| Faux conflit, faux débat, faux nez |
| Les
dépenses de santé sont à nouveau en augmentation.
Evidement, puisque aucun des problèmes structurels
nont été réglés. Chaque annonce à son effet « psychologique » : Les RMO ont entraîné une moins forte progression des dépenses, et lannée suivante, on a rattrapé. Le Plan Juppé et la maîtrise dite « comptable » ont fait aussi leur petit effet, et cette année on rattrape à nouveau. Tout cela est très éprouvant, les syndicats de médecins devraient « exiger » que les « caisses payent » une prime de pénibilité psychologique. Il y aurait un conflit entre lEtat les partenaires sociaux, et tous nos malheurs viendraient de là. A vrai dire, ce conflit est à ranger au rang des idées reçues à la mode, qui sont actuellement au nombre de quatre :
Or, heureusement quil y a ce fameux conflit entre lEtat et les partenaires sociaux ! Car le susdit conflit est extrêmement pratique pour masquer la cruelle réalité : limpossibilité totale pour les deux acteurs de faire ce quil faudrait faire. LEtat et les partenaires sociaux, hors du jeu de comédie sociale et médiatique, seraient fort embarrassés si demain, lun ou lautre avait seul en main le destin de notre institution, et surtout celui du système de soins. Imaginons un instant cet intéressant cas de figure : Les solutions sont connues, et mises en oeuvre dans les autres pays : le système de soins doit être géré, car il ne lest pas actuellement. Manager le système de soin, cela sappelle aux USA le « managed care », ainsi quon le découvrira dans ce numéro dELAN SOCIAL. Cela suppose au passage la remise en cause de la liberté absolue de consulter et de prescrire, et la fin dun système qui consiste à faire gérer, payer et contrôler lhôpital par Pierre, Paul et Jacques à la fois. Le tout suppose en prime de restructurer la pléthore ambulatoire et hospitalière: cest la Sidérurgie Lorraine, à léchelle de tout le pays, et avec les médecins et les hôpitaux. Enfin, il y a cet agaçant problème daccès aux soins, alors même que le système coûte une fortune en prélèvements de toute sorte. Résoudre ce problème suppose, le ménage étant fait du côté des dépenses inutiles avec les moyens ci-dessus, que lAssurance maladie rembourse évidement intégralement ce qui est strictement médicalement nécessaire et suffisant, ce qui veut dire se mettre à dos tous les acteurs de la complémentarité (Mutualité, Assureurs privés et organismes de prévoyances), qui bénéficient de la rente de situation du ticket soit disant modérateur. Si lEtat avait seul en main les décisions, il devrait donc sattaquer à droite au groupe de pression des médecins et autres professionnels de santé, à gauche à la forteresse syndicale hospitalière, et en face aux lobbies « pluriels » de la complémentarité. Le gouvernement précédent a déjà essayé, on a vu le résultat, et quon ne vienne pas dire que cest une question de « dialogue ». Personne naccepte de telles remises en cause sans combattre, même si on le dit avec des fleurs. A ce stade, cest même le dire avec des fleurs qui est insultant. Quand aux partenaires sociaux, sils avaient les mains libres, que pourraient-ils faire ? Les employeurs défendent très normalement les intérêts des assureurs privés, les mutualistes surveillent légitimement les intérêts de leur maison : les CPAM sont des organismes qui ont en quelque sorte dans leurs conseils dadministration leurs concurrents. Quant aux syndicats de salariés, ils défendent lhôpital ou la charité, ils défendent prioritairement lintérêt des salariés. Qui dans tout ça se soucie de défendre la sécu? Tout le monde bien sûr, mais comment faire quand les intérêts de lInstitution sopposent à ceux de son organisation ? Comment faire pour approuver la fermeture dun établissement de soins par exemple ? Bref, tout ce monde a des intérêts diamétralement opposés, mais provisoirement et objectivement alliés pour que rien ne bouge. LAssurance maladie nest pas lUNEDIC. Les enjeux financiers sont bien plus importants, les partenaires extérieurs concernés bien plus nombreux et bien plus puissants. Si la présence des partenaires sociaux est positive dans les branches recouvrement, famille et retraite (parce quelle permet notamment de résister aux pressions politiques), elle est un facteur dimmobilisme mortel dans la branche maladie, du moins tant quon prétend que cest eux les « gestionnaires ». Or, au delà des apparences, leur responsabilité de gestion a de toute façon toujours été limitée dans les faits. Localement, ils se sont contentés depuis des décennies de voter les budgets de fonctionnement des caisses, soit 5 % des dépenses, et de donner des « avis » sur les budgets hospitaliers. Au niveau national, ils ont signé avec les professionnels de santé des conventions de pure forme, puisque rien ne se passait quand il ny avait pas de convention signée. Sil faut réellement « éclaircir les rôles », ne serait-il point temps de les inverser, et de donner la gestion à lEtat, et la surveillance de cette gestion aux conseils dadministration ? Cela fait des décennies que les politiques croient ce que les syndicats de médecins ressassent à linfini : que le libéralisme cest le laxisme. On découvrira dans ce numéro dELAN SOCIAL le management à laméricaine du système de soins, quil faut rapprocher de celui du Danemark. Gérer le système, ce nest évidement ni rationner les soins, ni salarier tous les médecins. Mais cest remettre en cause quelques uns de leurs privilèges, de leurs libertés, de leurs revenus. Ils ne sont pas daccord, on les comprend. Pourtant, cest inéluctable, et si ce nest nous, ce sera dautres qui le feront. Il est temps encore dinventer une Assurance maladie à la Française, originale, qui conjugue le dynamisme et la créativité du secteur privé, et respecte les fondements éthiques de la solidarité entre générations. Des solutions existent, qui laissent une liberté responsable aux professionnels de soins, et qui ménage une place à lexcédent de loffre médicale, et aux assureurs complémentaires. Elles sont exigeantes, mais elles sont possibles. Mais le temps presse, il y a le feu à la maison, et lheure nest plus aux palinodies « consensuelles ». LE
PRESIDENT DE LAECNESSS |
"les syndicats de médecins devraient «exiger» que les «caisses payent» une prime de pénibilité psychologique."
"...Or, heureusement quil y a ce fameux conflit entre lEtat et les partenaires sociaux !"...
"...Enfin, il y a cet agaçant problème daccès aux soins, alors même que le système coûte une fortune en prélèvements de toute sorte."...
"...Si lEtat avait seul en main les décisions, il devrait donc sattaquer à droite au lobby des médecins et autres professionnels de santé, à gauche à la forteresse syndicale hospitalière, et en face aux lobbies « pluriels » de la complémentarité."...
"...Bref, tout ce monde a des intérêts diamétralement opposés, mais provisoirement et objectivement alliés pour que rien ne bouge."...
"...Mais le temps presse, il y a le feu à la maison, et lheure nest plus aux palinodies 'consensuelles'."... |
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