D o s s i e r |
| Le rôle des CAF et de leurs dirigeants dans la politique d'accueil de la petite enfance
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PHRASES VOLEES
AUTOUR DUNE TABLE RONDE
Par LUCIEN DURAND
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Directrice C.A.F.VILLEFRANCHE-SUR-SAONE | ||
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Directrice C.A.F. de ROANNE | ||
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Responsable Conseillers techniques C.A.F. GRENOBLE | ||
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Sous-Directeur C.A.FBOURG-EN-BRESSE | ||
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Sous-Directeur C.A.F. VALENCE | ||
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Directeur C.A.F. AUBENAS | ||
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Chef de Projet C.A.F. AUBENAS | ||
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Directeur Action Sociale C.A.F. LYON | ||
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Directeur C.A.F. VIENNE | ||
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Directeur-Adjoint C.A.F. ANNECY |
Le contrat enfance est loutil principal des Caisses dAllocations Familiales pour la promotion dune politique globale daccueil des jeunes enfants. Il couvre 50 à 70 % des dépenses de fonctionnement engagées par les communes pour développer et améliorer loffre de services concernant lensemble des enfants de moins de six ans. Des aides à linvestissement complètent ce dispositif.
Aujourdhui, le bilan quantitatif est impressionnant (2.200 contrats ont été signés avec 4.000 communes signataires représentant 2,4 millions denfants). Cest une réussite pour les Caisses dAllocations Familiales qui a permis auprès des partenaires une reconnaissance de leur rôle en ce domaine qui nest contesté par personne.
Des questions demeurent néanmoins, soulevées par certains rapports récents. Elles tournent schématiquement autour de plusieurs points : la répartition équitable de cette aide sur lensemble du territoire dune part, et entre communes riches et communes pauvres dautre part ; léventuel manque de contrôle et de pilotage des projets par les Caisses dAllocations Familiales ; linsuffisance du travail dévaluation, etc ...
ELAN SOCIAL a réuni les responsables des Caisses de la région RHONE-ALPES, réputée pour son dynamisme, pour les faire réagir sur cette problématique. Cest là que lon saperçoit que les réponses ne sont pas aussi simples que lon pourrait le penser de prime abord.
E.S. : On dit que le contrat enfance conduit à une mauvaise répartition des équipements sur le territoire et quil faut lui donner à ce titre une plus grande cohérence. De même il faudrait aboutir à une meilleure prise en compte des capacités financières des collectivités : autrement dit aider davantage les communes pauvres que les communes riches.
¶ : Cette distinction communes riches - communes pauvres nest pas satisfaisante. En Haute-Savoie, dans le classement des communes riches vous trouvez côte à côte la commune de Génissiat (300 habitants) sur laquelle se trouve le barrage et qui lui donne des recettes très importantes et la ville dAnnecy. On ne peut se contenter de regarder les recettes de la commune : il faut aussi sarrêter sur les charges. Fixer un taux dintervention en fonction de la richesse de la commune cest un peu court. Ce que je veux savoir ce nest pas ce quelle encaisse cest ce quelle fait sur le plan social. Si je ne mintéresse pas à cet aspect je vais la pénaliser en lui donnant moins.
¶ : Ce que je trouve scandaleux cest quon laisse à des communes qui ont dénormes recettes le soin dutiliser ces recettes sans faire de péréquation vers le canton, le département, la région.
¶ : On note en fait que lEtat voudrait faire régler par les Caisses dAllocations Familiales des incohérences daménagement, de répartition des richesses quil crée ailleurs par dautres mécanismes. On veut faire jouer ce rôle daménageur à des institutions sociales qui répondent à dautres objectifs.
¶ : Dans le prolongement, je rajouterai une chose. Le résumé que vous faites des différents rapports se ramène à une approche essentiellement budgétaire ; or, le problème est aussi lié à loffre. Vous ne trouverez pas dans le secteur rural déquipements car lhabitat est très dispersé mais plutôt des assistantes maternelles et dans le secteur urbain vous trouverez davantage une offre déquipements car lhabitat est plus concentré. Le problème ne peut donc pas sanalyser uniquement en termes budgétaires.
E.S. : Effet pervers du contrat enfance : les contrats enfance nont-ils pas profité aux communes les plus armées pour en tirer parti ? La politique des Caisses dAllocations Familiales nest-elle pas un peu floue ?
¶ : Je voudrais attirer lattention sur un phénomène dont jai été témoin : la différence entre le milieu urbain et le milieu rural. La Caisse dAllocations Familiales a une très grande crédibilité dans les petites communes où on cherche à améliorer les modes daccueil avec lassentiment technique de la Caisse dAllocations Familiales, alors que pour les grandes villes cest une opportunité politique et un choix au moindre niveau. On nessaie pas de diversifier les structures : on fait un contrat enfance sur un équipement. Par la pression de certaines communes, des villes ont une croissance en contrats-enfance qui ne correspond pas aux besoins.
¶ : Non. Leffet pervers nest pas au niveau du contrat enfance. Leffet pervers tient au fait que lon a poursuivi deux objectifs : un objectif daccueil de la petite enfance et un objectif demploi. Et la Caisse dAllocations Familiales traite ces deux objectifs dans le même mouvement.
¶ : Je relèverai lincohérence de lEtat. Dun côté, on a poussé à la création déquipements pour améliorer laccueil collectif de lenfant, de lautre on a donné des avantages financiers individuels aux familles pour faire garder leurs enfants à domicile.
