ELAN SOCIAL N° 23 |
Interview
DE LA MAITRISE DES DEPENSES A LA MAITRISE DE LOFFRE
Interview: G. ARCEGA, JC. EUZET
Lors de notre première rencontre avec Gérard RAMEIX, nous lavions comparé à un capitaine au long cours, Gilles JOHANNET étant évidemment le corsaire.
Dans la tempête actuelle, tandis que Gilles JOHANNET écrit un livre de référence, qui toutefois frise très légèrement la polémique, " Dépenser sans compter ", Gérard RAMEIX tente de tenir la barre du navire amiral de lAssurance maladie, dont lescadre des caisses croise dans des eaux un peu agitées, en conservant un sang froid de bon aloi.
A lheure où nous écrivons, les directeurs de caisse nationales doivent être investis du pouvoir de désigner les directeurs de caisse. On aurait préféré sans doute quils soient investis du pouvoir de sanctionner certaines dérives.
Il paraît que le but affiché de la manoeuvre est de " renforcer " les pouvoirs des directeurs des caisses. Malgré lobligation de rester " politiquement correct ", on ne peut sempêcher de penser, même si on est pas dupes des euphémismes du langage politique, quil y avait des présentations oratoires moins maladroites ou provocatrices..
Car au delà dune simple redistribution des pouvoir entre les différents acteurs de lAssurance maladie, dont les directeurs ne sont dans cette affaire que les otages, cest lessence même de la fonction qui est en jeu: On ne dispose pas des mêmes marges de liberté, notamment dans les actions de gestion du risque, selon quon est nommé par les uns ou par les autres. On a donc bien sûr demandé à Gérard RAMEIX son point de vue sur ce délicat sujet.
En matière de gestion du risque, on a tenté avec le directeur de la CNAMTS daller au fond des choses. Le livre de Gilles Johannet est arrivé à point nommé: Comment gérer non point le risque en aval, mais loffre de soins en amont? Avant décoper les inondations avec des casseroles, mieux vaut peut-être sinquiéter de la cause des problèmes à la source.
Depuis son arrivée, Gérard RAMEIX a découvert que dans les caisses on travaille beaucoup, et quon y est aussi compétent quailleurs. Le Directeur de la CNAMTS est un homme affable et courtois, qui fait preuve dans Ses relations dune impavide gentillesse, au sens noble du terme. Certain semblent penser que deux doigts de hargne ne nuiraient pas forcément dans quelques circonstances. Le débat est ouvert, mais Gérard RAMEIX semble avoir deux des qualités absolument indispensables à un dirigeant, et donc à un négociateur: Il sait ce quil veut, et il est tenace, e nous avons bien besoin de désir et de volonté.
ES: M. le Directeur, vous allez désormais désigner les directeurs de caisse. Avez-vous lintention dassumer seul et pleinement cette responsabilité, où vous entourerez-vous des cautions dusage? Seriez-vous favorable par exemple à ce que le projet de " Comité de suivi des carrières " qui devait aider les conseils dans leurs décisions, soit concrétisé, mais pour éclairer cette fois les choix des directeurs de caisse nationale?
G. RAMEIX: Je suis favorable à la création ou la concrétisation de ce type dinstance, qui permettrait dassurer une présélection dans un contexte objectif.
ES: Avez-vous déjà une orientation de gestion des carrières des dirigeants? Préférez-vous par exemple un parcours professionnel ayant privilégié des poste de pleine direction dans des organismes de dimension modeste, ou au contraire des postes dadjoints dans des grandes caisses? Voulez-vous promouvoir une mobilité obligatoire? Envisagez-vous des mutations sanctions? Comment allez-vous gérer la mobilité inter-branche?
G. RAMEIX: Je vous répondrais spontanément que les expériences de pleine direction me paraissent plus enrichissantes, et que une mobilité inter-branche me paraît être une bonne chose pour les Institutions. Pour le reste, je dois vous confier que les mesures de ce quon appelle le plan Juppé nous mobilise beaucoup sur dautres fronts dans limmédiat, et je nai pas encore réfléchi à une quelconque doctrine dans ce domaine.
Cela dit, le directeur de la CNAMTS a déjà une certaine connaissance de la matière: Je nomme les Médecins conseils.
ES: A ce sujet, quavez-vous pensé des propositions de lAssociation des directeurs de CPAM visant à mettre les médecins chefs sous lautorité hiérarchique des directeurs dorganismes?
G. RAMEIX: Est-ce le moment de gérer un conflit éventuel avec le Service médical, qui est un des acteurs essentiels de nos actions de maîtrise? Cela ne pourrait que contribuer à jeter un discrédit sur la réforme, on nous dirait que le jugement des médecins serait subordonné à des décideurs administratifs. Cela dit, je reconnais que la coodination entre nous est un problème difficile à résoudre.
ES: Dans quel délai peut-ton prévoir que seront nommé à la tête des caisses les plus importantes des Enarque, dont le choix pourrait vous être suggéré par les Ministères?
