements et densemble, dans la direction approximative des vents dominants. Ainsi configuré, le support de management de lInstitution tient davantage de la girouette que de la boussole.
Dans ce contexte, le CNESSS se résignait peu à peu, avec le consensus tacite des divers partenaires institutionnels, à recommander à ses élèves un profil bas, admissible par toutes les parties, dexécutant sans états dâme, habitués à " dissimuler leur dieu " derrière une technicité de convenance, qualité susceptible darrondir les angles, tout en offrant le moins de prise possible aux accidents politiques de parcours.
Partant de là, la production des " clones " allait connaître de beaux jours.
JP. REY: Il y a une adaptation du corps de direction, certes, mais il est aussi vrai que le milieu est plus doux, quil y a moins dadversité quautrefois, donc la force de résistance et nécessairement moindre, et les personnalités fortes ont intérêt aujourdhui à se camoufler, à être immobile, avant dêtre enfin laminées.
La mobilité peut être considérée comme une forme de protection.
M. BANCAREL : La mobilité, comme le camouflage, ont toujours été recommandés pour les progressions en environnement incertain. Sur ce plan, laffaire LUCET a marqué un tournant. Le corps de direction est devenu, dans lensemble, plus prudent depuis. René LUCET est mort dêtre resté sur place. Avec un rien de mobilité, il eut été sauvé.
Les directeurs sont en position difficile, les vents dominants changent rapidement. Ils doivent désormais être aussi neutres et transparents que possible, et le CNESSS les forment à ménager leur survie, à laide de deux instruments: celui du camouflage, et celui de la mobilité. Il faut se camoufler et bouger. Pour autant, il faut bien, tout en assurant sa survie, insérer les caisses dans lévolution des technologies.
G.A: Cest donc la théorie dune adaptation à un milieu plus ou moins hostile qui explique lévolution des hommes. Mais navez vous pas limpression que vous cultivez un peu la nostalgie du passé? Quand ma génération est arrivée aux fonctions de direction, elle a trouvé des pouvoirs très réduits par rapports à ceux dont vous disposiez à vos nominations : Cest votre génération qui, en fait, a cédé devant la pression des tutelles.
M. BANCAREL: Je ne crois pas que le corps de direction ait pu avoir collégialement ou individuellement une part de responsabilité dans cette évolution sur laquelle il navait pas dinfluence. La partie engagée entre les tutelles et les caisses nationales se jouait, et se joue encore en dehors de lui, et au dessus de lui.
Le conflit entre lEtat et les caisses nationales que modifie désormais la présence, " aux affaire ", dune tutelle nouvelle qui est celle du ministère de léconomie et des finances, souvre sur lintervention, à plus ou moins long terme, du Législateur.
Le débat ouvert actuellement, ne len concerne pas moins, car, de son issue, qui a toutes les chances de ne pas être rapide, dépend lattache hiérarchique de la sécurité sociale, et au delà, lavenir de la profession de directeur.
JP. REY: Il ne faut pas quon se méprenne, les hommes ne sont pas en cause. Ils sont, dans lensemble, de bonne qualité. Mais Il y eu une volonté denlever du pouvoir à un corps social très marqué à lépoque de la FNOSS, et face à cela personne naurait pu résister. Les partenaires sociaux se sont retrouvés avec un pouvoir plus ou moins illusoire, puis on sest emparé de la gestion administrative. Le pouvoir politique sest dabord appuyé sur les directeurs et les agents comptables, notamment avec la création du CNESSS, puis sur les caisses nationales, en même temps quon a assisté à une influence de plus en plus grande des hauts fonctionnaires et des experts.
M. BANCAREL: Il faut comprendre que les points dancrage de la tutelle de l Etat se sont déplacés. Le contrôle du ministère des affaires sociales sur les décisions des conseils et la gestion des organismes, da " priori " est devenu " a posteriori ", et en fait ponctuel, faute de ne plus pouvoir être exhaustif.
La Direction de la sécurité sociale au ministère ne dispose plus que de moyens limités, quil sagisse de tutelle budgétaire, de ressources humaines ou dinformatique.
En revanche, par le biais de la même politique budgétaire et de son suivi en cours dexercice, les caisses nationale disposent de fait, depuis une décennie au moins, et de droit daprès les textes récents, dune véritable pouvoir de contrôle sur les organismes de base.
