A c t u a l i t é |
FILIERE SUEDOISE : Notes de voyage : la Suède, une filière de 8 millions de personnes (1) |
Le Centre national détudes supérieures de sécurité
sociale a organisé à la fin du mois de
Septembre 1988 un voyage détude en Suède sur " le monde de la santé et
les services sociaux ". Vaste programme. Je me limiterais à laspect
Assurance Maladie.
La principale difficulté dun tel voyage mest apparue après coup, à mon retour en France en lisant louvrage de Jean Pierre Dumont sur les systèmes de protection sociale en Europe (2). Le piège principal pour observer une pratique étrangère est celui des mots et des statistiques. Nous ne disons pas la même chose avec les mêmes mots et parfois avec les mêmes statistiques. Attention donc aux paradigmes confortables et aux conclusions brutales auxquelles ils peuvent nous amener.
(1) Expression empruntée à Gérard Arcega1- Que tirer de ce voyage détude au delà des monographies dexpériences ou de radioscopies de réalisations.
Premier élément bien connu : les résultats du système de protection sociale suédois sont honorables : les indicateurs de morbidité et de mortalité sont corrects et sont obtenus dans un rapport dépenses de santé/produit intérieur brut acceptable. Il faut se rappeler également que la Suède connaît de grosses difficultés économiques depuis le début des années 1990 qui ont pour conséquence de remettre en cause les avantages du modèle suédois(3) .
Deuxième observation : le fonctionnement du système paraît proche des usagers. La gestion du système de santé est complètement décentralisé. Ce sont les départements qui ont la charge de sa gestion et de son financement. Autrement dit, le gestionnaire est celui qui lève limpôt et qui est responsable devant ses électeurs. Le secteur privé, encore très marginal, est en développement.
Concernant les prestations que nous appelons prestations en espèces, le système est déconcentré autour dune caisse nationale ; limplication des élus locaux est très importante dans lattribution des prestations.
Troisième observation : le système paraît simple. Les modalités de recouvrement des impôts et des cotisations se font par prélèvement sur le salaire dune façon globale. Les revenus de substitution ( sauf les indemnités chômage et laide sociale) sont gérées par le même organisme.
Quatrième point : les contraintes sont réelles. Les gestionnaires ( les élus départementaux et communaux pour le maintien à domicile des personnes âgées) sont soumis fortement et directement à la contrainte budgétaire. Ce qui se traduit par des restructurations détablissements et des réductions deffectifs.
Les élus lèvent limpôt pour financer le système, ce qui nest jamais facile, surtout dans un pays largement imposé.
Les assurés sont contraints par des règles précises dutilisation du système de soins : franchise financière incompressible, accès " fortement " recommandé à un centre de soins primaires de proximité dont lune des fonctions est dorienter le patient dans le système.
Enfin les professionnels de santé soumis à une enveloppe financière limitée doivent en optimiser lutilisation doù la mise en place de démarche damélioration de la qualité, de registres de qualité sur certaines affections pour comparer les traitements.
(3) Mais existe-t-il encore ? Le Monde du 1er décembre 1998 Antoine JACOB2- Quels enseignements à retenir pour notre contexte hexagonal ?
Dabord la confirmation quun système daccès aux soins nest pas totalement reproductible dun pays à lautre. Les contraintes quacceptent les suédois dans leur " circulation " dans le système de soins (notamment le filtre par le centre de soins primaires) seraient complètement rejetées en France pour des raisons culturelles. Il est vrai que passer du laisser faire total à un encadrement rigoureux est très difficile. Une démarche progressive, qui offre un véritable choix à lassuré social, est indispensable.
Deuxième point : il ne faudrait pas exagérer les défauts du système suédois. Les files dattente, si souvent décriées dans les systèmes étatiques, sont certes connues des suédois qui les relativisent car elles sexpliquent souvent par des raisons médicales. Cet état de fait ne doit pas excuser les files dattente " clandestines " qui existent dans les hôpitaux français. A linverse, il faut les faire apparaître.
Troisième enseignement : lexpérience suédoise conforte lidée que, si lon veut vraiment restructurer le paysage hospitalier, il est nécessaire de faire que le gestionnaire soit le véritable payeur et que les deux cités, payeur et gestionnaire, soient proches de lusager. Il ny a que les élus locaux qui remplissent ces deux conditions. Pourquoi ne pas confier à la Région la responsabilité et le financement de la politique hospitalière régionale ? Lexpérience suédoise, québécoise ou suisse montre que ce nest pas incompatible avec des préoccupations déquilibre national, de sécurité sanitaire et dexcellence de qualité. La proximité du décideur, et sa responsabilité politique devant ses concitoyens, est aussi la garantie dune politique hospitalière dynamique.
Quatrième enseignement : la démarche de qualité des soins, doptimisation des enveloppes financières est présente partout. Elle exige dune part lélaboration dun secret médical rénové qui permette dassurer la liberté collective de choix. Elle exige aussi une politique dynamique dévaluation qui, en Suède, prend la forme de registres de qualité complétés par des établissements de soins volontaires. Cependant, la connaissance précise des soins dispensés, des pathologies ne semble pas meilleure quen France. Notre pays na donc pas à rougir de son dispositif dévaluation des soins, mais au contraire à mieux utiliser les atouts quil a en main.
Finalement, je ressors de ce voyage détudes, avec deux convictions.
Dune part, il faut, comme le préconise la caisse nationale dassurance maladie des travailleurs salariés(4), mettre en place des modes daccès différenciés dans le système de santé et permettre à lassuré social de choisir entre un nomadisme aveugle et coûteux et un système daccès transparent et plus économique. Loption conventionnelle rénovée est une avancée importante. Assortie dune réelle incitation économique pour lassuré, comme lAssociation des directeurs de caisses dassurance maladie le propose dans son projet de réseau des médecins de famille français, elle serait déterminante.
La multiplicité des modes daccès demandera cependant un régulateur régional pour éviter les effets pervers possibles, notamment les phénomènes de sélection adverse, de dumping et dinsécurité des assurés. Les unions régionales des caisses dassurance maladie gérées par les partenaires sociaux sont certainement bien placées pour remplir ce rôle(5).
Par ailleurs et cest ma seconde conviction, le rééquilibrage des ressources et la réduction des inégalités inter régionales, tel que le souhaite le Haut comité de la Santé publique(6), est nécessaire, mais il demeure insuffisant ( et ne se fera peut-être jamais) sil ne saccompagne pas dune réforme politique donnant compétence en matière hospitalière aux conseils régionaux. De quoi relancer la décentralisation !
Le débat est ouvert.
Vincent Ravoux
(4) Orientations stratégiques de lassurance maladie . Conseil dadministration de la CNAMTS 13 Octobre 1988 (5) Ceci nest pas sans rappeler le débat sur les fonds de pension et le contrôle nécessaire des partenaires sociaux. Cf la note dorientation rédigée par Jérôme Cahuzac député PS du Lot et Garonne. (6) Haut comité de la santé publique Rapport à la conférence nationale de santé 1998 Allocation régionale des ressources et réduction des inégalités de santé| Les autres actualités que vous trouverez dans ELAN SOCIAL : |
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