G. RAMEIX: Dans très longtemps! Je ne crois pas quil faille confondre le déplacement du pouvoir juridique de nomination, et le changement des hommes. Même à terme, je ne suis pas sûr que le pouvoir confié aux directeurs de caisses nationales modifie lorigine des hommes.
Dans ce domaine comme dans bien dautres, mon opinion est que beaucoup de choses vont dépendre de lunité et de lidentité que va se construire lAssurance maladie.
ES: La double légitimité des directeurs, nommés par les Conseils et agréés par lEtat, leur donnait jusqualors des garanties pour exercer leur métier en résistant aux diverses pressions. Que direz-vous demain à un directeur un peu remuant, pour lequel on vous aura suggéré quil serait politiquement plus correct quil fit un peu moins de vagues? Je précise en passant que le plus court chemin dune intervention passe généralement par un détour parisien.
G. RAMEIX Je ne néglige pas vos arguments, qui comportent une part de vérité. Je crois aussi que la liberté des acteurs de terrain est nécessaire. Il est inutile et de toute façon illusoire de tout vouloir décider depuis Paris, encore que léloignement parisien est parfois, malgré tout, un avantage sur ce point.
Mais lAssurance maladie a besoin de saffirmer en tant que telle, et pour celà, une certaine harmonisation est nécessaire. Le plan JUPPE donne justement aux partenaires sociaux la possibilité de saffirmer pleinement. Je reconnais que les Conseils dadministration perdent un de leur pouvoir les plus importants avec la désignation de directeurs. LAssociation des directeurs en a tiré dailleurs des conclusions très rapides et très directes dans ses propositions. Mais cela cest le constat au niveau local: Pour ce qui concerne la CNAMTS, les partenaires sociaux peuvent au contraire avoir un rôle majeur à jouer, un rôle renforcé.
Les caisses nationales nont pas donné à leur branches la dimension quelles auraient du prendre en 1967, après les Ordonnances. Je pense quil faut renforcer notre identité et notre présence, et en ce sens, la désignation des directeurs par le directeur de la caisse nationale est un renforcement de vos pouvoirs.
ES: Quavez-vous pensé des propositions de lAssociation des directeurs de CPAM?
ES: Les mesures du plan Juppé tentent de corriger dans lurgence en aval, toutes les décisions quon a jamais prises en amont, notamment en matière de maîtrise de loffre. Même si lheure nest pas à de telles négociations, ne pensez-vous pas que lAssurance maladie doit profiter des circonstances pour proposer une doctrine forte et cohérente dans ce domaine?
G. RAMEIX: Il y a deux sortes de maîtrise dans ce domaine: soit on choisi des offres de soins, soit on agit pour diminuer une offre surabondante en jouant sur plusieur claviers: Pour les prescripteurs, on peut agir sur le début, le milieu ou la fin des carrières par exemple.
LAssurance maladie peut procéder à des exclusions, parce que les règles du jeu nont pas été respectées par exemple. Cette action est nécessaire, mais elle ne serait pas suffisante. On peut à linverse, choisir les acteurs avec lesquels on va conventionner: Mais cest difficile, pour un régime qui a le monopole de la couverture des soins de 80% de la population.
ES: Le directeur de la CNAMTS a-t-il lu le livre de Gilles JOHANNET, " Dépenser sans compter "?
G. RAMEIX: Je lai lu, selon lexpression consacrée, " le crayon à la main ". Cest un livre de référence, même si le ton est parfois un peu polémique, mais ceux qui connaissent Gilles JOHANNET ne sen étonneront pas.
Pour revenir à notre débat, je suis daccord avec tout ce qua écrit Gilles JOHANNET, avec seulement quelques nuances, notamment sur le caractère entièrement démonstratif de certaines de nos conclusions, puisque nos moyens de connaissances sont limités, dans lattente notamment des codages.
Sagissant de la maîtrise de loffre, la proposition de mon prédécesseur vise à une régulation par des déconventionnements dans le cadre des actions de maîtrise médicalisée. Je ne crois pas que cela suffise.
ES: Etes-vous daccord avec notre proposition de négocier au moins un moratoire des conventionnements, dans les régions ou département où loffre est notoirement surabondante qui seraient déclarées " zones rouges ", dans le cadre de commissions conventionnelles par exemple?
G. RAMEIX: La proposition, à condition quelles soit limitée territorialement, me paraît intéressante et devrait effectivement pouvoir être proposée à la négociation.
ES: vous avez évoqué, quand vous avez réuni récemment lensemble des directeurs, un système de conventionnement quon pourrait qualifier de conventionnement à " deux vitesses ", les professionnels qui refusent dêtre conventionnés voyant leur client bénéficier dun remboursement moins important, mais qui ne serait pas aussi limité que le tarif de responsabilité actuel.
G. RAMEIX: Cest une piste de réflexion qui pourrait effectivement permettre de mieux maîtriser loffre sans remettre en cause de façon dramatique des professions entière. La difficulté est que nos partenaires ne sont pas encore prêts à aborder de tels problèmes et une telle négociation.