Mais au sommet de la pyramide, la tutelle de lEtat demeure. Sa localisation nest plus la même. Elle se situe à la direction du budget du ministère de léconomie et des finances, où les divers partenaires en charge de la protection sociale sont chaque années invités à des rendez-vous difficiles. Les interventions ponctuelles de la Cour des comptes et des grands corps dinspection, IGF et IGAS, font le reste.
Il le font dans des opérations parfois douloureuses de reprise en main dont les directeurs ont plus souvent à pâtir que dautres. Il en va de même pour les directeurs des caisses nationales: On a pu le constater à deux reprises, au moins dans une certaine filière ou les directeurs nationaux ont joué le rôle de fusibles.
J. P. REY: Ce sont même des sismographes, qui rendent compte parfaitement de mouvements plus profonds.
M. BANCAREL: Létat des lieux ne favorise guère la promotion de personnalités fortes surtout quand la fantaisie leur prend de saffirmer. La tentation est grande, dans un souci de paix et de survie, de se conformer au relief, même sil est désespérément plat, plutôt que dengager des initiatives personnelles, qui, au cas de succès, courent le risque dindisposer en portant leurs résultats au delà des normes admises par lorganisme national, ce qui peut être de nature à compromettre les équilibres relatifs recherchés par ces derniers, pour des fins obscures qui échappent au commun des mortels.
Cest ainsi que le conformisme dun directeur en vient à passer, aux yeux de certains décideurs nationaux, pour une valeur " or ", garante de la stabilité de filière. Les résultats de terrain ne présentent dans ce cas de figure quun intérêt secondaire. Ils ne sont pas lessentiel.
On en vient parfois à penser que les mêmes dirigeants nationaux ont fait de la lecture de René CHAR, par une interprétation très libre, leur référence privilégiée quand celui-ci recommandait de ne pas sattacher à " lornière des résultats ". Rares sont ceux qui ont la curiosité den prendre la mesure quand " lornière " se creuse en direction des plans nationaux.
G. ARCEGA: Il y a le conformisme des diplômés passés par le moule dune même école, cest vrai. Mais il y a aussi le conformisme secrétée par toute institution, qui tend naturellement à parrainer et à ne rassembler que des gens qui se ressemblent, ce qui est illustré chez nous par la prépondérance dun syndicat. Enfin les conseils dadministration sont des assemblées, qui tendent, comme tout groupe, à annuler toute prise de risque, et que les candidats atypiques effarouchent. Comment faire, pour quune institution gère du conformisme, car il faut bien quelle assure une sélection sûre et apaisée des hommes, mais en même temps quelle continue de tolérer une certaine dose doriginaux, qui lui permettront, tout en restant elle même, de progresser?
J. P. REY: Tout cela est vrai bien sûr, mais le prétendu conformisme syndical nest que lécume des choses. Il marquerait surtout lassurance maladie, et cependant la liste daptitude est devenue très ouverte et les candidats sont de plus en plus facilement inscrits.
G. ARCEGA: Justement, tout dépend donc du choix des conseils.
M. BANCAREL: Le rôle des conseil dadministration est important, et cest normal. Mais il ne faut pas oublier celui, ponctuel, des caisses nationales au cas de désignation dans les organismes les plus importants, et au besoin dans les autres.
G. ARCEGA: Tout cela confirme bien lexistence dun conformisme " politique " aussi influent que celui, plus technique malgré tout, du CNESSS.
M. BANCAREL: Il y a aussi un conformisme " technique " au niveau national, qui ne procède pas des conseils dadministration des caisses nationales, mais qui est le fait de certaines de leurs techno-structures stratégiquement privilégiées en matière budgétaire, de ressources humaines ou dinformatique.
G. ARCEGA: Ne pensez-vous pas que linformatique est aujourdhui devenue un problème dintendance maîtrisée, dans lequel les enjeux de pouvoirs ne sont plus les mêmes, et que latout important est plutôt celui de la communication?
M. BANCAREL: Je ne crois pas.
Linformatique nest ni maitrisée, ni maitrisable. Il sagit, pour des raisons qui tiennent à leffervescence de la technologie, dune discipline en état dobsolescence permanent redéfinissant sans cesse la nature de ses moyens et de ses fins. Les rapports de force entre concepteurs, industriels et utilisateurs, y sont perpétuellement modifiés. Cest aujourdhui le cas, une fois de plus.
