| E d i t o r i a l |
A CONCURRENCE,
CONCURRENCE ET DEMIE
On découvrira dans ce numéro dELAN SOCIAL, que lAssociation des directeurs de CPAM a invité M. LAURENT, conseiller scientifique à AXA, et proche collaborateur de M. BEBEAR, à un dîner débat à loccasion du colloque organisé à RENNES sur le thème " Sesam-Vitale 6 mois après. " On a donc inévitablement parlé à nouveau de concurrence, entre caisses et assureurs privés.
Mais de quelle concurrence nous parle-t-on?
Si on ne doit pas proportionner la cotisation aux risques, sil nest pas possible dattirer le client en lui proposant moins de cotisation pour plus de services, avec quoi va-t-on lappâter? Lobjectif, paraît-il, est de mieux gérer en achetant mieux loffre de soins, cest à dire en mettant en concurrence les professionnels de santé. Excellente initiative, mais qui comporte un petit codicille que tout le monde semble oublier : Dans notre beau pays, les cotisations sociales sont dordre public et obligatoires. Cest même la condition cardinale de la solidarité.
Or, ce petit détail fâcheux, souvent oublié par les spécialistes du versant " prestation ", a pour contrepartie la quasi obligation de conventionner tous les professionnels de santé. Dès lors quon prélève doffice des cotisations aux assurés, ils ne disposent plus de cette somme en salaire net pour aller se faire soigner chez un quidam sanitaire qui ne serait pas conventionné. Tant que ces derniers ne sont quun nombre infime, ce nest pas un problème. Mais si demain les caisses et les assureurs privés ou mutualistes se mettent en concurrence sur lair que tout le monde nous chante, chacun va bien évidement ne conventionner que les professionnels de santé de son choix.
Compte tenu de la pléthore médicale, cela va faire beaucoup de monde sur le carreau, et là, il sera peut-être difficile de prétendre continuer de prélever doffice 20 % du salaire net des Français, entre les parts soit-disant patronales et prétendument ouvrières, en ne leur laissant que le choix des médecins conventionnés.
Lobligation de cotisation résisterait-elle à une concurrence à cette mode là, serait-elle encore légitime? Cest toute une conception de la solidarité qui risque dêtre mise en cause.
CONVENTIONNEMENT SELECTIF, OU
CONVENTIONNEMENT PRIVILEGIE?
Quand on parle de " conventionnement sélectif ", ne prend-on pas un risque identique?Une telle position, poussée jusquau bout de sa logique, qui déconventionnerait massivement des professionnels, ne risque-t-elle pas de produire exactement le même résultat : remettre en cause les cotisations obligatoires?
Nest-il pas possible de proposer un conventionnement préférentiel aux médecins qui acceptent les contraintes dune filière de soins, et un conventionnement de base aménagé pour les autres?
LA
CMU : DU POURQUOI DU COMMENT DE
LA CHOSE
Il faut cesser de faire croire que la Sécu peut rembourser une demande de soins qui est infinie, et entretenir une offre de soins qui est pléthorique. Le résultat est connu : une augmentation constante des cotisations, et une diminution de plus en plus importante des remboursements, et donc des problèmes majeurs daccès aux soins pour les plus démunis.
Etre encore, à la veille de lan 2000, deux assureurs, un primaire et un complémentaire, à rembourser tout et nimporte quoi, est-il encore possible? Ne serait-il point temps de définir un nouveau champ de légitimité entre les acteurs? Compte tenu de linfinitude de la demande et de la pléthore de loffre, chacun des partenaires, assureurs privés ou publics, et professionnels de santé en surnombre devraient trouver de quoi exister honorablement.
Naturellement, il faut remettre en cause quelques rentes de situation, et sortir des champs clos dans lesquels chacun sest frileusement replié. Il faut aussi sortir des slogans idéologiques sur " la médecine à deux vitesses ", ou le " rationnement des soins ". Aujourdhui, la médecine est à plusieurs vitesses, et le rationnement des soins, cest le lot des plus pauvres dentre nous. Lexistence dun ticket dit " modérateur ", est la cause majeure de lexclusion sociale. Et comme toute rente de situation, cette rente là nest même pas une bonne chose pour les assureurs complémentaires qui en subissent la facilité.
Nest-il pas temps de définir un champ légitime de lassurance maladie, recouvrant tout ce qui est " strictement médicalement nécessaire et suffisant ", qui doit bien évidement être remboursé par elle à 100 %? Tout le reste peut sassurer ailleurs.
Nest-il pas possible de réfléchir à un projet de " complémentarité de prestations ", à la place dune " complémentarité de remboursement "? Nest-il pas possible de négocier une répartition plus intelligente, plus innovatrice, plus partenariale?
On a compris que le projet actuel de CMU, qui instaure et pérennise un remboursement complémentaire pour les exclus, est complètement à lopposé de ce qui pourrait être une solution davenir, refondatrice de la Sécu.
DES ENFANTS ET DES HOMMES
Le présent numéro dELAN SOCIAL porte sur ce quon appelle " les modes daccueil de lenfant ". On entre là encore dans un domaine où il faut parfois batailler contre des " pensées uniques bien pensantes " solidement installées. Car lenfant, cest un sujet aussi sensible que le malade ou la désormais sacro-sainte liberté individuelle.
Cela nempêche pas nos villes dêtre pensées, organisées et chèrement financées, dabord pour les besoins du quadragénaire mâle automobiliste, et sûrement pas pour nos chers petits, quon adore bien sûr, mais plutôt dans une crèche que dans la rue. Dailleurs, cest simple, quand la pollution monte, les pouvoirs publics conseillent dabord de rentrer les bébés, puis seulement ensuite les voitures. Si la Protection Maternelle et Infantile ne chasse pas les voitures, elle veille par contre aux règlements, nombreux et détaillés, qui ont longtemps fait ressembler louverture dune crèche parentale à un parcours du combattant.
ELAN SOCIAL vous invite à découvrir lunivers qui préside à laccueil de vos enfants par la société. Un reportage dans la région Rhône Alpes illustre le propos.*
LE SPLENDISME IMMOBILISME DU REGIME
GENERAL
Nous vous proposons une nouvelle rubrique : " ils ont dit, ils ont écrit ". Et nous, nous avons épinglé).
Nous vous proposons aussi quelques considérations autour dun article du Monde, des brèves et une actualité consistante car il se passe beaucoup de chose dans lInstitution, un reportage sur lintéressement dans le régime CANAM, sur des filières " à la Suédoise ", et une intéressante interview dEric PARDINEILLE, Directeur général de la CANCAVA : " comment réussir lintéressement et la mise en oeuvre de pension en capitalisation dans un régime obligatoire ?". On est loin du splendide immobilisme dans lequel le Régime général est en train de se fossiliser lentement.
GERARD ARCEGA, Président de lAECNESSS