¶ : Là où les Caisses dAllocations Familiales nont pas une politique floue cest bien sur laccueil du jeune enfant et sur le contrat enfance. Il y a un affichage clair et incitatif vis à vis de nos partenaires et une pérennité dans nos engagements. Cest bien le contrat enfance qui a apporté cette lisibilité.
E.S. : La cohérence de laction des Caisses dAllocations Familiales dans ce domaine ne pâtit-elle pas de sa démultiplication en 125 Caisses ?
¶ : Si on parle de décentralisation ce nest pas uniquement pour faire plaisir aux administrateurs. La prestations de service permet davoir un socle et cest la dotation propre daction sociale qui va nous permettre de moduler en fonction des caractéristiques des communes (richesse ; population ; etc ...). Ceci veut dire quil ne faut pas que continue la diminution du rapport entres les sommes consacrées aux prestations de service et les dotations daction sociale. En trois ans, la masse des prestations de service a dépassé cette dotation. Or, lintérêt de nos organismes cest davoir cet équilibre entre un socle commun et homogène sur un certain nombre de critères qui sont les mêmes sur lensemble du territoire et de pouvoir moduler, en fonction de la connaissance pratique que lon a du territoire et des communes, par les dotations daction sociale. Je ne sais pas si cela est bien compris au niveau des pouvoirs publics.
¶ : Par delà lautonomie des Caisses il y a une habitude de travailler en réseau et les barrières départementales ne jouent pas. Nous sommes capables parfois de dépasser ce cadre. Ce nest pas le cas des services de lEtat qui ont des barrières départementales et régionales.
E.S. : Nest-il pas nécessaire, cependant, daboutir à une meilleure répartition des équipements sur le territoire ?
¶ : Toutes les communes nont pas la même volonté de réaliser même avec les moyens que nous pouvons leur apporter. Je me vois mal dire : " Ceux qui font de gros efforts, je vais réduire ma contribution ; ceux qui ne font rien, je vais leur donner plus ".
E.S. : Dans le rapport de la Cour des Comptes de 1996 (voir lencadré 4), on demande sil faut continuer à mettre autant dargent là où ça tourne. Il y a peut-être une idée à creuser. La Cour des Comptes parle dun pilotage insuffisant de la part des Conseils dAdministration, se limitant à entériner la décision des services. En plus, il nexiste aucune contrainte de financement pour les Caisses : les Caisses dAllocations Familiales sont incitées à conclure des contrats de façon expansionniste. On ne fait pas un travail dévaluation. (cf. encadré 20 du dossier).
¶ : Il faut être plus précis. Les Caisses dAllocations Familiales ne font pas remonter des évaluations à la Caisse Nationale des Allocations Familiales, mais des bilans. Le document qui leur est demandé est un bilan quantitatif. Le schéma directeur daction sociale va être loutil qui permettra les évaluations.
¶ : Il faut rappeler un préalable. Si nous ne faisons pas dévaluation, nous faisons une négociation préalable et nous nacceptons pas certaines choses au départ dans cette négociation. Dans mon département, la conseillère effectue un travail qualitatif dans la négociation qui lui permet de ne pas valider et créditer tout ce que proposent les mairies.
¶ : Quant à lévaluation cest vrai que lon est un peu court et que personne ne sait très bien faire : on peut avoir tendance à se réfugier dans le quantitatif. Ce nest pas grave quune commune nait pas réalisé à 100 % son contrat si elle sait expliquer pourquoi. Ce qui est grave cest quand elle ne sait pas : ceci veut dire que la négociation a été mal menée et que le projet a été mal bâti.
¶ : La sanction dun équipement cest sa fréquentation. Quand il y a chute de celle-ci cest quil ny a plus adéquation avec les besoins et il y a une remontée au niveau des élus.
E.S. : La Cour des Comptes dit que les choses sur lesquelles les Caisses dAllocations Familiales se sont engagées, elles ne les contrôlent pas.
¶ : Ce nest pas tout à fait exact. Les Caisses dAllocations Familiales ont été capables dinterrompre des contrats :
n Bourg-en-Bresse (3 sur 33)
n Grenoble (1 sur 37)
n Annecy (2 sur 38 et 1 en balance actuellement)
n Aubenas (2 ont évolué vers des contrats intercommunaux)
A Lyon, lorsque le contrat échoue une demande de contrôle sur le contrat est demandé à lAtelier Petite Enfance (voir lencadré 16).
E.S. : Quelles sont les difficultés que vous ressentez autour du contrat enfance ?
¶ : Dans mon département, la question ne se pose pas en terme de communes riches et communes pauvres. Le problème se pose pour des petites communes qui ne peuvent négocier : ce sont celles où les populations étrangères sont les plus importantes (environ 36 % de la population totale) et ces populations pour des raisons culturelles ne fréquentent pas les équipements.
¶ : Dans le mien ce sont les populations les plus déstructurées socialement et économiquement qui accèdent au mode de garde individuel. Ce sont les plus aisées qui accèdent au mode de garde collectif. La raison vient dun problème dadaptation des structures collectives qui fonctionnent selon des horaires traditionnels et qui ne peuvent sadapter aux populations qui ont des modes de vie et de travail décalés ou fractionnés.
¶ : Dans notre circonscription, certains élus locaux ne comprennent pas quon investisse dans la petite enfance " Quand on fait le veau, on le lèche ". Ils soulignent que dans les familles qui mettent leurs enfants à la crèche les deux conjoints travaillent et ces gens ne font pas partie des personnes que doit aider la collectivité.