G. ARCEGA: Si vous preniez un poste aujourdhui, quelle croisade mèneriez-vous?
M. BANCAREL: Je minterrogerais dabord sur lintérêt de partir en croisade. Il est bien tard pour moi...Mais si jétais amené à le faire, jobserverais dabord le paysage avec beaucoup de soin, pas au niveau institutionnel car ce nest guère de là que peut venir linnovation, mais au plan des aspects les plus stupéfiants de lévolution technologique.
Je ne mattarderais pas à la recherche dacquisition dune puissance de calcul dont la localisation désormais offre de moins en moins dintérêt. Mais je mefforcerais bien davantage, pour éclairer ma route, daccéder, aussi librement que possible, au flux prodigieux dinformations de tous ordres: économiques, sociales, démographiques, médicales, etc....servies dores et déjà par Internet, et demain par les " autoroutes de linformation ". Je serais surpris que laccès au péage desdites autoroutes se fasse, quand le moment sera venu, entre caisses nationales et organismes de base au milieu de chants et dapothéose...
Le débat qui sannonce exigera de la clarté et du courage, car dans ce domaine, comme dans bien dautres, les options quil conviendra de prendre et qui engagent lavenir, ne sauraient être longtemps différées.
Or on ne peut que se montrer très réservé sur lattitude du milieu à arrêter des options de base autrement que, dans le meilleur des cas, par " spontanéité lente ".
La pensée de filière a tendance à se satisfaire aisément, à défaut daction, de constructions intellectuelles, disons de plans, de préférence pluri-annuels, dont lexécution a pour habitude dêtre fréquemment reportée dans un avenir annoncé comme toujours plus proche. Tout ce passe comme si lexécution dudit plan risquait den compromettre lesthétique, quun autre plan, ultérieur, plus complet, ne pourrait quaméliorer, etc...Lattente ne manquera pas, si elle se manifeste ici on là, dêtre meublée par le discours apaisant, en forme desquive de charme dun " communiquant autorisé ".
Mais il nest pas donné à tous de se réfugier perpétuellement dans un univers virtuel. Un directeur, au contact des réalités humaines de ses assurés sociaux, allocataires ou cotisant, est dans lobligation dagir, faute de quoi on viendra très vite à lui imputer à charge limmobilisme des autres. Il lui faudra par nécessité, se découvrir et arrêter, souvent en état de crise, des décisions délicates.
En pleine lumière et dans laffrontement direct, une tenue camouflée ne sert pas à grand chose. Il nest pas possible de se dissimuler indéfiniment derrière autrui quand plus personne noccupe le terrain. A ce propos, on me pardonnera de citer BISMARCK, qui, on le sait, na pas été, à un autre propos, sans relation avec la sécurité sociale, et qui observait " quà se peindre en vert, on risquait dêtre avalé par les chèvres "...
J. P. REY: Cest un appel aux belles individualités, qui finalement permettra aux individus de se protéger eux mêmes. On est passé de lère des dinosaures à celle des caméléons, qui empruntent des tenues de camouflage. Cest une fausse protection, car les technostructures trouvent toujours dans les exécutants les coupables désignés.
M. BANCAREL: Cest bien vrai, rester dans le conformisme est, à tout prendre, plus dangereux parfois que sécurisant. Porter le titre de directeur revient à se présenter au public en coupable potentiel. Porter le titre de directeur, cest porter un écriteau.
G. ARCEGA : Comment expliquez-vous à ce propos, quon voit souvent des directeurs sanctionnés, mais peu dagents comptables mis en cause, alors même quils bénéficient pour ce risque dune prime dite " de responsabilité "?
J. P. REY: Jai personnellement " bénéficié " non de cette prime, mais de ce phénomène. Nommé directeur de la CPAM de Cahors, jai découvert et démontré, après 18 mois, que lagent comptable en place procédait à des détournements. On a évoqué mes prétendues lacunes en comptabilité, qui mauraient empêché de voir ces pratiques assez vite. Heureusement jai reçu le soutien de nombreux collègues, à linitiative dailleurs de Maurice BANCAREL pour la région, ainsi que celui dun médecin local choqué, qui était, et qui est encore aujourdhui un homme politique de premier rang.
Finalement, malgré ma mise en cause, le retrait dagrément ma été épargné. Quelques mois après, il était démontré que le détournements dudit agent comptable remontaient à plusieurs années, bien avant mon arrivée, et que tous les contrôles effectués ne les avaient pas fait apparaitre. Le système de contrôle est basé sur lintégrité de lagent comptable, qui est censé surveiller le directeur et ses délégataires. Dans lhypothèse inverse, il y a dérèglement.
M. BANCAREL: Les agents comptables tiennent leur légitimité dun double agrément du ministère des affaires sociales et de celui du budget, auquel sajoute laval règlementaire ou non des caisses nationales. Leur mise en cause par un directeur, dont ils contrôlent la régularité et parfois lopportunité des actes, tient du paradoxe.
Mais pour en revenir à notre propos, je concluerais pour ma part que je nen demeure pas moins optimiste pour lavenir de notre profession, car jai tendance à croire que le conformisme du corps de direction nest quapparence. Il nest pas interdit de penser que, si les circonstances sy prêtent, et quun peu plus de liberté daction leur soit reconnue, les " clones " daujourdhui ne puissent saffirmer demain comme des hommes et des femmes de caractère.
Jacques HOCHARD, Directeur honoraire CAF de Chambery : LA VOIX MILITANTE
(NDRL: les titres sont de la rédaction)
Dabord, les hommes sinscrivent dans lhistoire:
Lordonnance du 4 octobre 1945, qui a mis en place les structures de la Sécurité Sociale, date de 50 ans. Lordonnance du 02 Novembre 1945, assurant le reclassement du personnel issu des anciens organismes, est aussi ancien.
Les Caisses Départementales dAssurance Sociale, les Caisses correspondant à des affinités syndicales ou familiales, les services " accidents du travail " des Compagnies dAssurances, les Caisses de Compensation dAllocations Familiales rattachées à des structures patronales, sont regroupées en deux sortes dorganismes distincts, outre ceux qui conservent, à titre temporaire, une certaine autonomie, séquelle dun corporatisme dépassé. Ils sont gérés par des Conseils dAdministration désignés par les Pouvoirs, avec des représentants de salariés (les3/4 des membre et des représentants des employeurs (1/4 des membres) pour les Caisses de Sécurité Sociale, et suivant des modules différents pour les Caisses dAllocations Familiales (1/2 salariés, ¼ employeurs, ¼ travailleurs indépendants).
La C.F.T.C., pour des raisons idéologiques refuse, jusquen avril 1947, de participer aux Conseils des Caisses de Sécurité Sociale. Par là-même, elle laissait le champ libre aux administrateurs pour ( la désignation des agents de direction qui, de ce fait, compte tenu de la situation majoritaire de la C.G.T. furent, pour la plupart, des personnes plutôt gauchissantes. Par contre, la C.F.T.C. accepta de figurer dans les Conseils dAdministration des Caisses dAllocations Familiales qui, dans de nombreux cas, reconduisirent les directeurs issus des anciennes Caisses Patronales.
Sans doute, ces choix ne négligèrent pas dapprécier la compétence des agents de direction, mais furent marqués par des tendances idéologiques qui ne facilitent pas des activités communes entre organismes pendant de nombreuses années: L "Histoire explique des divergences, voire des oppositions.
La réalisation dimmeubles à vocation commune, la mise en place des Unions de Recouvrement, incitèrent à des rapprochements qui semblaient nécessaires à la prise de personnalité de lInstitution. Cette époque, quelque peut tumultueuse, a permis à des individus, peut-être plus frondeurs les uns que les autres, de saffirmer et de sortir du lot.
Certes, entre la tutelle et les directeurs, il y eut parfois des affrontements qui entretenaient ou qui atténuaient une estime marquée de convictions.
La formation des hommes: Le CNESSS contre la FNOSS:
En marge des différences idéologiques, il faut signaler que certains agents de direction, qui avaient une confiance soutenue dans lavenir, lextension et le rayonnement de la Sécurité Sociale, se signalaient par leur vocation militante. Une sorte de symbiose existait entre eux et leurs Conseils dAdministration, plus attachés quaujourdhui à leur mission fondamentale.
Ceux-ci, dans un état deuphorie et par un souci defficacité sociale, aux lendemains des années de guerre, multiplièrent les interventions de lInstitution. Les ressources daction sociale et quelquefois la complicité de certaines mutuelles, engendraient des abus (achats de châteaux, créations inconsidérées de colonies de vacances, implantations de maisons denfants). Cela fut souvent bénéfique, mais ce nétait pas toujours nécessaire. Les agents de direction auraient pu être des auxiliaires avisés et compétents.
Alors, les Pouvoirs Publics surtout et les Conseils dAdministration aussi, estimèrent petit à petit quau-delà des affinités idéologiques et dun dynamique militantisme social, les directeurs des organismes devaient simposer par une authentique compétence administrative assurée par une formation de qualité.
Déjà, la Fédération Nationale des Organismes de Sécurité Sociale voulait mettre en place son Ecole, où vinrent se former des Directeurs déjà en place. Elle était, à cet égard, assez envahissante : ne prétendait-elle pas gérer la C.P.O.S.S., notre organisme de retraite? Il ne fallait pas oublier quexistaient aussi les Caisses dAllocations Familiales qui ne relevaient pas de la F.N.O.S.S.
La création du C.N.E.S.S. neut pas lheur de plaire à la F.N.O.S.S. qui interdisait dans un premier temps son Directeur à y donner des cours. Avec le temps et sous linfluence des Présidents BRAUN et DUVIVIER, les difficultés saplanirent. Le C.N.E.S.S. pouvait légitimement devenir la pépinière des agents de direction de la Sécurité Sociale, en affichant une personnalité sans ambage, compte tenu de la variété des régimes qui y coopéraient.
Ainsi, la compétence entrait dans les critères de choix des agents de direction et des cadres supérieurs de la Sécurité Sociale.
La foi et la compétence: " Le dirigeant doit être un homme complet, regroupant en lui une personnalité ardente, un militantisme de foi en lInstitution, une compétence en éveil permanent "
Aborder la profession avec une compétence éprouvée devient possible avec la formation pluridisciplinaire assurée par le C.N.E.S.S. Pour ma part, jestime particulièrement bénéfique lexistence conjointe du concours interne et du concours externe.
Les candidats issus de la profession ont pu, ayant été confrontés à des situations sociales très variées et ayant pu comparer les déformations nées de techniques aveugles, apporter, dans les échanges, une expérience de poids. Les candidats venant de lextérieur sont en mesure doffrir des optiques nouvelles et des courants toujours plus vivifiants.
Encore faut-il que les programmes détude et les méthodes de formation ne débouchent pas sur la mise en place dindividus, certes très intelligents et bardés de connaissances, mais trop stéréotypés où les aptitudes humaines, cependant essentielles, nont pu suffisamment sépanouir.
Pour arriver à un tel objectif, on ninsistera jamais assez sur le caractère pluridisciplinaire de la formation sur le développement des qualités personnelles.
Il importe de ne pas confondre la fin et les moyens. Toutes ces méthodes en " tique " (bureautique, informatique, etc...) ne peuvent être considérées comme des fins en soi. Ce sont des méthodes, indispensables, adaptées aux exigences techniques le splus élaborées.
Un dirigeant ne peut être choisi quau vu de la variété de ses aptitudes, où apparaît en premier lieu une nécessaire volonté de communication sociale.
La Sécurité Sociale, quel que soit lorganisme considéré, souffre dun repli sur soi, dinformations ténébreuses, du non respect de sa clientèle qui ne comprend rien aux imprimés, qui reste perplexe devant des correspondances en style informatique.
Tout cela impose la recherche dune âme qui transfigure les êtres et surtout les dirigeants. Place aux aptitudes humaines ! Place à une prioritaire volonté de service ! Le dirigeant doit être un homme complet regroupant en lui une personnalité ardente, un militantisme de foi en lInstitution, une compétence en éveil permanent. Mais heureusement, il y a aussi les défauts. Pourquoi ne pas les estimer ?
Formation de qualité aboutit à une ségrégation élitiste. La liste daptitude nest-elle pas le reflet de choix humains toujours influençables.
Sachons faire confiance au temps.